Soirée arrosée

4323 Words
Lorsque je suis arrivé à la soirée, c'était la folie. La soirée avait déjà bien débuté, et beaucoup avait déjà un bon coup dans le nez, avec leurs deux ou trois bouteilles de Kronenbourg posées devant eux. Pff, petits joueurs… Histoire d'être plus à l'aise, j'avais pensé aux bonnes baskets pour m'éviter la honte de me casser la gueule tous les dix pas une fois bourré (je maitrise mal l'art du talon, je l'avoue volontiers, ce n'est pas trop mon truc), que j'avais compensé par une jupe en cuir comme je n'aurais jamais cru que Cindy aurait pu en avoir… Le collant déchiré était nickel, de même que ce bustier rouge ravageur qui mettait en valeur mes deux paires de chaussettes spécialement aidées de quelques mouchoirs de poche pour l'occasion. Disons-le tout de suite, j'étais tout simplement à tomber. Franchement, en mode mec, je me serais vu, je me serais direct coincé dans un coin pour me faire l'amour à moi-même comme un sauvage. Hmm, je vois d'ici la scène, et je vous prie de croire que monsieur Lain, avec madame Lain, ça partirait dans tous les sens, ça découvrirait des positions inédites, ça te la prendrait par la… heu… je m'égare. Bon, tout ça pour dire que je les comprends tous ces regards lubriques sur ma personne et je les encourage. Un peu de mascara par ci en plus, du rouge à lèvre et je vous jure que je peux donner la trique à quiconque d'une caresse. Dans ce dédale de jeune mi-bourrés, mi-surexcités, je me suis donc dirigé vers le Mike et tout en me servant une Bavaria, j'ai profité de l'excuse de la meuf qui vient dire qu'elle est là, pour justement faire savoir que JE suis là… Prenez garde, le loup est dans l'enclos… Je trouve le Mike avachi sur une chaise, m'assoie sur celle d'en face en avalant une goulée de bière, consciente que Jensen n'est pas très loin, de même que toute la clique. Vautré sur son canapé, entouré de sa b***e de filles en chaleur, Jensen est toujours aussi beau. Chemise blanche déboutonné de façon érotique, jean serré à lui mordre ce qu'il faut à pleines dents, je me concentre cependant sur le crane rasé. -Salut. Air ravi chez l'autre, petit coup d'œil appréciateur sur ma tenue. -Je vois que tu es venue…. Toujours aux stimulants ? Je lui souris, avale d'une traite ma bière, lui pique la sienne. -Tu n'imagines même pas à quel point… tu danses ? Et la soirée commence… Corps qui se collent, bières qui s'enchainent, et vient comme chaque fois cette douce chaleur de l'alcool qui te libère ces dernières pudeurs inutiles, et moi qui devient la sauvage de ces mâles. Pour être honnête, j'ai adoré ! Si Lain la bête peut faire des miracles auprès de ces petits bouts de chair que les hommes protègent si bien près de leur entre-jambe, Heden la tigresse fait des prodiges ! N'importe quel homme peut devenir gay avec le bon traitement, mais alors tout bipède chavire lorsqu'il s'agit de côtoyer l'autre sexe. Une femme, quel mal à vouloir se la faire ? Je suis la reine de cette soirée, celle qui appâte, celle qui rejette dès que les mains se baladent trop près de mes chaussettes. Je me félicite cent fois d'avoir pensé aux protège-couille de rugbyman lorsque ces messieurs s'aventurent de trop près, et je me dis que dès demain il faudra qui j'investisse dans les prothèses en latex pour les seins. Trop dangereux, surtout avec des messieurs de moins en moins sobres qui se tentent à m'emmener dans un coin sombre. Alors je bois toujours, et je prends garde, tout en dansant et en faisant enrager toutes ces filles de bas étage. Fuyez pauvres femelles, moi seul sait de quoi ont besoin tous ces êtres. Cette soirée m'aura aidé à apprécier Mike. Je délire bien avec lui, et autant j'ai pu me faire de bonnes crises de rire avec lui, causées par un même humour macho (ensemble, bon nombre de critiques ont fusé contre la gent féminine, ce qui a déplu à certaines oreille…), autant je dois admettre que son aide à été la bienvenue lorsque sur la fin, ces mâles se sont montrés plus insistants. On a beau montrer les dents, lorsqu'ils savent que t'es une fille, c'est fou ce qu'ils s'y croient… Je dansais toujours, changeant de partenaires comme l'envie me prenait. Un petit nerveux au teint basané par ci, un grand musclé au torse à lécher sans retenu par là. J'apprécie le talent de séducteur d'un blanchouillard aux cheveux cuivrés (bien sûr je tiens à préciser qu'il s'agit essentiellement de canons, sinon ils n'approchent pas, j'ai mes critères de sélection après tout). Puis une beauté au teint couleur de miel s'avance, me jauge de son regard sombre magnifique, ses cheveux noirs légèrement décoiffés sous l'effet de l'alcool et de la fumette tandis qu'il danse près de moi. Je ne me stoppe pas, je suis trop bourré pour ça. Seule me parvient la vague idée que je suis en train de danser avec Jensen, que son corps est aussi chaud que je l'imaginais, son torse aussi dur, son odeur… Oh mon dieu… Bon, ok, ça sent l'alcool, le tabac et la sueur, mais au-delà de ça, c'est l'extase. Une odeur de savon de Marseille, avec une note de parfum à la Hugo boss. Je danse toujours, l'homme me saisit par la taille d'une poigne sûre, pour me coller à son jean dure. J'en aurai la trique sur le coup. Je me tortille toujours près de lui, sens un autre mec se coller à moi par derrière mais ne sens plus que Jensen. Je lève les yeux sur lui, lui me regarde d'un air calculateur. Il se demande à quoi je pense, ce que je fous là, si je vais m'enfuir comme le ferait la vraie Heden. L'alcool m'empêche de jouer la comédie comme je le devrais. Je suis certainement trop sûr de moi, trop fier, et excité, et… Lorsque la main de Jensen quitte mes hanches pour s'approcher de mes fesses, je suis contraint de m'éloigner l'air de rien. Bourré ou pas, ce mec me fout la trique, et c'est de justesse que je me détourne de lui pour éviter d'avoir la gaule du siècle. Dans ma torpeur, je mime celle qui va tout dégurgiter, et me précipite vers une poubelle pour me pencher dessus. Avec le bruit de la sono, tous n'y voient que du feu, et je deviens Heden, celle qui a trop bu. Mieux vaut sans doute ça. Pour l'occasion, je vomis quand même un peu pour le principe, et le temps de me retourner, la proie est en train de coller une autre fille. Mieux vaut sans doute. Je tente de décrocher mon regard de ce corps magnifique qui danse avec grâce malgré un évident coup dans le nez de la part de l'étalon, mais n'y parviens pas. Ce mec est beau, du genre qui attire tous les regards, qui déchaine toutes les envies. Je m'attarde sur ce torse que je n'ai pu qu'entrapercevoir à l'instant, me maudis moi et ma trique. Si j'avais su me contrôler, j'aurais bien aimé toucher un peu plus, j'aurais apprécié de pouvoir sentir, toucher, gouter… Je vois une fille finir de déboutonner la chemise, me contente d'enrager dans mon coin. C'est à moi de toucher, dégage pauvre conne ! Se sent-il regardé (en même temps, je n'y crois pas trop, tout le monde doit le mater ce gars) mais ma proie tourne son regard d'encre vers moi, je préfère donc fuir vers les toilettes. Ceux-ci sont vides heureusement (étonnant mais bon) et je verrouille la porte derrière moi avant de pisser un coup en baissant le collant. Putain, ce mec me rend folle. Pourquoi avec tous ces mecs qui m'ont collé ce soir, faut-il que ces deux minutes à peine me fassent autant d'effet ? Le pire, c'est que je ne pourrais même pas cacher ma frustration en me faisant un autre mec, parce que sinon je ne doute pas que ce serait la merde pour la suite. Si au lit, le mec devient fille, je suis certain que mon vide-couille ne manquerait pas de faire naitre bon nombre de rumeurs en tout genre dès la fin du week-end. Et merde, j'ai pourtant besoin de me soulager. Irrité comme rarement, bourré jusqu'à la moelle, je me jure que d'ici peu je redeviendrai Lain le temps d'un soir, histoire de m'enfiler quelques êtres qui passent par là… Et pendant ce temps, abruti par l'alcool, la frustration, je me soulage dans ma main en me jurant que je ferai hurler cet être la prochaine fois. Jensen… Ah… Mes doigts viennent, repartent, me caressent, et en fermant les yeux, j'ai presque l'impression qu'il s'agit de ma proie qui me fait du bien… Bientôt, il me faut juste attendre un peu… … Lorsque je me sens mieux, je dois avouer que je me sens dégouté. Je ne suis pas homme à devoir se contenter de lui-même. Je suis doué, mais je n'aime pas pratiquer cet art-là, car c'est celui du solitaire. Or je suis Lain. Lorsque je sors, toujours bourré, je ne suis plus dans l'ambiance. Le corps se pressent toujours, l'odeur de sueur est devenue insupportable, et puisque je ne peux pas y gouter, pourquoi donc rester ? Je vois passer un Mike complètement torché, prend congé de lui alors qu'il tente de me retenir, mais non vraiment je vais rentrer. Il est trois heures passées, ça me saoule, et toutes ces filles me donnent la gerbe. La remarque lui plait, il me laisse pour aller s'enfiler une autre bière. (Ce mec est une bête, je dois avouer que niveau boisson, il assure grave). En sortant, deux-trois mecs essayent de voir s'il n'y aurait pas moyen, et aux vues de leur ébriété affichée, la tentation de m'en faire un petit pour la route est grande, très grande même. Mais Lain sera sage ce soir, et le risque est bien trop grand. Si le moindre souvenir de cette soirée persiste, j'aurais beaucoup à perdre, de même que je ne serais pas le seul à souffrir des conséquences. Tss, c'est horrible à dire, mais je vais sombrer dans le mélodrame en prenant cet air larmoyant du « j'ai une famille qui compte sur moi… »… Affligeant… Lorsque l'air frais de la nuit me frappe de sa fraicheur, je me souviens qu'à la mi-avril, ne te découvre pas d'un fil… Alors forcément, vu ce que j'ai sur le cul, je regrette un peu… Je resserre autour de moi ce petit gilet qui ne sert à rien, regrette mes bons pulls bien épais et bien moches que tout homme peut mettre lors d'une soirée… Ok ok, c'est décidé. À l'avenir, je me montrerai plus clément : lorsque je verrai des nanas se ramener en pull de grand-mères, je ne les rayerai plus de ma liste dès le premier coup d'œil. Qui sait, ça peut être intéressant de se faire une intelligente pour une fois… Tandis que mes pensées brumeuses s'égarent en tout sens, de même que mes pieds, une b***e de trois pouffiasses me bloquent brusquement le chemin. Malgré mon abrutissement nocturne, je reconnais deux des filles qui trainaient plus tôt dans la soirée près de Jensen, et une autre qui devait trainer pas loin tandis que je critiquais la gent féminine avec Mike. Et merde… Vous n'allez quand même pas me dire que je vais me retrouver impliqué dans l'une de ces célèbres bastons de filles au trois-quarts bourrées ? Et qu'en plus c'est moi la bête de turc ? Lorsque les trois connes se mettent en pseudo position de combat, je me résigne à penser que oui, c'est bien à ça que j'ai le droit… Tss, être une fille ne m'apporte décidément (quasi) que des emmerdes. L'une des filles me pousse violemment, je ne peux que subir… que suis-je censé faire ? Les violenter ? Je ne suis pas certain d'être suffisamment immoral pour m'en prendre à des filles, aussi débiles soient-elles… Lorsque je me fais de nouveau pousser, je dois tout de même avouer que c'est tentant… -Alors, tu te crois moins forte maintenant, lâche ce qui semble être la chef des drôles-de-connes. Tu jases moins, hein ? Je resserre le petit pull autour de moi, mise sur le sourire blasé. -Les filles, qu'est-ce que vous foutez ? Je vous ai fait quelque chose peut-être ? -Sans blague que tu nous as fait quelque chose, crache la nana. Tu crois qu'on t'a pas vue, à coller Mike et Jensen ? Tu te prends pour qui ? Ah, la jalousie féminine. Terrible, ça pourrait presque vous transformer ces femmes en de gros vers luisants névrotiques… … « Pourrait presque » ? Rectification. « Ca vous transforme ces femmes en de gros vers luisants névrotiques… » -Je ne me prends que pour ce que je suis, lâché-je agacé. J'aime bien Mike, c'est quelqu'un de cool, et je ne vois pas pourquoi j'aurai moins le droit que vous de les fréquenter… (Je me mords la langue, ne peux retenir le reste sur une note d'ironie brulante.) Le monde est vaste, conclus-je, il faut savoir partager les filles… Je vois la gifle partir, voudrais tenter une esquive à la Matrix. J'amorce le geste, prépare tout ce qu'il faut pour gérer au mieux la manœuvre, avec les muscles des jambes, la tête qui pivote… Sauf que… bah, je vous le rappelle, je suis bourré comme il faut, alors je me prends la claque dans la gueule, bien comme il faut pour me faire vaciller. … Aïe. Oups, ça m'a échappé. Je les regarde fixement tandis que je me frotte la joue d'un air surpris. L'alcool ou l'inexpérience, mais c'est vraiment douloureux, et aucune fille ne m'avais jamais giflé. Je connais les poings à la rigueur, mais merde, les gifles c'est bien pire en fait. Ces filles sont des grandes tarés du slip ! Et là, petit Lain bourré explose. -p****n, mais vous êtes complètement tarées ou quoi ? Tu viens de me frapper là ? Je fais un pas, la vois reculer. -Non mais sérieux, tu viens réellement de m'en mettre une pour un mec à la con ? Faudrait songer à vous faire soigner, b***e de pauvres connes… je vais vous ap… Une autre gifle pour super Lain de la part d'une autre, et là, je dois fermer les yeux pour garder mon sang froid. Je serre les poings, sais qu'il ne faut pas taper les filles. Ce n'est pas bien. C'est mal. C'est bouh. Caca. Pipi. Cucul. … Sauf que j'ai mal…. Bouh ! Je veux leur défoncer leur face de Shrek! Lorsque je rouvre les yeux, je décide de préférer la classe à la violence. Un vrai mâle endure pour mieux vaincre l'ennemi. -Ça vous soulage j'espère, murmuré-je en les foudroyant de mon regard merveilleux. Non parce que les filles, moi j'ai toute ma soirée si ça vous éclate de frapper les autres. Faut pas se gêner surtout. -Wow, lâche la chef, mais c'est qu'elle s'y croit... Je la voie serrer les poings, serre les miens. Non, non et non. Lain, pas de violence sur les privées de quéquettes. Lorsque le poing arrive sur moi, je décide de fermer les yeux. Je n'aime pas avoir mal. Je n'aime pas devoir me laisser faire sans rien dire. Lorsque le poing arrive sur ma joue, je vacille, m'effondre. … Ouille. Je vais leur casser la gueule. Par contre, elles vont devoir attendre, parce que je préfère attendre un peu avant de me relever. Ne vous y trompez pas, il ne s'agit absolument pas de faiblesse mal placée, c'est purement stratégique. Me croyant achevé, elles s'approcheront, et je leur sauterai dessus. Il faut simplement qu'elles attendent un peu avant d'approcher, parce que pour le moment, je ne suis pas totalement prêt. Peut-être d'ici une dizaine de minute. Ou un peu moins, voire un peu plus… Des pas s'approchent pourtant, j'ai envie de mettre les bras en croix. Pourquoi pas, avec un peu de chance, l'ennemi se montrera clément… -Les filles, soupire une voix blasée au-dessus de moi, mais qu'est-ce que vous foutez ? Hmm, je connais cette voix grave et sensuelle, et sais que son propriétaire est aussi sublime si ce n'est plus… Après, concernant le nom de ce fameux propriétaire, j'ai plus de doutes… Pour le principe, j'ouvre un œil pour voir ce qui se passe… J'aperçois dabord les filles à l'air livide, horrifiées d'être prise la main dans le sac, puis je distingue le dos d'une chemise. Une chemise blanche. Miam… -Vous croyez vraiment que c'est utile de vous entretuer ? Continu nonchalamment Jensen. Moi, je m'en moque, mais bon, pour le coté attirant, ça craint… Je zieute toujours la chemise, me redresse dans l'espoir de voir l'expression de ce tombeur des dames. -Mais Jensen, commence l'une des pouffiasses, cette fille… -Chut. Je vais faire comme si je n'avais rien vu, et on va tous aller se coucher. Ok ? Hochement des filles, elles qui se sauvent sans demander leurs restes. Putain, il est trop fort. Son dos m'apparait encore quelques instants, avant qu'il ne se décide à se retourner pour me laisser revoir ce torse de rêve, avec cette chemise, toujours pas reboutonnée d'ailleurs. Jensen secoue la tête, se passe une main dans les cheveux de l'air de celui que ça saoule. Je peux comprendre. Pour ma part, je n'interviens jamais dans ces disputes débiles. Je m'assoie dans un coin, choisis qui gagnera, et regrette de ne pas avoir pris de pop-corn pour ne pas mieux savourer les bassesses des femmes. Lui a choisit d'intervenir, chacun son style après tout. Pourtant lorsqu'il croise mon regard, son air blasé laisse place à de la curiosité, laquelle m'intrigue moi-même. Qu'est-ce que j'ai ? Je saigne ? Je lève une main à mon visage, saisis que non je ne saigne pas, quoique je me sens bien gonflé à l'endroit où le poing a frappé. En revanche, je constate que je suis en train de sourire. En prenant conscience de ce curieux phénomène faciale, je ne peux m'empêcher de sourire un peu plus. Complètement torché je vous dis, je n'aurais vraiment pas dû autant boire. -C'est que tu les contrôles ces filles, ironisé-je tout en sachant au fond de moi que je ferais mieux de me la fermer. Un vrai homme-à-femme dirait-on. L'homme-à-femme en question ne répond rien, me tend une main en parfait gentleman. Mais va te faire foutre… Je repousse sa main (le désir de toucher est grand cependant) avant de me redresser aussi gracieusement que possible. (Ce n'est guère concluant, je me donne l'effet d'un babouin qui se tortille pour rouler dans le bon sens) Jensen regarde mon visage, grimace. -Elles ne t'ont pas loupée on dirait… Tu veux que j'aille chercher de la glace ? Je le regarde, version « tu me prends pour qui ? », il semble saisir le message. Un sourire apparait, je le trouve magnifique lorsqu'il se moque. -Alors comme ça, dit-il, « le monde est vaste et il faut savoir partager » ? Wow… -Tu regardais ? Acquiescement de sa part. -C'était divertissant… quoique tu m'as déçu. Je n'ai pas compris pourquoi tu les as laissées se « défouler »… c'est tellement ennuyeux lorsque la cible ne répond pas… Hmm, là je suis censé lui en mettre une, n'est-ce pas ? Après tout, il vient d'admettre avoir regardé une bonne partie de la scène, avoir regardé dès le début des échauffourées ? D'ailleurs, s'il était intervenu plus tôt, j'aurais pu éviter ce bleu que je vais fatalement trouver demain matin devant la glace. Seulement, je ne peux que sourire, amusée au plus haut point. Ce mec est un connard. Un pur connard comme on en fait si peu, et il est comme moi… n'est-ce pas merveilleux ? L'autre ne comprend pas mon sourire, fronce les sourcils sans comprendre. -Mais merde lâche-t-il, pourquoi tu te marres ? tu aimes tant te faire casser la gueule ? Parce que je vais adorer te faire hurler, songé-je avec délice. Bon, je ne peux pas lui dire tel quel. Je hausse donc les épaules, souris davantage. -Parce que t'es qu'un connard, voilà tout. Je sais même pas pourquoi je suis en train de te parler tiens… pauvre type... Et je le laisse en plan, hilare de son air perdu… Oh non, sérieusement, je ne sais pas si le commun du mortel peut saisir cette jubilation qu'est la mienne. Ou alors je suis simplement bourré… au choix… Seulement, je me mets à sa place, et je sais combien il doit être perturbant de voir la pauvre créature qu'on croit, se foutre ouvertement de sa gueule. Ah, s'il savait, c'est lui ma pauvre créature… Je n'ai cependant pas le temps de m'éloigner beaucoup, car Jensen me rattrape en courant à peine cinq minutes après. -Tu sais, lâche-t-il encore en reprenant son souffle, t'es vraiment une grosse tarée dans ton genre toi… Je le regarde, ris de plus belle. -Et tu as couru juste pour me dire ça ? -… non, idiote, j'ai pensé que ça pourrait te servir. Il jette un pull sur mes épaules tremblotantes, et je comprends qu'il a lui-même dû retourner à l'intérieur pour mettre ce fameux pull trop moche qui cache tout et que tout beau mec peut porter sans problème. -Te fais pas des films, me lance-t-il direct, ce pull, c'est celui de Mike, il a insisté pour que je te le passe, et comme il semblerait qu'on parte dans la même direction… Je le croie. Il y a fort à parier que ce soit la faute de Mike. Peut-être même que petit Miki est en kiffe sur moi à l'heure qu'il est. Mais le résultat est le même. La perche est trop tentante… -Inutile de te justifier comme ça, lâché-je, je te croie, pas besoin de me raconter ta vie. Seul le silence me répond, je sais que je l'ai vexé. Je jubile. … -C'est Heden, c'est ça ? J'hoche la tête de l'air de celle qui s'en fout royal, mais je sais que j'ai gagné. Lorsque le mec s'intéresse aux noms, ce n'est jamais sans raison. -Et toi… je fais mine de réfléchir, mime la fille complètement bourrée (ce que je suis, ne l'oublions pas…) tu es… Jensen, c'est ça ? Air pincé chez l'autre, puis un hochement. -Chouette soirée hein ? Il hoche encore une fois la tête. Et c'est moi qui mène la discussion… comment mener la danse en deux leçons… -Je dois avouer, continué-je, que Mike a du talent pour faire des soirées de dingues… je ne suis pas mécontente d'être venue, même si ça manquait un peu de bonne musique… -Ah oui, t'écoutes quel genre ? Et voilà… pas plus compliqué que ça… je passe les dix minutes qui suivent à parler musique avec lui, et tandis que je préfère de l'alternatif à tendance rock, lui préfère du rap, voir électro. Les avis s'échangent, je lui concède une bonne connaissance de son genre, critique sa fermeture d'esprit… Je suis moi-même surpris de la facilité avec laquelle cette discussion s'est ensuite ouverte, pour partir plus loin, aborder les goûts cinématographiques, les séries tv, les fioritures de bas-étage… Lorsque brusquement je réalise que nous empruntons le mauvais chemin pour que j'aille me faire héberger chez Cindy, je me stoppe. Je lui explique, lui dis que nos chemins se séparent. Et le résultat est là. La conversation se coupe en plein milieu, je le sens prêt à hésiter sur la possibilité-d'envisager-que-peut-être-il pourrait-songer à me raccompagner, coupe court ces réflexions à la con par un "bye", avant de me casser. Je reste un grand garçon, et refuse de tomber aussi bas. Je n'oublie pas non plus que ce mec est la proie, et que tout ceci n'est que stratège… malgré le fait qu'il ait plus de conversation qu'on pourrait le penser. Malgré le fait même qu'il s'agisse d'un fan des Star-Wars, l'un des rares qui, comme moi, ait assez dans le froc pour revendiquer ce coté « j'aime le pouvoir de la force, je suis un Geek et je vous emmerde tous »… Il ne faut pas oublier pourquoi je suis là après tout… -Hey, Heden ! Je me retourne, le vois qui n'a pas bougé de là où je l'ai planté. -Oui ? -Qu'est-ce qui t'es arrivée pour que tu deviennes comme ça ? Je souris. -Comme quoi ? Vas-y mon mignon, avoue-le, que j'ai marqué un point ou deux. Je le vois hésiter, refuser à cracher le morceau. Je serre le pull de Mike autour de moi, joue sur le côté midinette qui veut rentrer chez elle. -Tu es plus cool, fait-il avec classe, ça te va plutôt bien… Mon sourire s'accentue, j'amorce la manœuvre pour lui retourner le dos. -Je n'ai pas changé, répliqué-je, mais peut-être n'y avais-tu pas bien regardé la dernière fois… Et je me retourne, pour ciller comme je le fais si bien… pff, je m'agace moi-même. Je n'ai pourtant pas menti, puisqu'effectivement je n'ai pas changé… Et j'ai gagné, je vais le manger… Comme pour me confirmer cette impression, me parvient grâce au vent ce faible murmure, porteur d'une victoire écrasante à venir… -Peut-être bien… Ah oui, peut-être bien, mais n'aies crainte, la prochaine fois, tu verras tout, et bien plus encore…
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