Lorsque j'entrouvre les paupières, je me doute que je dois avoir une tête de déterré.
Ma gorge me brûle, ma tête me lance, et je suis contraint de refermer les yeux pour les adapter un peu plus. Je déglutis en levant une main sur mes yeux, me demande pourquoi je me sens si mal.
Je laisse donc mon corps s'habituer quelques instants supplémentaires, m'éveille peu à peu du brouillard dont j'émerge.
Conclusion. Je suis allongé. Une couverture est sur moi. J'ai envie de pisser. Hmm, jusque-là, tout ce qu'il y a de plus normal.
Pour le principe, je tente d'instinct de lever une main pour me gratouiller l'entrejambe, mais mon mouvement se trouve entravé par un obstacle. Je tourne la tête, et écarquille les yeux. L'obstacle est un corps qui me tourne le dos, le tout étroitement emmailloté dans une couette épaisse, version sandwich.
Hmm hmm. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
Je regarde autour de moi, constate que je ne suis pas chez moi. Dans la pénombre qui m'empêche d'en voir plus, je suis en effet suffisamment fin pour remarquer que la configuration de la chambre n'est pas la même.
Qu'est-ce que je fous là ?
Le corps remue un peu, avant de se retourner pour me faire face.
-Salut bel étalon, marmonne Vincent en se frottant les yeux, bien dormi ?
Je le regarde fixement sans répondre, tente de comprendre ma présence dans son lit…
Je tente de me remémorer la nuit dernière, ne voit que des morceaux, minces fragments de scènes qui peinent à se mêler les unes aux autres pour m'éclairer.
Une soirée. Jensen.
Vincent me fixe d'un air amusé, avant de se redresser pour m'embrasser. Je lui réponds distraitement, mais cherche toujours.
Jensen me raccompagnait. Puis Vincent s'est ramené.
-Tu es trop mignon lorsque tu es perdu, souffle Vincent en me mettant sa main sur ma nuque pour mieux me scruter. Tu veux que je te fasse un résumé ?
Agacé, je le pousse.
-Fais pas chier. Laisse-moi une minute. Ça va revenir…
Je plisse le front, réfléchis encore. Je suis parti avec Vincent. Puis… une vision de mes chaussettes que j'enlève me parvient. Et la danse.
Je réfléchis plus fort, pousse une nouvelle fois Vincent qui me tripote les cheveux.
Le violeur.
Encore mes chaussettes.
Jensen.
Ma trique…
- Oh… p****n de merde…
-Ça y est, tu te souviens ?
En guise de réponse, je repousse si fort cette sangsue des temps modernes qu'il dégringole du lit. Je me lève d'un bond, cherche mon boxer.
-p****n, Vincent, où t'as mis mon slip ?
L'intéressé grimace en se massant la nuque.
-Si tu étais poli, tu dirais « Vincent, où as-tu mis mon slip s'il-te-plait ? »
-Vincent… le prévins-je en cherchant sous l'oreiller.
-Non, il n'y a pas de Vincent qui tienne. Qui me dit qu'une fois ton slip sur le cul tu ne vas pas fuir sans un mot ?
Je cesse de retourner les couvertures, le foudroie du regard, mi-furieux, mi-amusé.
-Tu ne crois quand même pas me retenir ici juste en me laissant à poil ?
L'autre sourit, pervers comme je les aime.
-Qui sait ? Et puis, au moins je profite de la vue.
Son regard dérive sur moi, j'en soupire d'agacement. S'il en est encore à fantasmer en me voyant le bout d'en bas, c'est tragique. Nous n'en sommes plus là, enfin me semblait-il…
Toutefois, je saisis où se trouve mon protège-couille. Je me jette sur Vincent et lui fouille la poche arrière du pyjama pour en extraire mon bien. Sans surprise, le bout de tissu se trouve à l'endroit indiqué.
Cependant, avant que je puisse amorcer toute technique de repli stratégique, Vincent me saisit par les hanches, pour me jeter à même le sol et se mettre contre moi. Torse nu, son bas de pyjama à motifs Titeuf sur les fesses, je sens ses muscles se contracter contre moi, et son excroissance me rappelle soudain que je suis en manque depuis des mois.
Vincent me regarde avec envie, avant que sa main ne vienne réveiller ma libido d'une caresse appuyée où il faut.
-Lain, j'ai envie de toi…
Putain, moi aussi.
Il m'embrasse, je lui réponds.
Mes jambes s'ouvrent d'instinct, lui se colle un peu plus à moi, et tandis que ses doigts me font du bien, ses baisers se promènent sauvagement le long de ma nuque.
Cela faisait si longtemps…
Pourtant, mes pensées reviennent sur cette trique problématique de la veille…
-Vincent ?
L'autre grommèle tout en me procurant toujours ses bons soins d'homme qui prépare son repas avec sérieux, je poursuis.
-Dis, on ne l'a pas fait hier ?
-Non…
-J'étais à la ramasse ?
-…Oui…
Je me mords les lèvres tandis qu'une de ses caresses manque de me faire gémir, reste cependant concentré sur mon interrogatoire.
-Et Jensen ?
Vincent s'éloigne pour me fixer, agacé.
-Bon Lain, tu peux pas te taire un peu et profiter ? Tu me casses mon effet là…
Je me redresse.
- Désolé, m'excusé-je, mais je ne pourrai pas jouir si tu ne m'expliques pas.
Vincent me juge, soupèse visiblement la possibilité de tenter de passer outre cette gêne, mais devant mon air sérieux, il finit par soupirer en s'asseyant près de moi.
-Si tu veux tout savoir, je crois que tu ferais mieux de ne plus approcher ce mec…
Je m'assois près de lui, dans une veine tentative de cacher la subite angoisse qui me tenaille ridiculement.
-C'est-à-dire ? Le questionné-je d'un ton faussement détaché.
Pas dupe, Vincent me dévisage un bref instant avant de se relever pour enfiler un t-shirt.
-C'est-à-dire que ce connard a vu débouler sur lui un mec complètement à la ramasse, qui se prenait pour une fille malgré des signes clairement masculinisants…
Il m'adresse un sourire amusé.
-Ta trique était magnifique mon cher…
Horrifié, je ferme les yeux pour m'étaler à nouveau à terre. Et merde…
-Et ? demandé-je tout en me doutant déjà de la réponse.
-Quoi « et » ? Tu te doutes bien que pour un hétéro prêt à te suivre en cachette pour être sûr que je ne m'en prendrais pas à ton chaste corps, se retrouver face à mec aurait de quoi perturber le meilleur d'entre nous… Je pensais me battre avec lui pour récupérer ta dépouille comateuse, mais il a fui sans demander son reste. Tu aurais vu sa tête…
Je déglutis.
-Comment étais sa tête ? marmonné-je tout bas.
Seul le silence me répond, j'ouvre donc les yeux pour voir Vincent qui me dévisage.
-Quoi ? Grommelé-je.
-Tu tenais à ce type ?
-Pose pas de question con. Tu m'as déjà vu faire dans la midinette ?
-Non, justement. Ça fait bizarre.
Vincent semble hésiter avant d'ajouter.
-Comment tu vas faire ? S'il le dit aux autres, tu seras dans la merde…
Oui, songé-je, comment vais-je faire ? Comment en sommes-nous arrivés là au juste ?
Dire qu'à l'origine, il me semblait si simple d'amener cet homme en mon pouvoir. Dorénavant, c'est lui qui mènera la danse. Pour un peu, d'ici la fin de la journée je serais viré du lycée, et tous ces efforts pour obtenir le bac d'Heden n'auront servi à rien…
Ma gorge se noue, et je dois admettre que ces pensées sont secondaires. Je m'imagine la tête de Jensen hier soir, et c'est con, mais brusquement me revient cette détresse vécue il y a si longtemps lors de mes débuts d'homo, avant que je ne l'assume pleinement.
Oh, je me doute déjà de sa tête. Du dégout, de la fureur, du dédain, de la rage… Je le sais, je l'ai déjà vu chez d'autres… et c'est un connard, ne l'oublions pas, de ceux qui ont une fille différente tous les soirs.
Vincent sent ma tristesse, vient se coller contre moi.
-Lain, tu veux que j'aille le voir ? Si tu veux, je…
Je le fais taire d'un b****r furieux, et compréhensif il s'allonge docilement sur le lit pour me laisser me défouler.
Là, tout de suite, il me faut oublier. Tout oublier, et le sexe sera mon arme. Ça l'a toujours été, alors pourquoi changer maintenant ?
-oOo-
-Jensen ? lâche Mike en me tendant mon devoir recopié au propre. Non, il n'est pas venu, ça lui arrive de temps en temps. Il m'a demandé de te le passer vu que tu dois le rendre aujourd'hui…
Il me jette un regard soupçonneux.
-Il s'est passé quelque chose hier soir ?
-Pourquoi ça ? Demandé-je, tendu. Il a dit quelque chose ?
-Non, mais il semblait bizarre…
-Furieux ?
Je ne prête pas attention à l'air perplexe de Mike, attend simplement la réponse fatidique.
-Heu… non, lâche-t-il. J'aurais plutôt dit qu'il semblait vexé. En tout cas il faisait la gueule, ça c'est sûr… tu l'as rembarré ?
Face à ce visage plein d'espoir, je préfère fuir. S'il savait, le pauvre chou ne me regarderait plus ainsi, avec cette demande sous-entendue. D'ailleurs, je me doute bien que Mike ne me parlerait même plus.
Alors j'erre. Je ne suis ni rassuré de l'absence de celui qui peut me dénoncer à tout instant, ni irrité par ce manque de réaction. Aurais-je préféré un face à face, du sang, du c*****e, lui qui me crache au visage ? Je ne saurais dire, car la brulure de l'attente peut se faire pire. Bien pire.
Je prête à peine attention aux cours, j'agace Cindy avant de lui expliquer ce qui se passe, et celle-ci me laisse dans ma bulle de silence et de désespoir pathétique, consciente qu'il faut me laisser appréhender l'immensité de la merde dans laquelle je vais m'étaler d'ici peu.
Éthan finit de m'achever vers la fin de ce vendredi apocalyptique, en me coinçant dans un coin. Celui-ci me dit qu'il ne peut plus supporter cette schizophrénie de chaque instant, où je le pseudo-snob le jour et lui envoie des messages éperdus d'amour une fois le crépuscule passé (on se croirait dans un Roméo & Juliette de bas étage…). Il me conjure de cesser cette mascarade, ou du moins de lui expliquer clairement les choses si vraiment je veux aller avec un autre.
« Quel autre ? » m'étais-je naïvement étonné.
Celui-ci s'était emporté, clamant qu'il n'était pas idiot (j'ai des doutes, mais bon…), qu'il s'agissait de la première fois que son cousin venait le voir pour une fille. Jensen n'avait jamais été ainsi, avait-il encore explosé, et en venir à lui demander si j'avais (donc Heden) de la famille n'était pas anodin. On ne s'intéresse pas à la famille d'une fille sans raison après tout.
Le gouffre avait fini par m'engloutir, notamment lorsqu'Éthan m'avait achevé après que je lui ai demandé ce qu'il lui avait répondu.
« Que veux-tu que je lui réponde ? s'était-il indigné. Tu m'as trop souvent parlé de ton boulet de frangin… Lain, c'est ça ? »
Oui c'est ça. Oui, je suis le boulet, celui qui semble gêner où qu'il aille. Celui qui est gay, et qui se tape tout à chacun, et personne à la fois.
Le soir, lorsque je suis rentré, Heden était là, et la dispute fut terrible. Comment se faisait-il que Jensen pose des questions sur moi à Éthan ? Comment se faisait-il également, que je traine avec ce con, alors même que je savais tout ce qu'il lui avait fait ?
J'en déduisis qu'Éthan avait dû en parler à Heden par SMS.
…
Vous savez, les salauds dans mon genre se moquent de tout et de tous. Ils ne ressentent rien, ne voient que ce qu'il leur plait, et n'ont de compte à rendre qu'à eux-même.
Alors je veux être un s****d. Je veux devenir un tel enfoiré que le reste du monde devienne un mirage pour mon esprit de dépravé sans consistance. Je veux me moquer de tout comme jamais, je veux que nul ne puisse plus m'atteindre. Je veux disparaitre.
Donc je suis sorti, et j'ai sombré dans les délices de la nuit. Je suis allé chez Vincent, et nous avons joué. Puis je suis allé chez Julie, et je me suis diverti en elle. Et comme ça ne suffisait plus, j'ai testé l'inconnu, et je suis allé dans les rues qu'il fallait pour ameuter le gibier qui me mangerait. Et j'ai crié, j'ai ouvert les jambes, et j'ai pleuré, mais pas pour la douleur, ni grâce à un quelconque plaisir miséricordieux.
Je ne suis pas parvenu à disparaitre. Ni à oublier. J'étais Lain, le gay.
Snif, je n'aime pas ces petites crises merdouilleuses d'existentialisme de pacotille. C'est terrible quand ça vous prend. Pire qu'une loque.
Enfin bref, lundi, j'avais une tête à faire peur.
Le seul avantage à ce week-end de dingue, c'est que l'angoisse s'en était allée, pour que ne persiste qu'une froide et bienfaitrice résignation. J'étais enfin prêt à recevoir le jugement dernier, j'étais prêt à la confrontation, et j'étais surtout prêt à lui foutre mon poing dans la gueule lorsque Jensen tenterait de me cracher dessus.
J'ai vu Cindy, puis un Mike de plus en plus collant. Et, parmi les poufiasses accrochées à lui, parmi ses amis devenus les miens ces dernières semaines, je l'ai enfin aperçu. Beau, magnifique comme à son habitude. Et bien sûr, toujours aussi connard.
Malgré moi, je cherche son regard, veut que les choses soient mises au clair une bonne fois pour toute. S'il faut que ce soit mon dernier jour, je veux au moins voir une dernière fois les prunelles d'un noir hypnotique de mon bourreau.
Juste une dernière fois, s'il-te-plait.
Rien à faire, je suis invisible aux yeux de celui qui a tout.
Alors j'erre une dernière fois parmi les couloirs et la foule d'ignares qui me saluent. Je m'imprègne de bâtisses, vais même à la bibliothèque pour finir l'un de mes exercices de maths. Je les réussis plutôt bien dorénavant, grâce à Jensen d'ailleurs. Tandis que mon crayon vole sur la feuille de papier, je me rappelle les séances d'engueulades où je pêtais des câbles car je n'y comprenais rien, et où Jensen s'amusait à me tourner en ridicule avec cette facilité à me faire voir le problème.
Lorsque je vois Jensen et sa b***e entrer dans la bibliothèque, je frémis.
Celui-ci laisse brièvement son regard se perdre dans ma direction, là où il doit savoir que je me trouve toujours, mais nulle trace de son sourire anti-connard et adorable aujourd'hui. Seule l'impassibilité de ses traits m'effleure, en un coup de poignard bien pire que sa haine eut pu le faire.
Je devrais sans doute fuir loin d'ici. Face au mépris, la donzelle se doit de se retirer pour laisser le mâle en paix. Me retirer, et me contenter de cette bonté qu'il a, de ne pas me faire part de sa colère à s'être fait duper.
Mouais, sauf que je suis Lain. Il sait que je suis un mec ? Alors il devrait également savoir que la confrontation doit avoir lieu. Afin de partir la tête haute, je veux au moins partir en homme, de ceux qui ont le droit à leur baston final, qui sortent dignement couverts de bleus et le visage en sang. Parce que je suis un mec.
La crainte laisse place au mépris envers le monde entier, et Lain l'enfoiré est de retour.
-Jensen, lancé-je en me positionnant derrière sa chaise, il faut que je te parle.
L'intéressé me regarde à peine, avant de se pencher sur son livre.
-Je n'ai rien à te dire, marmonne-t-il avec flegme.
Je pousse sa chaise.
-Ouais, bah moi si. Viens.
Jensen me toise de bas en haut, avant de s'arrêter sur ma poitrine. Je serre les dents, résiste du mieux que je peux pour ne pas fuir. Assume Lain, ce sera bientôt fini.
-Y'a un problème Heden ? s'inquiète Mike en nous regardant alternativement, moi et Jensen. Il t'a fait quelque chose ?
Jensen sourit méchamment.
-Oh, ne t'inquiète pas, je ne vois pas trop comment j'aurais pu lui faire quoique ce soit. (Il hausse les épaules) d'ailleurs Mike, tu ferais mieux d'arrêter avec cette personne, vous ne jouez pas dans la même cours mon pote.
C'en est trop.
Je le saisis par le bras pour l'entrainer, celui-ci se laisse faire, son sourire connard power hissé bien haut. Mais ici je ne vois nulle fureur, ni angoisse ou sentiment qu'il chercherait à dissimuler. Seulement un connard, qui va en affronter un autre.
Je l'entraine dans les toilettes.
-Dis donc, lâche-t-il sarcastique, tu sembles aimer entrainer les gens dans ce genre d'endroit. Moi qui te respectais pour aller dans les toilettes des garçons avec tant de facilité…
Je le défie durement.
-Qu'est-ce que tu comptes faire ? grincé-je agressif.
Étrangement, Jensen ne s'énerve pas. Il semble presque… amusé.
-C'est à toi de me le dire, fait-il. À présent que je sais, que comptes-tu faire pour que ça ne s'ébruite pas… dis-moi, Lain…
-C'est du chantage ?
-Tu t'attendais à quoi d'autres ?
Effectivement, ça ne me surprend guère. Et au moins, il semblerait qu'il soit prêt à ne pas me dénoncer. Du moins pas tout de suite.
-Qu'est-ce que tu veux ? répété-je sombrement.
Nonchalant, Jensen s'appuie contre un robinet, avant de devenir (enfin) sérieux.
-Déjà, j'aimerais bien comprendre pourquoi un mec s'amuse à se déguiser en fille ? C'est pour le fun ? À moins que ce ne soit un profond désir de devenir une faible femme désirable…
Je ne réponds pas, serre les poings. C'est à cause de toi enfoiré si j'en suis arrivé là, ai-je envie de lui hurler. Mais pourquoi ne dis-je rien ? Je n'en ai pas la moindre idée.
Jensen voit que je ne répondrai pas, il poursuit cependant.
-Tu es gay ?
Là je décide de répliquer.
-Pourquoi, ça t'intéresse ?
Il me scrute étrangement, avant d'hocher la tête.
-Oui, tu es gay, ça crève les yeux. Tu as bien dû t'amuser ces derniers mois…
Il secoue la tête.
-Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est comment j'ai fait pour ne pas m'en apercevoir. Ça crevait les yeux que ce n'était plus Heden aux commandes. Je dois admettre que je suis déçu.
L'homme s'éloigne du robinet, pour s'approcher de moi.
-Et il y a autre chose que je ne saisis pas…
Il est tout près de moi, et ses yeux me transpercent, curieux, connards à souhait, tout en véhiculant également autre chose que je ne parviens pas à déchiffrer.
-Comment Heden a-t-elle pu risquer son année en te laissant la remplacer ? me questionne cet être magnifique.
Son souffle me brule, ses yeux me fascinent, sa peau mat et ferme m'attire. Pourquoi est-il si proche ?
-Tu crois vraiment que je vais te le dire ? lâché-je en soutenant le contact visuel. Désolé, mais je ne me confie pas si facilement au premier venu…
Il sourit, toujours aussi proche.
-C'est dingue, marmonne-t-il en levant une main pour me toucher la joue, c'est si ressemblant. On dirait tellement une fille. Sauf pour le caractère…
Je m'embrase face à ce contact, je fulmine également face à cette approche de dominant sur sa créature. Je le repousse violemment.
-p****n, mais qu'est-ce que tu crois faire, je ne…
-J'adore ton caractère de merde, continue-t-il en revenant à la charge. Sauf que me faire avoir par un mec, tu n'imagines pas combien ça me fait enrager.
Je n'en reviens pas. Est-ce moi, ou ce mec est curieux ? J'observe son air de prédateur, cet air d'enfoiré ultime, et je réalise que ce con est vexé, et qu'il croit ramener l'ordre en enlevant cette frustration. Je l'ai tenté, je dois payer.
Je crois halluciner. Pour qui se prend-il ?
Mon téléphone sonne. Je réponds, Jensen me laisse faire. Il s'agit de ma mère. Elle pleure. Elle me parle. Je raccroche.
Je scrute Jensen, celui-ci m'adresse un coup d'œil curieux.
Alors je comprends quoi faire. Je saisis, et dans cet autre monde où je viens subitement de plonger, je laisse la sauvagerie prendre le pas sur la raison.
Je vais fermer la porte à clé, ne lui répond pas lorsqu'il me demande ce que je fais. Puis je me retourne vers lui, et je me jette sur lui.
Décontenancé, il ne réagit d'abord pas lorsque je lui saisis rageusement la nuque pour l'embrasser, avant de s'éloigner.
Il me demande ce que je fous, je lui réponds que je lui montre.
Il tente de s'extraire, trop mollement pour que Lain le prédateur lui laisse la moindre chance.
Je me cramponne à sa veste, la lui enlève tandis que je le mets à terre. Je sens son refus fondre sous le poids de ma sauvagerie, et j'en comprends la raison.
Ce mec est définitivement et irrémédiablement curieux.
Il a gouté à la femme, pourquoi ne pas tenter l'homme ?
Et il va y goûter, je vais m'en assurer.
Je l'embrasse, laisse errer mes mains sur son torse comme la dernière fois. Sauf qu'ici il n'y a plus de barrière, et lorsqu'il vient me comprimer les fesses avec violence, je le laisse faire, le griffe tout en lui retirant sa chemise.
C'est si facile, et je vais tout lui faire voir.
J'ouvre sa ceinture, laisse mes doigts d'expert mener la danse. Il gémit, j'embrasse toujours, et il m'agrippe avec violence. Sauf que c'est moi qui mène la danse. Mes mains vont et viennent sur son ustensile, et lorsque j'y ajoute mes lèvres, je constate que j'ai effectivement eu raison de ne pas le castrer. Ce mec est tout simplement parfait, et je le regarde en parfait prédateur tandis qu'il s'abandonne dans ma bouche.
Je le sens perplexe, perdu, qui se laisse faire et en même temps qui cherche à reprendre le dessus.
Sauf qu'ici je suis le maitre, celui qui a tout pouvoir. C'est moi qui gère, et lorsque je m'éloigne de son g***d, je le vois souffrir le martyr et en redemander encore.
Je veux qu'il voie tout, qu'il expérimente.
Alors j'ouvre mon propre pantalon, et je guide ses mains cannibales qui me pressent les fesses sur mon slip. Il hésite, comprend qu'il n'aura rien de plus s'il ne le fait pas. Alors ses mains viennent plus férocement sur mon corps, et il découvre les attributs de l'homme dans sa main. Il vient, il s'en va, et ses paumes durs et fermes me font gémir alors que mes doigts reviennent sur lui. Je l'embrasse, et nous nous caressons l'un et l'autre, bestialement, sauvagement, dans une lutte que nous savons tous deux que j'ai gagné. Puis vient le moment où nous savons devoir aller plus loin.
Je lui montrerai tout, pour qu'il souffre, souffre comme jamais.
Il me regarde d'un air avide, qui se demande quoi faire maintenant, et, toujours allongé à terre, je le chevauche pour qu'il vienne en moi.
Sauf que je suis le maitre.
J'agrippe ses mains, les plaque au sol, et tandis qu'il s'enfonce dans ma chair, je scrute son visage qui se déforme de plaisir lorsqu'il rencontre une terre inconnue. Je ne ferme pas les yeux malgré la souffrance, elle cette fidèle disciple, et je plonge mon regard dans le sien tandis que je m'en vais et revient sur son arme.
Alors il me dévisage, et ses traits se déforment encore, bestialement, rageusement. Ses hanches vont et viennent tandis qu'il tente de m'imposer son rythme, et la lutte se poursuit, en une parfaite communion qui me perturbe malgré tout.
Je veux qu'il voie tout, pour qu'il ne puisse plus jamais revenir en arrière.
Tandis qu'il me fait l'amour, que je lui donne ce qu'il veut, mais en le dominant de toute ma hauteur, je le marque autant que lui à mon égard, pour que jamais il n'ose plus me faire du chantage. Qu'il essaye, et nous verrons bien ce que penseront les autres de nos ébats entre deux latrines empestées.
Et puis je le sens grogner, sais qu'il va se perdre en moi. Je choisis ce moment pour le faire se retirer, et je finis le travail à la main. Son visage est magnifique lorsqu'il jouit. Un pur connard, en mon emprise, totalement à ma merci.
Lorsqu'il s'écroule à terre, le visage apaisé, je me rhabille, et avant de me redresser pour partir, lui prend la main pour glisser dedans un billet de vingt euros.
Il me regarde, perdu, étonné, halluciné, et je fais de mon mieux pour me montrer le plus blessant possible.
-Tu voulais savoir pourquoi Heden m'a laissé la remplacer ?
Je m'approche un peu plus de lui, tandis qu'il me dévisage.
-Tu l'as mise enceinte, espèce d'enfoiré. Heden, tu sais, cette fille que tu as testée pour faire chier ton cousin ? En cloque, par ta faute. (Je lui tapote l'épaule) Mais rassure-toi, elle vient tout juste de perdre l'enfant. Le point positif, c'est qu'au moins je n'aurais pas à subir le calvaire de voir grandir la progéniture d'un e****é fini. (un silence, avant que je ne lui porte le dernier coup.) Et tu peux garder la monnaie, tu as bien oeuvré.
Je grave dans ma mémoire l'air perdu autant que blessé de l'autre, ferme la porte derrière moi.
…
Lain le prédateur a enfin frappé, il était temps. Cependant, pourquoi ai-je l'impression de n'avoir pour récompense que le gouffre de la victoire amère ?
Mouais, c'est une semaine de merde qui commence, aucun doute là-dessus.