Chapitre 9

1001 Words
Chapitre 9 Ce ne sera pas utile. Madame Macari n’est déjà pas en bonne santé, mieux vaut ne rien lui dire pour éviter de l’inquiéter inutilement, déclara Kathleen d’un ton calme. As-tu vraiment vécu seule toutes ces années ? demanda Gemma en baissant les yeux, assise près d’elle. Je suppose, répondit Kathleen après un court silence. Tu supposes ? Gemma releva la tête, surprise. Qu’est-ce que ça veut dire ? Un sourire amer effleura les lèvres de Kathleen. Depuis son mariage avec Samuel, elle avait passé la majeure partie de son temps seule, même s’ils partageaient officiellement le même toit. Kathleen, tu es quand même chanceuse. Tu as encore Madame Macari, murmura Gemma avec lassitude. Mon frère et moi, c’était différent. Nous étions mineurs tous les deux. Personne ne voulait nous adopter ensemble. On nous a séparés de force et envoyés dans deux familles différentes. Alors voilà ce qui s’est passé… souffla Kathleen en pinçant les lèvres. Bon sang, pourquoi je te raconte tout ça ? Gemma secoua la tête et retrouva son ton habituel. Je dois assurer une garde de nuit à l’hôpital. Repose-toi bien. Ça ira. Je partirai après m’être reposée un peu, répondit Kathleen. Elle savait pourtant qu’elles auraient dû éviter de se revoir. Toutes deux portaient encore les séquelles d’un traumatisme ancien. La mort violente de leurs parents avait laissé des cicatrices indélébiles dans leurs jeunes esprits. Elles s’étaient implicitement mises d’accord pour s’éloigner l’une de l’autre, convaincues que l’absence était la seule façon d’éviter de raviver la douleur. Kathleen, lança soudain Gemma, la faisant sortir de ses pensées. Se rendant compte qu’elle avait haussé le ton, Gemma adoucit aussitôt sa voix. Ne t’inquiète pas. Considère cet endroit comme chez toi. Il y a des vêtements propres dans ma chambre. Prends une douche, change-toi. J’ai préparé du porridge hier soir, il en reste dans la cuisine. Réchauffe-en un peu. Tout en parlant, Gemma se changea rapidement et enfila son manteau. Gemma… tu travailles à l’hôpital maintenant ? demanda Kathleen. Oui, je suis infirmière, répondit-elle sans se retourner. J’ai avancé, Kathleen. Ne t’en fais pas pour moi. Même si tu as des choses que tu ne peux pas me dire, reste ici tranquillement. Elle partit aussitôt. Kathleen laissa échapper un long soupir. Elle savait qu’elles avaient été parmi les plus durement touchées ce jour-là, car elles avaient vu de leurs propres yeux leurs parents mourir. Ses yeux s’embuèrent, mais elle se força à ravaler ses larmes en baissant la tête pour observer les traces de sang sur ses vêtements. Elle entra dans la chambre de Gemma, prit des habits propres, puis se dirigea vers la salle de bain. Après la douche, elle se posta devant le miroir, posa doucement la main sur son ventre et murmura d’une voix tremblante qu’elle voulait rassurante qu’elle protégerait son enfant. Pourtant, des larmes coulèrent malgré elle lorsqu’elle repensa à Samuel, à l’origine même du danger qu’elle avait affronté. Samuel ne se soucierait jamais de son état. À cet instant, il devait sûrement veiller tendrement sur Nicolette à l’hôpital. Dehors, Samuel était adossé à sa Maybach, une cigarette entre les doigts. Il fumait sans s’arrêter. Le sol autour de lui était jonché de mégots. L’aube approchait, et Kathleen demeurait introuvable. Il serrait son téléphone contre lui, le cœur battant sans répit. Va-t-elle mourir ? Va-t-elle disparaître de ma vie ? Non… je ne peux pas l’accepter. Monsieur Macari, lança Tyson en courant vers lui. Nous avons retrouvé l’homme ivre qui a enlevé Madame Macari. Amenez-le, ordonna Samuel d’un ton glacial. Lorsque les gardes lui présentèrent l’homme, celui-ci était méconnaissable, couvert d’ecchymoses. Qu’as-tu fait à cette femme ? demanda Samuel sans hausser la voix. L’homme fut tiré de sa torpeur. Comprenant le danger, il balbutia qu’il n’avait rien fait. Coupez-lui une main, dit Samuel sans ciller. Une lame fut aussitôt dégainée. Pris de panique, l’homme s’effondra à genoux. Pitié ! Je dirai tout ! Parle. J’étais ivre… je venais de divorcer… J’ai perdu le contrôle en voyant une belle femme seule, mais je ne lui ai rien fait. Quelqu’un est intervenu et l’a emmenée dès que je l’ai tirée dans une ruelle. Quelle main a osé la toucher ? demanda Samuel. L’homme resta muet. Coupez-les toutes les deux, ordonna Samuel, le visage impassible. Non… c’était celle-ci ! cria-t-il en levant la main gauche. Samuel tira une bouffée de cigarette. Tu mens. Tu l’as touchée avec les deux. Le cri de douleur déchira l’air lorsque la première main fut tranchée. La seconde suivit aussitôt, étouffée par la main d’un garde sur la bouche de l’homme. Jetez-le loin d’ici, ordonna Samuel. Oui, monsieur. Les gardes s’exécutèrent, laissant derrière eux une scène rapidement nettoyée. Vérifiez les caméras de la ruelle et identifiez celui qui a secouru Kathleen, ajouta Samuel. Alors que Tyson s’apprêtait à passer un appel, son téléphone sonna. Allô ? Qui êtes-vous ? Êtes-vous un proche de Kathleen ? demanda une voix calme. Kathleen est avec vous ? Tyson fronça les sourcils. Samuel arracha le téléphone. Où est Kathleen ? Et vous, qui êtes-vous pour elle ? répliqua l’homme. Je suis son frère, répondit Samuel froidement. Impossible. Toute sa famille est décédée. Qui êtes-vous vraiment ? Comment avez-vous obtenu ce numéro ? gronda Samuel. Je l’ai trouvé dans sa liste de contacts d’urgence, répondit l’homme sans se troubler. Puis-je parler à Monsieur Hackney ? Samuel sentit une gêne sourde l’envahir. Ce n’était pas lui, mais Tyson, qu’elle avait désigné. Il rendit le téléphone sans expression. Demandez-lui où elle est. Tyson s’exécuta. Elle va bien, mais je dois d’abord le confirmer avec elle. Je vous rappellerai, conclut l’homme avant de raccrocher. Tyson baissa les yeux. Il dit devoir vérifier avec Madame Macari avant de nous informer. Enquêtez sur cet appelant, ordonna Samuel. Je veux tout savoir avant le lever du jour. Oui, monsieur. Samuel resta là, tirant lentement sur sa cigarette, l’esprit tourmenté. Kathleen était en vie, mais hors de sa portée. Pourquoi ne m’a-t-elle pas contacté ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas cherché en premier ?
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