XVIDès sa sortie de clinique, Morand, lavé, pansé, restauré, eut hâte et besoin de retrouver ses sensations. Il arpenta la promenade Victor Lefranc, allongeant le pas à chacun de ses allers et retours jusqu’à sentir s’étirer douloureusement les muscles de ses jambes. Mais cette douleur lui était agréable. Il happait de grandes rasades de vent. Gonflés, ses poumons, sous la tension, réveillaient sa blessure. Et la douleur qui lui traversait l’épaule lui était, elle aussi, agréable. Il était vivant, il habitait de nouveau son corps ! La mer entamait son reflux découvrant des tresses désordonnées d’algues. Le ciel s’éclaircissait, semblait enfin se délivrer des masses qui l’enténébraient depuis plus de dix jours. L’île de Batz redessinait ses côtes. La pointe de Bilvidic, à l’est, redevenait

