Faiblesse insoupconnée !

4108 Words
La douche me calme un peu, mais je l'insulte encore copieusement en pensée tandis que je m'essore les cheveux. Ahhh ! Pour le principe, je devrais retourner tout de suite le voir et lui foutre un coup dans les dents ! Il m'a critiquée ! Comment ose-t-il ? D'accord, je ne suis pas parfaite, mais un gentleman sait lorsqu'il faut mentir, et lorsqu'il faut dire la vérité. Et puis, il se trompe, j'en suis sûre. Abigaël ne loupe pas ses pâtes à gâteau. Soit, je loupe les nouilles. Trop dur, le temps de cuisson est hautement approximatif et je ne comprends pas leur façon de parler. « Aldente » ? A point ? Comment savoir lorsqu'il s'agit de la bonne durée ? Je teste donc généralement, mais sens qu'il manque quelques minutes (il manque toujours quelques minutes, leur mode d'emploi est non viable et mériterait qu'on mette leur créateur devant le juge pour désinformation de la clientèle). Donc en bonne consommatrice, je les laisse un peu plus bouillir, mais ce faisant je les oublie… et après, je n'y comprends rien car je dois découper le bloc de nouilles pour l'avaler. Sinon à part ce léger détail, ça va… Hmm certes, il y a bien la purée qui me reste encore hors de portée. Oui, vous savez, ce lait que l'on doit faire bouillir ni trop, ni pas assez… Je reste à coté pourtant, le surveille lui et mon match de foot ou mon émission des mots croisés à la télé… Et puis un but de la part de mon équipe, une combinaison décisive en 5 lettres de mon participant préféré, et le temps de me retourner, ma casserole est vide et je suis bonne pour une heure de nettoyage. Non, la purée, c'est dangereux, qu'on se le dise. Et les steaks hachés, je n'en parle même pas ! L'idéal, ce que je fais de mieux, ce sont les surgelés. Je suis une experte dans ce domaine. Tous les congelés qui me passent sous la main y restent et trépassent. En sac, en boite. Au micro-onde, au bain mari. A couper avec le ciseau spécial, avec les dents ou en déchirant la languette, rien ne me résiste. Je suis l'arme ultime, celle que tous les produits de grande surface craignent et redoutent. Et l'on vient me dire que ma pâte n'est pas bonne ? Tss, les jeunes. Aucun respect pour le talent. Je me lave vivement les dents et songe à ce fait. Noah s'est moqué de moi de surcroit. Moi, gentille, je lui donne à manger et il se divertit de ma façon de faire. J'aime lécher, qu'a-t-il à y redire ? Je regarde ma sucette posée là, et la déballe de son emballage. Goût fraise… miam. J'apprécie un moment la saveur qui enivre mes papilles avant de me préoccuper de me vêtir. Zut ! Où sont donc mes affaires de rechange ? Et mer… credi ! Comment peut-on oublier d'apporter de quoi se changer ? La fureur, sans doute. C'est tout moi, ça ! Que faire ? Je jette un rapide coup d'œil à mes vêtements déjà vieux de deux jours et écarte d'instinct l'idée. Une Aby de plus de vingt-quatre heures, ça pue, aussi douce et fraiche que je sois. Inutile de me tenter à les remettre, ce serait gâcher la demi-heure de récurage intégral que je viens d'effectuer. Soit. Je prends une inspiration, moi, la seule fille dans cette maison 100% mâle, et me protège chastement d'une serviette version timbre poste. Mais le principal est caché, me défendré-je, alors inutile de rouler des yeux, je maitrise la situation. Assurément. J'ouvre la porte. Un coup d'œil par-ci, un coup d'œil par-là. Personne à droite. Personne à gauche… Ouf ! Je m'ébroue un moment, mes lunettes toutes trempées sur le bout de mon nez. Une chance que tous semblent occupés. Inutile de savoir à quoi, je ne suis qu'une jeune fille innocente après tout. Deux font joujou, un doit être en train de faire l'introspection de son moi intérieur pour s'être montré monstrueux à mon égard (enfin, je l'espère pour lui, sinon ça va barder !) et l'autre… je me glisse doucement dans le couloir tout en réfléchissant. Que peut donc faire Camille ? Il est parti bien tôt quand j'y repense… Je secoue la tête et me reconcentre sur ma mission : ne pas me faire griller par un homme. Comme je l'ai dit il n'y a pas si longtemps, ma serviette n'a pas la taille réglementaire d'une bonne serviette, et ma fesse gauche est de ce fait visible. L'un de mes dessous de bras poilu aussi, me semble t-il… sans parler de mes jambes infiniment gracieuses, mais souillées de la même parure effet « peau de bête ». Critiquez si le cœur vous en dit, mais c'est un moyen comme un autre de lutter contre le froid. Je zieute autour de moi. Un coup d'œil à droite, un à gauche. Bon, ça va, toujours personne. Je cours devant ma porte et tend l'oreille. Un coup d'oreille à droite, un coup à gauche. Bon, ça v… ? Quoi ?! Des bruits de pas me parviennent et je me félicite de m'y être si bien prise. Il aurait suffi de quelques secondes en plus et j'aurais été surprise. Héhé, mais personne ne me verra jamais, et encore moins Noah qui doit enfin aller se coucher. Je tourne la poignée de ma chambre mais sens une difficulté sans nom… Argh ! J'en lâcherais presque ma serviette tandis que j'y mets les deux mains pour tenter de forcer la porte, mais je me souviens soudain du pourquoi de ma difficulté : plus tôt dans la journée, n'est-ce pas moi qui avais ordonné à Gustave de fermer ma porte à double tour ? Et le loustique ne m'a jamais rendu ma clé… Argh ! Je dirais même plus… ARGH ! Je sautille sur place, tape du poing, mais rien n'y fait et les bruits se rapprochent toujours. Je regarde si je ne peux pas courir me réfugier dans la salle de bain, mais c'est trop tard, il me faudrait croiser Noah. Pour qu'il se moque de moi ? Ah non, j'ai eu ma dose ! Sans réfléchir, je fonce sur la porte qui jouxte la mienne et, le temps d'ouvrir, je vois une silhouette arriver dans mon champ de vision. Ni une ni deux, je referme vivement cette issue heureusement non fermée et reprends mon souffle saccadé de frayeur en m'adossant à la porte, les yeux fermés. Ça va. Je contrôle la situation. Toujours. Bien, à présent, la question à 125,75 euros… Où suis-je ? Un profond soupir me répond et je déglutis. Dans une chambre ? Mes pensées s'envolent en tout sens, mais je les modère. Restons logique. Pour les avoir visitées, je sais qu'il ne s'agit pas de la chambre de Noah, ni celle de Caprice. Et Gustave est de toute évidence toujours auprès de ce dernier. Je suspecte ce dernier d'aimer prendre son temps pour se satisfaire… -Qui reste-t-il ? Lâche la voix grave de Camille dans la pénombre. Je déglutis une fois de plus. L'ogre. Pouvais-je tomber plus mal ? Je sens un mouvement dans l'ombre et sans doute l'individu veut-il allumer la lumière. -Non ! M'écrié-je en resserrant ma serviette sur mon frêle corps. Ne fais pas ça ! -Je fais ce que je veux dans ma chambre ! Un clic sonore s'élève et une lampe de chevet s'allume près du lit du colosse. Je m'offusque, gênée comme rarement dans mon existence. Quel mufle. Lui plus qu'un autre, pourquoi ne veut-il pas comprendre qu'il fallait laisser éteint ? -Parce que je reste dans ma chambre, lâche Camille le dos tourné, et j'ai le droit de savoir qui vient me contrarier… Comme pour confirmer ses dires, il se détourne de sa lampe bleu sale, et je comprends pourquoi il était parti un peu plus tôt. L'ogre me regarde de ses yeux cernés de noir et de rouge et, quoique difficile au vu de son teint sombre d'italien, je jurerai qu'il est livide. Camille est en plein dans sa crise du mois ! Camille n'approuve pas, de même qu'il ne nie pas, et se contente de se rassoir sur son lit. Je préciserais simplement qu'il porte un simple boxer, et qu'il reste beau comme… je ne sais pas trop quoi exactement ! Mais seule mon habitude à le voir si peu vêtu me permet de ne pas m'égarer dans des fantasmes bien peu civilisés… Le plus étonnant reste peut-être le fait, (bon mis à part l'idée que cet amas de muscles semble brusquement si fragile…), qu'il ne m'a pas lancé un seul coup d'œil obscène. J'en froncerais presque les sourcils. C'est dingue, il ne me m'accorde pas même un regard lubrique. Je vérifie voir si je me suis trompée, mais non je suis belle et bien en petite tenue, devant un mâle, et cela ne lui fait rien ! -Parce qu'il n'y a rien à voir, grogne celui-ci. Il pointe du doigt la porte. Allez, dégage de là, je ne suis pas d'humeur ! Pas d'humeur ? Hmmph, je lui en ficherais de l'humeur. Il n'est jamais d'humeur ! Je vais pour sortir, vexée qu'il se montre si froid à mon égard. Ce n'est pas que je ne connais pas cette attitude venant de lui, mais je suis quand même en petite tenue ! Il pourrait au moins baver un peu devant la marchandise ! Je réfléchis. À moins que je ne sois effectivement une baleine ? Les autres me regardent certes avec davantage d'intérêt, mais lui n'a jamais semblé changer d'attitude envers moi. Et c'est vrai qu'avec mon pantalon taille 42, je ne suis pas un modèle de minceur… j'ai même un gros cul, si vous voulez mon avis ! -Dégage, rugit Camille. Je sursaute. -Ok ok, c'est bon, inutile d'en faire toute une histoire. Je vais donc pour déguerpir, plus irritée encore, mais me souviens du pourquoi de mon entrée dans cette pièce : parce que je suis dans la merde, que je n'ai rien, que je ne peux espérer retrouver ma chambre avant demain, date où Gustave va souffrir, comme rarement dans son existence. Je me mors la lèvre. Non, je n'ai pas le choix. -Camille… -Non ! C'est hors de question ! Je veux être seul ! Il frissonne, tremble et je m'en veux davantage encore. Je sais ce que c'est. Un grand costaud comme lui, ça ne veut pas se montrer sous un visage malade. Je suis pareille et moi je ne suis pas un homme pourtant. -Mais Camille, tu vois bien où j'en suis… tu ne peux pas me foutre à la porte ! -SI ! Ni une ni deux, le colosse se lève, et titube jusqu'à moi. -Tu sors, ou c'est moi qui t'aide. Snif, il est vraiment effrayant ! Je pensais m'y être faite mais malade, son air méchant est bien pire encore. Il voit mes pensées et se calme un peu. -Allez fillette, va voir Noah. Je suis convaincu qu'il sera heureux de t'accueillir. Il laisse pour la première fois égarer son attention sur mon corps au quart vêtu. -Plus encore dans cette tenue. Je fais la moue et croise les bras par-dessus ma serviette. -Allez Camille fais pas ton gland, donne-moi au moins quelque chose à me mettre sur les fesses ! -Fais pas ton quoi ? Je ferme les yeux afin d'encaisser la claque qu'il doit penser que je mérite, mais rien ne vient pour me châtier. Je rouvre les mirettes, peu sûre, pour entrapercevoir Camille en train de fouiller dans son placard, un sourire amusé aux lèvres. Un sourire ? Amusé ? Mais qu'est-ce qu'il fout ? -Je cherche quelque chose pour tes fesses… Il me jette un marcel sur la tête et je l'étudie de plus près. Hmm, joli marcel… Comment se fait-il que je n'ai jamais vu Camille dedans ? Tiens, je veux le voir dedans… Camille sourit davantage et je fronce les sourcils. -Arrête de lire dans mes pensées. C'est privé ! Aussitôt, l'être se renfrogne et je le vois frémir de part en part. -Alors dégage le plancher. Y'a pas écrit SOS à poil ici ! Ouh le petit con ! Il a de la chance d'être malade, je n'en profiterais même pas pour le battre à plate couture. Une gifle me prend par surprise et il s'en faut de peu pour que je lâche ma serviette. -Je fais ce que je veux. Camille me fusille du regard tandis que des pensées injurieuses m'échappent comme d'habitude. -Tu crois que je fais exprès, rugit-il face à moi. Tu crois que ça me plait de savoir tes moindres pensées, toutes les imbécilités qui te traversent l'esprit ?! Il s'approche davantage et me saisit brutalement par les épaules. (Help, ma serviette tombe !) Tu crois que ça me plait de tout savoir de tout le monde, mais de ne pouvoir rien en dire à personne ? Faire semblant que je ne sais rien, que je n'entends rien et me taire à longueur de journée ? Ses mains se serrent davantage sur mes épaules et je lâche un cri. Que ça fait mal. Chiotte. Malade, Il est vraiment exécrable … -Je ne suis pas exécrable, hurle-t-il, les yeux fous, je te dis ce que je PENSE ! Et aussi soudainement que sa façon de m'agripper, il s'écroule à mes pieds. -Je dis… Lâche-t-il dans un grognement rauque, ce que je pense… Lui, l'apollon en slip, se recroqueville sur lui-même et je le vois trembler devant moi. Pour amplifier l'effet surréaliste, ses cheveux défaits errent devant ses yeux, balaient le sol, et je me retrouve devant un « the grudge » (*) argenté. Et malade comme un chien. -Ce que je pense, répète-t-il faiblement. Alors, dégage. Je suis terrifiée. Il est fou, c'est clair. Ses tremblements ne font que s'amplifier et je comprends qu'il me faut fuir avant qu'il ne perde totalement la raison. Je laisse tomber ma serviette et enfile rapidement le marcel, lequel m'arrive un peu au-dessus des genoux. Fuir. -Je pense merde, souffle t-il, et je le vois haleter alors que ma main se pose sur la poignée. Il pense. Merde, je le sais qu'il pense, quel est donc l'utilité de rabâcher cette bêtise ? Il sait tout sur tout le monde, pourquoi se plaint-il ? J'y réfléchis malgré moi et je me remémore que de temps à autre, il m'arrive de le plaindre. Toutes ces fois où je m'énerve face à lui, que mes pensées s'évadent en sa présence et qu'il n'en laisse rien paraitre. Toujours derrière son journal, à nous cacher ses moindres réflexions. Je m'énerve souvent face à lui car il fouine, mais en réalité il pourrait être bien pire. Bien, bien pire. Il pourrait rapporter les moindres de mes pensées indécentes à Gustave, Caprice… et Noah (je déglutis à cette terrible possibilité) mais il ne le fait pas. Ma main s'éloigne de la porte et je scrute Camille toujours à terre. « La maladie fait ressortir nos pires défauts », a dit Noah. Chez Gustave, c'est son besoin de virilité ; Caprice, son besoin maternel ; moi, mon sale caractère associé à d'autres désirs moins décents. Et Camille… L'intéressé met ses mains sur ses oreilles, le regard féroce. -Arrête, arrête de penser, rugit-il. Je ne veux pas savoir, je m'en moque. Dégage ! Loin de lui obéir, je m'agenouille à ses cotés avant de lui écarter les cheveux des yeux. Il est malade, brulant, fatigué. Lui, compris-je, il désire simplement exister. -Je suis là, soufflé-je, et je t'écoute. Dis-moi. Camille me regarde fugitivement, surpris, et mon cœur se serre malgré moi à la vue de cette créature si virile et pourtant si fragile en ce moment. -Va-t-en, grince-t-il face à mes pensées tristes. Je n'ai pas besoin de ta pitié. -Ne sois pas i***t, répliqué-je. Je ne voudrais pas qu'on ait pitié de moi, ne me crois pas assez idiote pour le faire avec toi. Je m'approche de lui mais il me repousse brutalement. Déterminée, je m'avance une nouvelle fois, mais il me frappe. Soit, je m'y suis faite avec lui. C'est un anti-gentleman, ça ne fait rien. Il me frappe encore et je porte malgré moi une main à ma joue en feu. Si demain, je n'ai pas de marques, c'est un miracle. -Je peux être gentleman, halète-t-il encore avant de secouer la tête. Je l'étais. Avant. Il se prend la tête à deux mains. Avant, j'étais apprécié des filles. Je savais comment m'y prendre. Je ne savais pas toutes ces saloperies qu'elles pensent à longueur de journée. -Tu sais toujours t'y prendre, glissé-je doucement. Cet après midi, tu étais parfait. Gentil, attentionné, et ça ne me dérange plus que tu me tapes. -Ne dis pas ça. Il lève le poing mais se retient, le visage crispé. Je suis comme les autres, comme tu le penses. Je suis un monstre. Une bête qui ne peut s'exprimer autrement. Ma gorge se serre. Pense-t-il réellement ainsi ? -Oui ! me répond-il, et je le vois trembler plus violemment. Mais Abigaël n'est pas d'accord avec le principe de laisser un malade seul avec lui-même. Je le saisis fermement et met sa tête contre moi. -Tu n'es pas une bête, fis-je fermement. Tu es un homme, et tu en sais bien trop pour les autres (je préfère ne pas mentir, il le saurait.) Tu es chiant, tu es brutal, mais tu es toujours honnête vis-à-vis de ce que tu penses. Et tu as le droit d'en parler. Je reprends mon souffle et lutte quelques instants contre Camille qui veut se dégager. Mais je sais qu'il ne désire pas vraiment que je le lâche. Je suis pareille. C'est pour le principe. -Il est normal que cela énerve les autres, continué-je. Personne n'aime être mis à nu, mais personne n'aime non plus mentir, ni même qu'on lui mente. Avec toi, ce n'est pas possible de mentir. Je le vois se débattre encore, mais avec moins de force. Tant mieux car je n'aurais pas pu lutter encore longtemps. Malade ou pas, il reste bien plus fort que ma pauvre carcasse. Il cesse finalement et pose sa tête contre ma poitrine, en sueur. Je place ma main sur son front et grimace presque tant il est brulant. Bien plus encore que ses comparses, il doit souffrir le calvaire. -Alors ne me ment pas, s'il te plait, murmuré-je en laissant ma main sur son front. S'il te plait, je t'apprécie, et pour me dédommager de mes mensonges impossibles, dis-moi à quoi tu penses. -Je pense, me murmure t-il tout doucement, presque comme un enfant. Je soupire car je sais qu'il verra dans ma tête combien il a l'air débile dans cette posture. -Oui, dis-je toutefois, (et comme tout ce que je viens de dire, je suis sincère, car sinon il n'aurait pas digéré. Car je le comprends, tel est le mot avec lui : l'honnêteté) Oui, répété-je. Tu penses, et je veux savoir… As-tu mal ? Un silence. Je le laisse réfléchir à si, oui ou non, je mérite de savoir et pose mon autre main sur son visage. Il tremble un peu, puis ferme les yeux. -Oui, un mal de chien. Je déglutis tant je comprends ce que c'est. -Je peux rester avec toi cette nuit ? Je sais. Je suis Abigaël, celle qui refuse tout contact. Et d'ordinaire, il faudrait me supplier. Mais ici, il ne s'agit pas d'un service à rendre, plutôt d'un retour naturel…. pour toutes ces fois où il m'a aidée, toutes ces fois au cours desquelles il a dû se taire par ma faute… (et puis accessoirement, ça me ferait un endroit où dormir !) Camille bouge contre moi et je remercie le ciel que personne d'autre n'ose entrer dans cette chambre. Sinon la vue d'un dieu maffioso avachi sur moi, pauvre créature en marcel, aurait pu créer un choc à cette dite personne. -Ne dis pas ça, souffle-t-il tout bas, tu n'es pas mal non plus. Et oui, s'il te plait reste avec moi. Mais avant… -Oui ? -Mets un slip, s'il te plait. Je sais que tu n'aimes pas avoir les fesses à l'air, et je n'aime pas savoir ce genre de détails. -Oups pardon. Je l'aide à se redresser et, quoiqu'il tente de faire bonne figure face à moi, je le porte presque jusqu'à son lit. Une fois ma mission accomplie, je vais farfouiller dans son placard et y trouve un boxer que j'ajuste d'une ceinture serrée pour maintenir le tout. Ah ! Je dois avoir l'air sexy, tiens. En boxer, ceinture et marcel, l'effet est redoutable. -C'est sexy, confirme Camille. Je le regarde surprise et celui-ci se braque en haussant les épaules. -Tu m'as dit d'être sincère. Je souris. -Oui, je l'ai dit. Je lui fais la pose. Et là ? Il se cache le visage d'une main. -Pitié arrête, je reste un homme ! Je préfère ne pas lui demander ce qu'il sous-entend par là. Si le message est « trop laid », ça va me faire des complexes, mais si c'est l'inverse, je risque de stresser cette nuit. Tiens, d'ailleurs… -Dis-moi, Camille, fis-je m'allongeant à ses cotés, comment peux-tu rester aussi stoïque face à une fille toute nue ? Il grimace devant la question, mais je sais qu'il va me répondre. Camille peut dire ce qu'il veut, c'est quelqu'un de sympa. -Abigaël, si tu savais, je t'ai vue nue des dizaines de fois. Je me braque à ses cotés, mais il ferme les yeux, pris de nouveaux tremblements incontrôlables. À chaque fois que tu resonges à ton reflet dans le miroir de la salle de bain, lorsque que tu t'imagines tes séances de la nuit prochaine... J'ai tout vu. Je me mords la lèvre, mais après tout, ce n'est strictement pas de sa faute. Et il a dû subir en silence. -Mon pauvre. Je m'approche encore de lui, timidement, et il comprend mon intention. Je lâche malgré moi un hoquet lorsqu'il me saisit, me soulève rapidement pour mieux m'installer et finalement pose sa tête sur mon épaule. Après la surprise, je souris encore et l'enlace gentiment. Monsieur je-sais-tout anticipe, et sous réserve que je le laisse faire, il tente de me faciliter la vie. Que rêver de mieux quand l'on y songe, d'avoir à ses cotés quelqu'un qui sait quoi faire en toutes circonstances ? -Merci, murmuré-je en laissant errer ma main dans ses longs cheveux scintillants. -Non, merci à toi. Un nouveau tremblement le parcourt et je resserre mon étreinte sur ce petit être fragile. Le fameux « petit être » s'installe plus confortablement et je sens son bien-être tandis qu'il bouge sa tête contre moi. Il est toujours brûlant, mais là aussi je m'y suis habituée. -Qui a dit que j'étais à plaindre, marmonne-t-il. C'est peut-être l'un des seuls avantages auxquels j'ai pu goûter depuis que je suis Nuisible. Grâce à toi ! Je rougis et souris. Héhé, je savais bien qu'il ne pouvait pas rester sans effet face à moi. Et au moins, lui sait se contrôler. -C'est normal. Je suis un gentleman. -Oui, je le constate. Je le sens sourire dans cette semi-obscurité que seule la lampe vient rompre, et me prends à sourire davantage encore. -Un vrai gentleman. Un silence. -Je t'aime bien, Abigaël. Je sais que tu ne le sais pas, et pourtant je t'aime bien. Tu es l'une des personnes les plus franches à mon égard. Et je reste un homme. Je regarde le plafond en soupirant. Comment peut-on dire des choses aussi gentilles, et les mettre à coté d'horreurs. Il reste un homme ? Voilà un détail auquel je préfère éviter de songer. Mais je ne suis qu'une idiote et j'ai envie d'y croire. -Moi aussi je t'aime bien, avoué-je. Je le sens encore sourire. -Je sais. Mais moi un peu plus. Ah i***t, pas besoin d'être devin pour le savoir, ça… Tout le monde aime Abigaël, il n'y a rien de magique là-dedans. Au moins, je suis nature ! … (*) Petite allusion au film d'horreur où des petits êtres crasseux se trimballent les cheveux devant les yeux !) Désolée pour caprice, mais c'est vrai ! Le pauvre ! Ce film ne faisait même pas peur… et pourtant, les cheveux devant les yeux, c'est LE truc qui me fait hurler d'ordinaire lol !
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