Mon mec m'a traité de cul dépravé...
À l'heure des répétitions
L’odeur du cuir, de la sueur et du parfum bon marché flottait dans les vestiaires du Pandora, club de striptease. Les casiers métalliques claquant, les murmures des danseurs... Hugo sentait son cœur battre trop fort. Il n’aurait pas dû arriver en retard. Pas aujourd’hui. Pas avec Ivan.
Ivan entra comme une tempête 1h avant. Le gérant du club n’avait plus sa patience habituelle. Son costume noir lui collait à la peau et son regard d’acier balaya la pièce. Il s’arrêta sur le casier vide de Hugo.
« On va commencer. p****n, où est Hugo ? » Sa voix trancha le silence.
Oslo haussa les épaules, mal à l’aise. « Il ne répond pas. »
Un muscle sailla dans la mâchoire d’Ivan. Il serra les poings. « Fais chier. »
James tenta d’expliquer, la voix basse. « Je crois qu’il est allé faire ses adieux à son avocate. »
Ivan ne répondit pas. Il tourna les talons et claqua la porte derrière lui. Le bruit résonna comme un coup de feu dans le couloir étroit. Hugo, encore dans l’ombre, sentit la colère du gérant lui brûler la peau.
Depuis quelques semaines, Ivan n’avait d’yeux que pour lui. Et ce n’était pas de la tendresse.
Dans la salle de répétition, située à l’extrême droite du couloir, les figurants s’écartèrent dès qu’Ivan apparut. London, , Chat Noir, Night City, Yellow, Bad Cat... Tous baissèrent la tête.
« Allez, barrez-vous. » ordonna Ivan.
Ils sortirent sans un mot. L’air devint lourd. Ivan marchait de long en large, les mains dans le dos. Chaque pas résonnait comme un compte à rebours.
Hugo arriva à la fin des répétitions, essoufflé. « Vraiment désolé les gars, mais j’ai eu un sacré tour... »
Ivan tourna les talons. Il ne l’écouta même pas. Il traversa la salle sans un regard et disparut dans le couloir.
La douleur au creux de la poitrine de Hugo fut plus violente que n’importe quelle claque. Jaro posa une main sur son épaule.
« Tu vas bien ? »
Hugo hocha la tête, incapable de parler. « Pas vraiment. Je vous expliquerai. »
Plus tard, dans le bureau d’Ivan, l’air était électrique. Le gérant ne leva même pas les yeux de ses papiers.
« Je sais que t’es remonté contre moi. » Hugo força sa voix à rester calme. « Mais toi et moi savons que ce n’est que du business. Ça ne compte pas. »
Ivan leva enfin les yeux. Ses pupilles étaient noires, froides. « Je ne fous rien de ce que tu fais. Et surtout pas avec qui tu b****s. Je n'ai rien à faire avec un cul dépravé comme le tien, pigé ? »
Le mot claqua entre eux comme une gifle. Hugo avala sa salive. L’humiliation lui brûlait la gorge.
« Je suis censé te présenter des excuses parce que j'ai couché avec...»
« Je me contrefous de tes excuses ! » Ivan frappa le bureau du plat de la main. « Ce qui m’importe, c’est que tu ramènes ton cul aux répétitions. Point. »
Cul. Le mot lui vrilla les entrailles. C’est tout ce qu’il était aux yeux d’Ivan. Un corps. Un outil. Hugo serra la mâchoire et sortit sans un mot.
Au bar, il avala deux verres d’affilée. L’alcool brûla sa gorge mais n’éteignit pas la rage. Daimond , le chef de la sécurité passa, lui cognant le poing.
« Hé ho, doucement. Ne te zoome pas trop avant de monter sur scène. »
Hugo esquissa un sourire amer. « J’ai deux heures. J’ai le temps de digérer. »
Il ne savait pas encore que cette nuit allait lui coûter plus cher que tout l’argent du Pandora.
La claque d’Ivan résonnait encore dans les oreilles d’Hugo.
“Un cul dépravé.”
Le mot lui brûlait la peau. Plus que la gifle.
Il fixait la salle. Les clients. L’argent. Le mépris.
Un client l’aborda. « Mon pote aimerait contempler votre splendide beauté de plus près. »
Hugo tourna la tête. Il vit CKO au fond. Le rappeur. Le gamin riche. Celui qu’il avait déjà éconduit une fois.
CKO le fixait. Pas avec désir. Avec défi.
Hugo se leva. « Après vous. »
Ils s’assirent. CKO sortit son sac. Des liasses. Beaucoup.
CKO : Le plus mignon de tous les danseurs. 1000 euros pour la danse. 1000 autres pour bien plus.
Hugo regarda l’argent. Puis Ivan au fond de la salle, qui parlait avec Devros, le dealer de meth.
“Un cul dépravé.”
Hugo prit la liasse. Il la glissa dans sa chaussure. Un geste mécanique. Sale.
Hugo : Il me reste moins de 2h avant de monter sur scène. Si on fait vite, on pourra commencer par cette danse… pour terminer par bien plus.
CKO sourit. Enfin. « J’adore ton attitude. La dernière fois t’étais pas si amical. »
Ils entrèrent dans la VIP. Porte fermée. Lumière rouge. Cuir. Miroir.
Hugo enleva sa chemise. Puis son pantalon. Il resta en caleçon noir, moulant. Le corps parfait. Le masque fissuré.
La musique démarra. Lente. Sexy. Dangereuse.
Hugo ne dansait pas pour l’argent. Pas ce soir.
Il dansait pour effacer “cul dépravé”. Pour prouver qu’il contrôlait. Qu’il choisissait.
Il tourna les reins. Lentement. Chaque mouvement calculé. Une arme.
Il s’approcha de CKO. Il posa un genou au sol, entre ses jambes. Il remonta le long de ses cuisses, ses mains frôlant le tissu du pantalon sans toucher.
Hugo : Il y a de la place pour moi sur tes genoux ?
CKO avala sa salive. « Je peux te toucher ? »
Hugo s’arrêta. Son regard se fit glace. « Ne sois pas si pressé. Garde tes mains bien sagement. »
Il se frotta contre lui. Doucement d’abord. Puis plus fort. Le rythme montait. Son corps parlait à la place de sa rage.
CKO ferma les yeux. « Tu me rends fou Hugo. Je peux être l’un de tes habitués ! »
Hugo colla sa bouche près de son oreille. Il ne l’embrassa pas. Il murmura : « Sois sage avec tes mains. »
Mais CKO ne savait pas être sage. Sa main glissa. Palpa sa fesse. S’attarda.
Hugo se figea. La rage explosa.
Hugo : Si tu v****s encore les règles je me casse.
CKO ouvrit les yeux. L’excitation les rendait fous. « p****n ! J’ai payé 1000 euros et je ne peux même pas te toucher ? C’est deux fois plus le prix avec les autres ! »
Hugo se releva d’un coup. Il s’avança. Il caressa la joue de CKO. Descendit sur sa poitrine. Jusqu’à sa ceinture.
Un jeu. Un piège.
Quand la main de CKO claqua sur ses fesses, Hugo attrapa la bouteille de champagne sur la table.
Le verre explosa contre le mur.
Hugo : Espèce d’enfoiré ne m’oblige pas à te crever l’oeil, alors arrête de poser tes sales pattes sur moi.
Le tesson brilla. La pointe à quelques centimètres de l’oeil de CKO.
CKO recula. « Va te faire foutre enfoiré toi-même. C’est bien pour ça que je t’ai payé le double ! »
Hugo ria. Un rire sec. Sans joie. « T’as payé que dalle ! Et ce n’est qu’un vulgaire fantasme. Dans la vraie vie, t’as pas les moyens de te payer le mec que je suis. »
La porte s’ouvrit en grand.
Brysco, la sécurité, entra. Il souleva CKO d’une seule main comme un sac de linge.
Brysco : Touche pas aux danseurs. Jamais. Sauf s’ils t’y autorisent. Dehors.
CKO : Vous allez me le payer. Raclures.
Hugo ramassa sa chemise. Ses mains tremblaient. Pas de peur. De honte.
Il avait dansé. Pour de l’argent. Après s’être fait traiter de “cul dépravé”.
Il avait prouvé à Ivan qu’il avait raison.
Au vestiaire, Oslo le regarda. « C’était rapide. »
Jaro posa une main sur son épaule. « Il faut que tu te calmes Hugo. »
Hugo ne répondit pas. Il fixa son reflet dans le miroir.
Le danseur. Le corps. Le “cul dépravé”.
Et pour la première fois depuis longtemps, Hugo ne reconnut plus l’homme en face de lui.
Ă€ 18h50, Pandora tremblait.
La salle était pleine à craquer. 500 personnes minimum. La queue faisait le tour du pâté de maisons. L’entrée à 30 euros, VIP à 200. Tout le monde voulait voir les 4 piliers d’Ortega.
Le DJ prit le micro. Sa voix explosa dans les basses :
DJ : Mesdames et messieurs… Vous les attendez depuis 18h ! Les rois de Pandora ! Les 4 piliers ! HU-GO ! JA-RO ! OS-LO ! JA-MES !
Les lumières s’éteignirent. Noir total.
Puis un projecteur. Rouge sang.
La musique d’entrée démarra. Une instru d’Ortega, musicien mexicain, remixée, lourde, sexuelle. Le sol vibra.
À 19h01 min, le rideau s’ouvrit.
**HUGO** entra en premier. Torse nu, huilé, string noir. Son sourire carnassier. Il marchait comme s’il possédait la salle. Subitement il eut comme des vertiges, sa
vision s'obscurcit...
Le public hurla. Des billets volèrent déjà .