Frisson Matinal

1010 Words
Le Lendemain matin Point de vue Léa Je me suis levée tôt, comme toujours. La lumière du soleil filtre à travers les rideaux de ma chambre, et je peux entendre les oiseaux chanter dans le jardin. Je m’habille rapidement et sors courir dans le quartier. L’air frais du matin me fait du bien, et je me sens revigorée après ma séance. Une fois rentrée, je monte me doucher et me prépare pour la journée. Robe sobre, talons discrets, maquillage léger. Je suis procureure, pas star de cinéma. Mais je sais que la posture compte. Surtout quand on affronte des hommes qui pensent que le pouvoir leur appartient. En descendant dans la salle à manger, mes parents et ma petite sœur sont déjà là. Ma mère a préparé des pancakes et des œufs brouillés. L’odeur me ramène à l’enfance, à une époque où je ne savais pas encore ce que signifiait “justice”. — Bonjour, ma chérie, dit ma mère en m’embrassant. Tu es très élégante aujourd’hui. Une audience importante ? Je souris et m’assieds. — Pas une audience, mais une réunion avec les enquêteurs. On a reçu de nouveaux éléments sur le réseau Morano. Mon père fronce les sourcils. — Ce type qui terrorise la ville ? Mais qui est-il vraiment ? On dirait qu’il est partout et nulle part. Je hoche la tête. — Justement. On a des noms, des mouvements, des soupçons. Mais rien de solide. Il est comme une ombre. — Léa, tu es brillante. Tu vas finir par le coincer, dit ma mère avec douceur. Je souris, mais je sens déjà le poids de la journée. Après le petit déjeuner, je prends mon sac et mes dossiers, puis je me tourne vers ma petite sœur. — Allez, Rita, il est temps de partir pour l’école. Elle hoche la tête, prend son cartable. Nous disons au revoir aux parents et sortons ensemble. Pendant le trajet, elle me parle de ses cours, de ses copines, de ses rêves. Je l’écoute, mais mon esprit est ailleurs. Quand nous arrivons à l’école, je l’accompagne jusqu’à sa classe. — Sois sage , et toi travaille bien. — Je t’aime, Léa. — Moi aussi, petite sœur. Je remonte dans ma voiture et me dirige vers le tribunal. Le bâtiment est imposant, austère. Je me gare, sors, et aperçois Béatrice, ma collègue, en train de se disputer avec le vigile. — Béatrice, qu’est-ce qui se passe ? demandai-je en posant une main sur son épaule. — Ce type est insupportable. Il veut que je montre mon badge alors qu’il me voit tous les jours. Orlando, le vigile, secoue la tête. — Procureure , je suis désolé, mais les consignes sont strictes. Je soupire. — Béa, montre-lui ton badge. On a une journée chargée. Elle grogne, obtempère, et nous entrons ensemble. — Tu veux un café ? propose-t-elle. — Pas tout de suite. Je dois consulter un dossier urgent. Je me dirige vers mon bureau. Sur mon clavier, une enveloppe. Pas de cachet officiel. Juste mon prénom, écrit à la main. Je l’ouvre, méfiante. À l’intérieur : des photos, des relevés bancaires, des extraits de conversations. Et un visage. Inconnu. Je le fixe. Quelque chose me dérange. Je lis les annotations. “Alexander Morano.” Fils d’Alberto Morano. Jamais mentionné dans nos fichiers. Mais les documents montrent des liens directs avec des figures que nous surveillons. Il est là, tapi dans l’ombre, et personne ne l’a vu venir. Je sens mon cœur s’accélérer. Ce dossier n’a pas été transmis par les enquêteurs. Il a été glissé là. Délibérément. — Léa ? Tu viens ? demande Béatrice depuis l’open space. — Une minute. Je referme le dossier et le glisse dans mon sac. Je ne sais pas qui me l’a envoyé. Mais je sais que ce n’est pas une erreur. Je m’assieds, ouvre mon ordinateur, mais je n’arrive pas à me concentrer. Je repense à ce regard sur la photo. Froid. Calculateur. Comme s’il savait déjà que je le regarderais. Je reçois une notification. Un message anonyme. Tu es sur la mauvaise piste, Léa. Ou peut-être… la bonne. Je reste figée. Ce n’est pas un avertissement. C’est un jeu. Et je viens d’y entrer. Je me lève, traverse le couloir, et entre dans le bureau de Marc, l’un des enquêteurs du parquet. — Tu connais ce nom ? Alexander Morano ? Il fronce les sourcils. — Jamais entendu. C’est un lien avec Alberto ? — Je crois que oui. Mais il est invisible dans nos bases. Et pourtant, ce dossier est précis. Trop précis. Marc me regarde, inquiet. — Tu veux que je creuse ? — Non. Pas encore. Je veux comprendre qui m’a envoyé ça. Je rouvre le dossier. Une photo attire mon attention. Elle n’était pas là tout à l’heure. Une image de moi. Devant le tribunal. Hier matin. Je reste immobile, le regard fixé sur cette photo. Ce n’est pas juste une image. C’est une signature. Une façon de dire : Je te vois. Je te choisis. Je retourne le cliché. Rien. Pas de date, pas de nom. Mais l’angle, la netteté, le moment… tout indique une proximité. Il était là. Ou quelqu’un de son réseau. Et ils veulent que je le sache. Je sens mon rythme cardiaque s’accélérer. Ce n’est plus une enquête. C’est une partie. Et je viens d’être placée sur l’échiquier. Je prends une profonde inspiration, range le dossier dans mon tiroir, verrouille, puis m’assieds lentement. Je dois réfléchir. Ne pas paniquer. Ne pas montrer que j’ai compris. Mais je sais déjà que ce n’est que le début. Mon téléphone vibre. Un message. Numéro inconnu. Tu fais fausse route, Léa. Mais tu es fascinante quand tu cherches. Je serre les dents. Il joue. Il teste mes limites. Et il croit que je vais reculer. Je relève la tête. Non. Je vais le traquer. Le démasquer. Le faire tomber. Mais pour ça… je dois accepter de devenir aussi imprévisible que lui.. Je sens un frisson me parcourir. Il ne me surveille pas. Il m’annonce qu’il est déjà là
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