-… tout ça pour dire que Samuel et moi ça fait déjà longtemps, me lance sèchement Kevin sur le pas de la porte.
Je sens son envie de me claquer la porte au nez, suis prête à y laisser la main si cela peut me permettre de mieux comprendre.
-Mais, je vous ai vu vous embrasser…
Rictus chez l'homme magnifique qui me fait face, moi qui ne peut que déglutir. C'est qu'il en impose ce type.
-Un simple adieu dans les règles, soupire-t-il blasé, c'est tout ce qu'il pouvait m'offrir je présume.
Kevin me jauge, avant d'ajouter doucement.
-Fais en sorte que ça ait au moins servi à quelque chose.
La porte se ferme, je reste là, choquée, perdue, furieuse.
Boitillant tant bien que mal, je reviens sur mes pas, ne sachant plus trop quoi penser…
Je… wow, je vais détruire ce mec.
D'ailleurs, je vais m'en charger tout de suite. Inutile de reporter ce qui doit être fait, il faut que le châtiment tombe maintenant, avant que je ne me ramollisse. Malgré ma fureur, je suis malgré tout contrainte de m'arrêter, tant la douleur de mon entorse est insoutenable. Quelle imbécile je fais…
Un calvaire ils disaient ? C'est bien pire. Et j'ai comme l'impression d'avoir aggravé mon cas en jouant la dure. Mais je ne peux pas rester ici, il faut que je rentre chez moi. La simple idée de marcher dix minutes dans cet état me donne cependant la nausée et lorsque je pose le pied une nouvelle fois, je ne peux retenir un cri. Bon, du calme July, tâchons d'être méthodique. Vu la situation, que suis-je censée faire ?
Je vois un banc en bois qui semble m'ouvrir les bras, je décide que m'assoir un moment pourrait déjà dissiper la douleur avant que je ne reparte en guerre.
Les minutes s'écoulent, le soleil amorce sa descente et je ne peux que resserrer mon manteau plus fort contre moi. Ah… je n'aurais pas dû aller voir Kevin… encore que, je suis bien contente d'être fixée désormais. Sauf que ça ne m'avance en rien, parce que c'est pire encore qu'avant.
J'entends des pas sur ma gauche, préfère m'isoler dans mes réflexions furieuses. Que vais-je faire lorsque je verrais Samuel ? Hmm inutile de s'appesantir davantage sur ce sujet, je sais déjà. Je l'étriperai sans l'ombre d'une hésitation je, l'écartèlerai, lui ferais mordre la poussière, je le…
-July ?
Je connais cette voie, relève les yeux vers l'ennemi.
-Mais, s'étonne Samuel en s'approchant, qu'est-ce que tu fous là ?
Je le fixe, me sens trembler de colère. Quel enfoiré.
-Je pourrais te retourner la question, fis-je agressive.
-Je… je suis allé raccompagner Sacha chez elle avant d'aller chez Kevin. Elle a des problèmes familiaux ces derniers temps, je voulais m'assurer que ça irait.
-Sacha…, fis-je d'une voix dure. Et tu comptais aller voir Kevin après ?
Samuel semble décontenancé par mon air menaçant, et je ne peux que le comprendre. Tu vas mourir mon pote, profite de tes derniers instants tant qu'il en est encore temps.
-Heu… oui.
Ok, il insiste.
Je me redresse, folle furieuse, et me détournant de lui, commence à marcher. Dommage pour le côté théâtral mais je suis bien contrainte de m'arrêter. La douleur est trop forte, j'en ai presque la nausée. Pour donner le change, je croise les bras, mime la fille qui le laisse partir devant.
Un bras de cet enfoiré me retourne, je pince les lèvres un peu plus fort.
-Qu'est-ce qu'il y a Julie, pourquoi es-tu ici ?
-Et toi ?
-Je te l'ai dit, je…
Je le gifle.
-Menteur ! Hurlé-je, les yeux exorbités. J'ai vu Kevin. Vous ne sortez plus ensemble depuis plus d'une semaine…
Samuel ne lève pas même une main à sa joue meurtrie. Il se contente de me regarder fixement, visiblement peiné.
-Julie, ce n'est pas ce que tu crois...
-Oh, ne t'inquiète pas, fis-je d'un ton qui m'effraya moi-même. J'ai compris, tu ne me dois rien. Je lâche un rire froid. Quand je pense que j'étais venue ici par respect pour toi, que je culpabilisais de ne pas être sincère avec toi… je suis vraiment trop conne parfois.
Je me retourne encore, fais un pas, me stop encore. Et merde, ça fait mal. J'ai mal, je ne peux plus avancer. Les yeux me piquent, je grimace de douleur. Et je me maudis pour ça, parce que la douleur de ma cheville ne vaut en rien le supplice qui fait rage dans ma poitrine. Ce mec m'a menti. Il m'a manipulée, et s'est servi de sa prétendue homosexualité pour ne rien me devoir. Menteur, menteur, menteur.
Je sens Samuel s'approcher, prépare mes poings. S'il croit pouvoir enfoncer le clou sous prétexte que j'en suis réduite à un animal blessé, il fait une grave erreur.
-July, je… je voulais t'en parler, mais…
-Mais c'était tellement facile, finis-je pour lui. Jouer avec moi, me repousser après m'avoir fait du rentre dedans…
Samuel me retourne brusquement pour que je lui fasse face, je détourne le regard, autant pour ne pas le voir qu'afin de cacher ma détresse.
-Tu pleures ?
Ok, en plus d'être un connard, ce mec n'a aucune subtilité. Il peut me critiquer, il n'est guère mieux.
-Non abruti, grincé-je, c'est ma cheville. J'ai mal.
Etrangement, ma remarque lui arrache un sourire. Je me retiens de ne pas le dégommer.
-Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ? Lâche-t-il dans un soupir. Je ne serais pas parti avec Sacha si tu me l'avais dit.
-Tu sais ce que je vous dis, à Sacha et toi ?
-Non, mais je suis curieux de l'entendre…
Son sarcasme me met hors de moi, je lève le poing, le prépare, le lui assène. Seulement petit Samuel n'est pas si petit, et mon coup se fait bloquer dans sa poigne de fer.
-July, je suis vraiment désolé, je ne voulais pas te rendre les choses plus difficiles qu'elles ne l'étaient déjà.
Lorsque je le regarde, je vois qu'il s'en veut vraiment, qu'il se sent coupable et quoique je veux toujours le frapper, lui faire mordre la poussière, je sens ma colère faire place à la simple tristesse de l'être délaissé.
-Tu m'as menti, murmuré-je.
-Oui, mais ça ne m'a pas plu plus qu'à toi. Je… j'étais perdu, je réfléchissais, je ne savais pas quoi faire et… Tu me perturbais.
J'arrache ma main à la sienne, ne peux en supporter davantage. A l'entendre, c'est lui la victime, le pauvre être qui a été contraint de me mentir pour éviter que je ne me vexe lorsqu'il m'a repoussée.
-Si vraiment je te perturbais tant que ça, sifflé-je, tu n'avais qu'à pas jouer ainsi avec mes sentiments. Tu n'avais qu'à pas faire cette sortie foireuse mercredi. Et alors…
-Ce que tu ne comprends pas, c'est que je voulais que cette journée se passe, lâche Samuel excédé.
Je me retourne brutalement, scotchée par ce qu'il dit… heu… on n'était pas en train de parler de lui ne m'aimant pas et me mentant ?
-Quoi ?
Samuel s'ébouriffe les cheveux, visiblement terriblement gêné. Je vois presque les rouages de son esprit s'entrechoquer les uns aux autres, mais finalement, une impulsion, une envie. Ses yeux me transpercent de part en part, il s'approche de moi.
-July…
Les mots ont du mal à sortir, je le sens. Moi je ne dis rien, je n'ose espérer l'inespérable ;
-Ce que tu refuses de comprendre, s'exclame-t-il précipitamment, comme s'il craignait de ne pouvoir aller jusqu'au bout, c'est que je…. (Il se gratte la tête, visiblement excédé) Rhaa, t'es vraiment chiante. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Mercredi, Tu as été cobaye je l'avoue volontiers, mais pas comme tu crois. Ce jour-là, tu as été abjecte, foutu caractère et ça a été un calvaire de te sortir.
-Merci, lâché-je, ça fait toujours plaisir.
Samuel me fait taire d'un geste sec.
-Mais j'ai aimé ça, lâche-t-il durement. Ce qui signifie que j'avais bien raison. C'était la preuve dont j'avais besoin pour…
-Pour quoi…
-Pour savoir que je t'aime.
Je me fige, perd pied. Oh, un joli dromadaire… vous le voyez, vous le voyez ? Non ? Ouais, ça y est c'est décidé. Je me paie un séjour à l'asile parce que j'ai cru entendre que…
-July ? Ça va ?
Je lui fous une tarte.
-Mais qu'est-ce que j'ai encore fait ? S'énerve Samuel.
Je ne sais pas trop. Je crois que c'est plus par instinct qu'autre chose. L'autre version aurait été de lui sauter dessus pour le violer sur place, mais j'ai peur qu'il soit en train de se foutre de ma gueule.
Je le lui dis. Samuel semble au bord du suicide à la verticale.
-Pourquoi ça ne m'étonne même pas… marmonne-t-il. De toute manière, c'est de ma faute, je n'avais qu'à pas trainer avec une débile… Aïe, July, du calme.
-Non, je ne me calme pas. Tu me fais tourner en bourrique toute la semaine, tu me parles de ta relation imaginaire et lorsque je flanche, toi tu… (J'aurais voulu dire, « tu veux sortir avec moi », mais je me rends subitement compte du ridicule de l'affaire. Si par miracle il est suffisamment hétéro pour vouloir de moi, que moi je suis suffisamment conne pour vouloir de lui, alors où est le problème ?)
C'est trop d'un coup, il faut que je m'asseye. Beaucoup trop compliqué pour une débile dans mon genre.
Je boitille péniblement sur le banc de tout à l'heure, me prends la tête à deux mains.
-Je ne voulais pas te le dire, glisse prudemment mon oisillon, parce que je savais que tu le prendrais mal. Tiens, il n'y a qu'à voir l'état dans lequel tu te mets.
Je le sens s'asseoir près de moi, ne dis toujours rien face aux bêtises que j'entends. Je prends mal sa déclaration ?
-Mais je ne peux plus me taire, et j'ai été un i***t d'attendre jusqu'à maintenant. Je voulais te protéger mais au final tu me prends pour pire que je suis, un menteur.
-Me « protéger » ? répété-je avec sarcasme.
-July…
La voix hésite, je sens qu'il se demande s'il est vraiment utile de s'enfoncer un peu plus, semble décider que oui.
-July, reprend-il si doucement que je dois tendre l'oreille pour saisir ce qu'il me dit, ça fait longtemps que tu me plais, mais pour toi, je ne suis rien de plus qu'un gay. Je t'ai dit mercredi combien je méprisais les femmes, mais tu n'es guère mieux que moi. Tu fuis les hommes, sors avec eux, les jette aussi sec. Dès lors que j'ai compris ce qui se passait dans ma tête, j'ai pris peur, me suis dit que tu agirais de la même manière avec moi, alors je me suis tu, et j'ai regardé…
Je sens Samuel remuer près de moi, n'ose plus relever la tête. J'ai le souffle coupé.
-J'ai cherché à ne rester rien qu'un ami, je peux te le jurer, se défend-t-il, je suis sorti avec d'autres mecs, parce que le plus dingue, c'est qu'à part toi les filles me laissent toujours autant de glace, mais ça devient de plus en plus dur ; et puis Jérémie est venu, il est resté plus longtemps que les autres, tu le critiquais de moins en moins et ma relation avec Kevin s'amplifiait… alors…
-Alors, finis-je malgré moi, tu as inventé ce grand saut, et j'ai sauté la tête la première dans ton plan.
-Je ne m'attendais pas à ce que ça se passe ainsi, répond Samuel. Je pensais juste prendre ce prétexte pour savoir ce que ça ferait d'être avec toi, et j'ai compris que je n'avais jamais vécu ça avec Kevin.
-Tu l'as plaqué quand ?
-Mercredi soir. Juste après t'avoir ramenée chez toi.
-Si les regards pouvaient tuer, Kevin m'aurait tuée sur le coup, lâché-je, encore choquée. Maintenant je comprends mieux pourquoi…
Le silence revient, je réfléchis. Je n'en reviens pas… dire que je me sentais si mal cette semaine. Lui a vécu ce sentiment pendant bien plus longtemps encore. Le plus frustrant, c'est sans doute que ce mec a raison. Il y a une semaine, j'aurais découvert la vérité, je me serais éloignée… mais maintenant…
-Si vraiment tu… (Je peine à dire à voix haute ce qu'il vient de m'annoncer.) Si vraiment c'est le cas, éludé-je, alors pourquoi m'as-tu rejetée hier soir ?
Je sens la surprise de Samuel, ne la comprends pas.
-Tu parles de lorsque tu m'as embrassé ?
Je grimace, le visage toujours caché, remue la tête en un hochement. Je rêve de voir son expression, saisir ses pensées.
-Je ne voulais pas qu'on le fasse comme ça, lâche Samuel d'un air dur. Tu étais triste d'avoir rompu avec Jérémie, je ne voulais pas être un substitut. Et je sais que c'est de ma faute si tu as eu des soucis avec Jérémie dès le début. Je n'aurais jamais cru que ma stupidité créerait autant de problèmes…
Je relève enfin la tête, me sens flageolante.
-Et bien tu en as créé figure-toi, lâché-je cruelle jusqu'au bout. Et pas qu'un peu…
C'est à son tour de baisser la tête.
-Je sais, je suis désolé.
Samuel relève pourtant les yeux, esquisse un faible sourire.
-Au moins tu n'as pas encore fui, glisse-t-il prudent, c'est plutôt bon signe.
Ses yeux m'irradient de leur douceur, je ne peux lui répondre.
Samuel semble mal interpréter mon silence.
-Je tenais simplement à ce que tout soit dit, dit-il l'air anxieux, je ne te demande rien. Tout ce que j'espère, c'est que tu ne me rejetteras pas. Je peux rester ton ami, j'en suis capable…
Je le scrute, note son regard désespéré, le fait qu'il attend ma réponse. Comment en est-on arrivé là ? N'était-ce pas à moi de le supplier à genoux de ne pas s'enfuir à toute jambe… ? Non, vraiment j'ai beaucoup de chance. Allez, je suis, je l'admets volontiers, vraiment mais alors vraiment une fille chanceuse. C'est plutôt mauvais signe, car lorsque le destin se retournera contre moi, je sens que je vais morfler comme il se doit.
Je soupire, le défie du regard.
-C'est là que tu te trompes, lâché-je d'un air impassible, toi tu es peut-être capable de faire comme si de rien n'était, mais…
Mon impassibilité de façade se craquelle, et je ne peux retenir le filet de ma voie qui devient un murmure quasi inaudible.
-Moi, finis-je, j'en suis définitivement incapable.
Samuel blêmit, je suis obligée de poursuivre rapidement.
-Je ne peux pas rester ton amie, pour la simple raison que tu t'es montré trop persuasif cette semaine. Tu as dû me détraquer le cerveau, mais je crois que j'ai réussi l'impossible ; aimer celui que je n'aurais jamais dû aimer…
Samuel est devenu pierre. Pas un frémissement, pas un souffle, un clignement d'œil ne vient démentir la théorie selon laquelle je l'ai tué sur place. Je suis décidément très forte. Sauf que ce n'est pas la réaction que j'attendais. Je me sens gênée, veux qu'il rompe ce silence plus qu'insupportable. Que va-t-il se passer maintenant ?
-Samuel, tu es mort ?
Pas de réponse.
-Tu sais, je te trouve vraiment stupide de ne pas t'en être rendu compte plus tôt. Tu crois vraiment que j'embrasse n'importe qui, aussi triste que je sois ? Là tu me déçois, moi qui te croyais intélige…
Sans qu'aucun signe avant-coureur ne soit donné, Samuel me prend dans ses bras, je sens son odeur, sa chaleur. Je me sens bien.
Allez, juste pour l'emmerder.
-Samuel, arrête tu m'étouffes, tu sais que si un passant passe, tu vas passer pour un pervers et…
-La ferme Julie, ne parle plus.
Il s'éloigne de moi, je dois lever les yeux vers ce qui semble être officieusement devenu mon homme. Que l'impression est étrange. Moi qui me contentais depuis si longtemps de contempler cet être magnifique sans (presque) aucune arrière-pensée, je vais pouvoir… toucher. Sentir. Faire ce qu'il me plait.
Mon regard s'attarde sur ses cils épais, sa peau à en mourir, j'ai encore le temps de voir le tracé de ses lèvres avant qu'elles ne viennent à ma rencontre. Venez, ai-je envie de leur dire, venez, je vous attendais…
Et l'impression est toujours aussi merveilleuse. Parce que ce baiser est doux. Parce que je peux ressentir que cet homme m'aime, qu'il est avec moi, pour moi, mon fichu caractère et tous mes défauts. Je sais que je suis bien plus qu'un objet à ses yeux, que je suis précieuse, et ce sentiment, je vous jure que je le découvre. Cet homme est à moi… alors je lève les bras, et je touche, je sens, et son corps contre le mien me rend folle.
Se passe-t-il une seconde, deux, ou bien un peu plus, brusquement je me sens soulevée du banc. J'ouvre brutalement les yeux, ouvre la bouche pour protester.
-Sam, qu'est-ce que tu fous ?
Pour le regarder dans les yeux, je suis contrainte de me tordre le cou vers le haut. Et je regrette tous ces efforts, parce que ces yeux, cette intensité, bah ça m'enlève tout mon phrasé choisi. Je me retrouve réduite au silence, moi qui aime tant dire de la merde, et je sens qu'il va falloir que je m'y fasse si je veux survivre, parce que mon cœur va lâcher d'ici peu dans le cas contraire.
-Peut-être l'as-tu déjà oublié, mais Tu as une entorse ma chère…
-Mais, je…
-Chut… laisse-toi faire.
Oh et puis merde, puisqu'il le veut. Je baisse les yeux, colle ma tête contre son manteau en laine. Puis le balancement de ses pas, sa chaleur qui me parvient malgré le tissu, et là, dans ce décor nocturne, sous la lune qui semble me sourire, je m'endors, heureuse comme il m'a rarement été donné de l'être.
Le pouvoir de la femme aura finalement fonctionné. Un gay, avec une hétéro, qui a dit que ça ne pouvait pas exister ? Quoi ? Vous dites que c'est impossible ? Vous me demandez pourquoi il voudrait de moi ? Ma seule réponse est simple : et pourquoi pas… ?