Zombiland

2105 Words
Si vous voyez la tête de Jensen, vous seriez pliés en deux. Non mais sérieux, pourquoi me faire ce regard de merlan frit, cette tête outrée de beau gosse maltraité ? Franchement, c'est hilarant. Jensen se penche vers moi, visiblement agacé au plus haut point. -Tu sais Lain, se plaint-il encore à côté de moi, je ne m'attendais pas vraiment à ce que tu fasses dans la subtilité, ni même que tu m'emmènes voir un navet du genre « love me tender Honey ». (Jensen fait la moue, je fais de mon mieux pour rester impassible) Mais là, bougonne-t-il, je te trouve vraiment lourd. J'hausse un sourcil ravi. Histoire de le faire un peu plus enrager, j'engloutis une poignée de pop-corn fraichement et chèrement payé par les bons soins de mon accompagnateur. -Bah pourquoi, il ne te plait pas mon film ? Une petite mémé nous dévisage à un rang de là. Jensen la foudroie du regard jusqu'à ce que mémé détourne son regard. -Non, grommèle Jensen dans un chuchotement maussade en se retournant vers moi, il ne me plait même pas du tout. C'est bon, tu as gagné, j'ai compris que tu étais un mâle… franchement, il était inutile de m'emmener voir une merde pareille ! Il me montre l'affiche placardée à côté de l'écran central. -Non mais sérieux, tu vas me dire que tu aimes les histoires de zombie ? Je jette un coup d'œil à l'affiche alléchante de mort-vivant en train d'étriper une pauvre et faible femme aux gros nichons (miam), et perplexe, j'avale une nouvelle poignée de popcorn en hochant positivement la tête. -Bah quoi, m'étonné-je faussement, il te plaise pas mes zombies ? T'as quelque chose contre un peu de sang et de sexe ? Jensen me fixe d'un air visiblement agacé, avant de bougonner un « gnngngn gn… je t'en foutrai moi du sang et du sexe… maso va… », avant de s'enfoncer au fin fond de son siège. Héhé, il ne fallait pas me proposer de choisir le film. Et puis je suis désolé, mais même si j'admets ne pas avoir choisi le film le plus en vogue, celui-ci a une certaine classe. J'ai toujours raffolé de ces histoires où le mal est grossièrement caricaturé, et où tout le monde fuit face à leur toute puissance. C'est juste la fin qui merde à chaque fois. Il faut toujours que le « héros » ponde une solution à la con à la dernière minute, et que les « méchants » se retrouvent relégués aux oubliettes. Tristement irréaliste, et démoralisant pour un anarchiste dans mon genre. Les lumières choisissent ce moment pour s'éteindre, et je jette un coup d'œil approbateur à Mike et Cindy, lesquels sont activement en train de se bagarrer l'accoudoir d'à côté… Ça aussi, Jensen ne semble pas le digérer, quoique je ne comprenne pas vraiment pourquoi ça le dérange qu'on les ait invités. D'une, je pense que Mike et Cindy ont tout autant besoin de décompresser après les résultats du bac, et de deux, je me sens mieux avec ces deux zigotos pour parer toute bizarrerie entre Jensen et moi. Je scrute Mike en train de se faire victimiser par Cindy, et me retiens de ne pas me mêler de leur problème d'organisation du territoire. Je n'aurais jamais cru que ça arriverait, mais je m'étais réellement attaché à Mike, et ce serait mentir que de dire que ça ne me pince pas un peu le cœur de voir Mike complètement à côté de la plaque me concernant. Il ne semble pas décidé à capter qui je suis, et me traite gentiment par simple respect envers Heden… le pauvre, j'espère simplement que Cindy ne me l'abimera pas trop. Les cinq premières minutes du film s'écoulent donc, et je constate qu'il est flippant comme je les aime. Cependant, petit Jensen ne se montre pas très coopératif, puisque je constate qu'il ne regarde pas ce qui se passe à l'écran. Je lui adresse une grimace réprobatrice. -Pourquoi tu ne regardes pas ? chuchoté-je. L'insolent me décerne le sourire charmeur, et sa main vient flirter avec la mienne sur l'accoudoir. -Pas envie. J'ai mieux à faire. -Chut, siffle la mémé en se retournant. J'hausse un sourcil agacé face à cette rébellion du troisième âge, puis je pousse du coude Jensen. -Jensen, tu arrêtes de nous faire chier, moi et la vieille mégère de devant, et tu mates gentiment le film. Et t'as intérêt d'y mettre du tien. T'auras une interro à la fin. Je ne saurais dire avec certitude ce qu'exprime le visage de Jensen dans la pénombre, mais j'ai comme la vague impression que c'est plutôt du genre « pas content ». Cependant il semble céder, et pour preuve, je le sens même tressauter lorsque des morceaux de cervelle volent en tout sens et que zombie numéro deux arrache le cœur de zombie numéro quatre. Pas vraiment hard, mais le suspense est plutôt sympa. Pour être honnête, j'ai moi-même déjà réussi à sursauter trois fois de frayeur, quoique ce soit pour des raisons pourries. Suzanne qui ouvre son frigo et voit zombi numéro douze lui sauter dessus. Suzanne qui entend un bruit et en bonne abrutie, va voir ce qu'il se passe, alors qu'il ne s'agit que du chat, avant qu'en se retournant zombie numéro deux ne pointe le bout de son nez. Ce faisant, j'entends Mike et Cindy se disputer dans la pénombre pour ce fameux accoudoir et je me félicite une fois plus de les avoir invités. Quoique c'est certain, mémé doit être en train d'enrager. Bah, tant qu'elle ne nous attaque pas avec son dentier, ça ne sera pas pire que si je m'étais retrouvé seul avec Jensen, surtout vu l'état d'esprit dans lequel il semble se trouver ces temps-ci. On dirait presque que… non, laissez tomber, j'allais dire de la merde. Après tout, Jensen n'agit quand même pas comme quelqu'un qui souhaiterait « s'engager » ? Ce serait trop zarb, n'est-ce pas ? Trop berk, trop dérangeant, trop strange… En parlant de berk, je trouve particulièrement bien fait le moment où Suzanne perd une oreille. Très réaliste tous ces morceaux qui volent… Je jette un coup d'œil pour vérifier que Jensen tient le choc, et je le vois accroché à son siège, prêt à fuir de la salle. Tss, il fallait le dire de suite s'il était ce genre de petite nature. … Je me prends sans doute la tête pour rien, mais je me demande vraiment quand ce mec en aura marre de tout ça, et, dans la mesure où je lui donne sa chance, quand il s'en ira de lui-même… Ils sont tous partis après tout. Dès lors qu'on le sait, quelle est l'intérêt de faire des efforts, d'accepter un cadeau empoisonné qui nous sera bientôt retiré ? Pourquoi devrais-je me prendre la tête avec ce type ? Sera-t-il toujours présent ? Non, bien sûr que non. Jensen choisi ce moment pour sortir en pseudo-courant de la salle, et amusé je le suis. Mais qui sait, peut-être devrais-je me laisser tenter… Lorsque je sors, je trouve petit Jensen tout livide et couvert de sueur dans les toilettes du cinéma. Histoire de ne pas en rajouter dans la moquerie, je m'adosse contre un lavabo, et ôte (presque) tout sarcasme de la phrase qui suit : -Tu ne tiens pas le coup, « Honey » ? Jensen se passe un coup d'eau sur le visage sans me répondre, puis il me saisit sans prévenir dans ses bras. -Ton film était vraiment trop pourri, lâche-t-il toujours mouillé (super hot, inutile de le préciser). Et vu que c'est moi qui aie payé, j'ai le droit de décider où se passera la séance… -Heu… dans les toilettes ? -Vu la merde qu'on regardait, répond cet insolent en s'essuyant avec mon t-shirt, on est tout aussi bien ici. J'hausse un sourcil hautement désaprobateur et croise les bras pour compléter le tableau du mec pas d'accord du tout. -Je tiens à préciser, fis-je remarquer, que c'est toi qui as voulu aller au ciné. Il n'a jamais été question du choix du film, ou de se faire un plan b***e dans les toilettes du ciné. Je marque cependant une pause afin d'y songer, les yeux levés au plafond, et je suis bien contraint de poursuivre rapidement, car je me rends subitement compte que l'idée m'attire déjà. -Mon pote, poursuivi-je donc, c'est toi qui as voulu me conter fleurette, alors maintenant, t'as intérêt à assumer. Pas d'enrobage, pas de cul, tu te rappelles ? -Pff, grommèle Jensen sans me lâcher, la fille accepte l'enrobage au moins. Elle ne me choisit pas des films gores. Je souris malgré moi, parfaitement conscient que je dois être en train de lui faire le sourire spécial « peste power » en cet instant. -C'est ça qui fait tout mon charme, fis-je mielleusement, « Honey ». Il ne répond pas, mais son sourire anti-connard suffit à m'ôter tout sarcasme pourtant hautement mérité. Mon dieu, comment puis-je lutter face à ces petites fossettes aux coins des yeux, cette incertitude d'enfant ravi dans un sourire naturel et sans artifice ? Aucun doute, ce sourire maléfique doit sans doute être une nouvelle arme secrète dont use et abuse le diable qui me fait face. S'entraine-t-il souvent pour paraitre si naturel ? Évidemment que oui. Sale con. Et le pire, le plus affreux et le plus dangereusement grisant, c'est que j'aime terriblement savoir que je suis le seul destinataire de ce cadeau empoisonné. Là tout de suite, dans ces toilettes miteux, sur les genoux de mon s*x-toy, je me sens unique, et c'est terriblement malsain de penser ainsi. Parce que cette pensée est un leurre. Demain sera un autre jour et Jensen ne sera plus là, occupé à chasser d'autres jupons plus convenables à l'image de cet hétéro perdu pour un temps. Alors je le laisse s'approcher plus près, et la scène s'échauffe malgré moi, à cause de moi et surtout, avec moi. Il m'embrasse sauvagement, je lui réponds en pesant de tout mon poids, et le laisse même un peu s'égarer, lorsque ses baisers se perdent dans mon cou, qu'ils se font plus doux, que… Ah non, du contrôle. Pas de nian nian. -Tu sais, grommelé-je plus durement que nécessaire en m'éloignant, ça n'a pas l'air, mais j'ai réellement envie de finir le film. Oui, j'ai terriblement envie de voir ce p****n de film. Et non, la main de Jensen dans mon dos ne me fait rien. Bon, oui, ça m'excite, me donne envie qu'il me violente et me fasse mal. J'ai envie de le mordre, de le faire hurler, d'être sa chose, qu'il soit la mienne, mais rien de plus. Jensen m'embrasse encore, et lorsque je m'éloigne, je vois ses yeux sombres bruler contre moi. Oui, juste envie de voir ce film. Envie de voir ce film. Envie de lui. Lui. Je le veux lui. -Tu sais comment ça se passe après que l'homme se soit ruiné pour aller voir un navet avec du popcorn hors de prix ? me demande Jensen tandis que nous sortons des toilettes. -Laisse-moi deviner… le mec dit « ouvre tes cuisses femelle » et la fille lui donne un coup de bombe au poivre ? Jensen pousse un soupir. -Pas vraiment non. Je réfléchis, et souris en pensant avoir compris le raisonnement de mon petit pervers de s*x-toy. -La fille peut aussi faire « non, quelle horreur ! » mais se laisse faire et ouvre les cuisses comme une chienne… Jensen semble désespéré. -Tss, toute ton éducation est décidément à refaire. Il m'attrape le poignet, et dans le couloir désert du cinéma, il m'embrasse une nouvelle fois. Doucement. De façon dérangeante. D'une façon qui me donne envie de fuir. Et de rester. C'est définitif, ces temps-ci Jensen est beaucoup trop perturbant. A quel jeu joue-t-il ? Jensen semble d'ailleurs se rappeler d'un détail important. -Ah oui j'oubliais, pardon. Et il me frappe. -Pas trop de douceur d'un coup, me fait ce dingue d'un air entendu. Il ne faudrait pas faire fuir ma proie… Tu ne veux toujours pas venir chez moi, n'est-ce pas ? Et après il se dit « subtil » ? Débile va… Mieux vaut aller finir de voir comment zombie numéro deux a copulé avec Suzanne pour donner un zombie junior… Je ne vous l'avais pas dit ? J'avais regardé les spoils sur internet, afin d'être sûr que ça finirait mal… Zombiland en force, et que le mal l'emporte !
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