Chapitre 3
Hunter tendait l'oreille, attendant de voir quand l'Humain allait revenir. Il avait extrait une petite lame de l'ourlet de son gilet. Il était en train d'essayer de briser l'anneau de métal qui entourait son poignet quand il avait entendu le son feutré du loquet de la porte. Se détendant, il avait dissimulé la lame dans la paume de sa main.
Cela faisait plusieurs heures que le dernier homme était passé le voir. Il avait espéré qu'ils aient assez confiance en leurs chaînes et cadenas pour attendre un peu, mais apparemment, ils étaient paranoïaques... à juste titre. Il faudrait qu'il travaille rapidement une fois que le mâle serait reparti s'il voulait sauver sa peau.
Il fronça les sourcils quand la porte s'entrebâilla avant de se refermer. Il renifla pour déterminer lequel des Humains était venu, cette fois, et contrôla à peine sa réaction quand ce fut une odeur délicate et sucrée qui lui parvint.
Il combattit l'envie de pousser un grognement de frustration de ne pas être capable de goûter l'air avec sa langue. Il voulait savoir s'il avait la même saveur sucrée que cette odeur. Il ne la reconnaissait pas et ne savait pas pourquoi il ressentait un tel besoin d'en apprendre plus sur l'Humain à qui elle appartenait.
Un moment plus tard, un petit faisceau de lumière illumina l'obscurité. La façon dont il était attaché l’empêchait de discerner la silhouette de l'Humain, mais il devina à son odeur et à son profil respiratoire que c'était une femelle. Il ne fallut guère de temps pour que la silhouette se soit suffisamment avancée à l'intérieur du van pour qu'il puisse la voir.
Des yeux marron foncé saisissants le regardaient avec effroi. Il ne distinguait quasiment rien des traits de cette femme à cause du tissu sombre qui lui dissimulait la majeure partie du visage, mais il jurait qu'il n'avait jamais vu autant d'émotions dans une paire d'yeux. Il n'était pas certain de savoir ce que voulait cette Humaine. Elle n'était pas avec les autres. Il aurait senti son odeur sucrée.
Une pensée sombre lui traversa l'esprit : elle appartenait peut-être à l'un des mâles. Il n'avait pas approché celui qui avait conduit le véhicule dans lequel il se trouvait. Il n'avait entendu qu'une voix masculine. Une sourde vibration de colère le balaya à la pensée qu'une femme – et encore plus celle qui le regardait – puisse appartenir à un tel homme.
Il tendit l'oreille quand elle s'exprima d'une voix à peine audible. Elle marqua un temps d'arrêt avant de rabaisser le tissu qui couvrait son nez et sa bouche. Elle murmurait et il fallut un moment pour que le traducteur automatique implanté dans ses oreilles décode ce qu'elle était en train de dire.
Son corps tout entier se tendit quand elle posa involontairement la main gauche sur son ventre. La vibration du ronronnement qui lui échappa à son contact le choqua. Et le ronronnement se changea en un grognement de colère quand elle retira brusquement sa main de sa personne.
Il plissa les paupières quand elle se pencha sur lui pour lui murmurer à l'oreille. Sa voix était douce et contenait un faible tremblement de peur. Son souffle chaud lui caressa la joue quand elle expliqua qu'elle serait tout autant en danger que lui à cause des autres Humains si elle se faisait prendre.
Il serra les poings quand une nouvelle vague de rage le traversa à la pensée que cette femelle mettait sa vie en danger pour lui. Il se força à l'écouter avec attention quand elle lui expliqua ce qu'elle allait faire puis lui demanda s'il comprenait ce qu'elle disait. Il hocha deux fois la tête pour signifier que oui.
Elle décolla prudemment un côté du ruban adhésif avec des doigts glacés et tremblants. Il ne détourna pas le regard d'elle, ne sachant pas ce qu'elle avait l'intention de faire. Il détestait se retrouver sans défense. Il était à sa merci et cela ne lui plaisait pas, ni en tant que mâle, ni en tant que guerrier Trivator.
Elle prit un air désolé avant d'arracher le scotch de sa bouche. Il ignora les picotements brûlants quand le ruban adhésif tira sur sa peau. Tournant la tête, il cracha le bout de tissu avec un profond grognement de rage. Puis il jeta un regard noir à la petite femelle et montra les dents pour l'avertir de ne pas lui faire de mal.
— Je vous en prie, écoutez-moi, l'implora-t-elle nerveusement, jetant un œil vers la porte avant de revenir vers lui. Ils veulent vous tuer d'une manière particulièrement horrible et douloureuse. Je... je ne peux pas les laisser faire, mais je ne peux pas non plus vous laisser me tuer. Je vous en prie, comprenez-moi. Je peux ouvrir tous les cadenas qui vous retiennent. Je vais tous les ouvrir sauf un.
Hunter se raidit quand elle s'approcha et tendit la main pour le toucher. Elle lui effleura à peine la joue, mais c'était comme si elle l'avait soudain retenu dans une prise d'immobilisation. La sensation de son pouce qui frottait tendrement contre sa peau allumait un feu dans ses reins tel qu'il n'en avait pas connu depuis des années.
— Comprenez-vous ce que je vous ai dit ? demanda-t-elle sans cesser de le caresser.
Il lui fallut un moment pour se concentrer sur ce qu'elle lui avait dit. Elle allait le libérer. Ou plutôt, lui donner la possibilité de se libérer, et elle lui disait où trouver d'autres guerriers. Il n'aimait pas la savoir trop proche des autres guerriers. Bon nombre d'entre eux n'avaient pas eu de compagne depuis qu'ils étaient venus sur cette planète. Cela les rendait dangereux, malgré les chambres de plaisir mises à leur disposition.
— Oui, répondit-il d'un ton rude quand il comprit qu'elle attendait toujours sa réponse.
Il se tint immobile quand elle s'approcha de sa tête et posa la petite torche près du cadenas qui retenait les chaînes autour de son torse. Au bout de plusieurs longues minutes, un petit soupir lui échappa. Un sourire d'amusement lui monta aux lèvres quand elle reposa doucement le cadenas. Il pourrait se libérer une fois qu'il aurait dégagé l'un de ses bras. Il était convaincu qu'il aurait été capable de s'échapper tout seul s'il en avait eu le temps. Il rangea prudemment la lame qu'il tenait à la main dans le fourreau dissimulé dans son gilet.
Il arrêta de soulever les chaînes quand la femelle le mit en garde. Il la suivit du regard quand elle s'attaqua au troisième cadenas. Il s'assit, retenant soigneusement les chaînes pour qu'elles ne fassent pas de bruit.
Elle ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose avant de se tourner, horrifiée par le bruit de pas qui s'approchaient. Hunter avait entendu l'autre Humain dès l’instant où il était en mouvement. Il avait prévu d'arracher le dernier cadenas, mais la femelle s'était déjà dirigée dessus et s'y affairait rapidement. Il sortit brusquement la langue, cédant enfin à l'impulsion de goûter l'air autour de lui. Un assortiment de saveurs le frappa violemment en plein dans le ventre. Il pouvait sentir sa terreur. Elle ne lui avait pas menti quand elle lui avait dit que les autres Humains la tueraient. Sa peur imprégnait l'air autour d'elle. Il flairait aussi une légère odeur de sang.
Il faudrait qu'il vérifie que la femelle ne soit pas blessée, une fois qu'il se serait occupé des autres Humains. Certes... dire qu'il lui devait la vie était peut-être exagéré, puisqu'il était certain d'avoir pu s'échapper, mais le fait qu'elle risque la sienne parce qu'elle croyait qu'il allait se faire tuer de façon brutale lui suffisait. Il était évident qu'elle n'avait pas de protecteur. Il endosserait cette responsabilité jusqu'à ce qu'un mâle humain lui soit affecté.
Il se redressa dès qu'il fut libéré du banc et enroula les chaînes autour de ses poings. Tenant la position, il attendit que la voix masculine parvienne juste derrière les portes pour passer à l'action. Il repoussa les portes avec suffisamment de force pour les arracher de leurs gonds. Une porte de métal frappa l'homme mince qui avait conduit le van, le tuant sur le coup.
Hunter ne s'arrêta pas avant de sauter hors du véhicule. Utilisant ses sens, il traversa en courant la vaste zone vide entre le véhicule et la pièce où se trouvaient les autres mâles et la femelle. Il était temps de leur montrer ce qui se passait lorsqu'on mettait un guerrier Trivator en colère.