Quand l'homme s'éveille…

3259 Words
Putain quel sale con, il ne pouvait pas m'attendre ? Bougonne comme il m'arrive si souvent de l'être ces derniers temps, je décide que Samuel n'est décidément qu'un pauvre type qui ne me mérite en rien. Bon nombre de prétendants refoulés rêveraient que je veuille d'eux. D'ailleurs, bon nombre rêveraient tout court que je daigne leur adresser la parole. Et lui… bah il choisit de me laisser en plan, alors qu'il sait combien je suis une personne sensible qui nécessite un soutien morale permanent tout au long des 10 minutes de marche à pied qui me sépare du bahut tous les matins. Non franchement, je ne peux pas croire qu'il soit assez mesquin pour m'avoir (encore) fait ce coup-là. Je scrute alentour, me disant que peut-être ce lève-tôt serait miraculeusement en retard, pourtant je n'y crois pas trop. Avec Samuel, il n'y a pas de demi-mesure. Il m'attend plus d'une demi-heure, ou il s'en fout. Ça dépend les circonstances, ses humeurs, et après ce qui s'est passé, j'avais le vague espoir qu'il décide de se montrer clément. Bon, après, il se pourrait aussi qu'il m'en veuille pour hier soir. Au souvenir de sa façon de réagir, je l'avais trouvé plutôt motivé, mais bon, peut-être s'est-il senti agressé. Pauvre chou. Pour les retardataires qui auraient manqué l'info, hier, j'ai embrassé mon meilleur ami. Parce que je l'aime, et que je profite de chaque occasion qui se présente. Brusque retournement de situation ne trouvez-vous pas ? Mais je n'y peux rien, et j'ai décidé que je m'en foutais, ça me convient d'en rester à la simple amie qu'on bécote à l'occasion. D'ailleurs… lorsqu'on y pense, pourquoi m'a-t-il laissée lui rouler une pelle ? Etait-ce de la faiblesse de sa part, mon côté femme fatale qui l'a submergé le temps d'un instant, où juste cette pseudo excuse à la con d'un retour de bon procédé ? Hmm, je vais opter pour le côté femme fatale. Ça flatte mon égo, et puis ce n'est pas si irréaliste. Ah, qu'il est agréable de sentir son pouvoir, aussi foireux soit-il. -En tout cas, ne puis-je m'empêcher de grommeler tout en marchant, pouvoir ou pas, il aurait pu m'attendre… sans cœur va… la prochaine fois que je le vois, je le mords ce constipé du slip. Mes pensées m'apaisent et tandis que je franchis les portes du bahut, j'apprécie comme il se doit mon nouvel état d'esprit. Il n'y a pas de doute, je préfère jouer à la chieuse qu'à la dépressive de service. Je ne sais pas, je trouve que ça me va bien mieux au teint. Une fille que je ne connais pas écarquille les yeux en m'apercevant, et je la vois souffler précipitamment quelque chose au mec qui lui parlait. Quoi ? Aurais-je oublié quelque chose ? Je lève une main sur mon visage, essuie toute trace éventuelle de dentifrice, saleté ou autre cochonnerie qui me porterait préjudice. Pour le principe, je vérifie de même que ma braguette est bien en place, ou que je ne me suis pas mis le Nutella de mes tartines sur les vêtements. Tout est en ordre. Je fronce les sourcils. Alors quoi ? Je regarde à nouveau la fille qui semble toujours en train de parler sur mon dos, constate que d'autres se sont mêlés à la discussion. Mais merde, qu'est-ce qu'ils me font chier ces abrutis ? Je suis prête à foncer dans le lard pour obtenir une explication digne que je ne leur colle pas ma photo dans le cul, lorsque je vois Marie se précipiter vers moi, l'air réjoui d'une personne retrouvant sa bonne copine. -Ah je te trouve enfin, me lance-t-elle tout en finissant de refermer son sac. Tu vas en quel cours ? -Heu… je jette un autre coup d'œil aux emmerdeurs, décide qu'il serait inutile de faire mauvaise impression devant l'envoyé du seigneur. Je leur foutrai une raclé plus tard. -Anglais. Bref hochement de tête. -Quel prof ? -Zhoubiskui. -Tiens, moi aussi, s'exclame d'un air enchanté la blonde aux yeux bleus. Tu veux qu'on y aille ensemble, ou tu préfères aller écouter les dernières volontés de ton ami gay ? -C'est Samuel, la corrigé-je par automatisme… quand… ? (Je réalise ce qu'elle vient de dire et me stop.) Hein ? Dernières volontés ? Marie sourit plus largement, jetant un petit coup d'œil suffisant à la foule qui chuchote, et je comprends là un message codé. « Julie, me dit-elle, pourquoi crois-tu que tous ces fous-la-merde parle sur ton dos ? Ça a un rapport avec ton « ami gay » » Je lui saisis le bras. -Marie, qu'est-ce qui se passe ? -Viens d'abord, qu'on s'éloigne de ces vautours. Tandis qu'on marche, je constate qu'il est plutôt difficile de s'éloigner des dits vautour, mais Marie semble savoir où elle va, je la suis. Que s'est-il passé ? Pourquoi je le sens mal ? -Tu vas devenir célèbre, m'explique Marie tout en marchant. Rares sont les élues qui ont l'honneur de déclencher une rivalité entre mâles dans un lieu public. Je dois d'ailleurs reconnaitre que je suis jalouse, il faudra que j'aille confesser ce péché la prochaine fois. -Une rivalité entre mâles ? Je crois saisir, et en même temps je n'ose songer que c'est le cas. -Tu veux dire, entre… ? Approbation vigoureuse chez l'autre blonde. -Ton ami gay et le garçon avec qui tu étais censée faire des « choses de grandes personnes ». Je ralentis, me sens nauséeuse. Samuel, qu'as-tu encore été faire ? Avec une telle différence de gabarit, mon petit oisillon contre ce colosse féroce, il ne peut y avoir qu'une issue. Je me tourne vers Marie, près à entendre le pire. -Dans quel état est Samuel ? -Hmm, pas très bon je le crains. Marie avance toujours, semble m'expliquer la chose d'un air détaché. Je remarque pourtant que sous l'impassibilité de façade, elle affiche un air pincé. Commençant à la connaitre, je saisis qu'elle doit être horrifiée que de si jolis petits culs s'abiment pour une raison aussi stupide qu'une fille. Elle a bien raison d'ailleurs. S'il reste un bout intact chez Samuel, je vais me charger de l'achever dans les règles. Quel i***t ! -Il y a eu de vifs échanges verbaux, puis physiques… Argh, mais pourquoi ne le dit-elle pas plus clairement ? Combien de bras reste-t-il à mon oisillon ? Je tente de garder mon calme. -C'est-à-dire ? Insisté-je. Marie hausse les épaules, exaspérée. -On peut dire que c'était un échange très viril. Si j'ai bien compris, il y avait une histoire de, je cite, « enfoiré, ne l'approche plus », puis « tu te crois mieux peut-être ? » Je dois me forcer à fermer la bouche, tant je suis sur le cul. Ils se sont donc bel et bien battus pour moi. Wow. Marie me regarde, semble lassée par la bêtise de la nature humaine. -Si ça t'intéresse, l'ami gay a répondu « oui, largement » à cette question. Puis le ton est monté d'un cran, et il y a eu ex-égaux. -Hein ? -Ils se sont mutuellement assommés. HS. Tous les deux à l'infirmerie. Snif, ma réputation est finie. Je suis l'élue du grotesque. -Ah… quelle bande de cons. -Tu m'ôtes les mots de la bouche, confirme-t-elle, tout en me désignant la porte de l'infirmerie. Bon ok, prends-toi ça dans la face. Ça, ça veut dire, « toi aussi ma pauvre, tu fais partie de cette fameuse bande de dégénérés ». Snif, mais… c'est pas ma faute… bon, presque pas de ma faute. -A tout à l'heure en cours, lâche Marie. Enfin, ajoute-t-elle d'un ton moqueur, si tu trouves le temps bien sûr… Elle s'en va, je la regarde faire. Je ne sais pas quoi penser de cette fille. Est-ce qu'elle me gonfle, ou est-ce que j'aime sa franchise ? À voir, il faudra que j'y réfléchisse, pour l'instant mieux vaut se concentrer sur les blessés de guerre. Lorsque je pénètre dans l'infirmerie, l'odeur de médicament me fait froncer le nez. Berk. Un bon répulsif à étudiants tiens. Et si ça ne suffit pas à vous ôter toute envie de mimer la maladie, il reste ces murs couleurs crème, ces trois lits bancals et des couvertures aussi vétustes que parfaitement inefficaces pour toute autre chose que la décoration. Vu l'épaisseur, je ne vois pas ce que ça peut réchauffer… Et là, parmi ce décor à vous filer la gerbe, je retrouve mon Samuel, allongé sur l'un des trois lits, les yeux fermés et une serviette remplie de glace sur la mâchoire. Il n'y a personne d'autres. Tant mieux. Je n'aurais pas eu la force de faire face à Jérémie de toute façon. Lorsque je m'approche, je vois le sac de cours de Samuel posé sur la table adjacente, accompagné de mon propre sac et de mon portable. Non, ne te laisse pas attendrir July. Ne flanche pas. Dans cette optique, je tache de rendre ma voix la plus sèche possible. -Ne t'avais-je pas dit que je ne voulais pas que tu te mêles de mes affaires ? Pas de réponse, mais un frémissement pour me montrer qu'il est conscient. Je m'approche et m'assois sur son lit. -Tu es mort ? lancé-je, lassée. -Oui, grommelle-t-il en réajustant sa serviette sur la joue. -Hmm, (je chasse une poussière invisible de mon manteau, pose mes mains sur mes genoux.) Ça doit être plutôt douloureux… Il ouvre un œil, se renfrogne en constatant l'ironie de ma voix ainsi que de mes traits. -Tu n'imagines pas à quel point. J'y réfléchirai à deux fois avant de rejouer au coq. Ça fait un mal de chien… Jouer au coq… Je secoue la tête, mais je ne peux lutter contre la vague de plaisir qui m'étreint. J'aime bien l'idée qu'il me défende. C'est si étrange de sa part, moi qui l'ai tant protégé, mais ce n'est vraiment pas désagréable. Je hausse pourtant le ton. -Je n'ai jamais demandé à ce qu'on me prenne pour la demoiselle en détresse. Je t'avais dit de ne pas t'en mêler. Samuel lâche un soupir, et finit par lâcher sa pauvre serviette avant de se redresser. Je constate que je n'aurai peut-être pas dû m'assoir sur ce lit. C'est en tout cas ce que me font penser mes cuisses frôlant les siennes. -Oui, me répond-il en me dévisageant posément, mais je suis l'homme et toi la femme. Donc je n'ai pas toujours à t'écouter lorsque tu joues à tords la dure… J'ouvre la bouche, il me bayonne d'une main. -Chut. Je sais, tu es la plus forte, la meilleure, tout le monde le sait. Mais laisse-moi croire que tu es ravie que je t'aie aidée et que tu aimerais que je te protège plus souvent à l'avenir. Ses yeux se font étrangement tristes. -Ça risque de t'étonner, poursuit-il plus bas, mais même le plus gay des bipèdes aime être traité comme un homme. Ça fait partie des fonctions d'un mec. Heu… d'accord, tout ce qu'il veut, tant qu'il arrête avec sa main. Mais merde, qu'il l'enlève de ma bouche ! Qu'est-ce que c'est que ces manières ? Ah je suis une idiote, incapable de réagir correctement. Je me souviens d'ailleurs de ce que je m'étais promis, et joins l'utile à l'agréable. Un bon coup de dents, il n'y a décidément rien de mieux pour ramener l'ordre dans tout ce bordel… Et la réaction instantanée ne tarde pas venir… -Aïe, mais t'es cinglée ou quoi, pourquoi tu m'as mordu ? Je croise les bras, fière de moi. -Tu n'avais qu'à m'attendre ce matin. C'est ta punition… (j'y réfléchis). Et merci pour m'avoir aidée. Il me regarde comme seule une psychopathe en puissance peut être regardée. -Tu trouves suffisant de me remercier après m'avoir mordu ? Ton Ex m'a quasiment handicapé… J'esquisse un rictus menaçant. -Je t'ai dit « merci », ça devrait te suffire... Il croise les bras sur ce torse musclé. Sublime. -Et bien ce n'est pas le cas. Je mérite plus pour mon noble dévouement. Je lève les yeux au ciel. Quel boulet ! Comment se fait-il que je n'en sois pas restée à l'idée d'un simple ami ? -Bon vas-y, capitulé-je en bonne soumise. Dis-moi ce qu'il faudrait que je fasse pour te satisfaire. Je ferais ce que tu veux. Je ne comprends qu'une fraction de seconde trop tard combien il était dangereux de dire une telle connerie. Aussitôt dit, aussitôt je me fais agripper par la taille et je me retrouve dans ses bras chauds. -Ce que je veux ? Répète-t-il d'une voix mi tendre, mi espiègle. Je ne suis pas si exigeant, ça, ça me suffit. Heu… inutile de dire que je reste tétanisée dans ses bras, incapable de prononcer un mot. Je ferme fermement les yeux. Ce mec est gay. Ce mec est gay. Ce mec est gay. Reste à ta place July, c'est juste de la camaraderie, ce n'est pas la première fois. Du calme. -Je… (J'avale ma salive). Je te trouve plutôt vif pour un mourant. -Chut, murmure-t-il contre moi, je suis en train de me soigner. Ne gâche pas le traitement en disant tes âneries. Ok, j'en suis réduite à un traitement. Ah, il m'énerve. Puis, comme il me faut toujours un certain temps de réflexion avant d'atterrir, je réalise qu'il n'est pas nécessaire que je subisse cette situation. Comme je l'ai dit plus tôt il me faut profiter de chaque occasion, à défaut de pouvoir tout avoir. Je ferme moi aussi les yeux et le laisse réaffirmer sa prise sur ma taille. C'est confortable. C'est doux. Bref, c'est mon Samuel. La sonnerie sonne, je me prépare à me faire expulser des bras de ce premier de la classe. Mais non, il reste tel quel. Une question me vient. -Marie m'a dit que tu avais réussi à envoyer Jérémie à l'infirmerie… Petit grommellement de la part de mon ami. Aurais-je gâché le moment ? J'insiste. -Tu l'as mis KO ? -Je ne dirais pas ça. A peine un œil au beurre noir. (Il soupire tristement) Je dois admettre que je suis déçu par mes propres performances. Un silence. -Je pense m'inscrire à un club de Kung Fu, histoire d'assurer la prochaine fois. Je lui frappe la cuisse. -Je t'interdis formellement de recommencer. Débile mentale. -Femelle ingrate. -Constipé du slip. -Vieille fille aigrie. -… -Ça y est tu n'as plus rien à me dire ? s'étonne celui qui me serre. -Non, mais j'ai décidé de me montrer plus mature que toi. -C'est pas gagné ma vieille. Mais j'approuve la démarche… -Et donc, continué-je en ignorant sa critique, Jérémie est déjà parti. Ce n'était donc pas si grave… -… tu t'inquiètes encore pour ce pauvre type ? Je ne réponds pas, parce que je sais déjà qu'il ne serait pas d'accord. Reste que selon mon point de vu, je suis l'unique fautive de l'histoire. J'aurais dû en finir avec ce type depuis une bonne semaine. Dès lors que j'ai senti son changement d'attitude, j'aurais dû mettre à cette relation. Mais il y a eu Samuel et sa première fois, et… Je réalise subitement qu'aujourd'hui est le fameux jour où mon oisillon doit perdre son innocence (ça, c'est dans le cas où on considère que ce démon a un jour possédé cette fameuse innocence). Tellement perdue dans mes propres problèmes, j'avais cessé de m'intéresser à celui-ci, pourtant capitale. Je m'écarte de Samuel, me rassied près de lui qui me regarde d'un air irrité. -Quoi ? L'interrogé-je. Qu'est-ce qu'il y a ? Il secoue la tête, s'assied à son tour. -Rien, laisse tomber. Les hormones qui me travaillent semblerait-il… J'aurais dû me moquer de sa remarque pourrie, mais j'ai autre chose en tête. -J'avais oublié, commencé-je prudemment, mais ce soir… c'est le grand soir… Samuel ne dit rien, continue de me regarder comme si je parlais du temps qu'il faisait aujourd'hui. -Heu… je veux dire… tu te sens prêt ? Samuel crispe les lèvres, le sujet semble de tout évidence le gêner. -July, je n'aime pas trop parler de ça. Tu sais, moi et Kevin nous… -Tu ne veux pas en parler ? -Disons que c'est plus compliqué que ça… tu te souviens hier ? Je voulais te dire quelque chose… Je le scrute, attends qu'il poursuive. Mon cœur s'accélère, je me sens malgré moi nauséeuse. -Ça va ? S'inquiète Samuel en fronçant les sourcils. Je souris. -Ne t'inquiète pas, juste les menstruations quotidiennes qui me tracassent. -Ah… Samuel ne semble pas convaincu, et je le vois hésiter. -Tu disais ? L'incité-je. Allez, tu ne vas pas me dire que le petit Samuel a peur… je reprends mon sérieux. Quoique ce serait normal, donc si tu veux en parler, je t'aiderais du mieux que je peux. Ces phrases, si vous saviez combien je ne les pense pas. Bien sûr que non je ne veux pas l'aider à se faire toucher par un autre. Bien sûr que non que je n'apprécie pas la situation. Mais je ne peux oublier la scène d'hier ; je ne peux oublier l'air heureux qu'il affichait face à Kevin. Je ne peux oublier non plus ce baiser qu'ils ont échangé, et qui montre que je ne suis ici que l'intruse qui croit pouvoir s'incruster en toute impunité. Mais ce n'est pas grave. Je refuse de révéler à Samuel qu'il devrait se calmer me concernant, se montrer plus méfiant lorsqu'il « joue » avec moi. Car pour moi il est un homme, et moi une femme. Je n'y peux rien, lui non plus. Et je veux malgré tout le garder près de moi. Juste pour moi. Loin de l'inciter à m'expliquer, mes encouragements semblent plutôt le fermer, car Samuel se déplace pour s'assoir sur le bord du lit. -Oui merci. C'est vrai que cette semaine tu m'as énormément aidé. Tu n'imagines pas combien ça m'a apporté. Un silence. -Mais tu n'as plus besoin de te forcer, lâche-t-il tout en relaçant l'un de ses lacets. Je pense être prêt à sauter le pas. -… avec Kevin ? Ses yeux verts me transpercent lorsqu'il se redresse et décide de quitter le lit que nous partagions à l'instant (dis comme ça, on pourrait presque croire à des trucs cochons… si seulement…). Tandis que je l'observe, je lui trouve un petit air mélancolique incompréhensible, mais sans doute n'est-ce qu'une impression, puisqu'il m'ébouriffe les cheveux d'un air moqueur. -Avec qui d'autre veux-tu que le fasse ? Je sors avec Kevin, tu l'as oublié ? Je lui tire la langue, il m'ébouriffe une nouvelle fois les cheveux. -Bon, je pense qu'il va falloir y aller. Je ne voudrais pas que tu te prennes une autre heure de colle… -Comment tu… ? Le gay m'adresse le clin d'œil, version « je te domine ma chère… » -J'ai mes sources, lâche-t-il pour toute réponse. Tandis que je le vois prendre ses affaires et me tendre les miennes, je songe que non, je n'ai malheureusement pas oublié qu'il sort avec Kevin. Je ne l'ai pas oublié, mais ça ne fait pas de mal de confirmer. Je ferme brièvement les yeux avant de les rouvrir. Il ouvre la porte. Ce mec est gay. Il me sourit. Ce mec est gay. Il disparait de ma vue, me laisse seule. Oui, je sais, ce mec est gay.
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