Chapitre 3

805 Words
Chapitre Trois Je me trouve sur le canapé, extrêmement consciente de ce qui m’entoure. La musique publicitaire se fait encore entendre, je ne dois donc pas m’être évanouie longtemps. Le vieil homme malade du public saute sur ses pieds, poussant tout le monde à l’observer, lui et sa peau grise. — Arrêtez-le ! hurle Darian, et un homme pâle à l’arrière se met à courir vers la scène. C’est douloureux de regarder bouger l’homme maladif. Il doit avoir des lésions cérébrales ou une maladie musculaire, car ses membres ne sont pas coordonnés quand il s’avance en tressaillant. Pourtant, malgré ses difficultés motrices apparentes, ce type a assez d’énergie pour se propulser en avant. Les gens crient lorsqu’il saute sur les épaules des membres du public au deuxième rang. Puis ses chaussures noires atterrissent sur deux femmes au premier rang. Elles hurlent, mais le vieil homme utilise ces perchoirs pour sauter sur la scène. Je suis trop stupéfaite pour bouger. Le type de la sécurité vêtu de noir bouge comme un sprinter olympique, mais il est trop loin en arrière et la foule le gêne. Ce serait un moment excellent pour partir en courant et en hurlant, mais je suis encore trop pétrifiée pour bouger un seul muscle. — Monsieur, crie Kacie d’une voix paniquée, vous ne pouvez pas monter ici ! L’homme regarde brièvement Kacie de ses yeux chassieux, mais il doit considérer qu’elle ne vaut pas la peine, car son regard se concentre sur mon cou. L’homme en noir et certains de ses collègues sont presque là, mais il est manifeste qu’ils ne parviendront pas à intercepter l’homme bizarre à la peau grise avant qu’il m’atteigne. Je ne sais pas du tout ce qu’il veut, mais je n’aime pas les yeux vides de son visage maladif. Peut-être a-t-il pris une drogue ? Un des caméramans sur la scène barre le chemin du fou. — Monsieur ! Excusez-moi, monsieur… arrêtez-vous. Vous ne pouvez pas être ici. L’homme à la peau grise jette le caméraman sur les côtés avec une force surprenante. Je l’aperçois roulant de la scène et je passe en réaction de pure fuite ou combat, avec rétrécissement du champ visuel et tout. Je n’ai que quelques instants pour décider quoi faire. En tant que personne relativement petite, j’aurais idéalement besoin d’une arme si je choisis de me battre. Je n’ai pas d’armes conventionnelles, mais une magicienne économe peut toujours improviser. Peut-être puis-je utiliser les crochets de serrure constituant le piercing dans ma langue pour le poignarder dans l’œil ? Ou bien créer une cascade de cartes avec le paquet dans ma poche afin de créer une diversion ? Choisissant une option plus banale, je retire mon talon aiguille droit et je saute sur mes pieds, imitant Buffy en le tenant devant moi comme un pieu. Je suis face à face avec le type maintenant, et une odeur terrible assaille mon nez. J’ai l’impression d’avoir plongé la tête la première dans un animal écrasé sur la route. Les émanations sont si nauséabondes que je manque m’évanouir. À la place, je cherche à frapper son visage avec le pieu improvisé, visant son œil. J’ai seulement poignardé des cartes avant, et je ne l’ai jamais fait avec un seul talon aiguille aux pieds. Par conséquent, mon arme atterrit très loin de ma cible : au milieu du torse de l’homme. À ma grande stupéfaction, le talon pénètre de quelques centimètres, comme s’il y avait déjà un trou. Ses vêtements sont intacts, pourtant j’entends une sorte de déchirure. Avait-il des points de suture sur son torse ? Il semble assez malade pour avoir fait une opération du cœur, mais il est bien trop vif. Ignorant la chaussure dépassant de son torse, l’homme entoure mon cou avec ses mains puantes et il commence à serrer. J’essaie de griffer ses doigts, mais il est étonnamment fort et je ne peux pas lui infliger beaucoup de dégâts avec mes ongles courts. Je lui donne donc un coup de genou à l’entrejambe, de toutes mes forces. La douleur s’élance dans mon genou, mais je me console en sachant qu’aucun homme ne peut supporter une telle attaque. J’ai tort. Les doigts autour de mon cou ne se détendent pas et à travers ma vue trouble, je vois ses yeux vitreux qui me fixent sans cligner des paupières. Je griffe alors son visage, mais en vain également. Mes poumons cherchent désespérément de l’air et même si je me suis entraînée à retenir ma respiration afin de pouvoir un jour mettre en scène une évasion sous-marine à la Houdini, je suis prise de panique. Mon corps s’agite et j’ai l’impression que ma tête va exploser à travers mes oreilles alors que le monde s’éloigne de moi. Avec mes dernières bribes de conscience, je me rends compte que c’est fini. L’obscurité m’enveloppe et je meurs.
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