Initiative féminine

1874 Words
En sortant de cours ce soir-là, j'avais décidé que je tiendrai. Oui, quoiqu'il arrive, je n'irai pas à cette soirée ce soir-là. J'en parlerai à Heden, lui dirai combien je suis un gentil chiot obéissant, combien je mérite ma pâtée pour avoir obéi comme il se doit, et combien je mérite de voir ma laisse se desserrer un peu plus. Heden ne pourra me résister et la prochaine soirée, ce sera moi qui leur montrerai comment une fête digne de ce nom doit se dérouler. Ah… Lorsque j'y pense, je suis tout simplement génial. J'obtiendrai l'accord de tous, sans le moindre effort. Le tout, c'est simplement de résister aujourd'hui. De rentrer ce soir, de ne pas faire de folies, d'être sage… Ouh oui, Lain sait être sage, je sais baisser la queue et… Oh p****n ce que ça ne le fait pas. En traversant le portail du bahut avec Cindy, je vois la masse partir dans la même direction, en déglutit de dépit. Non ! Ne partez pas, attendez-moi ! Je veux jouer moi aussi. Bouh, je veux retrouver mon petit bout dur, le montrer à tout le monde ! Je suis un mec, je suis In, je suis de la partie ! Cindy soupire en voyant mon évident tourment de passage. -Tu es ridicule Lain… Vas-y à cette soirée, ça se voit que tu en meures d'envie… Je préfère ne rien dire. Comme à chaque fois qu'elle m'a sorti ces paroles terriblement tentantes, je ne peux que lui répéter qu'il s'agit d'un plan infaillible, qu'il faut s'y tenir, et qu'elle a mauvaise mine de me dire ça tout en m'exhortant à agir comme ma sœur. Moi en soirée ? Ce serait à coup sûr l'apocalypse, et malgré mes merveilleuses capacités, je serais strictement infoutu de rester sage. Je serais capable de directement utiliser l'avant dernière technique de vente cité un peu avant et me jetterais sur le premier mâle venu. J'imagine d'ici la scène, sens mon froc me serrer à cette simple idée. Ouh que ce serait bien. Et ouh que ce serait vilain. Je secoue la tête. Je résisterais, inutile de chercher plus loin. Ethan choisit ce moment pour sortir de je ne sais où, et avant que je parvienne à réaliser la moindre manœuvre de fuite, mes hanches se retrouvent fermement enlacer dans sa poigne de fer. -Ça fait longtemps, me souffle-t-il dans le creux de l'oreille. Tu m'évites ou quoi ? Argh ! Bon, inspire, respire… Je me concentre aussi fort que possible sur le fait que ce mec n'est pas mal du tout, qu'il n'est pas insensé qu'un mec tel que lui traine avec Heden, qu'ils vont bien ensemble, qu'il ne faut pas que je ruine tout. Sauf que j'y ai réfléchie, et il se trouve que petit Lain a trouvé ses limites semblerait-il. Je suis infoutu de mimer la moindre attraction pour un mec qui ne me fait pas b****r. Oui, je sais il s'agit d'un défaut conséquent si l'on y pense comme une faille dans ma stratégie de manipulation d'autrui. C'est tragique, mais je ne sais pas mentir sur ce point-là. Depuis peu, j'en viens même à ciller fréquemment en lui adressant de simples grimaces. Outre le fait que je dois passer pour un(e) taré(e), Heden et moi en avons convenu que ceci pourrait nous trahir si nous ne remédions pas au problème. Donc autant régler ce problème. Heden me soutient d'ailleurs. -Cindy… -Oui, j'ai compris, je t'attends au bout de la rue. J'hoche la tête lorsqu'elle m'encourage du regard, consciente de ce que je vais faire. D'une main, j'enlève celle de petit Ethan, tente le sourire mortifiée. v*****t cillement. Aïe. -Ethan, je dois te dire quelque chose. Celui-ci s'assombrit brusquement, se recule. -Je m'en doutais, souffle-t-il visiblement inquiet. Et merde… se doute-t-il de quelque chose ? -Tu es distante ces derniers temps, lâche-t-il sombrement. Serait-ce par rapport à moi ? Je le rassure en lui disant combien il est super, qu'il s'agit simplement de moi. Autant dire qu'un autre cillement m'échappe, je préfère baisser les yeux, en une parade de larmes merdouilleuses. -En fait, marmonné-je, je voulais t'en parler depuis un moment, mais j'avais peur de te faire du mal… -Tu peux tout me dire, me répond Ethan d'un air torturé, je te soutiendrais. Mon dieu, ce qu'il ne faut pas entendre. Pitié qu'il est niais ! Petite hésitation calculée dans ma voix, et je lui lance que j'aimerais intégrer le club des vierges repenties. Le choc ne manque pas de venir, et il doit s'appuyer contre un muret près de là. -Mais… (Son incompréhension me ferait presque de la peine.) Heden… tu ne l'es plus depuis longtemps pourtant ! J'hausse les épaules en un air accablé durement travaillé durant la semaine ; -Raison de plus pour me repentir, Ethan. (Je lâche un petit soupire caractéristique d'Heden) Le ciel m'a parlé, et j'ai besoin de faire le point. Fréquenter d'autres lieux, voir d'autres gens, tester d'autres expériences. Je me mords brièvement la langue, crache d'une voix étouffée la dernière phrase pour cacher un cillement de dingue. -J'ai besoin de mettre à l'épreuve la force de notre amour. Alors, là, vous vous en doutez, gros silence pour l'occasion. Ethan manque d'éclater en sanglot, et franchement, je vous dirais bien que pour le coup je m'en suis presque voulu. p****n, mais on dirait bien qu'il y tient à Heden ce mec ! Je suis navré, mais moi je suis incapable de jouer davantage la comédie. Il me prend dans ses bras, me dit qu'il tentera de comprendre, qu'il me laisse le temps de voir, qu'il sera là à m'attendre lorsque je serai prête… Ce mec est vraiment con, et pour une fois, ça me fait mal au cul d'en profiter. Autant je n'ai aucun problème avec les abrutis en tout genre qui me passent sous le nez, mais lui, c'est tellement évident qu'il ne mérite pas ce que je lui fais, que je voudrais presque revenir sur mes paroles. Cependant la simple idée de devoir l'embrasser tous les jours me donne envie de vomir, et devoir me justifier sans cesse sur mes réticences me minent. Alors merde, je serai une fois de plus Lain-le-sale-con, et j'assume. Pour le principe, je laisse Ethan me serrer une dernière fois contre lui, lui assure que rien ne change entre nous, que nous restons amis, et que nos communications par MSN, MSM et compagnie ne feront que s'amplifier pour compenser cette éloignement ponctuel (Niark niark, ça m'arrange, il se trouve que cette partie du protocole, c'est Heden qui la gère en entier…) Lorsque je rejoins Cindy, je n'ai même pas le cœur de sourire. Je suis un connard certes, mais jouer les briseurs de couple, plus encore lorsqu'il s'agit d'un couple qui vaut le coup, bah ça continue à me donner des problèmes moraux. Je le fais pourtant, n'ayez crainte, mais quand même… Cindy secoue la tête, regarde brièvement sa montre. -On ferait mieux d'aller vite fait chez moi, sinon tu seras vraiment en retard… -Hein ? Qu'est-ce que tu racontes ? Cindy ne répond pas de suite. -Attends, tu devrais comprendre d'ici peu. Ses sourcils parfaitement dessinés se plissent de satisfaction tandis que mon téléphone sonne dans ma poche… -Bah vas-y, lance-t-elle gaiement face à ma surprise, répond. Il s'agit d'Heden… Mais qu'est-ce que… -…Allo ? -p****n, Lain, qu'est-ce qui t'a pris ? T'es con ou quoi ? Pourquoi il a fallu que tu n'en fasses qu'à ta tête ? J'éloigne le téléphone de mon oreille en grimaçant. Je n'aime pas qu'on me hurle dessus. Ça perturbe des parcelles précieuses de mon cerveau, et ça me déclenche d'interminables migraines. Je n'aime pas les migraines d'ailleurs. Tout comme je n'aime pas qu'on me hurle dessus. C'est d'ailleurs pour ça que personne ne s'y tente d'ordinaire, parce que sinon je leur décalque la tête avec une méticulosité digne des plus grands contes de Shrek des For For lointain & Cie. Malheureusement, là c'est la frangine, et… Non je ne peux pas, alors j'écoute, parce qu'en plus, la sœurette est en plein dans sa phase hormonale avec pêtage de câble digne de m'égaler et je crois que mieux vaut que je ne rentre pas chez moi avant deux bonnes semaines. Avais-je oublié de vous dire que si je ne voulais pas aller en soirée, c'était aussi parce que je redoutais ce genre de réaction disproportionnée ? Ah non ? Bon bah, je crois qu'il est temps que vous mettre au parfum concernant le caractère castrateur que ma sœur adopte ces temps-ci. Je suis en pleine phase de dressage et n'ose plus rien refuser à ce démon… Lorsque je peux enfin raccrocher (c'est plutôt la sœur qui a raccroché sans me laisser en placer une, mais bon, on dira rien) j'ai à peu près compris la situation. D'une, ce n'est pas de ma faute, mais celle de Cindy. Pour la peine, je lui fous une taloche sur l'arrière du crâne. -Hé ! S'offusque cette dernière en se massant. On dit merci dans ces cas là… -Mouais, je sens surtout que tu vas rentrer chez moi à ma place pour subir la merde dans laquelle tu m'as mis. Le terme de femelle-enceinte-en-pleine-crise-hormonale, ça te parle ? L'autre n'en démord pas, et va jusqu'à me réexpliquer le petit 2 que cette communication téléphonique passionnante a eu le mérite de m'apprendre. Cindy a pris soin d'appeler chez moi pour parler à ma mère, et l'a prévenu que je ne rentrerai pas ce soir, car Cindy m'avait forcé à aller en soirée pour me détendre face à tout ce stress que j'avais accumulé en étudiant avec tant d'application (l'excuse bien pourrie donc, parce que vu ma prise de note déplorable, il ne fait aucun doute que je ne suis plus l'élève modèle qu'était Heden…) et que ma mère n'avait pas s'inquiéter parce que je n'y passerai qu'un instant avant de me sauver. Face à cette explication, je lui fous une autre taloche pour le principe ; quelle idiote ! Franchement, dans ce cas pourquoi ne pas avoir menti et dit que je dormais chez elle au lieu de dire la vérité ? -Parce que, rétorque la brune d'un air impatient, tu es Lain. Un vendredi soir, qu'est-ce que tu irais foutre chez la pseudo-amie de ta copine, alors qu'il est évident que les soirées doivent pleuvoir de toute part ? Elle marque un point. … Et merde, je cède. Je me ferai démonter quoi qu'il arrive, donc pourquoi ne pas se faire plaisir ? Mes plans démoniaques me reviennent, je sais qu'il me faut les modifier vu la tournure de la situation. Argh, voilà pourquoi petit Lain doit travailler en solo. Face à l'incompétence notoire de la jeunesse, il n'y a pas moyen de faire autrement. J'irai donc à cette soirée, et je tacherai de faire un petit mix de mes deux méthodes de prédilection ; tantôt foncer dans le tas, tantôt me faire désirer. … Et puis merde, si l'occasion se présente, je foncerai tout simplement dans le tas !
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