Enrobage

6222 Words
Suite à ce rendez-vous flippant, je ne l'ai pas vu durant trois jours. Il ne m'appelait pas, et je ne voulais plus le revoir de toute façon. Je n'ai plus aucune raison de le fréquenter désormais, n'est-ce pas ? Le bac étant achevé, les vacances d'été officiellement entamée, je veux maintenant passer à autre chose. J'en ai besoin. Il le faut. Alors j'ai créé un remake du film de la dernière fois, et dedans, j'étais THE zombie, le number one, le plus beau et le plus terrifiant. On pourrait croire que ce rôle serait difficile à tenir, mais est-ce mes cours de théâtre ultra chers que je séchais toujours au lycée, ou mon talent naturel qui a (comme toujours) fait la différence, mais je me suis remarquablement autant que désagréablement pris au jeu. J'ai erré dans ma tanière mal aérée, j'ai accumulé la saleté et l'horreur dans mes morceaux de pizzas abandonnés à même le sol, et bien sûr, j'ai déclenché les hurlements de mes proches. Ma mère notamment, je suis parvenu à lui provoquer de véritables crises d'hystérie, emplies de hurlements et de cris. Bon, après, je ne suis pas certain que ces cris fussent d'angoisse ou même d'effroi à mon encontre. Je dois sans doute être un nouveau type de monstre, de ceux qui parviennent à attiser la colère autant que le mépris et la crainte. Que voulez-vous, je ne fais décidément pas exprès d'innover dans le génie. Mais je n'en reste pas moins un zombie qui a la classe, et moderne de surcroit. Dans ma déchéance, le gouffre des pensées que je tente de maitriser, mon téléphone ne me quitte pas un instant, et l'écran tactile devient hypnotique pour moi qui l'observe sans savoir pourquoi. Suis-je en train d'attendre quelque chose ? Devrais-je faire quelque chose ? Je veux bien, mais quoi exactement ? Snif, je m'en fous, je n'attends rien, je ne veux rien. Petit regard à l'écran en veille. Je ne veux rien j'ai dit. Et puis c'est moi qui l'ai cherché, donc je ne vois pas pourquoi je me prends la tête. Le matin du premier jour, j'avais en effet reçu un SMS. L'écran brillait alors paresseusement, avec le mot « Jensen » affiché en porte drapeau. Oui oui, je sais, c'est parce que je suis irrésistible, je ne le nie pas. Ce mec ne peut définitivement pas se passer de moi. ''Envie de se voir ?'' m'envoie cet abruti. … mouais, pour le message passionné, on repassera… ''Bof, si tu veux… à quelle heure ?'' ''Je sais pas trop… tu proposes quoi ?'' Hein ? Comme si j'avais encore à lui expliquer la procédure. J'avais vite fait regardé ma montre, à peine deux heures de l'après-midi, avant de répondre, paresseusement allongé sur mon lit de luxure. ''p******l bien sûr. Je propose qu'on se retrouve vers trois heures… à tout à l'heure.'' ''Et autour ?'' … Quoi autour ? Il sera à l'intérieur, il ne peut pas être partout ! Je lui avais dit, puis avais nonchalamment attendu la réponse. J'obtiens toujours gain de cause avec Jensen. J'aime qu'il essaye, mais je gagne, définitivement. ''Tu sais très bien ce que je veux dire. De l'enrobage on a dit.'' Pff, il me saoule… ''Bah… jeu vidéo alors…'' ''… pas intéressé. T'as pas autre chose ?'' Ma réponse avait été aussi subtile qu'explicite. ''Va te faire foutre Jensen. Ton enrobage, tu te le fourres au cul, et tu m'oublies. J'en ai marre de tes conneries.'' Notez ma subtilité légendaire. J'aurais pu faire bien pire, mais en hommage à nos séances extrascolaires, j'avais fait montre du minimum de politesse nécessaire. Appelons ça le « bonus post-sexe ». Depuis ce SMS, deux jours s'étaient pourtant écoulés. Alors effectivement, c'est moi qui l'ai cherché. Effectivement, je lui ai posé un ultimatum et évidemment, cette relation tordue n'aurait de toute façon pas pu s'éterniser encore bien longtemps (elle aurait d'ailleurs dû ne jamais débuter, c'est dire…) … Mais p****n de bordel de chiotte, il ne peut pas m'appeler pour que ce soit clair et définitif ? Pourquoi me prend-t-il la tête à ne pas réessayer ? Il fait chier, je voulais le rembarrer une nouvelle fois ! p****n, un peu de savoir-vivre ne lui arracherait pas le trou du cul ! Nouveau petit coup d'œil à l'écran vide, avant que je ne jette furieusement mon portable à l'autre bout de la pièce. -Appelle merde, grogné-je rageusement en fermant les yeux. Comme pour m'apaiser, Vincent choisit ce moment pour resserrer son emprise (ou son étreinte, simple divergence de vocabulaire) autour de moi. -Lain, marmonne mon substitut sexuel en me soulevant une mèche de cheveux, sois pas con et appelle-le. -Je t'ai pas sonné toi. -Oui bah tu ferais mieux d'en sonner un autre, avant de devenir plus cinglé que tu ne l'es déjà. Vexé par la remarque, je ne réponds cependant pas, parce qu'en cet instant, j'adorerais être cette créature faible et sans charisme qui obéit docilement aux ordres de son meilleur ami. Sauf que, si vous ne l'avez pas oublié, je suis et reste Lain, la bête implacable, le prédateur absolu, celui que rien n'atteint, que tout attire. Je suis trop parfait, ça doit sans nul doute être le problème, mais je ne deviendrai jamais la nana qui harcèle le mâle pour savoir où ça en est. Non, non et renon. Je tente une énième fois de faire comprendre ce principe sacré à Vincent, afin qu'il puisse me soutenir dans ma démarche, et surtout qu'il cesse de m'emmerder dans ma phase de sevrage spécial «Jensen ». « Ça devait finir, expliqué-je. Jensen devient flippant. Je ne veux plus le voir. Pas besoin de voir plus loin. Inutile d'insister. » -T'es vraiment con parfois, lâche Vincent face à mon explication grandiose. Pour insister, il faudrait d'abord avoir essayé. p****n Lain, t'es un prédateur ou non ? Je l'ai envoyé se faire foutre. Je ne peux pas revenir sur mon châtiment, ça ferait tafiole. -Tss, ça ferait au contraire s******d qui ne respecte rien, pas même ce qu'il dit. Je ne vois pas où serait le mal. J'y réfléchi un peu, puis je décide que j'en ai marre de me prendre la tête. Je m'emmitoufle un peu plus dans la poigne de mon jouet d'appoint, plus bougon que jamais. -Bah-moi si. Arrête de faire chier, j'ai raison, tu as tort. Fin de la discussion. Et toc. -Franchement, insiste malgré tout l'autre, je ne vois pas pourquoi tu t'entêtes. Tu es ridicule. C'est tellement évident qu'il te plait, je… -C'est juste du cul Vincent. Du cul, et rien d'autre. -Si ce n'était que du cul, tu te contenterais de moi. Tu peux dire ce que tu veux, je suis un bon coup, et tu le sais. Je ne réponds rien. Ça n'en vaut pas la peine. Et puis là tout de suite, je n'ai pas grand-chose à dire non plus… Lourde erreur, parce que mon silence a semblé éveiller le côté psy de Vincent. Et Je vous prie de croire que Vincent dans le rôle d'un psy, c'est tout simplement horripilant. -Je vois bien qu'il t'a changé, conclut-il comme pour m'achever. Alors cesse de te prendre la tête. Tu ne gagneras jamais en méprisant les autres. Oui bah au moins je ne risque pas de perdre. Résistant à l'envie de rentrer dans le jeu de ce fou furieux, je carre la mâchoire et fais mine de ne pas l'écouter. -Parfois, philosophe encore Vincent, en donnant sa chance à l'autre, le bonheur peut sonner à ta porte et… Ahhhhhhhhhh ! Stop, plus de torture. Trop de nian nian, je suffoque, je meure. Je lui fous un coup dans l'entrejambe, et tandis que Vincent lâche un grognement furieux, j'en profite pour me sauver avant que le prêcheur ne recommence son sermon démoniaque. Seulement je n'ai vraiment le temps de me sauver bien loin, parce que je me retrouve aplati à même le sol l'instant suivant, 80 kg de muscles sur moi à me plaquer pour jouer au nouveau jeu « crêpe d'un jour, crêpe toujours ». -p****n, Lain, appelle-le ou je m'énerve. -Va te faire foutre. -Tu en meures d'envie, alors arrête de faire chier tout le monde. -Dans ton cul ! -Merde Lain, tu sais bien que je ne rêve que de mon cul contre le tien. Alors si je te dis d'aller voir un autre, ça doit bien vouloir dire quelque chose ! (sa voix s'adoucit un peu, ce qui a le don de me faire enrager) Ça va bien se passer, alors… -Tu disais déjà ça au dernier, continué-je d'hurler en me débattant pour me dégager. Et comment ça s'est fini ? ricané-je méchamment. Alors tes conseils, tu peux te les farcir profond. Le poids disparait l'instant d'après, et tandis que je me relève en grimaçant, je vois Vincent s'asseoir près de moi, le regard soudain triste. -lui c'était un enfoiré, me fait Vincent. Et celui d'avant également, poursuit-il sans me laisser en placer une. Tu vois, Lain, c'est ça le problème avec toi. Tu crois que le monde est unique et que ce que l'un te fait, l'autre te le fera. -Appelle ça l'expérience. -J'appelle ça surtout une peur de tafiole. Ce n'est pas en jouant au dur que tu gagneras. Tu seras certes le plus grand, le plus beau, le plus fort, mais ce ne sera qu'en apparence. Alors bouge-toi le cul, et au pire tu morfleras une nouvelle fois. Tu sais déjà ce que c'est, ça ne devrait pas être si terrible… Je sais que je pourrai me barrer là tout de suite. Je sais également que je pourrais lui lancer une vanne, faire valoir mes droits de mâle dominant sur cette faible chose ultra musclée, et le ramener au rang de disciple obéissant qui ne l'ouvre que lorsque je lui demande. Seulement, je n'y parviens pas. Et le pire, c'est que ce sale con le sait. Ouh, et regardez-moi ce sourire victorieux qu'affiche ce vicieux manipulateur. Je crie à l'extermination des traitres qui vous retourne la cervelle à des fins malsaines ! -Et puis, fait-il en m'agrippant sauvagement pour me remettre dans ses bras de g*****e, c'est bien pour ça que je suis ton seul maitre attitré. Je ne fais que te prêter, sous réserve que tu me reviennes dans un état convenable. Que d'attention. A en pleurer… Je choisis de me dégager en douceur, puis de le foutre à la porte, aussi poliment qu'il m'est possible de le faire… petit prétexte d'une branlette en solitaire, et lui qui s'en va sans trop sourciller (quoique j'ai matière à penser qu'il ne m'a pas vraiment cru). -Bon ok j'y vais, j'aurais au moins essayé. Tu me tiens au courant ? -Dans tes rêves. Cependant, une fois mon Vincent mis à la porte, je me retourne vers mon téléphone démoniaque. Pour insister, semble répéter ce téléphone à l'instar de Vincent, il faudrait d'abord avoir essayé. Je l'y verrai bien moi. Que croit-il, j'ai une réputation à tenir. Ce n'est pas à moi de le relancer… Et puis cet écran me stress… je n'ai pas d'amis ou quoi ? Pourquoi je reçois aucun SMS ? Putain Lain, t'es un prédateur ou non ? Et merde, c'est bon, j'y vais… Bouge-toi le cul, et au pire tu morfleras une nouvelle fois. Tu sais déjà ce que c'est, ça ne devrait pas être si terrible… Oh, foutez-moi la paix, j'ai compris, laissez-moi au moins le temps de taper le message avant de me harceler mentalement ! … ''Tu boudes ?'' Je regarde ce message une bonne dizaine de fois, m'assure qu'il n'y a rien de compromettant dans ces deux mots, puis j'hésite encore deux bonnes minutes avant d'appuyer sur « envoyer ». Argh, que de stress, pour de la merde de surcroit. Je me prends décidemment la tête pour rien en ce moment. La situation ne fait que s'empirer les trois minutes qui suivent. Je fixe mon téléphone, lui me dévisage l'air de dire « hé ho débile, inutile d'insister, il n'en a plus rien à foutre de ta gueule… dégénéré ». Alors je foudroie du regard ce p****n d'écran, me retient de le renvoyer à l'autre bout de la pièce. C'est que c'est fragile ces petites saloperies insolentes. Les secondes s'écoulent, l'écran me semble de plus en plus goguenard. « Taré. Pauvre type. Couille molle. Tu n'aurais jamais dû envoyer ce message à la con. Tu me fais vraiment pitié » Mais merde, qu'il aille se faire foutre ! Furieux, le téléphone finit une nouvelle fois contre le mur, histoire qu'il cesse de m'emmerder. Ah, ça fait un bien fou. La sonnerie retentit alors et surpris, je constate que l'écran insolent est en train de brille à l'autre bout de la chambre. Je cours donc comme un taré vers l'objet, et que vois-je ? « Jensen », écrit en belles lettres capitales, juste pour moi… Héhé, si j'avais su, j'aurais balancé ce téléphone plus tôt. C'est bien mon petit, t'auras le droit à une nouvelle coque le mois prochain… ''Non, pas vraiment, m'écrit celui qui m'a rendu fou pendant deux jours. J'ai juste suivi ton conseil. Pas d'enrobage, donc je t'ai oublié. C'était bien ce que tu voulais, non ?'' Ouh l'enfoiré. Je sens mes doigts trembler, mes muscles se b****r de colère, mais je me retiens de l'envoyer une nouvelle fois se faire voir. C'est triste à dire, mais il gagne. J'abdique. ''Je suis ouvert aux négociations, écrivis-je après cinq minutes réglementaires à le faire poireauter devant son téléphone (il l'a bien mérité). Un peu d'enrobage, un peu de baisage. Ça t'irait ?'' La réponse met à peine trente secondes à venir. ''Faut voir. Tu proposes quoi ?'' Hmm, qu'est-ce que je propose… Beaucoup de baisage pour compenser ces jours d'abstinence, et un peu d'enrobage les cinq dernières minutes, histoire de dire ? Bon, ok, je sais, je renonce. ''On se voit, et on avise sur place… et j'enroberai si ça te chante… '' ''C'est marrant, j'ai du mal à te croire… qu'est-ce qui me dit que tu tiendras parole ?'' Putain, il me les pète… ''Puisque je te dis que je ferai ce que tu veux. Tu fais chier ! Si tu veux, on fait l'enrobage cet aprèm, et le p******l ce soir !'' … J'attends anxieusement la réponse en me demandant quelle autre exigence à la con il va me pondre. Franchement, j'ai réellement l'impression d'être mené à la baguette sur ce coup. ''Ok. Où et quand ?'' J'y réfléchis une minute. Où vais-je bien pouvoir l'emmener ? Le pire, c'est que j'ai déjà la réponse à cette question. Pour m'être pris la tête ces deux derniers jours, j'ai bien malgré moi songé au rendez-vous idéal qui pourrait complaire ce connard fini… et moi par la même occasion. ''Dans une demi-heure, lui répondis-je donc. Devant la fontaine du centre-ville, près de l'église. Sois pas en retard, sinon t'es mort.'' ''Compris. A toute.'' A toute… il m'aura décidément tout fait celui-là. Ce n'était pas à lui de dire « à toute ». C'était à moi, et à moi seul. Je regarde cependant ce message anodin et si souvent lu en de si nombreuses occasions au cours de ma vie, et soudain, je réalise que je suis en train de sourire bêtement. Mon sourire s'évanouit aussitôt, avant que ne me vienne l'idée que c'est la première fois qu'un mec qui me plait autant m'envoie un message aussi con. Et je m'aperçois que l'effet n'est pas désagréable du tout. Le sourire me revient, et je rappuie sur une touche du téléphone pour voir ce message pourri briller un peu plus entre mes mains. J'ai le temps après tout, car j'ai bien l'intention d'être en retard. -oOo- -Tu es en retard, me signale Jensen sans en paraitre plus irrité que ça. Je m'avance vers lui les mains dans les poches, lui décerne un petit hochement de tête en guise de bonjour. -D'à peine cinq minutes. Tu ne vas pas me faire un cake pour si peu… Merde qu'il est beau ce con ! Je me demande s'il a fait exprès de mettre ce marcel noir qui lui va si bien pour l'occasion, ou s'il s'agit d'un pur hasard destiné à me donner un signe du genre « saute-lui dessus. Ne tiens pas parole, et v***e-le derrière l'église. Amen » Je laisse ces pensées délicieusement malsaines m'envahir, mais résiste bravement, allant jusqu'à me passer de l'embrasser devant tous ces braves gens qui vont et viennent autour de nous. -Alors, me lance Jensen en s'approchant de moi, qu'as-tu prévu de beau ? Un petit tour à l'église, histoire de prier pour nos âmes ? Cette remarque a le don de me faire rire. -Mais oui, bien sûr. Je suis convaincu que se salir les jambes à prier à même le sol un dieu inexistant aidera à nous ouvrir l'autre monde du paradis ! Si tu veux mon humble avis de pêcheur confirmé, un bon joint, une petite pipe bien mesurée, et je t'obtiens le centuple de ce qui a motivé des millénaires de guerre pseudo-sainte… Je lui souris, lui également. -Je suis croyant, lâche simplement Jensen, le sourire toujours aux lèvres quoique légèrement crispé. Et j'ai le vague espoir que me faire chier à courber l'échine une fois par mois devant le vieux d'en haut me permettra de me donner un peu plus qu'une bonne pipe fait par tes soins. Oups… Je regarde ce sourire, et constate que je l'ai fâché. Cette découverte quant aux pratiques de mon compagnon me fait à ma grande surprise éclater de rire. D'instinct je me jette sur lui, et lui passe un bras autour du cou pour l'amener contre moi. Ça m'avait manqué. -Tu sais, plaisanté-je, un autre m'aurait dit ça, j'aurai trouvé ça ultra tafiole. Une fois sa surprise passée, le sourire de Jensen s'élargit, et tandis que l'une de ses mains vient enrouler ma hanche pour me rapprocher un peu plus, ses yeux noirs hypnotiques me scrutent avec cette même tendresse effrayante. -Et là non ? me questionne-t-il doucement. Je ne réponds pas de suite, perturbé par la profondeur de ce regard. Une part de moi a envie de se dégager pour fuir, l'autre a au contraire envie de ne plus jamais m'extraire de cette étreinte contre-nature. Mais la vérité, c'est que j'aime bien trop ce que je ressens pour pouvoir lutter. J'ai envie de ne pas fuir. J'ai envie qu'il soit à moi, même si ce n'est que temporaire et fatal pour la suite. Alors je lui réponds, sur le même ton étouffé. -Sur toi j'aime assez. Ça prouve que tu as des convictions, et puis tu dois être plutôt sexy dans la pose du religieux repentant. -Tss, tu ne penses décidément qu'à ça. -On fait ce qu'on peut, conclus-je en bon fataliste, avec ce qu'on a. (je regarde autour de moi) Bon, c'est pas tout, mais il faut que je me dépêche de t'enrober notre séance de ce soir. On y va ? Autour de nous, je sens en effet des regards sur le couple que nous faisons, et l'idée de se déplacer pour fuir me plait assez. Bien sûr, je ne peux que comprendre ces coups d'œil curieux : nous sommes magnifiques après tout. Cependant, j'ai également conscience que beaucoup de ces regards se font désapprobateurs sur la manière dont nous sommes enlacés, et ça, ça m'emmerde nettement plus. -Que proposes-tu ? me questionne le beau gosse qui me colle, également conscient de l'attention qu'on nous porte, mais d'apparence sereine. -Hmm (je fais mine d'y réfléchir)…Toujours pas de jeux vidéo ? -Non, c'est pas trop mon truc. (Tandis que nous marchons, il retire sa main autour ma taille pour mieux enlever ma main autour de son cou) Lain, sorry mais il faut que tu te fasses une raison. Tu es petit, donc assume la position de la fille. -Pardon ? Jensen lève les yeux au ciel, et, de l'air de celui qui doit tout faire, il prend ma main pour la glisser autour de sa taille, avant de passer l'un de ses bras musclés autour de mon cou. -Ce n'est pas mieux comme ça ? lance-t-il en me fixant. Hmm… s'il voulait me blesser dans mon orgueil de mâle conquérant, c'est réussi. Cependant je constate que Jensen semble plus à l'aise sans devoir se courber pour être à ma hauteur, et puis effectivement, pouvoir lui tripoter les hanches n'est pas désagréable. Je préfère changer de sujet. -Comment les jeux vidéo peuvent-ils ne pas être ton truc ? Ahah, avoue que tu es nul à chier avec une manette ! -Pff… non, c'est juste pas mon truc. (Jensen se penche un peu vers moi tel le mafieuso prêt à négocier son os) bon, chuchote-t-il, ça c'est ce que je dis à mes conquêtes. La vérité, c'est que je supporte assez mal de m'exciter comme un taré sur un jeu ; c'est trop de testostérones pour mon petit cœur sensible. -Mouais, fis-je moqueur, Vincent est pareil. Il devient très vite carrément barge. Je souris. -C'est justement pour ça qu'on devrait faire ça. Je m'amuse, tu t'excites devant ta manette et on finit ça sous la couette. (Quel poète, je m'épate parfois) Je réfléchis. -D'ailleurs, pourquoi « la vérité » ? Je ne suis pas ta conquête peut-être ? Lorsque je lui coule en regard en biais, je constate que Jensen regarde devant lui, ultra sérieux. -Une conquête est acquise, dit-il gravement. (Un soupir de sa part) Avec toi, je n'y suis pas encore. Héhé, bonne réponse. Ce mec sait comment me prendre dirait-on. -Alors que préconises-tu ? -Le ciné était mon idée, et on a déjà convenu qu'aujourd'hui c'était ton tour de nous occuper. -Tu sais, fis-je tout en continuant de marcher, je n'ai pas une grande expérience de ce genre de conneries. C'est plutôt rare qu'on me la joue guimauve, et totalement exceptionnel que je me prenne au jeu… Le sourire de Jensen s'accentue. -Serait-ce un aveu ? La réaction ne se fait pas attendre, et je suis à deux mètres de lui l'instant d'après. -Même pas en rêve, grogné-je. Te fais pas de films, je voulais juste dire que cette aprèm va certainement être pourrie. Moi et ce genre de connerie, ça fait deux… -Non, me corrige Jensen sans se départir de son sourire. Ça fait trois. -Hein ? Je le regarde avec des yeux ronds, et il éclate d'un rire joyeux et totalement anti-connard tandis qu'il me ramène près de lui, un bras autour de mon cou en digne maitre qu'il croit être sur ma personne. -Cette après-midi, m'explique-t-il, il y aura toi, moi et de la bonne grosse guimauve à en avoir la nausée. On sera donc trois. Argh, pourquoi ça me plait ce genre de trucs débiles ? Je vais mourir… -oOo- A ma grande surprise, j'ai adoré cet après-midi « guimauve ». Alors à votre avis, qu'avons-nous bien pu faire tous les trois ? Cette question peut paraitre anodine pour certains, mais je me la suis posée durant ces deux derniers jours. Qu'est-ce que j'aime faire, mis à part tester les lits et positions acrobatiques ? Qu'est-ce que je pourrais bien faire faire à Jensen, sans que cela ne nuise à ma virilité toute puissante ? Héhé, je parie un mois et demi de branlette que vous êtes loin du compte. -Sérieux Lain, me lance une nana aux gros nichons et aux cheveux roux, toi et ton pote vous êtes trop beaux… tu me passes ton numéro de téléphone ? Elle sur mes genoux, je glisse l'une de mes mains entre ses cuisses avec un sourire carnassier. -Mais bien sûr. Tu as de quoi noter ? Gros nichons me lance un sourire ravi avant de sauter sur son sac à main de pêtasse accomplie, pour en extraire son téléphone. J'en profite pour jeter un coup d'œil à Jensen en face de moi, très occupé à embrasser la fille collée à lui. Un peu irrité, je note rapidement un faux numéro sur le téléphone qu'on me tend. -Jensen, lancé-je une fois la tache faite. Inutile d'insister, j'ai son numéro… on se casse ? -Et merde… grommèle Jensen en s'éloignant de sa conquête. Aussi sec, il se lève avant d'avaler son verre d'une traite. -p****n, c'est pas du jeu, marmonne-t-il tandis qu'on sort du bar. Tu as pris d'office la chaudasse du groupe. Sa copine était carrément coincée. -Mouais, bah je l'ai trouvé plutôt ouverte pourtant, lui fis-je remarquer en me rhabillant vite fait. Tu embrasses bien à ce que je vois…. Jensen me fait son modeste, quoique je vois bien qu'il me fait le beau gosse fier de lui. -Je tente comme je peux de rester dans la course, en usant de ce que la nature m'a donné… ça nous fait combien ? Je sors un morceau de papier froissé, et plisse le front en faisant le compte. -Hmm, 36 numéros de téléphones obtenus pour toi, 42 pour moi… -Tu triches Lain… je suis sûr que tu comptes ce groupe de japonaises… Je lui tapote gentiment l'épaule. -Oh, fais pas ton mauvais joueur… ce n'est pas ma faute si elles ont toutes adoré l'idée de cours de soutien à domicile de français… -C'est de la triche… -Du pur génie tu veux dire… Jensen me fait le bougon, je lui enlace la taille pour le consoler d'être un piètre séducteur. -Allez, si tu veux, je te laisse dix secondes d'avance dans le prochain bar... Jensen m'adresse un coup d'œil moqueur. -On dirait presque que tu aimes ça… tu ne préfères pas qu'on passe de suite au p******l ? J'y réfléchis, puis secoue la tête. -Allez, encore un pour me déculpabiliser avec ces japonaises. Tu peux utiliser la technique de ton choix. -Si tu le dis. Mais après on arrête. Dans le bar, l'ambiance étouffée m'excite une nouvelle fois, de même que la profusion des corps qui se colle en tout sens. Je sens de même les doigts de Jensen dans le bas de mes reins, et ça suffit à me rendre fou. -Bonsoir mesdemoiselles, lance Jensen de sa voix sexy et rauque en s'approchant d'une table. La place est libre ? Je constate de suite que pour notre dernier bar, Jensen a choisi du gibier de premier choix. Deux beaux latinos, sublimement proportionnées et bien sûr absolument pas du genre à donne leur numéro de téléphone au premier beau gosse qui passe par là. L'une accepte, l'autre la foudroie du regard l'air de dire « t'es folle ? Qu'est-ce que tu fous ? » Et bien entendu, Jensen choisi de s'asseoir près de celle qui a dit oui. Connard va. Je m'assois donc près de la beauté réticente, qui me prive de toute tactique de drague d'un « je suis en couple. Il arrive d'ici dix minutes » Un regard à Jensen, et je saisis combien nous sommes aussi fous l'un que l'autre. Parce que, si un autre se serait immédiatement résigné, nous avons tout deux compris combien nous étions chanceux. Un petit défi de vitesse, pourquoi pas ? Pour Jensen, l'affaire a été rapidement menée. Et vas-y qu'il lui effleure la mâchoire en redoutable machine à draguer, et vas-y qu'elle fond sous ses caresses. J'essaye un peu avec la réticente, mais j'ai décidément du mal. Elle semble réellement tenir à son mec, ou alors elle en a une peur bleue. Pfiou, laisse tomber gazelle, je suis bien mieux. Je décide donc de jouer le maladroit, et lui parle musique. D'abord méfiante, elle s'ouvre lorsqu'elle croit être à l'abri, et, quel maladroit, je lui fais renverser son verre sur mon pantalon. « Argh, mon pantalon ultra cher ! Quelle horreur, damnation, que faire ? Visiblement navrée, la belle me propose de me payer le passage au teinturier. « C'est vrai ? Bah ouais, ce serait cool… tu me donnes ton numéro pour que je te dise combien ça m'a coûté ? … En me nettoyant dans les toilettes, je n'en reviens toujours pas combien je suis génial. Un pur prédateur, de ceux que l'on ne fait plus. -T'es vraiment un sale tricheur, lâche Jensen en apparaissant derrière moi. T'avais dit que tu la jouerais réglo cette fois. Je finis de frotter la tâche, avant de me tourner vers lui. -Et c'est ce que j'ai fait. Il n'a jamais été mentionné qu'il fallait obtenir leur numéro de téléphone pour faire des galipettes. Et puis tu n'as pas été très réglo non plus… tu as vu comment tu… ? Jensen ne me laisse pas finir mon monologue, et j'ai le droit à ses lèvres contre les miennes tandis qu'il m'enlace. Fou furieux. Quand je pense qu'il m'a fait chier pour avoir son enrobage, et maintenant il ne joue pas le jeu… Tss… ce mec aime décidément beaucoup l'ambiance toilette… Cependant je me prends à lui répondre, et avec douceur je vous prie. Parce que ça me plait. Et surtout, parce que je suis parfaitement conscient qu'il m'embrasse comme il n'a embrassé aucune fille aujourd'hui. Je ne décèle aucune folie furieuse ici, ni perversité mal placée. Juste une douceur embarrassante, et cette bestialité qui m'excite. Ce mec me rend fou. Je laisse mes doigts glisser le long de ses membres puissants, penche la tête lorsque les baisers de Jensen se mettent à errer le long de ma nuque, et je l'aurais bien fait de suite, si l'odeur nauséabonde des latrines ne nous avait pas ramenés à la raison. Lorsqu'il cesse son étreinte, c'est à peine si je ne dois pas m'appuyer un moment pour tenir debout. -p****n, lâché-je, si j'avais su, je t'aurais demandé qu'on se voie hier… je n'aurais pas attendu si longtemps. -Je n'aurais pas pu hier, fait Jensen tout en souriant gentiment. (Il hausse les épaules face à mon air interrogateur) j'étais occupé hier, j'avais rendez-vous chez le médecin. -Hmm, tu sors souvent cette excuse fis-je remarquer soudain soupçonneux. Tu ne me mentirais pas par hasard ? -Crois ce que tu veux. Mais j'étais réellement chez le toubib. (il semble hésiter, avant de poursuivre) Il faudrait d'ailleurs qu'on en discute prochainement… -Mouais, le coupé-je distraitement, bon j'y retourne histoire de conclure l'affaire, et tu te pointes dans deux minutes. Sinon ça ferait suspect. -… tricheur. Je lui tapote gaiement la joue. -Allez « Honey », sois pas mauvais perdant. Et puis, je suis excellent au pieu lorsque je suis de bonne humeur. La lueur d'excitation enfantine de Jensen me fait fuir à toute vitesse en dehors des toilettes. Ouf, c'était moins une, sinon je lui aurais sauté dessus. Lorsque je me dirige à nouveau vers les filles, je songe que je suis réellement en train de sombrer pour ce con. Les filles me regardent d'un air mauvais, notamment celle qui vient pourtant de me donner son numéro de téléphone. J'esquisse un sourire charmeur, mais un coup dans la nuque me fait valser en avant sans que je puisse poser la moindre question. -Alors c'est toi, l'enfoiré qui tente d'escroquer ma copine ? En me retournant, je comprends que la beauté devait certainement craindre son mec. Vu le monstre patibulaire de deux mètres, bardé de cicatrices et visiblement furax, ça ne peut être que ça. Poli, je m'explique. « Non mon pote, on a simplement discuté, et… » « Et quoi ? Tu voulais te taper ma copine ? Tu te prends pour qui à draguer la meuf d'un autre ? » « Pourtant je lui ai dit que j'étais prise ! », s'empresse de glapir l'autre abrutie. Snif, j'en ai marre, elle ne pouvait pas se la fermer ? Voire me défendre un peu ? Alors je lui réponds que non, je ne draguais pas, je faisais juste la discussion. Vous pourriez vous demander pourquoi je tente d'apaiser la situation avec ce g*****e, mais c'est sans doute parce que vous n'avez pas vu la tête de l'énergumène. Lorsqu'on est un homme, je pense qu'il faut savoir jouer au dur. Mais lorsqu'on est un homme, il faut également savoir fuir lorsque la situation l'exige. Sauf que le colosse ne me laisse pas fuir. Il me décerne son poing, que j'esquisse adroitement avant de moi-même le frapper. Ouille, bobo, j'ai mal, c'est trop dur… Ahhhhhhh, fuyons ! Sauf que là encore, le monstre ne me laisse pas m'échapper, et tandis qu'il me saisit à la gorge, je dois admettre qu'un peu d'aide ne serait pas malvenue. L'aide arrive avec super-Jensen, qui se jette sur mon assaillant pour le faire lâcher prise. Surpris, le monstre se tourne vers le nouvel arrivant, et je me retrouve à terre, tandis que Jensen abat son poing sur le visage du mec. L'autre fait un vol plané, et Jensen se précipite sur moi pour m'aider à me relever. -Ça va Lain ? -Oui oui, on va dire ça… Jensen ! Mon super-Jensen se retourne grace à mon avertissement de midinette, avant de remettre un nouveau poing sur la tête de l'autre. Le monstre vole à nouveau, je me félicite d'avoir opté pour le « Bad boyfriend ultra doué au corps-à-corps ». Seul hic, c'est lorsqu'une demi-douzaine de tarés s'amène derrière le g*****e, visiblement prêt à nous foutre la branlée de notre vie. Le regard que nous nous échangeons, moi et Jensen, prends alors une dimension télépathique universelle. Je lui transmets un message très précis, il acquiesce presque tant c'est compréhensible. Il y a un temps pour faire le fier, il y en a un autre pour fuir. FUYONSSSSSSSSS ! … Ah, décidément, ce fut vraiment une belle après-midi. Plan drague à gogo et en bonus une petite baston avec l'homme auprès duquel je me sens le mieux. Tandis que nous courons à perdre haleine au gré des rues sombres en cette fin de soirée, mon regard réjoui va de ci de là. La lune, les réverbères, nos poursuivants qui se laissent peu à peu distancer, mon Jensen qui court comme un dératé. J'aime ça. J'aime ce que nous faisons tous les deux. Je crois que je suis réellement en train de sombrer. Et au risque de me répéter, j'aime ce sentiment. D'ailleurs, le mot « aimer » devient de moins en moins tafiole à mes oreilles, et je m'étonne à l'appliquer à de plus en plus de choses. Je sens que Jensen n'en peut plus, je prends un nouveau raccourci et le dépasse légèrement pour le guider au gré des ruelles sombres. J'aime le bruit de ses halètements, j'aime nous mettre dans des situations de dingues. Je me sens bien. J'en veux encore. Lorsqu'il semble évident que nous les avons définitivement perdus, je prends une nouvelle ruelle, les halètements de Jensen de plus en plus rauques, et je prends la direction du premier jardin public que je connais. -Lain, suffoque Jensen derrière moi, arrête-toi, j'en peux plus. J'éclate de rire tout en courant. -Ça manque d'endurance tout ça, me moqué-je gentiment. Allez, on y est presque. -Sérieux Lain,… j'en peux plus. Stop. Je me retourne vers Jensen, et lui décerne un sourire mi- encourageant, mi- moqueur face à son visage en sueur et sa main accrochée à sa poitrine. Tss, vraiment pas endurant ce garçon. Mais c'est vrai que durant la b***e non plus, il lui arrive souvent d'agir ainsi. Teint livide, main à la poitrine, respiration difficile. Moi je dis, le meilleur remède à ça, c'est la pratique. J'entre dans le parc, et moi-même à bout de souffle, je m'écroule à même le sol. J'entends Jensen faire de même. Ses halètements sont si forts qu'il va sans doute lui falloir un bout de temps pour s'en remettre. Heureux sans raison, béat face aux merveilles de la nuit et le spectacle que m'offre la lune, je songe que je suis réellement bien, là tout de suite. Et c'est grâce à lui. J'aime ce sentiment. Et je crois bien que je l'aime lui. Stop, j'ai dit « je crois »… alors ne vous excitez pas ! Il y a un monde entre « je crois » et « c'est sûr ». Je me force à supprimer de mes traits mon air de benêt et je tourne vers Jensen écroulé près de moi pour m'assurer qu'il n'a pas remarqué mes basses errances sentimentales. Etrangement, les halètements se sont subitement taris. -Eh, Jensen, t'es mort ? Pas de réponse. Je m'approche à genoux, le sourire aux lèvres. -Tu sais, ça ne sert à rien d'essayer, ça ne marche jamais avec moi le coup du « je me redresse d'un bond pour te faire peur ». Toujours pas de réponse. Je me positionne au-dessus de lui, et constate qu'il a les yeux fermés. Il tremble. Je m'approche un peu plus, et frémis. Putain, mais il ne tremble pas. Il convulse. Je le saisis par les épaules pour le secouer. -Oh, Jensen, qu'est-ce que tu fous ? Jensen ! -oOo- Le p******l ne s'est finalement jamais fait, et nous avons fini à l'hôpital. Par ma faute, Jensen a fait un arrêt cardiaque.
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