Le trône ou rien
POV Alexander
Ce trône, je ne vais pas l’hériter. Je vais le prendre. Même s’il faut écraser mon père pour ça.
Je regarde autour de moi. Les murs sombres, les rideaux épais qui filtrent la lumière de la ville, les armes posées sur la table, les munitions, la d****e, les liasses de billets éparpillées comme des trophées. Tout ici respire le pouvoir. Et le danger.
La nuit est tombée. Les rues sont plongées dans l’obscurité, mais les néons des bars et des clubs projettent des éclats rouges et violets sur les trottoirs. Les passants s’y pressent, attirés par les plaisirs de la nuit. Mais moi, je reste dans l’ombre. Je suis l’un de ceux qu’on ne voit pas, mais dont on murmure le nom.
Je suis le fils d’Alberto Morano, le chef de la Mafia. Assis dans mon bureau, entouré de mes hommes, je fais semblant d’écouter les discussions sur les livraisons d’armes à venir. Mais mon esprit est ailleurs. Je pense à ce que mon père prépare. À ce qu’il attend de moi.
Je savais que ce moment viendrait. Qu’il finirait par me tendre les clés de l’empire. Mais je n’ai jamais voulu suivre ses pas. Je veux tracer ma propre route. Et elle ne passe pas par la prudence.
Il entre dans la pièce. Je fais un signe de tête à mes hommes. Ils se lèvent et quittent la pièce sans un mot. Il reste debout, face à moi, sans s’asseoir. Son regard est lourd.
— Il est temps que tu prennes les rênes, Alex, dit-il. Tu as prouvé ta valeur. Mais je veux être sûr que tu es prêt à prendre les décisions difficiles.
Je souris intérieurement. Il croit encore que c’est lui qui décide. Il ne voit pas que le pouvoir a déjà changé de mains.
— Je suis prêt depuis longtemps, père, dis-je en gardant un ton neutre.
Il fronce les sourcils. Il me trouve trop sûr de moi. Trop arrogant. Mais c’est exactement ce qu’il faut pour régner.
Je me lève, contourne le bureau, ouvre le minibar. Deux verres. Une bouteille de whisky. Je nous sers sans lui demander s’il en veut. Je sais qu’il en a besoin. Il prend son verre. Moi aussi. Le liquide brûle ma gorge, mais je ne cille pas.
Il ne dit rien, mais je vois ses doigts se crisper autour du verre. Il hésite à le porter à ses lèvres. Ce n’est pas le whisky qu’il redoute. C’est moi. Ce que je suis devenu. Ce que je suis prêt à faire.
— Alors, père, dis-je en me tournant vers la fenêtre. Qu’est-ce que tu veux exactement ? Tu veux que je prenne les rênes, mais à quelles conditions ?
Je regarde la ville en contrebas. Les lumières scintillent comme des étoiles mortes. J’ai une vision pour cette entreprise. Une vision qu’il ne pourrait jamais comprendre.
Il me fixe, comme s’il cherchait à lire dans mes pensées.
— Cela signifie que tu vas prendre les décisions, Alex. Tu vas diriger, gérer les affaires, assumer les risques. Tu vas être le chef.
Je hoche la tête, prends une autre gorgée.
— Je sais tout cela. Mais je veux savoir ce que tu attends de moi. Qu’est-ce que tu veux que je préserve ?
Il hésite. Il parle de famille, d’alliances, de traditions. Il parle comme un homme qui a peur de voir son œuvre lui échapper.
Mais moi, je veux plus.
— Je ne partagerai pas le pouvoir avec les Sullivan. Je ne négocierai pas avec les Rossi. Je ne veux pas survivre. Je veux dominer.
Il me regarde comme s’il ne me reconnaissait plus.
— Tu es trop arrogant.
— Non. Je suis prêt.
Il soupire. Il cède. Il sait qu’il ne peut plus me retenir.
Mais il essaie encore. Il parle des Sullivan, de leur influence, de leur réseau. Il propose des alliances, des compromis.
— Fils, pourquoi ne pas travailler avec les Sullivan ? Ils peuvent devenir des alliés puissants. Nous pourrions partager les risques et les bénéfices.
Je secoue la tête.
— Je ne veux pas d’alliés. Je veux des soumis.
Il me regarde, décontenancé.
— Et les Rossi ? Ils sont dangereux, mais nous pourrions trouver un accord.
Je ris, froidement.
— Les Rossi sont des faibles. Je vais les écraser. Je vais prendre leur place.
Son regard se durcit. Il voit que je suis déterminé. Que je ne reculerai pas.
— Tu vas te brûler, Alex.
— Alors je brûlerai tout avec moi.
Il comprend. Il ne dit plus rien. Il finit son verre, le pose sur le bureau, et quitte la pièce.
Je reste seul. Le silence est lourd. Je regarde la ville. Je pense à mon enfance. Aux leçons de tir dans le sous-sol. Aux silences autour des cadavres. À la façon dont il m’a appris à ne jamais trembler. Et pourtant, il tremble aujourd’hui. Pas physiquement. Mais dans ses mots. Dans ses hésitations.
Je fais quelques pas dans la pièce. Mes doigts effleurent les armes sur la table. Chaque objet ici est une extension de mon pouvoir. Une promesse. Une menace.
Je sors mon téléphone. Une seule photo s’affiche : son visage.
Léa Martinez.
Procureure. Intouchable. Brillante. Elle est mon prochain obstacle. Mon prochain défi.
Elle croit en la justice. Moi, je crois en la stratégie. Elle sera mon premier pion. Et mon premier trophée.
Je pense à ce qu’elle a déjà fait. Deux de nos partenaires arrêtés. Un entrepôt saisi. Elle ne se contente pas d’enquêter. Elle attaque. Elle veut démanteler ce que mon père a construit. Ce que je suis en train de reprendre.
Elle est brillante, incorruptible, trop visible. Elle pense que la loi est un rempart. Moi, je vais lui prouver que c’est une illusion. Si je veux régner sans entrave, je dois la faire plier. Pas la tuer. La briser. Lentement. Et publiquement.
Je vais commencer par elle.
Elle est devenue un symbole. Une menace déguisée en vertu. Chaque fois qu’elle apparaît à l’écran, entourée de journalistes, c’est mon nom qu’elle vise sans le dire. Elle ne m’a jamais cité. Mais elle sait. Elle sait que je suis là, que je monte, que je prends ce que mon père n’a jamais osé réclamer.
Elle a fait tomber deux de nos partenaires. Elle a mis la pression sur nos circuits de blanchiment. Elle a osé convoquer mon oncle devant le tribunal. Et elle a refusé l’argent. Refusé la peur. Refusé les compromis.
C’est pour ça qu’elle doit tomber. Pas par balle. Pas par poison. Par stratégie. Par infiltration. Par humiliation.
Je vais l’approcher. La séduire. La faire douter. Je vais lui offrir des vérités qu’elle ne pourra pas ignorer. Et quand elle commencera à flancher, je l’exposerai. Devant tous. Elle deviendra le symbole de ce que le système ne peut pas protéger.
Et moi, je serai déjà ailleurs. Intouchable. Inévitable.