La salle à manger des Belmont était une pièce d'une élégance glaciale. Les lustres en cristal projetaient des éclats acérés sur la nappe en lin immaculé, et le cliquetis de l'argenterie contre la porcelaine fine était le seul rythme autorisé. Au centre, Mme Belmont, une femme dont la dignité n'avait d'égale que sa rigidité, observait sa fille avec un mélange d'affection et de suspicion. Alexandra était assise en face de Claudine. Elle se sentait comme une condamnée à mort assistant à son propre banquet. Le parfum du rôti et des épices locales, qui d’ordinaire la réconfortait, lui donnait aujourd'hui la nausée. Chaque bouchée était un effort surhumain pour ne pas s'étouffer avec ses propres larmes. Pensées d’Alexandra : « Je suis ici, physiquement, mais mon âme est restée sur ce trottoir

