Chapitre 6 : La rencontre
La boule scintillante arrive devant le bar. Elle traverse la porte et à travers la vitre, je la suis du regard. Je la vois terminer sa route et entre dans le pendentif d'un homme assise à une table. Le pendentif s'illumine comme un rayon de soleil mais l'homme ne semble pas s'en apercevoir. Je ne peux pas le voir, mais il a les cheveux bruns, il a l'air assez jeune et bon vivant. Je ne sais pas si je dois entrer pour aller le voir. Et si c'était une énorme bêtise ! Et si je me couvrais de ridicule !
J'attends devant le bar pendant un long moment jusqu'à ce que je voie l'homme sortir de table et se diriger vers la sortie. Je prends une grande inspiration et me dit que je ne dois pas gâcher ma chance d'être libre et que si la devineresse a raison, c'est peut-être le début du bonheur que je n'ai jamais vraiment eu. Et si c'était cet homme qui me sauvait des griffes du roi ? Peut-être que....
Lorsque l'homme sort, je fais comme si j'étais pressée, je le bouscule et simule ma chute à terre.
- Ciel ! Mademoiselle, je ne vous avais pas vu, je suis désolé ! Quel maladroit je fais !
L'homme m'aide à me relever, profitant de l'occasion pour me subtiliser le bracelet que je porte. En premier lieu, je ne m'en rends pas compte.
- Ne vous excusez pas, c'est moi qui ne regardais pas où j'allais. Je suis maladroite ma parole !
- Vous m'avez l'air pressé ! Vous ne vous êtes pas blessée au moins ?!
- Non, je vais bien ! À vrai dire, je fuyais un homme qui était à ma poursuite !
L'homme me regarde et se plonge dans mon regard.
- Besoin d'aide ! Je serais ravie d'assurer votre protection et de chasser le lâche qui ose s'en prendre à une femme ! (lui souriant)
- Oh non ! Non, ne vous en faites pas pour moi ! Personne ne me veut vraiment de mal ! C'est juste que je ne devrais pas être dehors à une heure si tardive ! Je n'ai pas vraiment le droit de sortir !
- Vous ne m'avez pourtant plus l'air d'être une enfant !
- C'est compliqué !
- Je sortais prendre l'air, mais peut-être, voulez-vous vous joindre à moi pour boire un verre, ça démotivera peut-être ceux qui sont à votre recherche ! (oubliant presque qu'il vient de me voler mon bracelet)
- Je ne voudrais pas vous importuner !
- Mais c'est avec plaisir ! Ici, ils servent la meilleure bière de tout le royaume, mais il y a d'autre boisson si vous préférez autre chose !
- D'accord !
L'homme me laisse entrer et m'invite à m’asseoir. Je vous avoue que je le trouve vraiment très bel homme et charmant. Il est brun, il a des yeux bleus magnifiques et une petite barbe de deux ou trois jours, mais qui lui donne une certaine virilité et un charme fou. J'avoue que j'ai l'impression que mon cœur s'emballe et je n'avais jamais ressenti une telle sensation au premier regard, même si je suis tombé très vite amoureuse de Billy, ce n'était encore pas pareil.
- Vous buvez de la bière ?
- A vrai dire, je n'en ai jamais goûté ! (Gênée)
- Serait-ce l'occasion pour vous d'y goûter ?
- Et pourquoi pas ! Par contre, il y a un petit souci !
- Quoi donc !
- Je suis encore mineur !
- C'est à dire ! Vous ne me paraissez pas si jeune sans vouloir vous offenser !
- J'ai dix-neuf ans ! Et dans le royaume, nous ne pouvons pas boire d'alcool avant vingt-et-un ans.
- Ecoutez, nous ne sommes pas à deux ans près et au diable les bonnes manières et franchement ce n'est pas la bière qui va vous rendre ivre si vous n'en abusez pas bien sûr !
- Vous avez raison ! Allons-y pour une bière ! (souriant)
L'homme m'apporte la bière avec le sourire.
- Et alors ! Dites-moi cher inconnu, je vous ai dit mon âge ! Donnez-moi donc le vôtre !
- J'ai vingt-quatre ans ! Et vous savez quoi !
- Non !
- Aujourd'hui en plus !
- C'est votre anniversaire ! Bon anniversaire alors !
- Merci ! C'est marrant, parfois la vie peut vous apporter de beaux cadeaux sans qu'on s'y attende ! (me faisant un clin d'oeil)
Je ne sais pas si je dois le prendre pour moi, mais si c'est le cas, c'est adorable. Ceci étant dit, je n'ose pas le lui demander, s'il parlait d'autre chose, j'aurais l'air tellement idiote..
Je regarde cet homme et me rends compte que la devineresse avait peut-être raison, cet homme offre à mon cœur la force de s'exprimer. Je me rends compte, que je le trouve charmant et parfaitement à mon goût.
Le serveur apporte les bières et j'y goûte sans hésiter.
- Alors ma chère dame, qu'en pensez-vous ?
- Rien à voir avec ce que je bois en temps habituel, mais c'est appréciable !
- Alors tant mieux ! Avez-vous peut-être un prénom ? (souriant)
- Moi c'est....
J'hésite mais je me dis que je ne peux pas être malhonnête.
- …. je m'appelle Donna!
- Donna ! C'est tellement joli ! Mais j'ai déjà entendu ce prénom plusieurs fois !(intrigué)
L'homme réfléchie un cours instant.
- Attendez ! Donna avec une tenue distinguée et une jolie coiffure. Je sais où je vous ai déjà vu ! Ne me dites pas tout de même que vous êtes Donna, la reine de Badelvie, épouse du roi Edward !?
- Pourquoi ça serait un problème !? (sur la défensive)
Je me lève et m'apprête à partir. L'homme me rattrape par le bras avec beaucoup de douceur.
- Je peux vous dire mon prénom avant que vous ne preniez lâchement la fuite !
- Mais je ne suis pas lâche ! Comment osez-vous ! Puis lâchez-moi le bras ! Je ne vous le permets pas ! (retirant son bras)
- C'est si dévalorisant pour vous de prendre un verre avec un roturier ?
- Ne me jugez-pas !
- Oh mais je ne me permettrai pas votre majesté ! Vous ne voulez pas au moins finir votre bière ? Ça serait un déshonneur de vous l'avoir offerte et que vous ne la finissiez pas !
Je réfléchis un cours instant.
- Vous avez raison ! Ce n'est pas très respectueux.
Je me rassoit.
- Moi c'est Venon, Vernon Chavins.
- Enchanté !
- Moi de même ! Si on m'avait dit un jour que j'aurais la reine en face de moi !
- Vous savez, ce n'est qu'un titre ! On ne choisit pas toujours sa destinée !
- Je ne suis pas d'accord avec vous. Je pars du principe que chaque être humain est libre de son destin !
- Pas dans mon monde en tout cas !
- Si je ne me trompe pas, votre père le Duc de Chavaigne a épousé une roturière, donc rien n'est impossible.
- Ma mère pouvait offrir au royaume ce qu'aucune femme de sang royale pouvait offrir à mon père ! Puis vous en savez beaucoup sur ma famille je trouve ?
- Je suis un grand passionné des royautés !
- Je vois !
- Je ne comprends pas ce qu'une jolie femme comme vous fait avec un homme comme le roi Edward. Je le respecte, mais vous méritez peut-être un homme qui vous aime vraiment, pas quelqu'un qui vous a épousé afin de prouver à son peuple qu'il peut avoir à son bras une femme jeune et très jolie de surcroit !
Malgré la remarque désobligeante de ce Vernon, j'ai peur de rougir au moment où il me fait remarquer que je suis jolie.
- Vous n'en savez rien ! De quoi vous mêlez-vous ! (agacée)
- Oh mais on se rappelle encore du roi Edward organisant des bals en mode cendrillon, à la quête d'une nouvelle reine ! Vous aviez perdu votre pantoufle de verre vous aussi ? De toute façon, dans les familles royales il y a peu d'amour sincère finalement !
- Vous n'en savez rien ! Et puis quelle arrogance ! Comment osez-vous me comparer à un personnage de conte ?
- Ne le prenez pas mal ! J'ai beaucoup d'humour et désolé si vous l'avez mal pris ! Vous savez, je sais que je ne vais certainement jamais vous revoir et vous ne portez pas de couronne ce soir, donc je ne me sens pas impressionné. Je peux donc me permettre de vous dire que vous ne semblez pas si heureuse. Votre regard en dit long.
- Vous allez me faire croire que vous êtes un expert !
- Je sais reconnaître une femme heureuse. Une femme totalement épanouît n'aurait jamais accepté de boire un verre avec un parfait inconnu, surtout si elle est reine.
- C'est bon, j'en ai assez entendu ! Sur ce ! Merci pour cette bière qui a été sûrement plus divine que votre compagnie. Au revoir monsieur le roturier !
- Au revoir, votre majesté la reine !
Je m'en vais furieuse me demandant presque si la devineresse ne s'est pas trompée finalement. Je ressors les larmes aux yeux, honteuse de me sentir si humiliée, même si au fond de moi, je savais que cet homme avait raison dans ses propos.
Du côté de Vernon, un de ses amis vient à sa rencontre.
A suivre