Elaine se redressa lentement, les traits crispés par l’angoisse. Elle n’avait jamais imaginé qu’un simple refus de candidature déclencherait une telle tempête.
Mais enfin, qui était donc cette Natalie ? À la voir, rien ne la distinguait vraiment.
Toutes les têtes se tournèrent vers Elaine, guettant ses mots.
— Je… je…, balbutia-t-elle, la gorge serrée.
Elle finit par lâcher d’une voix tremblante :
— J’ai entendu dire qu’à l’université, elle fréquentait plusieurs garçons à la fois. Certains affirment qu’elle n’est pas aussi pure qu’elle le prétend. Elle—
— Réfléchissez avant d’aller plus loin, coupa Garrett, d’un ton glacial.
Il se redressa dans son fauteuil.
— Si vous avez des preuves, donnez des noms. Qui vous a rapporté ces faits ? Quand et où auraient-ils eu lieu ? Nous devons éclaircir cette affaire. Je ne tolérerai pas qu’un jugement soit porté sur un candidat sur la base de simples rumeurs.
Sa voix, bien que mesurée, avait la dureté du fer.
— Et comprenez ceci : si vous avancez de faux propos, vous devrez en assumer les conséquences. Vous savez, Elaine, la frontière entre la médisance et la diffamation est mince. Et la seconde relève du tribunal.
Il marqua une pause, puis reprit, plus sévère encore :
— De plus, vous avez enfreint le règlement en traitant Mlle Quinn avec partialité. Vous êtes parfaitement consciente qu’un diplômé ne peut passer l’examen destiné aux designers confirmés.
Le visage d’Elaine se figea. Elle jeta un regard furieux à ses collègues, impuissante. Garrett, visiblement, avait déjà mené son enquête. Rien ne lui échapperait.
Elle comprit qu’aucun mensonge ne pourrait la tirer d’affaire.
Elle prit une inspiration tremblante, puis déclara avec un mélange d’amertume et de défi :
— Je n’ai aucune preuve. J’ai seulement répété ce qu’on disait. Je n’ai pas supporté sa présence, alors j’ai prétendu qu’elle avait une mauvaise réputation.
Le regard de Garrett se glaça.
— Donc, non seulement vous avez colporté des ragots, mais vous avez délibérément tenté d’évincer une candidate qualifiée par pure antipathie. Vous avez agi par rancune personnelle et mis en péril les intérêts de l’entreprise. Une telle attitude est impardonnable. Elaine Sellers, vous êtes relevée de vos fonctions.
Un silence pesant envahit la salle.
Elaine pâlit brusquement.
— Monsieur Harding, je vous en supplie ! Je reconnais ma faute. J’ai servi le groupe Larson depuis ma sortie de l’université. Accordez-moi une dernière chance, je vous en prie.
Ses mots s’étranglèrent dans un sanglot. Le désespoir marquait chacun de ses gestes. Elle savait ce qu’impliquait un licenciement de ce genre : plus aucun cabinet de design ne voudrait d’elle. Sa carrière s’effondrait sous ses yeux.
Garrett resta impassible. Il tourna la tête vers son assistant.
— Faites venir la sécurité. Qu’on la raccompagne hors du bâtiment.
Quelques minutes plus tard, la porte se referma derrière Elaine, et le silence reprit sa place.
Garrett leva enfin les yeux vers Natalie. Il la détailla calmement, comme s’il voulait la découvrir vraiment pour la première fois.
— Mademoiselle Quinn, dit-il avec une douceur polie, vous pouvez poursuivre votre candidature. Votre profil correspond parfaitement à nos critères pour les nouveaux diplômés.
Natalie resta muette, les yeux écarquillés. Elle finit par hocher la tête, presque machinalement.
— D’accord… merci.
Garrett esquissa un sourire tranquille.
— Merci d’être venue aujourd’hui. J’ai une autre réunion, je vais donc devoir vous laisser.
Il se leva, suivi des autres membres du comité. Avant de sortir, il se retourna et, avec un éclat complice dans le regard, ajouta :
— Ce fut un plaisir, Mademoiselle Quinn. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir.
Lorsqu’ils quittèrent la pièce, la responsable aux cheveux châtains s’approcha de Natalie, lui tapota l’épaule en silence, puis s’éloigna à son tour.
Seule, Natalie resta immobile un moment, les mains crispées sur les accoudoirs. Tout lui semblait irréel. Puis, en se levant, elle sentit une légèreté étrange, comme si ses pieds ne touchaient plus le sol.
Elle ne comprenait toujours pas comment un entretien qui avait si mal commencé avait pu prendre une telle tournure. Pourquoi le vice-président en personne s’était-il impliqué ?
Au même instant, une Bugatti noire se gara lentement devant une rangée de maisons délabrées. Le contraste entre le luxe du véhicule et la pauvreté du décor était presque choquant.
À l’arrière, un homme posa un dossier épais sur le siège, puis ôta sa veste sur mesure pour enfiler un vieux blouson usé.
— Vous venez ici tous les jours, maintenant ? lança Sean, son chauffeur, en ajustant le rétroviseur. Avant, c’était à peine une ou deux fois par an. Vous avez pourtant des villas partout en ville. Pourquoi vous infliger ça ?
Sebastian tourna vers lui un regard d’acier.
— Tu sembles avoir beaucoup de temps pour bavarder, Sean. Si c’est le cas, je peux toujours t’envoyer entretenir mes autres propriétés.
Le chauffeur se tut aussitôt.
Lorsque Sebastian sortit de la voiture, Sean se donna une claque sur la joue, pestant à voix basse :
— Bien joué, idiot. Tu ne peux jamais te taire, hein ?