Chapitre 1
Finalement, Fortin s’était sorti avec les honneurs d’un drôle de traquenard. Une bien sale affaire qui avait failli lui coûter cher.1
Grâce à l’opiniâtreté de Mary Lester, à son flair aussi, le grand n’était pas tombé dans le piège machiavélique qui lui avait été tendu et, après avoir craint d’être traîné en justice puis, par voie de conséquence, viré de la police comme un malpropre, il se retrouvait quasiment en position de chevalier blanc : le filet s’était retourné contre ceux qui l’avaient déployé et trois hommes, Gérard Burel, Joël Muselier et Stephan Janovic, surpris en flagrant délit de tentative de meurtre contre Nadine Monestier, attendaient leur jugement derrière les barreaux.
La jeune femme, impliquée elle aussi à son corps défendant dans l’affaire dite de la villa Kermanec’h, avait été entendue par la justice et mise hors de cause.
D’autant qu’avec un courage certain, elle avait accepté de jouer les appâts pour faciliter l’arrestation du croate Janovic, cheville ouvrière de cette sinistre manipulation dans laquelle deux femmes avaient trouvé la mort.
L’adjudant de gendarmerie Cotten, qui avait procédé à l’arrestation des malfrats, en avait reçu toute la gloire au grand dam du commissaire divisionnaire Fabien qui savait bien, lui, que c’était le commandant Lester qui avait tiré les ficelles – passablement embrouillées – de cette sombre affaire.
Entièrement blanchi, Fortin avait donc retrouvé sa place au sein du commissariat de Quimper et avait même été gratifié d’une lettre de félicitations – dont il n’était pas peu fier – signée du ministre de l’Intérieur en personne.
Le lieutenant Gertrude Le Quintrec, qui avait assisté Mary dans cette enquête si particulière, n’avait pas loué la péniche sur laquelle elle avait flashé à Port-Launay, mais elle avait cependant obtenu la garde du chien Baloo, de feue Marguerite Lennon, chien avec lequel elle avait noué de très forts liens de sympathie.
Comme elle ne pouvait garder dans son studio un animal aussi imposant, elle l’avait confié au lieutenant informatique, Albert Passepoil, qui vivait chez sa maman dans une petite maison cernée d’un jardin clos.
Baloo semblait apprécier sa nouvelle vie et madame Passepoil mère, ravie, le menait chaque soir faire sa promenade au long de l’Odet, sur ce chemin de halage, non loin de l’immeuble où sa précédente maîtresse avait trouvé la mort.
Pour autant, si les exécutants étaient sous les barreaux, les instigateurs de cette machiavélique machination n’avaient pas été identifiés et il était peu probable qu’ils le fussent jamais car, Mary en était convaincue, Stephan Janovic n’était pas de ceux qui se mettent facilement à table.
Mary n’était pas dupe, elle avait bien flairé d’où venait le coup mais entre dire et prouver il y a une marge qu’elle ne tenterait pas de franchir sauf cas de légitime défense, si d’aventure « on » se risquait à une autre tentative contre quelqu’un de son entourage.
Burel et Muselier n’étaient que des comparses, des exécutants. Quant à Janovic, c’était un truand d’une autre trempe. Mary avait senti la barbouze chez ce type et les accointances qu’il entretenait avec une ambassade des pays de l’Est lui laissaient penser que tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, ce Janovic serait exfiltré discrètement vers son pays d’origine dans le cadre d’un de ces échanges secrets qui se pratiquent entre services du même nom.
Entre-temps, le commissaire Fabien avait confié à Mary une mission un peu surprenante qu’elle avait entamée en compagnie du capitaine Fortin.
1. Voir Les mécomptes du capitaine Fortin, même auteur, même collection.