Foudre et coup

5716 Words
Il me semble vous l'avoir déjà dit, mais je suis le meilleur, le plus grand et le plus beau. Bah oui, on pourrait presque croire que je radote, mais pourquoi m'en priver, puisqu' il s'avère que c'est la vérité ? Dans ma perfection toute puissante, je tiens de même à vous faire une nouvelle fois part de mon profond mépris pour les guerres inutiles. Vous vous souvenez ? Toutes ces morts vaines et sans intérêt, ce sang ridicule, le hasard foireux qui m'exaspère… Ça vous étonnera peut-être (ou pas), mais je n'ai toujours pas changé d'avis sur le sujet, bien au contraire. Je suis pour tout ce qui est de l'ordre de la destruction massive virtuelle, où seul Lain le-tout-puissant sortira vainqueur. Oui, je sais, je radote. Je m'en fous, parce que j'ai raison. Et toc. Mes tactiques restent définitivement les meilleures, et à la guerre de fillettes, je lui préfère le subtil et raffiné c*****e à distance. Ça m'évite de me salir les mains voyez-vous, et c'est tellement plus hygiénique de ne pas foncer tête baissée. Plaqué contre un mur, je songe à mon génie diabolique, et à comment je vais déjouer les sombres manigances totalitaires des infirmières poilues de l'accueil. Car je vais passer, c'est une certitude. Je l'ai promis à Jensen, et ce ne sont pas ces infirmières-morues qui m'empêcheront de faire valoir mes droits d'honnête et honorable citoyen. « Seule la famille est autorisée à rendre visite au patient ? » disent-elle ?… « Vous n'avez pas les habilitations requises » ? Dans leur cul ! En tant que futur chômeur à la charge de notre grandiose état pseudo-démocratique, je suis parfaitement habilité à faire de leur vie un enfer si elles ne me donnent pas ce qui me revient de droit. Je lance un coup d'œil à gauche, puis à droite. Bon, Pas de morue en vue. Elles doivent toutes être occupées ailleurs, ça me fera ça de moins à exterminer. Un dernier coup d'œil au comptoir m'apprend qu'il ne reste plus sur mon chemin qu'un vieux dragon fixé sur son siège. Ok, opération commando enclenchée. Prenez garde, je suis là. J'esquisse un sourire carnassier, et tandis que je m'accroupis en tirant une nouvelle fois sur la jupe que j'ai remise pour l'occasion, j'adopte la technique du crabe ninja à quatre pattes, avec l'option travestissement en fille en mode « on ». Oui, qui l'eut cru que je me replongerais de moi-même en version « sans-quéquette » ? Mais comme on le dit si bien, aux grands maux, les grands remèdes. Je passerai, et personne ne m'en empêchera. J'avance rapidement à même le sol, et fais mine de ne pas remarquer le regard des visiteurs qui vont et viennent. Regardez pas b***e de nazes, vous voyez pas que je suis invisible ? Faut vraiment tout leur dire. Un gosse me lance un regard bizarre en passant librement devant l'accueil, je reste digne et continue sur ma lancée, la mâchoire crispée. C'est fou quand même, un môme qui a plus de droit que moi ! Ça leur aurait troué le cul de fermer les yeux pour une fois ? Le dragon tourne la tête dans ma direction, je fais un roulé-boulé pour me coller au bureau de l'accueil. Je sors de ma poche une canette, la balance dans la direction opposée. Ronchonnement agacé du dragon, moi qui reluque une mémé en fauteuil. Hmm, et si j'en profitais pour la kidnapper ? Qui sait, je pourrais même me faire passer pour son adorable et serviable arrière-arrière-petite-fille ? Le dragon pourrait me laisser passer et… -Mademoiselle, vous cherchez quelque chose ? ...Tout va bien ? Surpris, je lève les yeux vers la voie qui semble s'adresser à ma vénérable personne. La vision du dragon qui me regarde d'un air inquiet manque de me faire faire une syncope, et je me relève d'un bond en poussant un cri (d'homme viril évidemment !). Je déglutis, me gratte nerveusement la cuisse. -Heu, non, tout va bien, je voulais juste… Haussement de sourcil perplexe chez l'infirmière. -Que vous faisiez sous le comptoir ? Non mais je rêve, elle me fait flipper et c'est elle qui pose les questions…. Je souris toutefois. -Heu… je... Je jette un coup d'œil à la mémé qui peine toujours avec son fauteuil pour se diriger vers l'accueil. J'hésite à mentir, mais avant que je puisse prétexter venir chercher ma mamie chérie, l'infirmière me demande si c'est pour une visite. J'en reste sur le cul. J'acquiesce, l'infirmière me demande si je fais partie de la famille. C'est là que je réalise qu'elle ne doit pas me reconnaitre, moi la fille, car sans doute ne se souvient-elle que du mec magnifique qu'elle ne semble pas supporter (on se demande bien pourquoi…) Oh… se travestir aurait donc suffit pour la berner ? Bon, autant pour moi, j'aurais donc surestimé l'adversaire. Quand on sait que pour Jensen je m'étais déjà trompé (j'avais plutôt sous-estimé) je commence à me poser de sérieuses questions quant à mon statut de prédateur ultime. Passons… j'ai mieux affaire, car je vais enfin pouvoir entrer dans la pièce interdite. Chaud devant, I'm in the ring ! Sans un regard à mémé et son fauteuil, je cours presque comme un dératé jusqu'à la chambre n°007, et sans même reprendre mon souffle je plonge dans la pièce entrouverte avant de la refermer l'instant d'après. Je ferme le verrou (pour au cas où ma ruse tomberait soudain à l'eau), et j'écoute les bruits alentour pour m'assurer que je n'ai pas été suivi durant mon invasion. Puis je regarde alentour. Je suis là où je devais être depuis le début. Dans l'ambiance étouffée de la pièce blanche, je m'approche telle la bête affamée vers son festin endormi. J'ôte rapidement mes chaussures, et un sourire aux lèvres, je m'allonge comme je peux près d'un Jensen endormi. Mon repas. Ma chose. Mon homme. Niark niark, je vais le manger tout cru. Décidé à profiter de mon dû comme il se doit, je pose ma main sur sa poitrine, et tandis que je pose ma tête sur l'oreiller, je contemple ma proie, sens son souffle sur mon visage. La poitrine de l'homme se soulève péniblement, je sens son cœur balbutier sous mes doigts alors que je pose mon autre main sur ce visage pâlichon malgré le teint naturellement halé de l'apollon. Je bave sur ces cils immenses, m'attarde sur ces lèvres tremblotantes, et je secoue la tête, dépité face à cet maladif, avant de m'approcher pour effleurer ses lèvres du bout des miennes. Et ne vous avisez pas de le lui dire, ce qu'il ne sait pas ne lui manquera pas. Conscient de vivre l'un de mes derniers instants préférés, de ceux où je sens toute l'immensité de mon emprise sur ce bientôt-périmé, je me gratouille vite fait l'entrejambe pour être tout à lui. Jensen tremblote une nouvelle fois, victime d'un froid que lui seul perçoit, et tandis que je remets correctement la couverture sur lui, je secoue la tête une nouvelle fois. Comment peut-on dormir à plus de deux heures de l'après-midi… ses examens se seraient-ils mal passés ? Qu'est-ce qu'il a encore foutu pour se mettre dans un état pareil ? Et qu'il ne vienne pas me dire que c'est de ma faute, je n'y strictement pour rien. Du moins pas encore. Jensen frissonne une fois de plus, je le regarde se trémousser sur ce lit d'hôpital bon marché. Tss, dire qu'au début j'étais censé lui faire mordre la poussière. J'étais supposé en faire ma chose, un disciple qui me supplierait de le couvrir de mes bienfaits et qui hurlerait comme jamais il n'avait hurlé. Je laisse errer ma main sur sa poitrine, je trace le contour de son torse musclé à en jouir sur place. Je voulais le faire souffrir, comme personne n'aurait pu le faire, le mettre à terre, le dominer, mais dans la finalité je suis celui qui en chie le plus. J'aime souffrir, c'est certain, mais il est parvenu à me déchiqueter de l'intérieur d'une façon que je n'aurais jamais cru possible il y a encore un mois. Il est le meilleur. Il est le seul. Pff, et l'idée de le faire souffrir ? Tss, oublions, il y arrive largement sans mon aide. Je le regarde dormir, passe malgré moi une main dans sa tignasse. Jensen m'a changé, c'est définitif. Non pas, bien sûr, que j'aime moins sa violence et cette lutte qui est la nôtre, mais si sa douleur m'inspire, ses sourires ont la fâcheuse manie de me faire mourir d'un plaisir aussi pervers que nouveau. En gros, j'ai l'impression de me liquéfier. De revivre. Les deux à la fois. Et plus encore. Grr, et puis ça me fait chier ! Je suis vraiment un sociopathe à rester là, à le regarder dormir, alors que… Jensen bougonne soudain, avant d'ouvrir un œil irrité. -Lain, grogne-t-il en me fixant d'un air vaseux (lui auraient-ils donné un truc pour dormir), tu ne vois pas que je dors là ? Je réalise que ma main s'était enflammée toute seule sur son torse (Ouh la vilaine), et qu'elle était descendue trop bas. Beaucoup trop bas. Oups. J'hausse les épaules, et remets sagement mes doigts sur sa poitrine. -Je suis pas là, rétorqué-je en haussant les épaules. Continue de comater. Jensen se redresse pourtant, les yeux bouffis de sommeil. -Si tu étais là, tu saurais que j'aime pas qu'on me fasse chier quand je me repose. -Ça tombe bien, je suis pas là je t'ai dit. J'y réfléchi. -Et puis d'ailleurs, contre-attaqué-je, si j'étais là, je te dirai que tu l'as cherché. Je ne fais que reproduire ce que tu m'as fait ce matin. Jensen renifle d'un air sceptique, avant de passer une main dans ses cheveux, l'air toujours groggy. J'en profite pour vérifier qu'il est toujours entier, que ces charlatans en blouse blanche ne me l'ont pas déjà charcuté de ci de là. Fesses ? Ok. Les bras ? Ok. Visage ? Parfait. Le steak qu'il m'a promis ? A vérifier. Bon, tout semble aller, ils ne me l'ont même pas encore foutu en pyjamas en kit, c'est dire. -…et l'exam, comment ça s'est passé ? J'atterris, hoche la tête face à ce visage autoritaire à la con qu'il me lance, choqué que ce soit Jensen qui pose ce genre de questions… Je me colle à lui, pose ma tête sur sa poitrine histoire de vérifier la marchandise. -Nickel, j'étais certainement le meilleur, puisque je suis sorti dans les premiers. Loin de me féliciter, le monstre me repousse avant de me foutre une taloche. -Débile, c'est justement les plus nuls qui laissent tomber en premier ! Oh…. Bah quand même, j'étais donc le meilleur des plus nuls. J'ai rempli ma part du marché. Inutile de dire que Jensen m'en a foutu une autre, et j'ai lutté comme un malade pour ne pas lui en retourner une moi-même. C'est que c'est fragile, ces petites merdouilles ultra-musclés… -Jensen on s'en fout, continue à comater je te dis. Je vais culpabiliser si tu crèves par manque de repos. Le grand malade fait la moue, avant d'esquisser un sourire enfantin-calculateur. -Donc tu n'es pas là, c'est bien ça ? -Parfaitement. Dors. Loin de m'obéir, l'insolent se lève du lit, une expression vicieusement excitante que les néons faiblards de cette chambre miteuse ne font que magnifier. -Bon, puisque t'es pas là, je vais devoir me passer de toi pour me laver… « Non non, en fait je suis… Je me mords la langue pour me taire in extrémis, fais de mon mieux pour fermer la bouche béante que je tire lorsqu'il ôte son pantalon avec un rire moqueur. -Quel dommage, lâche-t-il tout en ôtant son t-shirt. Mais bon, puisque je suis seul, je vais pouvoir me lâcher. Se lâcher ? Oh oui, moi aussi je veux… (Je secoue brutalement la tête) Non non non, pas de ça. Du contrôle Lain, ne te laisse pas tenter par les forces toutes puissantes du mal. Mine de rien, je meure d'envie de me jeter sur ce bipède à la noix, histoire de l'aider à enlever ses chaussettes. Bah oui, où a-t-on vu qu'on pouvait me séduire avec des chaussettes Snoopy ? Tss, l'art de séduire est définitivement un art qui se perd de nos jours. Aguicheur malgré ses chaussettes, Jensen disparait dans la salle de bains. J'attrape l'oreiller du lit pour me retenir. Ahhhh, je veux y aller ! Je veux le voir jouir ! Je veux jouer ! Argh, heureusement que l'oreiller surpuissant est là pour me retenir, parce que c'est dur. Je dois rester sage, il le faut. N'est-ce pas ? Je scrute tristement l'oreiller que je suis en train de déchiqueter, lui semble me regarder avec dédain « imbécile, semble-t-il me souffler de son moelleux séducteur, c'est peut-être ta dernière chance de le voir se les tripoter en cadence. Cours ! » Halluciné, je secoue la tête, puis regarde à nouveau ce coussin psychopathe. Lui me toise, je décide de ne plus lutter. Si même l'oreiller se ligue contre moi, qui suis-je pauvre mortel pour lutter davantage ? Lorsque je me précipite dans la salle de bain pour ne rien louper, Jensen est déjà sous la douche, les chaussettes toujours aux pieds (j'ai matière à penser qu'il s'agit d'une autre manipulation de sa part, il connait mon horreur des chaussettes sur un homme nu). L'eau du pommeau de douche se déverse sur mon homme, coule le long de sa nuque, de ses hanches qui m'appellent, pour finir le long de ses mollets contractés. Miam. -J'ai cru que tu ne viendrais pas, me titille Jensen avec un sourire amusé. Je mime l'homme indifférent, me concentre sur ses yeux noirs pour ne pas me jeter sur lui. -C'est pas ma faute, tu n'as qu'à te plaindre à l'oreiller. Jensen plisse le front tout en lâchant un petit rire qui m'excite, et j'ôte mes chaussettes pour ne pas les mouiller. Je suis un homme du monde, moi. Le pommeau de douche dans une main, Jensen le promène le long de son bas-ventre, je sens presque mon œil tressauter à devoir me concentrer sur le visage de Jensen. -Je suppose que tu ne fais qu'observer ? demande Jensen en s'approchant de moi. Je croise les bras, m'adosse au mur opposé. -Parfaitement. Frotte bien surtout. Le sourire du monstre ne fait que s'accentuer tandis qu'il s'approche toujours, et le pommeau s'aventure sur son entre-jambe. -Frotter où ? Ici ? (Il déplace l'ustensile sur son engin) ou là peut-être ? Je ne réponds pas, j'observe, la gorge sèche. Ce mec me rend fou. D'ailleurs ce mec est fou. Je m'excite à peine lorsque Jensen pose une main mouillée sur ma cuisse. -Lain, et si tu m'aidais ? Je le repousse sans ménagement. -p****n tu fais chier, mouille pas ma jupe. Ma sœur va me gueuler dessus après ! Loin d'obtempérer, Jensen laisse tomber le pommeau de douche, lequel vole en tout sens, et l'homme vient se coller à moi, tentateur à l'extrême, enivrant à me toucher de ses doigts humides. -Et bah enlève tout, susurre-t-il. C'est la seule solution à mon avis. Je secoue la tête, amusé autant qu'agacé. Ce mec me fait penser à un sauvage qui exige sa pitance du jour. Sauf que sauf erreur de ma part, ce sauvage est à la diète sévère. Je retire sa main toujours posée sur ma cuisse, lui choisit ce moment pour se coller à moi, me mouillant totalement. Argh, ma jupe ! J'ouvre la bouche pour hurler, l'injurier, l'exhorter à cesser ses conneries, mais je sens son membre contre le mien, et mon désir brulant devient torture dévastatrice. -Jensen, fis-je d'une voix rauque, j'ai dit non. On verra ça plus tard. La main que je tiens toujours va sur mon visage, je ne lâche pas ma prise, les yeux dans ceux de celui qui ne cesse de me stimuler depuis des semaines. -Et s'il n'y a pas de plus tard ? Face à ce regard triste, ces lèvres étirées en un sourire bestial, ce toucher sur moi qui se fait sûr et taquin, je comprends qu'il est aussi perdu que moi face à la situation. Oui, bien sûr qu'il est perdu, et je le savais depuis le début. Mais là… l'effet se fait dévastateur, et je n'ai plus la force ! Je colle mon front au sien, ruine dans le même temps ma coupe de cheveux, puis je lâche un grognement furieux et l'embrasse vraiment. Doucement. Sagement. Ma main s'arrime à ses cheveux ruisselants, et je l'attire à moi pour faire durer le b****r, pour finalement sombrer une nouvelle fois. Du moins en partie. Je l'allonge, ôte ma jupe, mon soutif rembourré et le reste de la panoplie, puis je m'allonge avec lui sur le sol mouillé. Il faut que j'en profite, car ce serait un sacrilège de ne pas user de ce corps qui fait fantasmer tant de femelles, infirmières poilues comprises, de par l'hôpital. Je laisse glisser mes doigts sur son membre, lui embrasse le cou, le torse, le bas ventre. Je caresse, cajole, et jamais mes griffes ne viennent s'en mêler. Mais j'aime ça. Ça me suffit. Jensen me soulève brusquement par les fesses, puis il me projette sur le sol, lui sur moi, lui ce cannibale au regard fou et possessif comme je l'aime. Il me scrute, j'acquiesce pour qu'il s'amène en moi. Il ne se fait pas prier, et je fais toujours glisser mes doigts sur son torse tandis qu'il s'enfonce en moi, j'inspire à fond l'odeur de ses cheveux humides alors que les clapotis de ses va-et-vient dans l'eau me parviennent. Jensen pose l'une de ses mains sur la mienne. -Tu sais, halète-t-il faiblement, si tu veux tu peux te déchainer… Je secoue la tête, lâche un gémissement sous l'un de ses à-coups. -Non, ça ira, pas envie. Jensen soupire, visiblement déçu. -Je dois être maso, halète-t-il toujours en moi, mais j'aime ce que je n'ai pas… (Il pose sa tête dans mon cou, inhale l'odeur que je dégage) et un peu de violence ne me ferait pas de mal, conclut-il. Je ne réponds rien, mais je ne lui donnerai pas ce qu'il souhaite. Qu'il me prenne pour un égoïste si ça l'éclate, mais je tiens trop à lui pour faire ce qu'il désire. Nous en avons déjà discuté, et non, je ne tiens pas à m'engueuler avec lui aujourd'hui. Il ne veut pas que sa maladie change quoique ce soit entre nous ? Je me pelote contre lui, ondule avec lui pour qu'il puisse s'enfoncer plus profondément en moi. Sale con, ai-je envie de lui dire, si tu es trop débile pour réaliser que je le fais justement pour te garder, ton cas est désespéré. Qui te dit que je ne suis pas capable de prendre mon pied sans me faire mettre comme un taré ? L'envie de changer, ça te dit quelque chose, débile profond ? Je fais basculer Jensen sur le sol, me retrouve sur lui. Et lorsque je le toise de toute ma hauteur, que je fais le travail de va et vient pour le faire aller et venir en moi, ce manque de violence ne me gêne toujours pas. Parce que le plaisir d'être auprès de lui compense cette violence. Je lui communique mon bien-être au travers de mes gémissements, ses grognements et halètements me répondent. Lorsque je me sens venir, j'accentue le mouvement, et je me délecte de ces traits qui se crispent sur les traits de mon amant, de sa poitrine qui se soulève avec difficultés lorsqu'il se laisse aller à jouir. Mon dieu, je l'aime, et ça fait tellement mal. Je m'effondre sur lui, et lorsque je relève les yeux sur lui, ce visage trempé me renvoie une tendresse qui ne me fait plus fuir depuis longtemps. J'ai évolué me direz-vous, ou alors je me suis juste ramolli. Question de point de vue, mais pour être honnête, je m'en fous complètement. Y penser me fais chier, et me prendre la tête pour de la merde me lasse. Je suis parfait, en quoi ressentir quelques sentiments y changerait quelque chose ? -oOo- Une fois habillés, (ou plutôt une fois lui en pyjamas et moi dans ses vêtements puisqu'il a mouillé les miens), nous attendons que les morues viennent chercher Jensen. J'en profite pour lui expliquer les raisons de mon travestissement. Jensen soupire, les yeux fixés sur le plafond. -Lain, t'es vraiment un emmerdeur. Linda ne t'a jamais rien fait pourtant. Pourquoi tu la persécutes comme ça ? Je renifle face à cette dénomination bien trop amicale à mon goût. « Linda » ? -Il faut bien que j'en profite, parce que cette morue ne va pas vouloir que je reste avec toi… Combien tu paries qu'elle va me mettre dehors à la minute où elle va apprendre que je ne suis pas une fille ? Jensen regarde toujours son plafond, l'air perplexe face à un détail invisible. -Morue ? Elle est pourtant mignonne… Je grimace. -Justement. Tu ferais mieux de ne plus l'approcher. Ce sont les pires. (Je soupire tristement.) Une morue devrait rester à sa place de morue. Qu'elle soit belle lui donne l'impression qu'elle peut s'approcher du repas des autres. Jensen ne répond pas, je me redresse sur un coude pour l'observer. Toujours concentré sur son plafond, je saisis qu'il se force à oublier ce qui l'attend. Je tente de l'occuper. -Tu as eu des nouvelles de Mike ? Haussement d'épaule de l'apollon en pyjamas déchirable (un fantasme en soi). -Non, il est occupé… Je fronce les sourcils. -Tu veux que j'aille le chercher ? Jensen esquisse un sourire, me coule un œil en biais. -Tu crois vraiment être de taille ? Je serre les dents. Non mais pour qui me prend ce con ? Ce que veut Lain, Lain l'obtient. Et Mike n'est pas de taille. -Cindy en tout cas le serait, lâché-je en bon prédateur. Il suffit que je l'appelle, et elle te ramène ton pote soumis dans la demi-heure qui suit. Jensen secoue la tête. -Pauvre Mike, il a déjà bien à faire avec cette tigresse de petite amie. Laisse tomber Lain, tu perdrais ton temps. J'hoche la tête pour lui faire plaisir, mais c'est décidé : Mike est un homme mort. Je vais le trucider pour cet abandon. Aujourd'hui plus que jamais, Mike aurait dû prendre sur lui et remplir sa fonction d'ami. Même se forcer et simuler aurait suffi. Je constate que Jensen est retourné à l'étude béate de son plafond merdouilleux, j'opte pour un nouveau sujet de conversation. -Et ta mère. Elle est où ? Il hausse les épaules, blasé. -Elle devrait bientôt arriver. Je lui ai dit de ne pas trop se presser, j'avais besoin d'être seul avec toi… Un sourire enfantin sur le visage, il me jette un nouveau coup d'œil. -C'est que tu es dur à stimuler. C'est pas avec ma mère dans les pattes que je t'aurais excité. Je secoue la tête, mi-agacé, mi-réjoui face à cette manipulation honteusement bien manigancée par ces deux enfoirés sur ma personne. -Tu as eu ce que tu voulais… satisfait ? Jensen me fait son conquérant-ennuyé, avant de revenir à l'étude du plafond. Franchement à court d'idée, je suis prêt à offrir une nouvelle fois mon corps pour le faire oublier de penser à de sombres choses, quand l'abruti m'amène brusquement contre sa poitrine, toujours concentré. -Lain ? Je fixe son air pensif, et résiste à l'envie de mettre mon doigt sur le pli anxieux qui déforme son front sublime. Je me contente de poser ma joue sur sa poitrine et tandis que j'enlace ses doigts des miens, j'étudie moi-même le plafond pour en percer ses mystères. -Quoi Jensen ? -… si tout se passe bien, où aimerais-tu aller après l'opération ? Je plisse le front face à cette question à la con, mais choisis de répondre malgré tout. -Lorsque toute cette histoire sera finie, je t'emmènerai à Rio de Janeiro… Tu verras, la nuit, les hommes sont si torrides, c'est à en jouir sur place ! Mes propos sont récompensés par le rire étouffé de Jensen, et sans même le regarder, je me doute qu'il doit afficher son air exaspéré d'homme qui se croit plus intelligent que moi. -Et toi ? le questionné-je. Où iras-tu ? Jensen inspire profondément, avant de poser sa tête sur le haut de mon front. -Nous irions sur la côte d'azur. Je voudrais aller dans les alpes maritimes, sur la falaise de Roquebrune-Cap-Martin. J'attends la suite, mais rien ne vient m'éclairer sur les raisons de cette étrange requête. -Heu… c'est très précis tout ça. Si je peux donner mon humble avis, je connais des endroits bien plus sympas, et… -C'est là que je veux aller Lain. Ça me manque. La tête de Jensen toujours posée sur ma tête, je meure pourtant d'envie de voir l'expression de Jensen. Pourquoi ai-je cette étrange impression de nostalgie ? Et de tristesse ? -Pourquoi ? soufflé-je. Pourquoi cet endroit ? Jensen met du temps à me répondre, et brusquement je me sens stressé à l'idée qu'il ne réponde pas assez vite. Les morues vont bientôt venir l'emmener au bloc, il s'agit de nos derniers moments. -Merde, réponds abruti. -Parce que j'en garde un très bon souvenir, fait-il doucement. J'y suis allé une fois étant enfant, lorsque mon père était toujours en vie. Jensen marque une pause, et lorsque son menton s'enlève de ma tête, je peux enfin revoir son visage se fixer vers le plafond. Je réalise que ce n'est pas le plafond que contemple avec envie Jensen, c'est cette falaise. -Lorsque j'y suis allé, je me souviendrai toujours de cette fascination que j'ai ressentie en voyant un groupe d'adolescent sauter du haut de la falaise. Jensen fait la moue, je suis pendu à ses lèvres. -Il était formellement interdit de sauter, continue-t-il, les panneaux ne cessaient de le rappeler, et pourtant ces abrutis étaient là, hilares, à risquer leur vie à chaque fois, entre courage et une profonde stupidité qui m'a toujours dépassé. Jensen se perd un peu plus dans la contemplation du mur blanc qui lui fait face, et je me prends à visualiser ce qu'il me dit. Le bruit des vagues qui se fracassent contre les rochers, le vent dans les cheveux, l'odeur de la marée. Ça me donne envie. Surtout si Jensen est là avec moi. Le bruit de la porte qu'on tente d'ouvrir nous sort cependant de nos pensées, et le bruit des vagues disparait dans une note presque menaçante. La morue grommèle à l'extérieur, elle demande à ce qu'on lui ouvre la porte. Loin d'obéir à cet agent à la solde des hommes au scalpel diabolique, je regarde Jensen, lequel me dévisage avec ce même plissement de front qu'il avait à l'égard du plafond. -Tu me fais penser à cette falaise Lain…, souffle-t-il en posant sa paume sur ma joue. Tu es stupide et fascinant à la fois. -… C'est con, mais il s'agit du plus beau compliment qu'on m'ait jamais fait. Une falaise ? Oui, pourquoi pas, je suis pour. L'instant d'après, Jensen me fout pourtant une claque en m'ordonnant d'ouvrir cette p****n de porte, et bougon j'obéis. L'horreur de la morue en apercevant me fait sourire, et je ne dois de ne pas me faire jeter de la chambre dans l'instant, que grâce à Melinda qui prend ma défense. -Puisque je vous dis que je suis d'accord pour qu'il soit présent ! -Mais seule la famille… -On s'en fout, la coupe Mélinda. Vous n'êtes pas de la famille et je vous laisse bien approcher mon fils ! La morue nous fait son air de constipée, mais elle n'insiste pas. Elle me laisse rester, et je la vois préparer Jensen. Tout le temps que dure la procédure, Jensen n'a dieu que pour moi, et je déglutis lorsque je réalise vraiment ce qui est en train de se passer. Mon s*x-toy, ne l'emmenez pas ! Mon homme ! À moi ! Pas touche ! Mélinda reste prêt de Jensen, je n'ose approcher, car je suis conscient d'avoir déjà pris voler beaucoup de ces dernieres minutes que Jensen aurait pu passer avec sa mère. Lorsque l'infirmière déverrouille les loquets pour pouvoir déplacer le lit de Jensen, celui-ci demande un instant pour chercher quelque chose dans son sac posé par terre. Puis il se réinstalle, impassible, et tandis que l'infirmière nous explique que nous ne devons pas les suivre et rester dans la chambre, Jensen me saisit la main. Il m'embrasse doucement, avant de refermer mes doigts en un poing sur ce qu'il semblait chercher dans son sac. -Je te les rends, fait-il avec un petit sourire forcé. Je n'en ai plus besoin. J'y ai mis les intérêts. Je le fixe sans comprendre, et laisse sa main s'éloigner de la mienne tandis que l'infirmière, « Linda » grommèle en emmenant Jensen au loin. Non Lain, tu dois rester ici. Rester sage, et attendre qu'il revienne. Tout se passera bien. Mélinda s'approche de moi, passe un bras autour de mes épaules tandis que je sens la forme d'un objet rond dans mon poing fermé, ainsi que du papier. Tremblant, j'ai peur de comprendre de quoi il s'agit. Je jette un œil à Mélinda, celle-ci m'adresse un sourire, mais elle pleure. J'ouvre le poing, et la foudre s'abat sur moi. Un billet de vingt euros, et une pièce de un euro. Vingt et un euros. Pour moi. Ce mec se fout définitivement de moi. Jusqu'au bout. Pour qui se prend-t-il à vouloir gagner de cette manière ? … Un nouveau coup d'œil à Mélinda qui acquiesce à mon interrogation muette, et moi qui cours dans les couloirs pour rattraper Jensen. Au diable les ordres. Au diable également les interdictions en tout genre et finalement au diable mon orgueil de jeune mâle vigoureux. On s'en fout, je serai la couille molle de l'histoire. Je serais celui qui perd, celui qui aura depuis le début été la proie, celui manipulé par l'autre. Je vois venir la sécurité, j'accélère le pas, et alors que je me fais poursuivre par morue n°1 et n°2, je me précipite sur Jensen qui se redresse sur son brancard. Et je l'embrasse furieusement. … Est-ce possible de s'enflammer en un instant, de mourir et de renaitre d'un seul contact avec celui qu'on aime ? Sans doute, puisque c'est mon cas. Désespéré, je ne me retiens pas. Il s'agit peut-être de la dernière fois. Après un instant de surprise, Jensen me répond pareillement, et tandis qu'il m'agrippe la tête pour mieux maintenir sa prise, je gémis à l'idée que ce délice est peut-être le dernier. Je m'accroche à lui, grave tout ce qu'il m'est possible d'obtenir. Son odeur, le toucher de sa peau, la fermeté de ces muscles qui se contractent tandis qu'il me serre à m'en faire mal. Je l'aime, je l'aime tellement. Peut-être n'est ce que la situation qui veut ça, lui qui m'a fait un lavage de cerveau, mais il est le seul pour qui je me damnerai volontiers. Lorsque je plonge mon regard dans le sien, nous comprenons tous les deux à quoi je pense. Je le suivrai, quoiqu'il arrive Jensen pose son front contre le mien, je sens son souffle haletant contre ma joue tandis qu'il semble vouloir m'arracher les traits pour les emporter avec lui. -Lain…, souffle-t-il simplement. Je le contemple, il ne me dit pas que ça va aller. Il ne me dit pas non plus qu'il reviendra à coup sûr, qu'il ne sert à rien que je me prenne la tête pour de la merde. Non, la main qui maintient ma tête dévie simplement sur ma joue, et d'un doigt, il essuie cette larme qui m'échappe. Je ne dirai d'ailleurs pas que cette larme est là malgré moi, ou qu'elle ne signifie rien, par qu'elle représente tout ce que je veux dire sans savoir comment. J'ai besoin qu'il sache. J'ai besoin qu'il sente combien j'ai besoin de lui. J'ai besoin qu'il me revienne. -Je t'aime Jensen. Non, j'vous jure, c'est pas moi qui l'ai dit. Juste ma gorge qui déconne, et moi qui l'a laissée faire. Parce que c'est bon, parce que j'aime ça. Alors juste pour le plaisir de l'entendre à nouveau, ma gorge le répète une nouvelle fois, plus doucement, juste pour lui. -Je t'aime, enfoiré. Jensen plisse les yeux, et son sourire connard en puissance apparait. -Ça je le savais déjà. T'as pas mieux comme news ? J'hausse les épaules, et je l'embrasse encore, plus doucement, mais toujours avec cette sensation qu'il s'agit de notre dernière fois. « Hmm hmm, ça va, on ne vous dérange pas ? » Une morue m'attrape par le bras, je me sens m'éloigner de Jensen. Non, encore une chose. Juste une. Les larmes aux yeux, je me libère d'un mouvement d'épaule, puis je lui fous mon poing dans la figure. Grognement horrifié de toute part, moi qui me fais pseudo-plaquer au sol par l'assemblée. Mais Jensen a compris. Une main sur sa joue meurtrie, il sourit tristement, et pour la première fois, je vois un signe de faiblesse glisser le long de sa joue. Mon regard dans le sien. Les morues qui emmènent Jensen. Et cette même compréhension qui nous unie. La boucle est bouclée, comprenons-nous. Notre première union se fit dans la violence. Si la fin se trouve réellement au bout de ce couloir, il fallait que ce départ se déroule dans une violence similaire, afin que cette histoire ne soit pas vaine. Une violence fusionnelle, de celles qui rongent le corps et enflamment l'esprit. Un cycle parfait, où deux connards se sont percutés, ont fusionné, avant de s'apaiser en un mélange indéfinissable de tendresse et de lutte. « Je t'aime », me disent ces yeux de prédateur tandis qu'un autre brancardier pousse son lit dans le couloir. « Je t'aime », fais mon sourire cannibale lorsque je le vois s'éloigner. Un dernier sourire empli de tendresse de sa part, puis c'est la fin. Adieu Jensen.
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