Si tu savais…

5101 Words
-PoV Jensen- Cet homme est tellement amusant. Ses airs de prédateur, son jeu de séducteur inaccessible, ses moues indignées à le v****r… j'adore. J'en veux encore. p****n, ce que j'en veux encore, à m'en rendre malade parfois. En bref, Lain me fascine. Tellement certain d'être le dominant de nos ébats, le conquérant dans une lutte qu'il s'est érigé dans un délire d'enfant têtu, il est de même convaincu d'être sans faille. Pour lui je ne suis qu'un jouet, un défouloir pour batailler à n'en plus finir, un exutoire à toute cette colère que je sens pulser dans ce petit être. Tellement attendrissant. D'ordinaire je m'en contente, je le laisse gagner, je me retiens. Mais ce soir il m'a cherché. Comme il le fait toujours, mais ce soir je ne peux lutter davantage. « Défoule toi, je ne répondrais pas ». C'est bien ce qu'il m'a dit, n'est-ce pas ? Il l'a voulu, l'a réclamé, et c'était tellement tentant. Et cette moue maladive, ces petits yeux brillants d'un ridicule défi fiévreux. Cette bouche tremblotante de froid, cette sueur qui en fait ma chose en cet instant, comme jamais auparavant. Y résister ? Impossible. Alors je l'ai poussé dans ses limites, parce que je voulais voir comment il réagirait, voir de même comment lui faire perdre ses moyens serait. Mais également parce que l'envie d'être tendre avec lui me calcine. Mes lèvres contre les siennes, sa surprise atterrée. Délicieux. Reposant. Unique. Puis son horreur qu'il tente de masquer, en grand petit homme viril que rien n'atteint. Je le vois déglutir, j'en frisonne d'envie. - Non mais c'était quoi ça ? Tellement prévisible. Je tente comme je peux de dissimuler mon amusement. -Tu m'as dit de me défouler, lâché-je sur un ton où j'aurais dû insuffler davantage de moquerie. Alors je me défoule, conclus-je. Il me scrute dans une horreur grandissante, je me retiens à grand peine de ne pas l'embrasser de nouveau. J'adore ses airs perdus, je pourrais passer mes journées à le rendre fou pour le simple plaisir de lui faire perdre tous ses moyens. -C'est comme ça que tu te défoules ?, grince-t-il menaçant. Tu te fous de ma gueule ? Moi toujours en lui, lui frissonnant dans mes bras, malade, je me délecte de ce moment de surpuissance sur mon repas. Je prends le temps d'affirmer ma position sur lui, histoire de ne pas l'écraser sous mon poids. Je reprends de même mon souffle, tente de rester maitre de cette défaillance qui est la mienne. -Soyons honnêtes Lain, fis-je posément. Tu aimes souffrir. Je retiens un sourire moqueur, contrôle ma voix pour en ôter toute trace de dépit. -Tu es maso, poursuivis-je. (J'hausse les épaules, image même du démon qui démontre ses plans machiavéliques). Ma façon de gagner, c'est de faire ce qu'il me plait, non d'exécuter tes quatre volontés. C'est là que j'ai senti combien j'étais allé trop loin. Peur, horreur, indignation. Surtout peur en fait. Voilà ce que montrent ses traits, et qui me donnent matière à penser que je n'aurais pas dû lui révéler le fond de mes pensées. -Tu te fous de ma gu… ? Je stop sa colère d'un nouveau b****r, et ne peux retenir un rire face à cette rage ridicule qui s'empare de l'être sous moi. Je sais, je n'aurais pas dû rire. Mais c'était plus fort que moi. Histoire d'arranger les choses, je tente tout de même de le rassurer. -J'adore tes caprices, murmuré-je d'un ton moqueur. (J'hésite) Et je gagne. Définitivement. -p****n, siffle-t-il rageusement. Je vais te castrer. Il se débat contre moi et j'ai conscience de n'avoir fait qu'empirer la situation. Merde, j'ai même complètement merdé. Je le maintiens à même le lit, chose plutôt facile étant donné ses joues rosies par la fièvre et son air grippé. Ses coups pour se libérer mettent cependant à mal ma faible endurance, j'ai conscience que je ne peux pas me permettre de jouer à ce jeu-là très longtemps. Il lutte encore durant quelques instants, et je veux le rembrasser. p****n, ce que j'en ai envie. Ma poitrine me fait mal. Je lâche la dernière phrase, autant par connerie que par génie. Je veux comprendre, je veux le mettre hors de lui, je veux également aller plus loin. -Lain, murmuré-je à son oreille, pourquoi lorsque tu m'insultes, j'ai l'impression d'entendre des « je t'aime » refoulés ? Inutile de dire que j'ai un brin surestimé sa capacité à se contrôler. Un vrai gosse. Tellement v*****t. Tellement drôle. Tellement blessant également. Lorsqu'il me repousse avec une force digne de nos ébats du début, je heurte le bord du lit. Un peu sonné, je reste avachi là où il m'a fait valdinguer, conscient de ses pas précipités et de la porte de notre chambre qui claque peu après. Il est parti. Je regarde ma montre, fais la moue. Il ne m'aura même pas laissé cette minable demi-heure pourtant promise. Sale con. Je tourne la tête en me massant une poitrine douloureuse, aperçois deux chaussettes roulées en boule sur le bord du lit. Tss, quel imbécile. Etre pressé de fuir mon aura dévastatrice, c'est une chose, mais en venir à vouloir rentrer chez soi les pieds à l'air, ça manque singulièrement de maitrise de soi. Je prends le temps de reprendre complètement mon souffle avant de me redresser. Du calme, du contrôle. Que faire à présent ? Je m'en veux, mais j'ai de même conscience d'avoir bien agi. Je n'ai strictement rien à me reprocher, je n'ai fait que tenter. Et puis, avec ce gosse entêté, il fallait bien que je profite de cette offrande, de ce « défoule-toi, je ne répondrais pas ». Il faudrait d'ailleurs que je poursuive sur cette lancée. Lorsqu'il reviendra prendre sa paire de chaussette d'un air digne, qu'il me prendra de haut et voudra clarifier mes propos moqueurs, il faudrait que je lui mette les poings sur les «î ». Non, ce n'était pas que pour le faire chier. Oui, j'en ai ras-le-cul de ce jeu puéril digne de dégénérés incontrôlables. Je veux du cul, mais je le veux lui aussi. Parce qu'il me plait, non parce que je le déteste. Et puis il me fait chier avec cette excuse bidon. Il veut venger sa sœur ? Il veut lutter, jouer au mâle dominant ? C'est cool, je lui accorde un point pour le grand frère vengeur de l'année. Mais ne trouvez-vous pas cette histoire complètement débile à la fin ? Et comment peut-il s'imaginer que quelqu'un puisse vouloir rentrer dans son délire ? Qui est le plus grand, qui est le plus fort, et qui est le plus beau ? C'est moi bien entendu. Mais j'ai bien compris qu'il ne pense pas pareil, et c'est tout à son honneur. La foi est une qualité, si elle est bien maniée. Enfin bref, lutter pour un titre que je lui laisse volontiers si ça peut nous aider à passer à autre chose est complètement stupide. Le problème, c'est que j'ai peur de ce qui se passerait s'il passait effectivement à autre chose. Cesserait-il de me donner cette demi-heure journalière ? Passerait-il à d'autres activités extrascolaires, me délaisserait-il comme je le faisais si bien avec toutes ces filles sans intérêt ? La porte s'ouvre à la volée derrière moi, je tourne la tête vers un Lain sans surprise à l'air indigné. Tellement prévisible. Alors pourquoi cet amusement qui m'étreint, et ce soulagement face à ce retour de l'amant prodige ? Lui veut simplement ses chaussettes direz-vous, mais selon moi, cela signifie également qu'il ne m'en veut pas au point de rentrer pied nu chez lui. Je sais, j'en deviens presque pathétique. Presque. -Rend-moi ça, grogne le nouvel arrivant en m'arrachant des mains son bien. Il met ses chaussettes, évite de croiser mon regard les premières secondes. Puis, semblant se souvenir de la leçon de virilité qu'il doit me donner ce soir, il bombe la poitrine, et me défie ouvertement. Tellement prévisible. Adorable. Passons. -C'était quoi ces conneries Jensen ? Je le scrute, mesure l'intensité de sa colère. Je la mesure, en détermine les contours, la netteté, puis je la compare à cette peur que je peux discerner aussi facilement qu'il tente de me la camoufler. Je retiens un soupir. Sa colère ne suffira pas. Pas ce soir. Dommage. -J'aime gagner, lâché-je en bon dragueur. Aurais-je réussi ? Aux vues de ses traits qui s'apaisent, de ce soulagement que je sens poindre chez mon interlocuteur, je comprends que j'ai bien fait. Mieux vaut lui donner ce qu'il désire tant : de la violence. -En rêve mon pote, s'offusque faussement Lain en grimaçant une moue dédaigneuse. Il m'en faut bien plus, c'était minable comme tentative. Oui, c'était minable, songé-je. J'aurais dû oser aller jusqu'au bout. Ne pas céder une fois encore, et voir ce qui se passerait. Je l'attire vers moi, il ne lutte pas. -Ai-je le droit à mes dix dernières minutes, ou est-ce trop demander ? Lain me jauge, mesure le pour et le contre. -Tu ne me refais pas le coup de la mauviette mielleuse, hein ? Je me jette sur lui, et l'aplatis violemment sur le lit. -Tu tiens vraiment à perdre ton temps à fixer les règles ? Il sourit, je me retiens de le dévorer tout cru. -C'était bien la peine que je remette mes chaussettes, lâche-t-il faussement boudeur. Et puis merde, on fera avec. On a plus le temps. Je dois aller réviser. Plus le temps. Juste du cul. Réviser. Tss, si seulement il pouvait comprendre. Ça ne m'intéresse plus. Au début oui, mais plus maintenant. Plus depuis que j'ai compris. Si je continue ces jeux ridicules où je lui accorde le défouloir qu'il cherche tant, c'est uniquement pour l'empêcher de fuir au loin. Fuir voir son Vincent notamment. Pff… Ma poitrine me brule une nouvelle fois tandis que je m'ébranle en lui, j'aspire une grande goulée de l'air moisi de cette chambre pourrie. Encore neuf minutes, du calme Jensen. Tiens bon. -oOo- -Wow, mais qu'est-ce qu'elle fout ? S'horrifie Mike près de moi. Elle est dingue ? Je lève le nez de mon livre pour regarder ce qui se passe, et je saisis. Effectivement, voir Heden dans les bras d'Ethan peut avoir quelque chose de perturbant… voir de carrément enrageant. Surtout s'il ne s'agissait pas vraiment d'Heden. Je plisse les yeux, et après m'être rassurée quant au sexe de l'individu qui enlace mon cousin détesté, je retourne à ma lecture. Enfin, j'essaye. -C'est tout ce que ça te fait ? s'énerve Mike en me décochant un coup dans les côtes. p****n, ta meuf retourne dans les bras du mec insipide de ses débuts pourris, et toi, tu restes planté là sans rien faire ? Je le dévisage, vaguement amusé par cette situation. Si seulement tu savais, ai-je envie de dire, tu t'en foutrais royalement de cette « fille ». Il y a bien mieux, et sans chercher bien loin en plus. -Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? lancé-je avec un haussement d'épaule. Elle fait ce qu'elle veut, elle est libre d'aller avec qui elle veut. Et ce n'est pas MA meuf… -Alors c'est quoi ? Ton saint-bernard ? J'hausse un sourcil, Mike n'insiste pas, bougon. Pour être honnête, je peux parfaitement comprendre que cette situation lui fasse un choc. J'ai bien vu cet attachement qui le lie à Lain, et plus encore, j'ai bien vu son béguin. Qu'il se soit éclipsé lorsqu'il a vu la situation entre moi et Lain, c'est une chose, mais que je semble abandonner à présent doit le faire carrément rager. M'en fous. Je coule mine de rien un coup d'œil en biais vers le couple en pleine retrouvaille et tout le côté comiquement dramatique qui s'ensuit, et plus encore, je vois enfin apparaitre celui que j'attendais. Celui qui n'a pas le droit de faire ce qu'il veut, et qui serait, selon les termes de Mike, MON mec… Et p****n ce qu'il est beau. Je ne peux m'empêcher de reregarder Heden pour comparer. Soyons franc, Heden reste une jolie fille. Après tout, ce n'est pas pour rien si je me la suis faite ce soir-là, il y a si longtemps maintenant. Mais cette fadeur dans les traits, ce manque cruel de charisme dans sa façon de se tenir… Autant de petits détails qui lui enlèvent tout attrait à mes yeux. Il est tellement évident que cette personne n'est pas Lain déguisé en fille, je me demande vraiment comment j'ai pu ne pas réaliser de suite lorsque Lain avait pris la place de sa sœur. Pour faire simple, mis à part le physique, tout diffère entre eux deux. Et ça change tout. Pour moi en tout cas. A côté d'Heden, la vision de Lain s'en fait ravageuse, blessante presque. Cette posture, ces traits insolents, ce visage assumé et cette démarche, tout me fascine chez cet homme. S'en rend-t-il seulement compte ? … Hmm, question con. Vu l'air heureux qu'affiche cet abruti, il est clairement évident qu'il est actuellement dans une parade d'extériorisation de son moi-viril, si durement (et mal) dissimulé au cours des derniers mois. Non mais sérieux, regardez-moi cette démarche de coq en basse cours… et cette poitrine fièrement bombée, sans rembourrage pour une fois… le retour du mâle, dans un corps de mâle. En bref, power testicules en force ! Tss… et le pire c'est que ça marche. Je sais, c'est ridicule et puéril d'agir ainsi, mais la vue de toutes ces filles qui lui font les yeux doux m'agacent considérablement, d'autant plus lorsqu'on sait de quel bord il est. Mais foutez lui la paix, vous ne l'intéressez pas. Oust, du vent, dégagez. Et puis il me fait chier, quelle est l'intérêt de se la péter autant ? Il ne pouvait pas s'habiller un peu plus simplement ? Pourquoi un jean aussi serré ? Et ce t-shirt ? Pourquoi aussi moulant ? Et noir ? Argh, si j'avais su, je me serais habillé aussi sexy, juste pour lui faire comprendre que ça ne se fait pas… Sauf que dégénéré comme il est, je ne suis pas certain qu'il aurait compris, et pire que ça l'eusse affecté. Ce mec a décidément la fâcheuse manie de me mettre hors de moi, alors qu'il me donne pourtant tout ce que j'attendais des autres. Liberté, simplicité, répondant. Tant de défauts, et c'est pourquoi il se distingue comme nul autre n'a su le faire avant lui. L'emmerdeur fait mine qu'il ne me voit pas. Le regard fixement braqué dans la direction opposée, les mains dans les poches version « c'est moi le plus beau, dégagez b***e de cons » (au moins il est honnête sur ce point-là) et le menton dédaigneusement levé comme pour défier quiconque (et surtout moi) de l'aborder. Dois-je l'écouter ? Obéir sagement et me contenter de mater son petit cul de loin ? Va chier, je suis prêt à parier qu'il aurait été le premier à venir me faire chier si j'avais eu de la famille à proximité… et puis, soyons sérieux, ce n'est pas comme si je ne connaissais pas Heden. Nous avons déjà été proches, très proches même… -Salut Heden, lancé-je gaiement en m'approchant. Comment ça va aujourd'hui ? L'interpelée devient blanche comme neige en me voyant, Ethan livide de colère, et que dire de ma petite peste… J'adore. -Ah, pas très fort à ce que je vois, fis-je sans perdre mon sourire de power beau gosse. Stressée pour les résultats du bac, n'est-ce pas ? Allons, tu as beau m'avoir dit l'avoir foiré en sortant, ce n'est pas une raison pour désespérer. (Mon sourire s'accentue malgré moi) Après tout, ce ne sera, peut-être, avec beaucoup de chance, et un miracle, pas si catastrophique… -Ah oui ? marmonne Heden. J'ai dit l'avoir foiré ? (je ne peux que remarquer le coup d'œil assassin qu'elle lance à son frère) je ne m'en souviens plus, j'avais cru le contraire… Ethan choisit ce moment pour se positionner devant sa belle, tel le mâle prêt à lutter jusqu'à la mort (ou moi qui l'assomme) pour en rester le propriétaire. -Jensen, si c'est pour venir faire chier ton monde, ce n'est pas le bon jour… Attend au moins que les résultats soient affichés avant de… - Avant de quoi ? l'interrompis-je. Te la reprendre ? La draguer ? (j'esquisse un regard coquin) lui faire de vilaines choses ? -Tu veux jouer à ce jeu-là ? Grince mon cousin. Il s'avance, la mâchoire crispée. Ne commence pas comme ça, sinon je… -Du calme, grince Lain en s'approchant. Ethan ne fais pas attention à ce con, tu vois bien qu'il te cherche. Il n'en vaut pas la peine. Ethan le regarde stupéfait, avant de me lancer un regard méprisant. -Tu as raison… -N'empêche que c'est moi le plus intelligent, continué-je (qu'est-ce que je m'amuse à le faire chier celui-là) et le plus beau, continué-je après un court instant de réflexion. Combien tu paries que je t'explose dans toutes les matières ? Lain se place entre Ethan et moi. J'en profite pour remarquer combien il beau, encore plus vu de près. Et ces yeux… sans les lentilles de contact, je ne savais pas qu'il avait les yeux gris… Magnifique. -Qu'est-ce que tu fous ? siffle-t-il furieusement, tu te crois intéressant ? J'hausse les épaules. -Bien sûr, soufflé-je sur le même ton étouffé, Je serais toujours plus intéressant que ces deux-là réunis. Ethan et Heden s'accordent bien ensemble, de vraies âmes sœur. Lain grimace, mais ne me contredit pas. J'en profite pour foutre un peu plus la merde. -Mais je suis enchanté de te rencontrer, clamé-je assez fort pour que tous entendent. Heden m'a beaucoup parlé de toi… Lain, c'est ça ? Et je lui tends la main. Ouh, si vous saviez ce que j'adore ce petit regard meurtrier que m'adresse la peste, cette envie folle de l'embrasser pour empirer un peu plus sa situation et me l'approprier un peu plus. Sa bouche frémit, sa main tremble d'envie de former un point pour m'en foutre une, mais la seconde suivante il me retourne son sourire de prédateur en puissance pour prendre ma main dans la sienne… et la broyer… ouille, je l'avais sans doute cherché… -Tout le plaisir est pour moi, lâche ce démon tout en me déchiquetant de son regard de vipère. Malheureusement, continu-t-il aussi fort que moi, Heden n'a pas dû trouver important de me parler de toi. Elle avait sans doute ses raisons. Ton nom, c'est… ? Snif, sale con. Oui, bref, ça aussi je l'ai vraisemblablement mérité. -Jensen, lâché-je sans lâcher sa main. Bon, continué-je, peut-être qu'on se reverra… -J'en doute. Il est doué. -Ah bon ? Dommage, mais peut-être que si je… -Désolé, mais j'ai mes principes. Vraiment doué. -Peut-être que si je passe voir ta sœur, achevé-je malgré l'interruption, qu'on se reverra. J'ai mes principes moi aussi. Lain ne répond rien, mais je suis conscient d'avoir marqué un point. Comme pour me récompenser, une esquisse de sourire se dessine sur son visage, de ceux qui sont aussi sincères que rares chez lui. Je m'abstiens cependant de répondre à ce sourire complice, et détourne le regard. Ce mec est maso, donc pour le garder, il faut qu'il soit dominé. Triste à dire, mais j'ai compris comment ça marche. Alors j'applique. -Heden, continué-je, je pourrais te parler un instant ? La midinette lance aussitôt un regard affolé à Lain, et le visage de celui-ci se ferme aussitôt. Menaçant. Bad boy. Ouh, je devrais m'en prendre plus souvent à sa sœur si ça lui fait un effet pareil. Bref, cette fois, je ne lui ferai vraiment rien. Un peu de confiance ne lui ferait pas de mal. -Heden, insisté-je en insufflant dans ma voix toute la gentillesse qu'il m'est humainement possible de lui accorder, ça ne prendra qu'un instant. S'il te plait, c'est important. Son regard apeuré se fait curieux, et Heden reste une vraie fille, comme Lain ne pourra jamais l'être, avec tous les efforts du monde. Une vraie fille, curieuse au point de se précipiter les yeux fermés dans un traquenard, pour la simple raison de savoir de quoi il retourne. Mais ça, nul homme ne peut le comprendre aussi bien que moi. D'où l'horreur d'Ethan en voyant sa belle s'extraire timidement de son étreinte, et la colère évidente de Lain en me voyant faire mon s******d sous ses yeux. Et mieux vaut qu'il en reste à cette version. Parce que je refuse qu'il apprenne la vraie nature de ce que je m'apprête à faire avec Heden. M'excuser. Quel horrible mot. … -Ça a l'air de s'être arrangé entre toi et Ethan, remarqué-je une fois Heden et moi un peu éloignés. Heden ne répond pas de suite, occupée à se triturer les ficelles de son gilet tout en marchant. Je la scrute, et décidément, je préfère largement son frère. Pourtant elle semble avoir souffert. Je le vois à ses traits fatigués, sa mine plus pâle que de coutume, ses membres fragiles et amaigris. -En effet, dit-elle timidement, ça s'est plutôt bien passé. Il s'est montré très compréhensif lorsque je l'ai vu hier soir… -Tu lui a tout dit ? -Bien sûr que non. Et j'espère qu'il ne l'apprendra jamais. Ça lui ferait trop de mal. Je fronce les sourcils malgré moi. -Ça lui fera nettement plus de mal s'il l'apprend par lui-même. Et sois en sûre, il l'apprendra un jour ou l'autre. Heden ne répond rien, mais je vois sa lèvre trembloter. Ah, faible femme, c'est bien pour ça que j'ai changé de bord… toutes des chouineuses ! Bon, il faut lui dire. -Tu sais, continué-je l'air de rien, tu n'es pas obligée de tout lui avouer aujourd'hui. Si j'étais toi, j'attendrais quelques mois, le temps que ça se tasse un peu… peut-être même que les évènements rendront ce qui s'est passé moins horrible… -Ah bon ? Quels évènements ? Et merde. Pourquoi doit-elle poser cette question ? Je fais mine de m'étonner de la question, puis regarde devant moi. -Je n'en sais rien. Tout peut arriver dans la vie. Un autre drame peut-être, ou un départ. (Je tente de garder un ton détaché) Tu sais, nul n'est à l'abri de ce genre de choses… tu ne penses pas ? En lui coulant un regard en biais, je devine que non, elle ne pense pas. Cette possibilité la laisse pantoise, et je préfère de pas insister. Mieux vaut changer de sujet. -Heden, en fait je voulais te parler pour m'excuser de mon comportement avec toi. Lain m'a expliqué tout ce qui t'ait arrivé, et j'en suis sincèrement désolé. -Menteur. Je m'arrête, surpris par cette réflexion indigne de la douce et innocente Heden que je connais, pour la regarder. Celle-ci ne semble pourtant pas en colère, elle semble même plutôt moqueuse. -Mais non, me défendis-je, je sais que je suis le responsable et… -Et tu ne veux pas que Lain parte au loin. Tu t'attends donc à ce que j'explique combien tu es navré pour moi, afin qu'il se montre clément à ton égard. J'en reste sur le cul. C'est fou, mais je n'avais jamais songé à ce plan machiavélique. Peut-être suis-je en train de me ramollir… -En fait, je préfèrerais que tu ne dises rien à Lain. Tu n'es sans doute pas au courant, mais je ne suis pas du genre à m'excuser d'ordinaire… -J'en suis parfaitement consciente justement. Tu peux comprendre que ta démarche en est d'autant plus suspecte. (Elle m'adresse un regard mi-triste, mi-moqueur) je ne suis pas la première que tu aies mise dans ton lit, et tu n'as jamais pensé à t'excuser pour les autres. -C'est sans doute parce que je ne les avais jamais mises en cloque, grincé-je, exaspéré. Putain, je suis déjà en train de me faire m'humilier devant cette nana, elle ne va en plus me faire chier. Ma remarque semble la blesser, mais au moins elle n'insiste pas. Encore que… -Tu ne me feras pas croire que Lain n'a rien à voir là-dedans, marmonne-t-elle tout bas. J'ai bien vu les regards que vous vous lanciez à l'instant. -Et ça te pose un problème ? Je sais, me montrer agressif est ridicule. J'ai cependant l'impression qu'elle me cherche. Et j'ai beau ne pas le préciser, pour faire l'amour, il faut être deux. Et elle était consentante. Et même très consentante. -Non, pas vraiment, lâche-t-elle. Heden tripote encore un instant les ficelles de son horrible gilet à fleurs, avant de les lâcher pour me faire face, pleine de défi. -Pour être honnête, au début, j'étais folle de rage de savoir que Lain te fréquentait. Avec tout ce qui s'est passé, moi qui m'en veux toujours d'être venue te voir ce soir-là, j'ai vraiment trouvé ça affreux que tu t'en prennes à mon frère. (Son regard vacille, et Heden préfère continuer de parler en retripotant ses ficelles) D'autant plus que vous vous côtoyez alors que tout le monde pensait qu'il s'agissait de moi. (De nouveau ce défi dans ce regard émeraude) Tu n'imagines pas dans quel état vous m'avez mis Ethan, il en était malade de voir Lain flirter avec toi sous son nez. Je vous ai haïs pour ça. Heden se tait pour reprendre son souffle, je ne fais rien pour me défendre. C'est sans doute la première fois que je l'entends dire autant en une seule fois. Cette pseudo-grossesse l'aurait-elle dévergondée ? Dis donc, il faudrait presque me remercier de l'avoir rendue un peu moins chiante. -Mais à présent c'est passé, poursuit-elle. Je vois que ça fait du bien à Lain, et aussi fou que ça puisse paraitre, je te trouve de même un brin moins con qu'auparavant. Heden m'adresse un coup d'œil presque, je dis bien presque, amusé. -En gros, conclut-elle, j'ai l'impression qu'avoir mis deux salopards ensemble semble vous avoir tous les deux assagis… J'esquisse un sourire. -Tu sais, je ne suis pas sûr que ton frère apprécierait le terme « s******d ». Haussement d'épaule chez la fille, et petit sourire entendu. -Il le sait déjà, et c'est ce qui fait tout son charme. N'est-ce pas ? Je ne peux que hocher la tête face à cette vérité divine, issue en outre d'une sainte nitouche en puissance. -Bon, lâche Heden, sache que j'accepte tes excuses. Je suis consciente que je ne les mérite pas, c'est aussi un peu de ma faute, mais je les accepte. -Tu ne lui diras pas que je te les aie faites, n'est-ce pas ? Un sourire sarcastique de sa part, et j'ai presque l'impression de retrouver l'une des expressions perverses de chez son frère. -Pas si tu gardes le secret sur ce qui s'est vraiment passé cette nuit-là. Je ne veux pas qu'il apprenne que je t'avais chauffé. Mon sourire s'élargit malgré moi. -Aucun risque, fis-je réjoui. J'aime qu'il me voie en connard. (Je lui adresse un clin d'œil) Ça donne du piment à nos ébats. Heden se met aussi sec les mains sur les oreilles, dégoutée. -Berk, ne dis plus rien, j'ai compris. (Elle grimace) bon, bah à plus alors. -C'est ça. Je la regarde repartir en sens inverse, et repense à ce qu'elle a dit. « Avoir mis deux salopards ensemble semble vous avoir tous les deux assagis » Me suis-je réellement assagi ? Je n'en sais rien. Peut-être un peu. Certainement. Après, il serait intéressant de voir le rôle de Lain dans ce changement… Il m'aura en tout cas aidé à me libérer de cette colère qui me calcinait, de même qu'il m'a permis de me dépayser de ce monde morne que je vais bientôt quitter. Serait-ce parce qu'il se distingue des autres filles que j'ai flashé sur lui ? Ou parce qu'il semble assez fort pour supporter ce que je devrais sans doute lui avouer prochainement ? Mouais, sans doute suis-je à ce point obsédé par lui parce qu'il est comme moi ; lui aussi cherche en vain un exutoire à cette vie vaine. Sauf que je pense avoir trouvé la solution pour fuir mon problème, lui. Mais qu'en est-il de son côté ? Que fuit-il ? Je vois Heden retrouver son Ethan d'amour, de même que j'aperçois Lain me lancer un regard éloquent. « Tu vas passer à la casserole, me disent ces yeux insolents. Tu vas morfler, et tu devras me dire tout ce que tu as dit à Heden. » Mouais. Ce mec est maso, et cherche sans cesse le conflit. Vraiment pénible parfois. Reste qu'il me fascine, totalement et irrémédiablement. Je me suis fait beaucoup de nana, parfois chaudes, d'autres fois vicieuses, mais aucune n'a su me donner le dixième de ce qu'a Lain. En bref, toutes ces filles étaient ma distraction, il a su les éclipser avec une facilité dont lui seul a le secret. Je lui renvoie un message visuel très clair. « Cours toujours, je ne te dirai rien. Appelle-moi dès que tu as les résultats » Oui bon, le « appelle-moi », je ne suis pas certain qu'il ait pu le comprendre juste en me regardant. Mais vu qu'il le fait tous les jours à la même heure, je peux toujours espérer. … Les résultats ont été sans appel. J'ai explosé mon cousin, et Heden/Lain a eu le BAC de justesse. Qui l'eut cru ? Mon téléphone vibre. Un sms. « J'ai eu le bac ! ^_^ On s'retrouve pour fêter ça ? » Je lui réponds. « Seulement si on s'fait un ciné d'abord… » « … tu rêves ? Je te l'ai déjà dit. Pas de sentiment, juste du cul. » « Eh bah va chier. Si je n'ai pas mon ciné, pas de cul. » La réponse met plus longtemps à venir. « Va te faire foutre. Je vais voir Vincent. » Ah, ça je m'en doutais. Tss, j'aurais au moins essayé. Je songe que ce soir je vais devoir me faire un truc en solitaire. Un film porno ? Hmm, je les connais déjà tous… va falloir que je cherche sur internet. Cinq minutes plus tard, mon téléphone vibre à nouveau. « C'est bon, on s'voit à la séance de 19h. Tu payes le pop-corn » Je reste bouche-bée face à mon téléphone. Wow… j'aurais gagné ? … Hihi, j'ai gagné. C'est débile, mais c'est bien la première fois que l'idée d'un rencart me fait autant d'effet. Pas de doute, je suis vraiment en train de me ramollir. Vivement ce soir.
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