Combat de coqs

4160 Words
La foule déambule toujours autour de nous. Je me fige. Merde. Tandis que Vincent s'avance encore pour nous rejoindre, je jette un coup d'œil anxieux à Jensen. Il affiche son air impassible, mais je le sens hostile à l'arrivée de cet inconnu qui semble si bien me connaitre (à juste titre d'ailleurs). La mâchoire de Jensen se crispe légèrement, ses yeux croisent les miens d'un air interrogateur, et j'ouvre la bouche sans pouvoir esquiver un son. Que dire ? Jensen, jusqu'à il y a quelques mois, je me faisais ce dénommé Vincent tous les mardi, jeudi et vendredi soir après le dessert au chocolat ? … Ah oui, et j'oubliais les jours de pleine lune, les mardis gras et les soirs d'ennui impromptu… … Oui, et il faudrait également que je te précise les jours où je ne trouvais personne d'autres pour combler mes besoins d'homme accompli. Donc voilà, trois fois rien, il s'agit juste de mon meilleur ami de couette, celui qui me donne le plus de plaisir sans me lasser depuis plus de trois ans maintenant. Un ami, quoi, rien de bien méchant. Je regarde encore Jensen, mais non rien ne vient, alors je tente tout naturellement de mentir. Sauf que tandis que Vincent s'approche toujours, en ces quelques secondes qui nous rapprochent d'une catastrophe inévitable aux vues du manque de subtilité de l'arrivant, je me noie dans cette inquiétude frustrée qui apparait sur les traits parfaits de Jensen lorsqu'il sent mon hésitation à lui expliquer. Pire, je crois même qu'il sent ma gêne, et qu'en bon génie diabolique il devine que je vais mentir et qu'il a des raisons de craindre ce Vincent. C'est un s****d après tout, je sais comment cette espèce raisonne. Mon doute devient d'ailleurs certitude lorsqu'il plisse le front d'un air peu avenant, et je cille avant même qu'une excuse de circonstance apparaisse. Je ne veux pas lui mentir. J'en suis incapable. La bulle de silence qui nous lie explose lorsque Vincent nous atterri dessus. -Lain, s'extasie Vincent en me prenant dans ses bras, ça fait tellement longtemps. Merde, tu n'imagines pas combien tu m'as manqué. Il m'étouffe en me serrant contre lui, je tente de le repousser. -Vincent, stop, arrête ! Je le pince, il consent enfin à s'éloigner et je lui décerne un regard lourd de menace pour qu'il comprenne. -Vincent, continué-je, tout en le fixant avec un sourire que j'espère convaincant, tu te trompes mon vieux. Ce n'est pas Lain, c'est Heden. (Un silence, et moi qui lui fait les gros yeux en priant pour que Jensen ne le remarque moi). Tu te souviens ? Je jette un rapide coup d'œil à Jensen pour voir ce qu'il en est, et frémis. La personnification du prédateur prêt à attaquer. Et je n'en suis pas la proie. Non, celui qui se fait semi-étudier, semi-lacérer, c'est mon pauvre Vincent un peu bébête sur les bords. Celui-ci plisse le front. -Heden ? s'étonne-t-il. Pourtant tu… Je le foudroie du regard, puis il semble enfin se souvenir de notre discussion. Il fait la moue. -Ah oui, c'est vrai. Heden… Vincent m'étudie de haut en bas, et sa mine boudeuse s'accentue. -Heden…, répète-t-il d'une voix clairement désapprobatrice. Ses yeux glissent presque naturellement sur celui qui m'accompagne, et je grimace devant les éclairs qui s'échangent. … Je n'ai pas oublié pourquoi j'ai cessé de voir Vincent malgré mes besoins sexuels à satisfaire. D'ailleurs, je me souviens également pourquoi je suis continuellement en manque de cul ces derniers mois, et pourquoi je n'ai jamais pu aller me soulager chez quelques anciennes connaissances compatissantes. A cause de Vincent. Juste à cause de lui, et de sa terrible colère lorsqu'il avait su que je me travestissais. Moi, en fille ? Une insulte envers ma personne, qu'il n'a jamais digérée, et où sa colère s'est étrangement retournée contre moi. Je n'avais pas à me mêler des affaires de ma sœur m'avait-il dit, et je devais immédiatement cesser la merde dans laquelle je me mettais. Pour faire dans les grandes lignes, je l'avais envoyé se faire foutre, lui avais dit de ne pas m'emmerder et de simplement continuer de me faire l'amour les mardi, jeudi et vendredi (plus les jours de pleine lune, mardi gras et jour d'ennui). Il s'était pourtant montré si insupportable et collant les jours qui avaient suivi, que j'avais dû mettre de la distance. Mais non je ne le laissais pas tomber, l'avais-je rassuré, je préférais simplement être prudent au cas où quelqu'un me suivrait. Il avait cédé malgré cette excuse bidon, mais m'avait prévenu : je ne pouvais en aucun cas aller me procurer délivrance sexuelle chez une personne moins chiante, sinon il le saurait. Et la foudre se serait abattue. … Vincent dévisage un long moment Jensen, provocateur comme à son habitude, et je me retiens de lui foutre un coup pour le faire cesser son manège d'attardé. -C'est qui ? lâche-t-il finalement en me regardant. Pour le coup, je crois que j'ai vraiment la poisse. Pourquoi poser LA question qu'il ne faut pas ? -Heu… c'est un ami de classe. Vincent, continué-je vivement en souriant, ça fait super plaisir de te voir. Je pensais justement à t'appeler. Si tu veux, je te contacte demain et… -Ouais c'est ça, tu ne le feras pas, je te connais. Il regarde une nouvelle fois Jensen. -Un ami, tu dis ? Quel genre d'ami ? Niveau subtilité : zéro pointé. Niveau d'envie de massacrer ce con : maximum. Niveau de danger : critique. Il ne manquerait plus que… -Je m'appelle Jensen, lâche d'une voix impassible Jensen. Et effectivement je suis un ami. Ça pose un problème ? Argh… pourquoi lui dire ton prénom ? Gémis-je intérieurement en fermant les yeux, conscient que le désastre est d'ores et déjà enclenché. Et ce ton agressif ? Pourquoi ? -Jensen, répète doucement Vincent, avant de me lancer un regard éloquent. Et oui, songé-je en me retenant de lui faire la grimace, il s'agit bien de CE Jensen. Celui auquel tu as promis de refaire le portrait lorsque j'ai eu la bêtise de t'en parler. Et oui encore, ce Jensen que tu m'as interdit d'approcher… Merde. -Et d'ailleurs, continue Jensen (Je n'ose le regarder, je suis actuellement en train de chercher à fond la caisse une solution miracle pour me sortir de ce pétrin), pourquoi Lain ? Pourquoi l'as-tu appelé Lain ? -Parce que j'aime bien l'appeler comme ça en privé, grince Vincent d'un air moqueur. Que veux-tu, Heden et moi nous connaissons très bien, alors j'aime l'appeler par de petits noms dans l'intimité… n'est-ce pas, Lain ? Je relève les yeux et esquisse un pauvre sourire à l'intention de Jensen, que j'associe à un sourire bien plus menaçant à l'égard de Vincent. Jensen plisse le front, avant de sourire à son tour. Du sourire connard en puissance bien entendu. Celui qui dissimule une colère que je sens croitre de seconde en seconde. -Je peux comprendre ce genre de penchants…, murmure Jensen d'une voix onctueuse qui me donne envie de disparaitre six pieds sous terre. Mais un prénom de garçon, les gens pourraient croire des choses mon vieux… Vincent choisit d'adopter le sourire carnassier à son tour et me saisit par les épaules en bon propriétaire tandis qu'il réplique. -Ces gens pourraient croire à juste titre alors. J'ai des fantasmes que peu partagent. Et me faire un mec en fait partie… tu vois le genre ? Le regard de Jensen se braque sur la main de Vincent qui me tient, son sourire s'accentue. Je veux mourir. -Je ne visualise pas très bien, non. D'ailleurs, je n'imaginais pas Heden si « indulgente » envers ce genre de penchants… c'est intéressant à savoir. Snif, si je vous dis que j'ai envie de fuir, vous me croirez ? Ou de les castrer tous les deux ? -Tu n'imagines même pas qui est Heden, s'esclaffe méchamment celui qui me tient toujours. Elle pourrait te surprendre plus que tu ne le crois. Je prendrais garde à ta place… (Le sourire de Vincent devient rictus, sa voix menaçante) je pense même qu'à ta place je m'éloignerais autant que possible. Réplique acide chez l'opposant. -Merci du conseil, mais je vais m'en passer. Je tente d'ouvrir la bouche, mais mon faible « Heu… » hésitant se voit réduit au silence par un coup d'œil menaçant des deux hommes en pleine jouxte visuelles. Puis Vincent lâche un petit sifflement à vous faire fuir, avant de poursuivre l'échange verbal. -Tu pourrais le regretter, grogne-t-il. Et l'air à bout de mon Jensen apparait enfin, pour éliminer toute trace de cordialité sur son faciès. -C'est marrant, j'ai presque l'impression que tu me cherches… -Ce n'est pas qu'une impression… … -Bon, ok, ça suffit, marmonné-je en me délivrant de l'emprise de Vincent. Non mais j'hallucine de devoir m'interposer entre deux mecs. À croire qu'ils se battent pour moi. Un comble, que j'aurais préféré ne jamais vivre. Autant dire que ma virilité s'en trouve profondément et irrémédiablement bafouée. -Personne ne menace personne, continué-je en m'interposant entre les deux abrutis. On va arrêter là ces joyeux échanges d'hommes à l'apogée de leur force, et on va tous rentrer sagement se coucher. Vincent, toi tu vas… -Je te préviens Lai… Heden, je t'interdis de me laisser en plan. Je te connais, tu ne me rappelleras pas. Rentre avec moi… Je sens Jensen qui s'avance, prêt à bondir. -Jensen, fis-je prudemment, il a raison, je… -Tu lui interdis ? raille Jensen à l'intention de mon s*x-friend. Tu te prends pour qui ? Son ex ? -Essaye encore, tu y es presque, grogne Vincent. Enlève juste le "ex"… -p****n, m'énervé-je, Vincent la ferme. Furieux de cette révélation, excédé par cette situation ridicule, je n'ai plus qu'une envie : que Jensen s'en aille, qu'il foutte le camp avant qu'une autre erreur ne soit commise et qu'il découvre le poteau rose. -Jensen, s'il te plait, va-t-en, il faut que je parle à Vincent. On se voit demain ? Jensen ouvre la bouche, visiblement furieux avec son air de connard clairement affiché. Cependant je le supplie presque du regard, et il cède finalement. Ou presque. -Et ton devoir ? Merde. -Je viendrais le chercher demain, et je le recopierai vite fait avant les cours. Jensen, s'il te plait… L'intéressé hausse les épaules, et ses traits n'expriment plus rien si ce n'est un désintéressement total pour une situation qu'il ne comprend pas lui-même. -Si tu y tiens, c'est toi qui vois. -Merci. Jensen hoche une nouvelle fois la tête, avant de se détourner, sans même un coup d'œil à Vincent. Je le regarde partir, une boule à l'estomac. Je me sens con, vous n'imaginez même pas à quel point. Con, et méprisable, telles ces jeunes donzelles qui voient partir la mauvaise personne et savent qu'elles ne font que de la merde et continuent encore un peu plus à merder à chaque pas. Pathétique. Inconscient de son erreur, Vincent m'attrape par derrière, en m'enlaçant la taille. -Tu m'as vraiment manqué, chuchote-t-il suavement à mon oreille. Pourquoi as-tu lutté tant de temps sans venir me voir ? Je ne t'excite plus ? Je le repousse, sans tenter de cacher combien je suis furax. -Afin d'éviter ce qui vient juste de se produire, crié-je. « Enlève juste le ex ? », non mais tu te rends compte de ce que tu viens de faire ? -Pourquoi ? grogne aussitôt Vincent en plissant les yeux d'un air suspect. Tu vas me dire que ce n'est pas vrai ? On est quoi selon toi ? Des vierges en périples de l'amitié éternelle ? Je lui frappe l'épaule, ce qui le fait grimacer. -p****n Vincent, pour lui je suis Heden ! Heden, tu te souviens ? Ma sœur, cette nana coincée, cette pseudo vierge en périple de l'amitié éternelle justement ! -Ah oui, mince… -Abruti ! T'es vraiment qu'un enfoiré à toujours ouvrir ta gueule quand il faut pas ! Comment je vais faire moi maintenant ? -Mais Lain… -Ta gueule, rugis-je en le frappant encore. Je ne veux plus t'entendre. T'es qu'un débile fini… Excédé, je me détourne de lui, me saisis les cheveux pour me les arracher. -p****n j'en ai marre de cet enfoiré… Seul le silence me répond, et j'inspire en fermant les yeux. Je visualise mon petit nuage chéri, m'en imprègne et fais le vide en moi, en me laissant comme à chaque fois entrainer par une brise imaginaire qui me calme. Ça va mieux. Lorsque je le regarde à nouveau, celui-ci m'étudie, un petit sourire amusé sur les lèvres. -Quoi ? Grogné-je. -T'es plutôt Hot en fille. Je n'aurais vraiment pas cru. Tu pourrais presque me faire b****r tu sais ? -Pff, abruti. Celui-ci s'approche et m'enlace une nouvelle fois. -Ah, tes petites crises de nerf m'avaient manqué. Je suis désolé, je ne le ferai plus. Ça m'a juste mis hors de moi. p****n, non mais Jensen ! Pourquoi tu traines avec lui ? Je le foudroie du regard, le préviens version « tu ne vas pas recommencer sinon je me casse » et il s'apaise aussitôt. -C'est bon, fait-il, je ne dis plus rien, c'est ton problème après tout. (Il me serre plus fort.) Si ça t'amuse de jouer à la pauvre fille toute la journée, c'est toi qui gère, mais je veux qu'on recommence à se voir Lain. -Il t'en aura fallu du temps, bougonné-je. -Que veux-tu, je suis long à la détente. Mais j'en peux plus, c'est toi le meilleur niveau p******l. Et nos jeux me... -Ils te manquent, c'est bon, inutile de te répéter mon vieux. Je souris malgré moi, et lui rend son étreinte. -Ok c'est bon, toi aussi tu m'as manqué espèce d'enfoiré. Surtout que moi, contrairement à toi, je n'avais personne d'autres pour faire joujou. Vincent sourit bêtement, stupidement ravi par cette révélation sur mon abstinence foireuse. -C'est vrai ? Même pas avec ce con de Jensen ? -T'es con ou quoi ? m'emporté-je. Je suis censé être une fille ! -Ah oui c'est vrai. (Il plisse le nez) non parce que vu comment vous marchiez ensemble, j'ai cru que… enfin bref, c'est pas grave, on s'en fout. Il me tire avec lui, je résiste. -Allez viens, me lance-t-il joyeux. Je t'emmène voir les autres ! -Tu délires ? Je… -Je leur ai déjà tout dit. … -p****n, mais t'es vraiment trop con ! Dégénéré ! Débile ! Connard ! s******d ! -Ouh que ça m'avait manqué, s'esclaffe Vincent avant de m'entrainer dans cette ruelle pleine de monde. Vraiment, je ne sais pas comment j'ai fait pour me passer de toi pendant si longtemps. Un vrai supplice. -Je vais te castrer, et tu vas voir ce qu'est le vrai supplice ! -oOo- Rha, ce mec m'exaspère. p****n, pourquoi l'avoir dit aux autres ? Lorsque je le lui ai enfin demandé après m'être un peu calmé, il m'a avoué n'avoir pas tenu une semaine avant de tout balancer aux autres, une fois bourré un peu plus que de coutume. Personne ne m'a rien dit pour ne pas le mettre dans le pétrin, mais tout le monde, m'assura-t-il, avait trouvé cette nouvelle « hilarante ». J'avais fulminé tandis qu'il m'entrainait dans les ruelles, et m'étais terré dans un digne silence en guise de bouderie punitive. J'adore ce mec, mais franchement, qu'est-ce qu'il est con parfois ! Tandis qu'il m'emmène tout en me racontant les multiples potins loupés durant ces mois de réclusion obligé, je l'observe monologuer du coin de l'œil, en songeant combien ce mec est bandant. Ou alors c'est juste que je suis en manque, et ce sexfriend si couramment employé me rappelle de si bons souvenirs que j'en salive d'anticipation. Ce soir, je vais de nouveau me le faire. Chouette. La pensée que ça aurait pu être Jensen à la place me traverse l'esprit, suivie par une pointe de regret, secondée elle-même par un certain soulagement. Au moins, la révélation sur mon problème de sexe ne sera pas révélée ce soir. Mais j'aurais tout de même bien aimé voir son popole… zut. Pour me consoler, je m'amuse à énumérer tous les atouts de mon Vincent, et combien j'ai plus de chance d'être avec lui ce soir. D'une, il me manquait. De deux, lui sait que je suis un mec. De trois, il a le cul le plus ferme qui soit, l'engin le mieux fichu du pays (je n'ai guère été tester plus loin) et un visage que ses vingt-cinq ans ont magnifié au gré des ans. Une peau mate, des yeux marron clair, un nez droit, une mâchoire carrée, des cheveux noirs coupés en brosse, ce mec est un mets de premier choix, comme j'en ai rarement vu. D'ailleurs… à quelques détails près, il pourrait presque faire penser à Jensen. Merde. Ne pense pas à ce con. Nous entrons dans une boite de nuit, et Vincent me mène au fond de la salle, où je retrouve toute la b***e. En me voyant, tous me sautent dessus, et beaucoup écarquillent les yeux en voyant ma jupe et mon allure. Je les envoie chier, et tout particulièrement Julie, avec qui j'échange vite fait la fameuse jupe contre son pantalon. Les discussions partent dans tous les sens, - il y a tant à dire-, puis lassé par l'enthousiasme débordant de Julie, je prétexte aller chercher à boire pour prendre l'air. Au bar je me fais accoster par deux mecs différents, avant qu'un autre ne me propose un verre. Vu le prix des alcools, je saute sur l'occasion, trop heureux de profiter de cet avantage typiquement féminin. Petit sourire reconnaissant pour le pauvre type qui peut toujours courir pour obtenir plus, et je retourne fièrement auprès des autres, un verre d'alcool gratuit dans les mains. C'est qui le plus fort ? c'est qui le plus beau ? Inutile de répondre, je le sais déjà. -Non décidemment, lâche Julie en se collant à moi. C'est décidé, lundi je m'inscris dans ton lycée. Je veux être avec toi. -Julie, soupiré-je en buvant d'une traite ma boisson, je te l'ai déjà dit, c'est la fin de l'année scolaire. Qu'est-ce que tu veux, venir alors que c'est fini ? Ils ne voudront jamais de toi. Laisse tomber. Julie fait sa moue boudeuse, se niche contre ma poitrine pour me faire son air de chaton meurtri. Au passage, elle s'amuse avec mes deux chaussettes en les triturant. -Mais c'est pas juste. Je veux être avec toi. -Oui, moi aussi… Julie, stop avec ça, pas touche. Docile, la blonde magnifique cesse, avant de venir s'amuser avec mes cils. -J'adore ton maquillage, on dirait vraiment une fille avec. Tu as mis du mascara ? À moins que ce ne soit des faux… Hein, dis, c'est des faux cils ? -Julie… -Ok c'est bon, je suis sage. Histoire de parer à tout nouveau tripotage, je choisi d'enlever les deux chaussettes, et retire du mieux que je peux tout ce qui pourrait m'associer au sexe faible. Je me rattache les cheveux version mec, et m'avachie un peu plus. La soirée continue un peu, et je dois admettre que finalement je suis content d'être venu. La réaction de ma b***e se fait très positive, et tous, y compris Vincent, évitent le sujet de mon travestissement avec une remarquable subtilité. Ce soir je suis Lain, et je peux me détendre. Dire ce que je pense, faire ce que je veux. Tout le monde boit, tout le monde se met dans un état d'ébriété avancée, notamment Vincent qui « fête » mon retour, et j'accepte quant à moi un autre verre gratuit d'un admirateur. Je suis trop sublime, je sais, je n'y peux rien. Inutile de le nier, ce serait du temps perdu. Enfiévré par ces retrouvailles, excité à l'idée d'avoir très bientôt une séance de galipettes bien Hard avec mon petit Vincent, je vais danser et draguer comme d'antan. Les corps se collent, je me déchaine, et le monde tourne, tourne comme rarement ça m'est arrivé. … Le monde tourne encore, et je me sens dans un état de liberté et d'abandon que j'ai rarement connu, pour ne pas dire jamais. Sans doute est-ce dû à ce trop-plein emmagasiné durant tant de mois, mais je sens mon corps presque flotter, mes pensées chavirer, et le monde me semble plein de promesses et d'actes à faire sans retenu. Des mains se collent à moi, on me murmure des promesses de cul à n'en plus finir. Les mains se baladent sur mon corps à l'abandon. On me dit qu'on va me faire jouir de plaisir, me faire pleurer comme une s****e, me faire hurler tout ce que je peux. Muet de plaisir, j'en souris bêtement. C'est marrant, on dirait presque une menace. Moi je veux bien, à la condition que je puisse faire de même. Les mains se font prédatrices sur mes hanches, elles me compressent, et les mots se font plus rudes, en me disant combien je vais souffrir dès que nous serons seuls. Que je ne sourirai plus autant et que mon cul ne sera plus jamais le même une fois la tâche accomplie. Je m'en étonne. Pourquoi tant de cruauté ? Moi je suis d'accord, pas de problème. Mais pourquoi mon Vincent est-il ainsi ? Le monde tourne un peu plus, mais dans un sursaut de lucidité, je comprends qu'il ne s'agit pas de mon Vincent. C'est quelqu'un d'autre. Dans une vague brume d'ahurissement, je réalise qu'il s'agit de l'homme au premier verre, lequel semble également être celui du second verre. Oh…. Un admirateur enragé. Je me sens brusquement nauséeux, et tandis que les mains viennent entre mes cuisses pour me serrer mes bijoux de famille, l'homme me souffle encore des propos obscènes, pour me dire qu'il aurait préféré une fille, mais qu'il est ouvert aux nouveautés. Il me « testera », dit-il, et je hurlerai entre ses mains comme jamais. Je me sens frissonner, comprend qu'être une fille n'apporte décidément que des emmerdes. p****n, pourquoi faut-il qui je me tape la drogue du violeur ? Pourquoi moi ? Alors je tente de me débattre, et j'y parviens avant de me faire rattraper un peu plus loin. Le connard se colle à moi, et je tente d'appeler à l'aide tandis que le monde tourne un peu plus fort pour moi. Les bruits se font faibles pour mes oreilles engourdies, ma gorge refuse de m'obéir, et les autres au loin continuent de danser sans s'apercevoir que leur pote est en train de subir un outrage destiné à l'autre sexe. Putain la honte… merde, ce connard semble sérieux, et s'il dit vrai, il risque de me démolir le trou du cul. En plus, conclus-je dans un brouillard alors que l'homme me fait grimacer en insérant sa main dans mon pantalon, ce genre d'ignare ne prendra pas la peine de mettre ce qu'il faut pour m'éviter d'avoir du sperme au fond du trou… snif. Je tente de lutter, mais mes bras ne me répondent plus. Les sons sont trop diffus, le tout trop impossible à contrôler. Puis la pression sur mon slip léopard s'apaise, et je tilte dans un autre sursaut de lucidité que l'homme s'est écarté. Je m'appui contre un mur, inspire profondément pour ne pas vomir, ou en tout cas ne pas sombrer dans le gouffre de l'inconscience. Ce ne doit pas être la drogue du violeur. Ce n'en sont pas les effets. Mon corps semble agir de lui-même, et il est excité, trop excité (bon en même temps, je l'étais déjà avant…). J'ai envie de vomir, envie de dormir, envie de bouger également. Je tremble. En regardant où est parti mon violeur, j'aperçois un homme en train de se faire fouttre une droite par un autre. Hmm, je plisse les yeux, réalise que celui à terre est mon violeur. Bien fait. Fous un autre coup, sauveur de mes rêves ! Est-ce Vincent ? Je lui ferais une pipe en plus pour l'occasion… à cette idée, je me sens b****r, perd de plus en plus le contrôle sur mon corps. Je ferme les yeux pour inspirer profondément, puis les rouvre et me retrouve face à face avec celui qui m'a délivré. Dans mon brouillard, c'est dingue, mais je m'étonne à peine de me retrouver face à Jensen. Son regard inquiet sur moi me fait davantage d'effet, et je me vois lui tomber dessus pour l'agripper. Il me tient, je sens son odeur délicieuse d'Hugo boss, et ce n'est que lorsqu'il m'écarte de lui pour me dévisager d'un air incrédule que j'ai mon dernier sursaut de lucidité. Il n'est pas censé être là, réalisé-je dans un dernier frisson hébété, d'autant que je n'ai plus mes chaussettes pour jouer la quéquètte. Et j'ai la trique. Je sombre.
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