Le Cri Du Silence

697 Words
Le téléphone continuait de vibrer sur la table massive, un bourdonnement qui résonnait jusque dans les dents d’Alexandra. Le nom "Marie" clignotait, une lueur d’espoir qui, dans cette pièce, ressemblait à une sentence de mort. Claudine ne bougeait pas. Elle était une statue de glace, les bras croisés, fixant l’appareil avec un mépris souverain. — « Réponds, Alexandra, » répéta Claudine, sa voix n'étant plus qu'un sifflement. « C’est ta dernière chance de me prouver que tu n’es pas une lâche. » Pensées d’Alexandra : « Mon cœur va exploser. Si je réponds, je tue Marie. Si je ne réponds pas, Claudine me tue, moi. Je sens l'odeur du café, le froid du carrelage sous mes pieds nus... tout est trop réel. Marie, pourquoi as-tu appelé maintenant ? Pourquoi n'as-tu pas senti le danger ? » D'une main tremblante, Alexandra saisit le téléphone. Elle glissa son doigt sur l'écran. Le silence qui suivit fut plus lourd qu'un orage. Elle appuya sur l'icône du haut-parleur. — « Allô ? Alex ? » La voix de Marie jaillit, pleine de soleil, de fatigue et d'une tendresse qui fit l'effet d'un coup de poignoir à Alexandra. « Je suis à l'aéroport, je n'ai pas pu attendre. J'ai pris le premier vol. Je suis là, Alex ! Je suis dans ton pays. Où es-tu ? » Alexandra ferma les yeux si fort que des étoiles éclatèrent sous ses paupières. Elle sentit la main de Claudine se poser lourdement sur son épaule, ses ongles s'enfonçant légèrement dans la chair à travers le peignoir. Un avertissement. — « Marie... » commença Alexandra, sa voix se brisant. — « Alex ? Ça va ? Tu as l'air bizarre, » s'inquiéta Marie. « Est-ce que tes parents sont là ? Je peux prendre un taxi, donne-moi juste une adresse. Je brûle de te voir. » Claudine se pencha, ses lèvres frôlant l'oreille d'Alexandra, murmurant si bas que seule elle pouvait l'entendre : — « Dis-lui. Dis-lui que tu es occupée. Dis-lui la vérité sur ce qu'on a fait cette nuit. » Alexandra prit une grande inspiration, les larmes brûlant ses joues. — « Marie, écoute-moi. Tu n'aurais pas dû venir. Je... je ne peux pas te voir. Ce que je t'ai dit hier était vrai. C'est fini. Je suis avec Claudine. Nous sommes... nous sommes ensemble. On ne s'est jamais quittées, en fait. Tu n'étais qu'une parenthèse pour ne pas me sentir seule là-bas. » Un silence de mort s'installa à l'autre bout du fil. Alexandra entendait le brouhaha de l'aéroport derrière Marie, les annonces de vols, les rires des voyageurs... un monde normal auquel elle n'appartenait plus. — « Tu... tu plaisantes ? » La voix de Marie était devenue un murmure brisé. « Alex, c'est toi qui parles ou c'est elle qui te force ? Je sais que tu m'aimes, je l'ai senti ! » — « Rentre chez toi, Marie, » trancha Alexandra, le visage inondé de larmes qu'elle s'efforçait de ne pas laisser paraître dans sa voix. « Ne me rappelle plus. » Elle coupa l'appel d'un geste sec et reposa le téléphone. Elle se sentit soudainement vide, comme si elle venait d'arracher une partie de son propre corps. Pensées d'Alexandra : « Je l'ai fait. Je l'ai brisée. Je suis un monstre. Marie est seule à l'aéroport, dans un pays qu'elle ne connaît pas, à cause de moi. Claudine a gagné. Elle a tout gagné. » Claudine la fit pivoter vers elle. Un sourire de triomphe, presque effrayant, étira ses lèvres. — « C’était magnifique, Alexandra. Cruel, mais nécessaire. Maintenant, tu es enfin libre. » — « Libre ? » hurla presque Alexandra en repoussant Claudine. « Tu appelles ça la liberté ? Je viens de détruire la seule personne qui m'aimait sans vouloir me posséder ! » Claudine ne s'énerva pas. Elle s'approcha lentement, comme on approche un animal blessé. — « Elle t'aimait avec faiblesse. Moi, je t'aime avec puissance. Viens, on va préparer tes affaires. On ne rentre pas chez tes parents tout de suite. J'ai loué une chambre dans un autre endroit, plus discret. On a encore beaucoup de choses à apprendre l'une de l'autre... »
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