Chapitre 7 : La fureur d’un chef      50

1817 Words
Chapitre 7 : La fureur d’un chef Eté 53 av. J.-C. Alors que le blé murissait dans les champs, César partit combattre Ambiorix, pénétrant ainsi dans la terrible forêt des Ardennes réputée impénétrable. Il envoya Marcus et la cavalerie en avant, lui ordonnant de se montrer discret. Tout feu de camp est proscrit. Progressant très rapidement, Falerius surprend des Eburons qui finissent par lui révéler le lieu où se cache leur chef. Le général parvient à l’endroit où le Sanglier des Ardennes se terre, au sein d’un campement improvisé fait de huttes inconfortables construites à la va-vite. Totalement pris au dépourvu, les guerriers gaulois parviennent toutefois à se réorganiser et les cavaliers sont obligés de mettre pied à terre pour progresser plus aisément dans cette forêt touffue. Se frayant un chemin au travers des combattants, Marcus, accompagné de ses plus fidèles soldats, voit soudain devant lui la silhouette d’un guerrier vêtu d’une cotte de maille richement ornée de figures allégoriques et d’un casque d’or absolument splendide qui lui font penser qu’il ne peut s’agir que d’Ambiorix. Protégé par une dizaine d’hommes, l’individu tente de fuir discrètement, jetant de fréquents regards derrière lui, à la fois affolé mais aussi fortement irrité d’avoir été découvert. Un instant il veut se précipiter vers les Romains et se battre, mais ses guerriers l’en empêchent et le poussent sans ménagement vers les profondeurs obscures de la forêt. Comprenant qu’il faut agir avec célérité, Marcus encourage ses compagnons à se débarrasser au plus vite des hommes qui leur barrent le passage et joint le geste à la parole en assénant un coup de glaive à un Gaulois qu’il éventre, répandant ses intestins à même le sol. Le général est considéré comme un combattant hors pair, intrépide, courageux et particulièrement rapide. Il le prouve en assénant un coup de pied à un deuxième adversaire qu’il fait chuter avec grande facilité. Et il lui transperce la poitrine de son arme, sans même éprouver la moindre compassion. Un autre Gaulois essaie de lui barrer la route, mais il lui tranche la tête en effectuant un magnifique geste à l’esthétisme certain et dans la foulée il se jette vers l’avant pour parvenir à quelques mètres seulement d’Ambiorix qui monte sur un cheval noir comme la nuit, amené par ses gardes du corps, quatre grands gaillards à l’aspect patibulaire qui portent des armures de très belle facture. Mais un guerrier éburon stoppe la progression de Marcus en tentant de lui asséner un coup vicieux de sa grande épée, coup qu’il évite facilement alors que la lame se dirige vers son cou. Enervé, le Romain le pourfend de son glaive, le déchirant de bas en haut, en partant de son entre-jambe. Hélas ce contretemps permet à Ambiorix de fuir et quand enfin le général parvient à se précipiter dans sa direction, il ne peut que constater l’inévitable : le cheval galope, la main de Marcus manquant de peu de s’accrocher aux rennes de ce dernier. Et il voit disparaître les cinq cavaliers alors que les Eburons, comprenant que leur roi est parvenu à se sauver, se rendent aux légionnaires. Mais aucun ne survivra. Marcus, en colère, ordonne de les tuer pour avoir eu l’audace de protéger leur chef. Cela fera peut-être comprendre à ceux qui nourrissent le même dessein ce qu’il leur en coûtera. Le Sanglier des Ardennes ne rassembla pas son armée comme César le prévoyait : il opta pour la guérilla, plus efficace contre les troupes romaines. Il ordonna en effet à son peuple de se dissimuler dans la forêt, les marais et les îles. Face à cette attitude, le proconsul mit au point un plan visant à régler une bonne fois pour toute le sort de son ennemi : il pénétra en territoire éburon avec ses dix légions et plaça Quintus Tullius Cicéron en tant qu’appât dans un camp construit à l’endroit même où Sabinus et Cotta avaient érigé le leur, non loin de l’oppidum d’Atuatuca laissé désert. Cicéron était à la tête de la XIVe Legio Germania Martia Victis qui devait s’occuper des bagages de toute l’armée, de 200 cavaliers et devait également se charger des malades. César espérait qu’Ambiorix essaierait de l’attaquer, ne pouvant admettre que des Romains aient l’audace de revenir à l’endroit même où ils avaient été défaits quelques mois plus tôt, à proximité de sa ville qui plus est. Il envoya aussi Labienus avec trois légions vers l’océan et les Ménapes, ainsi que Marcus à la tête de trois autres légions chez les Aduatuques et lui-même avec les trois restantes marcha vers l’extrémité des terres éburonnes à la recherche d’Ambiorix. Il donna sept jours à Labienus et Falerius avant de revenir auprès de lui, leur intimant l’ordre de ravager les territoires voisins, dans le but de dissuader ces peuples de cacher son ennemi, non sans inviter la Gaule dans son ensemble à venir participer à la chasse : le butin potentiel pour tous ceux qui accepteraient cette offre serait forcément alléchant. Marcus était furieux d’avoir échoué dans la mission qui était la sienne : d’ordinaire il réussissait tout ce qu’il entreprenait et il craignait de décevoir César. Il prit cet échec pour un affront personnel et n’eut de cesse de formuler le vœu de faire payer cette infamie à ce barbare qui avait osé le berner. Jamais Ambiorix n’aurait dû lui échapper. N’était-il pas un être ignare et stupide à l’image de son peuple et des gens de son engeance, à savoir tous les Gaulois ? Ceux-ci étaient de grands enfants, sans culture, hormis celle de la boisson et des festins. Certes ils savaient se battre, mais ils étaient incapables de faire preuve de la moindre stratégie et se lançaient bêtement en vociférant sur les légions prêtes à les recevoir. Alors comment Ambiorix était-il parvenu malgré tout à s’enfuir ? Il avait été à deux doigts de l’intercepter. C’était rageant. Ce fut dans cet état de grande colère qu’il pénétra en territoire aduatuque. Ce peuple allait payer le prix de cette colère. César lui avait ordonné de ravager ces terres : il le ferait avec grande joie afin de regagner sa confiance, mais aussi pour punir tous ceux qui aidaient cet Ambiorix de malheur. Et en tant que voisins des Eburons, les Aduatuques ne pouvaient qu’être ses alliés. Le premier jour de son expédition, il fit détruire de nombreuses fermes dans la campagne, ses hommes arrachant les épis pour que le Sanglier des Ardennes ne trouve pas de quoi se nourrir ici. Les habitants furent chassés et priés de s’en aller le plus loin possible, sans aucun ménagement. Quelques légionnaires délogent une famille de paysans de sa maison. Parmi eux se trouvent le père, un être à l’aspect commun, vêtu d’une tunique de lin beige, sans barbe, ni moustache, ce qui marque Marcus puisqu’il se dit que ce fermier aurait tout aussi bien pu être Romain. L’air résigné, il suit les légionnaires qui l’escortent vers l’extérieur, charriant deux grands sacs très lourds qui doivent enfermer les biens les plus précieux de la famille. Sa femme, une créature tout aussi anodine, au physique ingrat, menue, lui emboite le pas, suivie de leurs deux filles. L’une est âgée d’une dizaine d’années, l’autre est proche de l’âge adulte. Cette dernière est particulièrement jolie avec ses deux nattes blondes qui enserrent un visage étonnamment beau au regard de ses parents. De grands yeux bleus illuminent ses traits et sa silhouette qu’on devine attirante est toutefois camouflée sous une large robe de couleur mauve. Plusieurs Romains la regardent avec envie, passant leur langue râpeuse sur leurs lèvres, tels des animaux en rut : cela fait si longtemps qu’ils n’ont plus touché de femme autre qu’une prostituée et celle-ci, au seuil de l’âge adulte, avec ce petit corps qu’on devine forcément très excitant, encore pur, est totalement à leur goût. Deux soldats s’en saisissent et arrachent ses vêtements, la faisant crier alors que son père se précipite sur les agresseurs afin de défendre l’honneur de sa fille. Il est à son tour ceinturé et roué de coups par des légionnaires qui ne se privent pas de le brutaliser. La jeune femme hurle tant et plus, nue, ses jolis seins naissants apparaissant à la vue de ces hommes excités qui déjà l’emmènent à l’arrière de la ferme. Mais personne ne semble vouloir mettre un terme aux sombres desseins. Ceux qui se trouvent là rient salement, alors que le malheureux Gaulois est toujours roué de coups de pieds et que sa femme, ainsi que la plus jeune de ses filles sont maintenues à distance par la menace des glaives des légionnaires. Marcus n’apprécie pas les Gaulois, mais il ne peut admettre qu’on s’en prenne à une innocente fille qui n’a commis aucune faute répréhensible. Elle ne représente guère plus une menace. Alors il se décide à intervenir, lançant son cheval dans la direction des deux soldats qui l’emmènent à leur suite. Quand il parvient devant eux, ils sont sur le point de la v****r : le plus grand maintient la femme par la taille, enserrant un de ses petits seins, lui léchant le cou telle une bête, tandis que l’autre s’est déjà dévêtu, révélant un pénis d’une taille ridicule mais bien dressé en direction de sa proie. Le général lui hurle, la bave aux lèvres : ⸺ Cessez ! Nous ne sommes pas là pour commettre de tels actes ! Nous ne sommes pas des animaux ! Les deux légionnaires sursautent, mais lorsque la surprise est passée, ils lui lancent un regard chargé de haine et Marcus comprend que ses hommes sont à cran. Ils ont subi tant d’atrocités et d’épreuves depuis quelques mois qu’ils n’ont plus qu’une idée en tête : venger une bonne fois pour toute, les affronts endurés en Gaule Belgique. S’il ne les laisse pas agir à leur guise, Marcus risque de se retrouver confronté à des mutineries au sein de ses troupes. Mais faut-il pour autant tout accepter ? Il possède encore une morale et certaines choses ne peuvent être admises. Il faut sévir, ce qu’il ose faire en ce jour : ⸺ C’est un ordre ! Lâchez-là ! Sinon vous serez considérés comme des criminels ! Comprenant que le général ne plaisante pas, les deux hommes obéissent, à contrecœur, non sans projeter au sol la malheureuse qui pleure. Elle s’échoue lourdement dans la terre, les cuisses ouvertes, révélant son pubis à la vue de Romains de plus en plus excités par cette femme. Quand Marcus rencontre le regard des quelques légionnaires accourus au son de ce tumulte, il prend peur : ils paraissent comme fou. Une lueur inquiétante brille dans leurs pupilles, comme si toute raison les avait quittés, les plongeant dans un monde à mille lieux de là. La main sur son glaive, magnifique sur son cheval noir, le panache rouge des plumes d’autruche sur son casque virevoltant quand sa monture montre des signes d’impatience, il vocifère afin de se faire respecter : ⸺ Nous ne sommes pas là pour v****r des innocentes ! La légion vaut mieux que cela ! N’avez-vous aucun honneur ? Quand vous avez prêté serment à la République, vous avez promis de la défendre, mais pas de vous comporter comme des barbares ! Regardez ce que vous êtes devenus ! J’ai honte de ce spectacle ! Vous êtes Romains et en tant que tels, vous êtes censés être cultivés ! Voulez-vous vraiment ressembler à ces Gaulois que vous combattez ? Souhaitez-vous devenir à votre tour des bêtes ? Son discours provoque son effet. Quelques-uns acquiescent, d’autres émergent de cette inquiétante torpeur et finalement tout rentre dans l’ordre. Pour l’instant, car les jours suivants les troupes vont peu à peu verser dans cette folie meurtrière que craint tant Marcus, sans qu’il ne puisse faire quoi que ce soit pour la modérer. Il y participe même.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD