Je suis un prédateur.
De ceux qui règnent en maitre sur leurs disciples, qui abaissent leur regard empli de cruauté sur l'espèce humaine et s'égarent à leur bon plaisir lorsque le besoin du corps se fait sentir.
Sexe, mépris et furie. Rien de plus, ni de moins.
Et pour Jensen ?
C'est encore pire.
Avec lui, le sexe n'a cessé de se mêler dans un subtil mélange de violence bestiale durant la semaine qui a suivi, où chacun n'a cessé de lutter pour son titre de mâle dominant. Moi sur lui, lui sur moi. Lui qui me blesse, moi qui en redemande, de même que je lui retourne au centuple les délices acides qu'il me dédie.
Et que c'est bon. Avoir des règles aussi sombres, aussi délicieusement immorales qui nous lient, ça évite tout malentendu. Il est ma chose, je suis la sienne, rien de plus, ni de moins.
Chaque soir, une fois mes révisions achevées, je l'ai retrouvé. Il m'attendait bien entendu, en bon disciple qui attend sa pâté du soir.
Et alors nous avons joué. Comme jamais je n'ai joué avec un autre.
Pas même avec Vincent, c'est dire.
Certains ne comprendraient sans doute pas. Ils diraient que du sexe reste du sexe, qu'il n'y a pas trente-six façons de le faire. Et pourtant c'est le cas. Vouloir comparer mon frêle Vincent au grand Jensen serait un blasphème, de même que vouloir comparer la flammèche d'une bougie à l'astre du soleil n'a pas de sens. Pour les résumer, je dirais simplement que Vincent m'aide contre l'ennui, Jensen me libère pour la furie.
Et puis avec Vincent, nos jeux sont moins pervers, plus enfantins, plus immatures également.
Avec Vincent, nos ébats ne sont rien d'autre qu'un passe-temps, une distraction. Avec lui, il n'y a pas de rupture entre avant, pendant et après. C'est un pote, il me donne du plaisir et on s'amuse bien ensemble.
Avec Jensen, c'est la tempête.
Il y l'avant, avec ce calme électrique, cette tension dans l'air qui prédit les étincelles à venir.
Puis il a pendant. Le déferlement, l'orage, l'interaction, la communion, la découverte.
Et l'après. Ou l'apaisement se fait, les marques tentent de se refaire, les digues d'impassibilité et de dédain l'un pour l'autre de se reconstruire.
Entre nous, ce n'est pas du sexe innocent. Ça ne l'a jamais été. Il s'agit d'une lutte, d'un affrontement entre deux pôles identiques qui s'admirent tout en se toisant, qui se scrutent tel des loups affamés.
Et une fois le sang versé, les plaies ouvertes et mises à nues, la satisfaction du combattant se fait pour mieux voir l'autre.
Je le comprends. Il me voit.
C'est terrible comment je sens qu'il me voit, à l'intérieur, ce que je pense, ce que je suis. Et j'aime ça, je me délecte de ce sentiment.
Le sang se fait alors baume, dans un enchainement que je n'aurais jamais cru possible, mais qui semble bien avoir eu lieu.
…
Mon réveil sonne pour la sixième fois sur ma table de chevet, je l'éteins distraitement avant de replonger mon regard merveilleux sur le plafond qui s'est mis devant moi depuis la veille.
Le problème dans tout ça, c'est que je suis conscient de bien trop aimer mes rencontres avec Jensen. Ce qui n'était à l'origine qu'un devoir de vengeance guerrière s'est rapidement changer en désir compulsif autant que régulier. Trop régulier.
Alors que suis-je censé faire à présent ? Dois-je cesser nos exquises boucheries quotidiennes avant que le baume sanguinolent qui nous uni ne s'épaississent trop, que notre relation ne devienne trop… trop quoi au juste ?
Mon téléphone sonne, je le foudroie du regard, agacé qu'on vienne sans cesse m'emmerder durant mon introspection sexuelle. Un coup d'œil sur l'écran m'apprend qu'il s'agit de Vincent.
Fais chier, je n'ai pas que ça à faire, il attendra que j'ai fini de dormir.
La sonnerie cesse, avant de reprendre. Je décroche. Qu'il ne vienne pas se plaindre.
-Tu peux pas arrêter de faire chier ton monde ? grogné-je en me frottant un œil.
-Je te dérange ?
-Sans blague, il est à peine neuf heures. Tu te fous de ma gueule ? Rappelle plus tard.
Et je raccroche, avant de m'enfuir sous la couette.
Le téléphone sonne encore, je réponds.
-Vincent, si tu rappelles, je t'arrache les ovaires, ok ?
-Même pas cap.
-Connard.
Je raccroche.
…
Ah, il doit avoir compris. Je suis décidément quelqu'un de terrifiant. Parfait. Qu'il veille sur ses précieux ovaires est une louable initiative, on ne le dira jamais assez.
Je vais pour replonger dans le sommeil pseudo-fantasmatoire avec exercice de branlette mentale matinale intégré, lorsque la douce musique de mon iPhone retentit une nouvelle fois.
Argh…
-Vincent, hurlé-je, je vais te tuer ! Tu peux pas me laisser me branler tranquille ?
-… toi aussi tu fais ça ? s'étonne Jensen à l'autre bout. C'est bon à savoir, c'est très sain pour ne pas rouiller la machine.
-…Hein ?
Je manque de m'étrangler en reconnaissant la voix de mon punching-s*x détesté, me redresse dans un sursaut sur mon lit dans une vaine tentative pour rattraper mon retard en sarcasme.
-Que… qu'est-ce que tu viens me faire chier toi ?
-A défaut de te stimuler la branlette, je fais ce que je peux.
-… c'était pourri comme vanne.
-Ce n'en était pas une, lâche très sérieusement Jensen.
Mon dieu, c'est fou combien sa voix grave peut se faire excitante au saut du lit. A sa douceur moqueuse, j'y oppose cependant un ton tout aussi doucereux.
-Pourquoi t'appelle ? fis-je en passant une main dans ma touffe en pétard (devinez de laquelle je parle…) je croyais pourtant avoir été clair la dernière fois, pas d'appel privé, juste un SMS pour se dire le lieu et l'heure.
-Tu es sûre de ça ? J'étais pourtant sûr d'avoir le droit au joker « coup de fil à un ami ».
Je cesse de tripoter mes cheveux, écarquille les yeux.
-T'es en train de me foutre de ma gueule là ? grogné-je d'une voix menaçante.
Mélange d'air ravie et sexy dans sa réponse.
-… Hmm, oui un peu. Désolé, mais c'était trop tentant.
-Espèce de…
-Oui je sais, moi aussi, tout pareil mon chou. Lève tes fesses, prend ta brosse à dent et fais-moi la commission avant de venir.
Je ne trouve rien à lui répondre. C'est trop. Ces temps-ci, c'est décidément de pire en pire. A croire que le baume sanguinolent est en train de devenir bourbier d'intimité mal placé.
-Tu rêve mon pote, répliqué-je. Pour la peine, tu te la masturberas seul ce soir. Je reste au pieu.
-…
Il est toujours au bout du fil, le bruit de sa respiration en atteste. Mais pourquoi n'ai-je pas la réplique qui va avec le personnage honni ? Aurai-je gagné ? Dis donc, de si bon matin, serais-je plus doué ?
-Je ne ferai pas ça à ta place, fait simplement Jensen quelques secondes plus tard.
-Et pourquoi ç…
-Et moi qui croyais que tu jouais la comédie… L'épreuve de math commence dans moins d'une demi-heure Lain. C'est le BAC, imbécile.
L'un de mes deux yeux experts va vers le planning des examens placardé en gros sur le dos de la porte de ma chambre, l'autre œil se dirige vers mon réveil.
Et merde.
-… Allez, bouge tes fesses, qu'est-ce que t'attend ?
Je ne lui réponds pas, je suis déjà parti chercher la fameuse brosse à dent, tout en baissant mon froc pour la première commission de cette heureuse journée qui débute avec fracas.
Snif, j'veux pas y'aller !
-oOo-
-Posez vos stylos, l'épreuve est finie.
Argh, je n'en peux plus…
Les yeux brulants de fatigue, la gorge sèche faute de salive régulièrement renouvelée, le tout allié à des fesses hautement douloureuses à force de rester des heures sur cette chaise de l'enfer, je décide de sagement obtempérer, avant de rapatrier mes affaires dans mon sac.
Snif, ce fut rude.
La prof prend ma feuille, je fuis hors de cette salle d'abominations et de tortures psychiques.
Cindy me rattrape.
-Hé Lain, alors comment… ?
Je lui jette un coup d'œil significatif, et l'idiote semble se souvenir qu'ici ce n'est pas « Lain » mais Heden. Elle baisse la voix.
-Pardon, chuchote-t-elle. Alors… comment ça s'est passé ?
Je me gratte le nez, et m'aperçois que mon nez coule. Je sors un mouchoir sans la regarder.
-Pas envie d'en parler.
-Mais…
Je me mouche.
-Cindy, fais pas chier, je veux rentrer chez moi.
-Tu l'as foiré à ce point ?
Je ne peux retenir un sourire fatigué.
-Quelle subtilité… c'est ta manière de me réconforter ?
Cindy hausse les épaules, les yeux brillants.
-Non pas vraiment. Je voulais me soulager d'un poids en voyant ton propre malheur. On dit que la médiocrité d'autrui permet d'oublier la sienne.
Je ne peux retenir un bâillement phénoménal et lui fous une claque dans la nuque.
-Continue encore un peu comme ça, grincé-je à voix basse et tu verras ce que ma médiocrité peut te faire…
Cindy ne semble que peu impressionné par la menace. Snif, le respect est une denrée rare ces jours-ci. Particulièrement en ce qui concerne ma haute magnificence…
Je tente les gros yeux, et me rapproche version prédateur. Seul hic, une taloche me fait pseudo-valser, et Jensen m'agrippe par la nuque pour me tenir immobile.
-On ne menace pas les dames lorsqu'on est galant, lâche sournoisement l'étalon à la peau mat sans me lâcher.
Je me débats en grommelant, il resserre impitoyablement sa prise.
-Va te faire foutre, marmonné-je. Espèce de…
-Tss, mais c'est qu'il continue en plus…
Je vois Jensen se tourner vers une Cindy à deux doigts d'exploser de rire, et manque moi-même de péter un câble en voyant cette consternation apparente sur les traits de mon s*x-toy.
-Cindy, je suis navré, lui fait-il d'un air faussement peiné, mais la situation exige que j'éloigne cette bête de ton frêle corps de pucelle.
-Fais donc, dresse-le pour moi.
-Bien reçu. (Un clin d'œil de sa part, moi qui me débat toujours comme un con.) Je m'appliquerai, promis.
Hou les enfoirés. Mais c'est ça, tant qu'on y est je suis la chair fraiche à labourer ? p****n je vais me les faire… en même temps… Ouh, un plan à trois, ça pourrait être sympa en plus…
Jensen m'entraine au loin, la main toujours fermement arrimée sur ma nuque, et je l'insulte copieusement jusqu'à ce qu'il me libère. Pour compenser, il se croit cependant obligé de passer sa main autour de ma taille. Je vais le castrer.
Après l'avoir baisé comme un dingue, cela va de soi.
-Alors, commence-t-il en regardant devant lui, comment ça s'est passé ?
J'en ai marre. Je resserre mon pull autour de moi. C'est moi ou il gèle aujourd'hui ?
-Oh, commence pas à me faire chier toi aussi…
Il plisse le front.
-A ce point ?
Il me les casse. J'éternue.
-p****n, m'énervé-je en me frottant mes yeux brulants, ça ne vous ai pas venu à l'esprit que je sois si sublissimement talentueux que je refuse de m'étaler sur mes exploits scolaires ?
Il fait la moue.
-Te concernant, une telle humilité me donnerait la nausée… fais toi à l'idée Lain, tu es un sale con et tout le monde le sait…
Je le fixe, et face à sa grimace qui devient sourire, ma colère merdouilleuse fond comme neige au soleil. Ah, comment fait-il pour me dire ce qu'il me faut pour me séduire ? C'est une faiblesse, j'en suis parfaitement conscient, mais il est si bon de se faire dire tout haut ses mérites…
Je souris à mon tour et plonge mon regard dans le sien.
-Oui oui je l'avoue, fis-je en jouant le blasé hautain, je suis un enfoiré. Inutile de tenter de me battre à ce jeu-là, je suis le winner…
Il me zieute un instant, avant de secouer la tête tout en souriant.
-Tu me rends vraiment dingue, marmonne-t-il. Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire de toi…
Tu n'avais qu'à pas commencer à vouloir jouer au grand, songé-je avec gourmandise. Lui qui a cru pouvoir me dominer, je me demande s'il a enfin compris combien c'est moi qui mène la danse. Il est à moi. La preuve ? Je ne l'ai plus vu trainer avec d'autres garces sans quequettes ces temps-ci.
Tout en marchant, je me souviens de la main de Jensen toujours sur ma taille, ce qui me pousse tout naturellement à pousser cette intruse loin de mon corps sublime.
Dans le même mouvement, je sors un autre kleenex de ma poche, et me mouche à nouveau cet excédent nasal qui continue de me taquiner.
-Ça va ? me questionne Jensen.
Je ne réponds pas, et jette au loin le mouchoir. J'ai froid.
-Bon, fis-je en regardant ma montre, on fait ça où aujourd'hui ? Il va falloir faire court, j'ai besoin de réviser ce soir… un petit coup et c'est tout…
-A t'entendre, on pourrait presque croire que tu me fais l'honneur de ton « petit coup »…
Je soupire.
-Ne commence pas, lâché-je. On a pas le temps pour la discussion pré-sexe. Oui je te fais l'honneur de mon petit coup, et oui c'est moi qui gagne. Toujours. Bien sûr, fis-je pour le faire taire, tu penses le contraire, et c'est ce qui va faire tout l'intérêt de notre séance journalière.
Je pose ma main sur sa poitrine, en apprécie la fermeté tandis que je m'appuie sur lui pour lui décerner mon regard de prédateur, mon visage tout près du sien.
-Tu as carte blanche, conclus-je d'une voix perverse, fais de ton mieux pour me dresser. Tu dois bien ça à Cindy après tout.
Le regard de Jensen se fait brulant, et je me délecte de cet air connard à l'état pur. Que pense-t-il en ce moment ? De la haine ravivée ? Son égo de mâle blessé et son esprit compétiteur titillé ? Ouh, ça brule tellement.
Je me sens transpercé, mais j'affronte ce brasier visuel, tout comme je le fais chaque soir. Les doigts de Jensen m’agrippent la nuque pour m'empêcher de m'éloigner de son visage, je m'approche un peu plus pour lui faire comprendre qu'il est inutile d'agir ainsi. Que croit-il ? Que je le crains ? Tss…
Ses yeux me brulent encore, et brusquement, comme s'il pensait que je lutterais, il m'embrasse durement. Je lui éternue dessus.
Oui bon, j'avoue, c'est un peu tue-l'amour. Mais étant donné notre relation, je ne vois pas le problème. Où voyez-vous de l'amour à tuer ?
Jensen s'éloigne dans une grimace, mais ça main ne quitte pas ma nuque. Il commence à me gonfler avec ses attitudes de dominant possessif.
-Alors, on va où ? insisté-je en zieutant ma montre. On ferait mieux de se magner, j'ai pas que ça à faire…
-Combien de temps tu as ?
-Hmm, une demi-heure ? Trois quarts d'heure au grand maximum…
Jensen lâche un soupir, avant de fermer les yeux.
-Tu me rends dingue…
-Tu radotes mon vieux. Change de disque…
-J'aimerais, souffle-t-il les yeux toujours fermés en posant son front contre le mien. Mais c'est plus compliqué que prévu.
Il entrouvre un œil, puis hausse un sourcil.
-Je me disais bien qu'il y avait un truc, fait-il en me lâchant enfin la nuque.
-Quoi donc ?
-Lain, grommèle-t-il, tu es brulant… Tu pouvais pas le dire que t'étais malade ?
Je m'éloigne de lui et me touche à mon tour. N'importe quoi. Je le saurais si j'étais malade. Je lui dis, et le presse de choisir l'hôtel de ce soir avant que je ne le fasse à sa place.
-Et si on allait chez moi ? propose-t-il innocemment.
Argh…
-Chez toi ?
-Bah oui, continue-t-il l'air de rien. Ce n'est pas si loin, et puis ça me saoule de payer une chambre pour m'envoyer en l'air. A force ça revient cher et j'ai pas que ça à faire avec ma thune.
J'écarquille les yeux, et lève les yeux au ciel.
-Tu as raison, lâché-je d'un air stupéfait. C'est une excellente idée.
L'air surpris de Jensen manque de me faire sourire, son sourire d'enfant ravi me retourne malgré moi.
-C'est vrai ? s'étonne-t-il. Tu serais d'accord ?
Je secoue la tête, continue un peu plus sur ma lancée.
-Mais bien sûr, où serait le problème ?
Son sourire anti-connard apparait, je décide de poursuivre rapidement pour faire disparaitre cette expression du visage de Jensen.
-Après tout, continué-je moqueur, ce n'est pas comme si on ne faisait ça que pour la b***e. J'« adore » me rendre chez mes p******l pour me faire pénétrer comme un fou. Bon sang, Jensen comment ai-je fait pour ne pas y penser plus tôt…
L'expression anti-connard disparait, je retiens un soupir de soulagement. Je ne supporte plus de voir ce genre de faiblesse chez mon s*x-toy. Ça me rend faible, je déteste ça.
-C'était une proposition, marmonne sombrement Jensen, inutile de le prendre comme ça.
-Je le prends comme je le veux. C'est l'hôtel et rien d'autre. On est là pour de la b***e et rien d'autre mon vieux. Le chez soi, c'est sacré, ça se montre pas au premier venu.
-Tu es tellement vieux-jeu.
-J'ai mes principes, le corrigé-je. Vu toutes les personnes que je me suis envoyé, il faut bien que je fixe certaines limites.
Jensen ne dit rien, mais m'indique d'un signe de tête boudeur la rue à prendre. Je comprends qu'aujourd'hui nous irons à l'hôtel n° 3. Tant mieux, ils fournissent des jouets à bas prix. Excellent choix.
Je frissonne sous l'effet de ce début de soirée, et éternue en sortant un mouchoir. Hmm, il ne faudrait effectivement pas que je tombe malade.
-Et tu as déjà amené quelqu'un chez toi ? me demande Jensen tandis que nous entrons dans la chambre.
J'ouvre la fermeture éclair de son jean, en fais de même pour le mien.
-En quoi ça te regarde ? m'étonné-je en levant les yeux vers lui.
Jensen me regarde enlever mon slip, et hausse les épaules en me poussant sur le lit.
-En rien, tu as raison. (Il touche à nouveau mon front) Tu es sûr que ça va ? T'as l'air malade comme un chien…
En guise de réponse, je l'attire contre moi pour commencer sa leçon.
-Comme si t'en avais quelque chose à foutre, lâché-je amusé. À ta place j'en profiterai, tu pourrais bien gagner ce soir...
C'est marrant, mais lorsque je vois l'expression de Jensen, je me sens gêné. Et coupable. J'ai même l'impression de ne pas avoir réussi à l'exciter, mais bien plutôt à l'énerver. Et pas en bien.
Il m'embrasse cependant comme à l'accoutumée, de cette manière brutale et sans compromis que j'aime tellement, et notre lutte débute comme je l'apprécie tant. Il s'en prend à mon corps, je m'en prends au sien, et j'aime tant ça.
Je frissonne, tousse et gémis, dans un mélange de faiblesse et d'extase.
J'aime souffrir. J'aime terriblement ça, et Jensen le fait si bien.
Je le vois se toucher à plusieurs reprises la poitrine tandis qu'il s'exécute, me moque de lui et de son manque d'endurance.
A ces moqueries, Jensen répond par une violence bienfaitrice redoublée, et l'à-coup de ses hanches me fait d'autant plus vibrer, de même que ses morsures me font trembler.
Je ferme les yeux, le laisse gagner sans lutter. Je dois décidément être malade ce soir, mais je ne peux lui retourner son attention. Lorsque je rouvre les yeux, Jensen est là à me scruter en prédateur, tandis que ses hanches continuent d'œuvrer en cadence.
Pardon, ai-je envie de lui dire. Ce manque d'agressivité est inacceptable. Il mérite mieux de ma part, inutile de le nier.
-Ça va ? fait-il le front plissé.
J'esquisse un sourire qui se transforme en grimace gourmande après l'un de ses à-coups.
-Oui oui. Je te l'ai dit, profites-en, je te laisse gagner ce soir…
Le regard de Jensen se fait étrange. Plus vif, plus intense, moins pervers, plus effrayant également.
-Je gagne ? répète-t-il d'une voix rauque. Vraiment ?
Son air contraint me donne matière à penser qu'il se retient. J'observe le tracé de ses lèvres à mordre dedans, puis mon regard s'attarde sur ses muscles contractés sous l'effet des efforts qu'il produit. Son expression m'interpelle, son regard m'hypnotise. J'ai réellement l'impression qu'il se retient de faire quelque chose.
J'esquisse un autre sourire fatigué, presse mes mains sur sa poitrine d'un air aguicheur.
-Puisque je te le dis. Défoule-toi, murmuré-je en parfait séducteur, je ne répliquerai pas.
Face à son hésitation, ma curiosité s'avive un peu plus. Que veut-il donc me faire de plus ? Y aurait-il donc encore une obscénité qu'il m'aurait épargnée ? Miam, qu'il fasse donc, je n'attends que ça…
Je l'invite du regard, le voit céder face à mon appel. Le mouvement de ses hanches ralentit en moi, et ses lèvres se précipitent une nouvelle fois sur les miennes.
J'ouvre la bouche, prêt à recevoir la rudesse de son b****r, la férocité de ses dents sur mes lèvres.
Pourtant, alors que j'attends la violence d'une nouvelle tempête, seul me parvient la douceur incongrue d'une brise déconcertante.
J'ouvre les yeux, surpris, mais le b****r de Jensen se prolonge. Ses lèvres vont et viennent sans me blesser, avec une douceur qui me perturbent et me remue les entrailles.
Puis la poigne de Jensen se fait elle-même caresse sur ma peau, dans un déferlement de tendresse qui me fait écarquiller les yeux.
Que se passe-t-il donc ? Qu'est-ce qu'il me fout ?
C'est trop doux, trop berk, trop mielleux. Trop dérangeant aussi.
Les lèvres de Jensen s'éloignent, il ouvre les yeux devant mon visage stupéfait.
Mon air doit être amusant, puisqu'il sourit d'un air amusé, d'un air rassasié, d'un air anti-connard et adorable qui me donne envie de fuir dans l'instant.
Je déglutis.
-Non mais c'était quoi ça ?
Le sourire de Jensen s'élargit, avant qu'il ne se redresse un peu, toujours en moi.
-Tu m'as dit de me défouler. Alors j'obéis.
Je le scrute, secoue la tête, ahuri.
-C'est comme ça que tu te défoules ? Tu te fous de ma gueule ?
Appuyé sur ses bras pour ne pas m'écraser, Jensen semble décortiquer les traits horrifiés de mon visage. Ses doigts m'effleurent la joue, me caressent les cheveux tandis que ses yeux me couvent.
-Soyons honnête Lain, murmure-t-il. Tu aimes souffrir. Tu es maso mon pote. (Il s'approche pour me souffler à l'oreille) Ma façon de gagner, c'est de faire ce qu'il me plait, non d'exécuter tes quatre volontés.
J'hallucine. Complètement. Ce mec est un extraterrestre. Un fou.
-Tu te fous de ma gu… ?
Il m'embrasse à nouveau pour me stopper, avant d'éclater de rire face à mon grognement furieux.
-J'adore tes caprices, me fait-il sournoisement. Et je gagne. Définitivement.
-p****n, je vais te castrer, fis-je en me débattant.
Ses caresses se refont poigne sur moi, il me maintient sans peine. Mais son expression anti-connard persiste, de même que ses hanches qui se font trop douces contre moi.
-Lain, souffle-t-il encore doucement à mon oreille, pourquoi lorsque tu m'insultes, j'ai l'impression d'entendre des « je t'aime » refoulés ?
Je ne peux en supporter davantage. Je cède, je ne lutte plus, il a gagné.
Je le repousse violemment pour éloigner cette créature terrifiante de ma personne, et m'enfuis sans demander mon reste.
Au secours, je suis en train de me faire dominer par un enfant ravi aux yeux tendres.
Help !