Pacte avec le diable

4637 Words
Brouillard. Envie de vomir. Mal au crâne. Envie pressante. Je me retourne pour trouver une position plus confortable, mais ce faisant, je m'avise que je suis sur un lit. Le mien ? Malgré mon abrutissement, je me doute que non mais me plait à faire semblant. Oui, si je rouvre les yeux maintenant, mes yeux brumeux me dévoileront ma petite chambre pastelle sans prétention, avec mes nounours, mes smarties sur la table de chevet et mon bouquin sur la thermodynamique en 3 leçons. J'entends un bruit tout proche, et résignée à être déçue, je resserre contre moi ce qui me protège. Tiens… je « snif » la couverture, et la resserre contre ma poitrine. C'est ma couette, celle sur laquelle repose une vingtaine de taches de Nutella et autres substituts chocolatiers lors de mes veillés près de mon ordinateur portable. Et en dessous l'on peut sentir cette note de fraise litchi, dont j'aimais parfumer tout ce qui me tiens à cœur. (Sauf le Nutella que je me mange en cuillère, histoire d'en préserver la saveur) Je me retourne encore, moins engourdie, puis j'entends un profond soupir, avant qu'une voix s'élève. -Hého la marmotte, je m'ennuie, tu peux cesser de tournicoter ? Je fronce les sourcils, et ouvre un œil. Je vois dans la pénombre (oui, j'y vois aussi clair qu'en plein jour, c'est très perturbant) qu'il s'agit du petit elfe nommé Caprice. Celui qui a osé s'en prendre à mes lunettes ! Cauchemar ! Je jette un coup d'œil dans le restant de la pièce, et constate que nous sommes seuls. Pas d'autres parasites, pas de vicieux,… ni mon SDF ! Mon cœur se serre à l'idée qu'il m'a sans doute abandonnée, lassé de mon entêtement, mais je préfère remplacer ce sentiment de lavette par de la colère. Très bien, au diable celui qui m'a mise dans le pétrin. D'ailleurs, je ne veux plus jamais le revoir… Je me sens plus lucide, et réfléchie si je dois tenter de faire quelque chose… m'échapper ? Me laisseront-ils seulement faire ? S'ils disposent d'un stock de drogue digne de ce nom, je risque de passer l'année suivante dans cet état végétatif, et j'en ai presque un haut le cœur. -Abigaël, cesse de chercher à t'enfuir, c'est très vexant pour moi… Ah oui c'est vrai, songé-je avec dégout, ils savent lire dans les pensées… moi aussi ? Je jette un nouveau coup d'œil à Caprice, mais ne rencontre qu'ennuie et agacement. -Bon je ne demande pas si ça va, c'est une question idiote et indigne de ma personne, lâche le petit elfe. Par contre est-ce que je peux ouvrir les volets ? Ce noir, ça me stress… Je le scrute, mais préfère me détourner, non sans avoir attrapé au passage mes lunettes posées là. Instinct maternel sans doute, mais ce rustre n'approchera plus mes bébés… -Non. Va-t-en. Ma voix est enrouée, pâteuse, et ça m'énerve. -M'en fiche, c'était une question pour la forme. Pff… fallait pas poser la question alors… pire qu'une fille ! Les pas s'en vont quelques instants, et des rideaux s'ouvrent de mon coté, pour laisser entrer les rayons destructeurs. Ahhh mes yeux sensibles ! M'énerve, m'énerve, m'énerve. -Ça ne sert à rien de demander si c'est pour le faire quand même ; Je me relève, me frotte les yeux, et pose les lunettes à l'endroit escompté. (Hmm, dois-je préciser qu'il s'agit du nez ? Non vous êtes de grandes personnes, je ne vous insulterais point ! N'empêche que j'ai dû préciser, enfin ce que j'en dis…) Caprice croise les bras en contre-jour, et l'on dirait vraiment un ange, n'était sa moue insupportable. -Désolé, je suis né comme ça. J'ai mes principes. -Dont celui de faire chier son monde ? Caprice fais la moue, et je suis certaine que je l'ai perturbé. Oh petite âme sensible… il ne supporte pas les grossièretés ? Héhé mal tombé avec moi… Je vois Caprice se tendre, réfléchir un moment, avant qu'une grimace d'embarras ne lui échappe. -Je tenais à m'excuser pour t'avoir piqué tes immondices. -Pardon ? Caprice roule des yeux. -Ne me force pas à répéter, c'est déjà suffisamment pénible une fois. Sache juste que je suis confus de m'être montré aussi désagréable avec toi. J'étais surpris. Je snobe ses excuses, et me concentre sur la pièce. Assez spacieuse, elle est assez sobre aussi, tout en blanc avec seulement une commode dans un coin. Presque une chambre d'hosto. Il faut que je sorte d'ici. -Mais, continue Caprice en s'approchant légèrement, tu dois avouer que tu ne t'es pas montrée très avenante non plus. Une vraie sauvage… Je ne l'écoute pas. Mon œil court sur les 2 fenêtres de part et d’autre, mais je me doute que ce n'est pas la solution. Je vois le feuillage d'un arbre magnifique, et ce faisant, à moins de suivre l'initiation spécial Tarzan, il me faudrait sauter à plus de 5 mètres de hauteur. Hmm non. Mauvaise option. Chopper Caprice et en faire un otage peut-être ? Je sourirais bien à cette idée, tant elle pourrait être réalisable. Caprice semble fragile, et j'en connais un rayon sur le principe. Je secoue la tête. Dans ma culture cinématographique, je ne connais qu'« océan 12 » où les Bad techniques du mal l'emportent. Et les forces obscures avaient tendance à cafouiller jusqu'à maintenant… que faire… -Et la girafe avait trois taches sur le ventre, avant que le singe ne vienne lui trancher la tête… Je cille décontenancée, et reporte mon attention sur mon interlocuteur. Un singe ? Une girafe ? Aurait-il perdu la tête ? Caprice lâche un nouveau soupir, exaspéré. -Tu n'as pas écouté un mot de ce que j'ai dit n'est-ce pas ? J'hoche la tête et Caprice s'assit au bout du lit. Par principe, je m'écarte un peu plus, et constate que je porte toujours mes vêtements. Bon, c'est déjà ça. Personne n'est venu me peloter. -Ça va tu n'as rien loupé. Je te critiquais, et comme j'ai promis aux autres d'être sympa… Ah, s'exclame-t-il en jouant distraitement avec l'une de ses couettes, qu'allons-nous faire de toi ? Hmm, j'ai bien une petite idée moi… -Me relâcher ? -C'est ça, pour que tu tues tout le monde. Je fronce les sourcils. -Je sais me contrôler. -Mais oui, c'est vrai que tu m'as impressionné jusqu'à maintenant. J'ouvre la bouche pour protester, furieuse, mais Caprice lève une main. A la manière d'une vraie dame importunée, me semble-t-il utile d'ajouter. (Ça expliquera peut-être pourquoi choquée, je me suis effectivement tue.) -Taratata pas de ça avec moi. J'en ai déjà la migraine de t'entendre argumenter. Tu es insupportablement insupportable. Caprice vrille ses yeux noisette dans les miens, et je me sens transpercée par leurs perturbantes profondeurs. -Je sais que tu ne m'aimes pas, murmure-t-il d'un ton bizarrement compatissant, moi comme tous les autres. Je sais déjà que tu penses que ta place n'est pas ici, que tu t'en sortiras mieux sans nous. C'est tout à ton honneur, et je ne peux qu'approuver de telles pensées. Il réfléchit puis esquisse un petit sourire qui me ferait presque fondre. -J'ai moi aussi été ainsi. Au début j'avais peur, je me sentais perdu, et je ne suis pas certain, mais toute personne dans cette maisonnée qui te dira avoir tout accepté dès le début est un menteur. Il me jette un regard agacé. Je te préviens, comme ça tu ne seras pas surprise lorsque Gustave viendra te conter des niaiseries. D'ailleurs pas touche, c'est ma proie ici. -Ta… proie ? Je ne suis pas sûre de comprendre. Caprice secoue une main, agacé. -Ne fais pas l'ignorante. Tu dois bien être consciente de la situation. Tu es une femme, tu as du charme, et tu te trouves au milieu d'un groupe de mâle en manque depuis 10 bonnes années, quand ce n'est pas tout simplement la première fois qu'ils en côtoient une d'aussi près. Il pointe vers moi un index accusateur. Alors Tu prends celui que tu veux, mais laisse petit Gustave aux mains de Caprice. Ne me force pas à marquer mon territoire… Je déglutis, et préfère ne pas comprendre ce qu'il insinue par « marquer son territoire»… quel i***t, je les lui laisse tous tiens ! -Tu ne me donnes pas très envie de rester tu sais. Je me gratte la tête, perplexe. -Pourquoi est-ce toi qui a été envoyé pour tenter le lavage de cerveau ? Caprice soupir (un vrai tic chez lui !) d'un air désabusé. -Ils ont cru que j'aurais plus de tact avec toi… pff ils me prennent vraiment pour une bonne à tout faire… Je le regarde, et me sens malgré tout amusée. Je sais que je devrais tenter de fuir, mais après tout, cela peut attendre de voir où finira cette discussion. -Heu… serait-ce à cause de ton coté… efféminé ? Caprice sourit vraiment cette fois, et je lui trouve un air si angélique que je dois me souvenir de fermer la bouche. -Je prends cette remarque comme un compliment. Il fait la moue. Mais justement, je ne suis sans doute pas la bonne personne pour toi… il n'y a qu'à te regarder ! Il me désigne de la main, et met en évidence mon accoutrement. -Navré ma chère, mais pour le côté féminin, j'ai déjà vu mieux. Je doute que nous soyons très similaires. Je devrais être furieuse, mais ne le peux face à cette vérité que je connais déjà. L'on ne m'a jamais appris les rudiments de la dinette et de la poupée étant plus jeune, et je ne pense effectivement pas partager les niaiseries qui sommeillent dans tout cerveau de femme accomplie. Un garçon manqué serait un peu fort à dire, mais oui, je ne suis pas féminine. Je rougis, mais Caprice n'y prend pas garde. -Mais en même temps, ils ont certainement dû prendre en considération mon sens inné de la communication. (Hmm, il n'est pas en train de se lancer des fleurs là ?) Et puis c'est sans doute mieux comme ça. Entre Gustave qui me parait bizarre ces temps-ci, Camille que je n'imagine même pas dans le rôle réconfortant… -Tu n'es pas terrible non plus… Un regard de Caprice me fait ne pas m'étaler sur ce fait. -Et Noah ? -Hmm nous avons jugé bon pour Nonichoux et toi qu'il était préférable de vous séparer. Je doute qu'il t'apporte grand bien. Caprice se fait patient, et pour la première fois, je distingue un certain coté maternel chez cet être irritant. Je ne connais pas encore tous les tenants et aboutissants, mais il me parait évident que Caprice, en tant que « femme », tient lieu de mère pour ces tarés… Effrayant. Caprice recommence à jouer avec ses couettes. -Après tout il t'a contaminée, a réduit ta vie en miette… il serait normal que tu lui en veuilles. Et puis tu sembles particulièrement irritable avec lui. Il fait la moue. Et je n'aime pas que tu le fasses souffrir. Il s'en veut énormément, et ce n'est pas sain pour son organisme… Pff, femmelette ! Caprice me fait les gros yeux, et je ne peux retenir cet effroi de la veille… -Tu lis dans mes pensées ! L'accusé-je. -Ce n'est pas parce que je déchiffre tes grimaces boudeuses que je lis dans ta petite tête, crâne d'œuf… Caprice me fait un clin d'œil. Non c'est Camille qui lit dans la tête des gens. Je retiens mon souffle, glacée. -Ah oui et par extension y a aussi Gustave. Je ferme les yeux, histoire de garder le contrôle mais vois presque le petit sourire satisfait de l'ange diabolique. -Il est d'ailleurs très agaçant avec ça. Je trouve qu'il en profite… tiens la dernière fois sous la douche j'étais en train de… -Bon c'est bon j'ai compris, inutile d'insister, ils lisent dans les pensées des gens. Caprice me regarde d'un air surpris, et quelque peu contrarié (non mais sérieux, en quoi ça m'intéresse ce qu'il fait sous la douche… encore que… non Abigaël du calme…) -Non, je n'ai jamais dit que Gustave lisait dans les pensées des gens, il se contente de lire dans les pensées de Camille, qui lui-même lit dans les pensées des autres… tu suis ? Je cille (en langage extraterrestre ça doit certainement signifier non, car Caprice semble exaspéré) -Le pouvoir de Gustave réside dans sa faculté à retourner les pouvoirs des gens, autrement dit nous ses congénères, contre eux même. C'est de cette façon que Gustave a retrouvé Noah… Je suis larguée… et vous ? Je n’y comprends rien, rien du tout, et je sens le mal de crâne s'inviter en une joyeuse célébration. D'habitude c'est moi qui refile les maux de tête… triste retournement de situation. -Donc Noah aussi a un pouvoir ? Snif, je sens que je suis en train de ressombrer dans les conneries de mes ex beau pères…. Poubelles attendez-moi, j'arrive… ça faisait si longtemps…. (cf. chapitre 3, lorsqu'Aby parle de ses ex beaux-pères et de leurs tendances à fixer des poubelles dans une vaine tentative de les faire léviter…) Caprice voit bien que ça fait beaucoup et sa voix se fait plus douce. -Nonichoux peux localiser les gens où qu'ils soient, et distinguer la présence de tous… lorsque l'on est contagieux au possible, c'est un bon moyen de s'éviter des problèmes d'ordinaire… Autrement dit, pas cette fois. Je lève les mains pour le faire stopper. -Ok je résume. Camille lit dans les pensées, Gustave retourne les pouvoirs contre les autres, Noah localise… -Et Léonard sait tout. -Pardon ? -Je ne peux pas le dire mieux. Léonard sait quasi tout, sur tout le monde, et ce sans l'aide d'un quelconque internet… Je pince les lèvres, mais sens cette phrase honnie s'échapper. -Je ne comprends pas. (Ah que je n'aime pas l'admettre…) -Inutile. De toute façon tu ne le verras pas. C'est une personne fragile et il est très sensible au poison que nous véhiculons. Chaque personne supplémentaire l'affaiblit et vous mettre face à face risquerait d'aggraver son état de santé… Je fronce les sourcils, dubitative. En quoi me voir le rendrait-il malade ? Soit, je ne suis pas toujours aimable, je peux donner des hauts le cœur si l'on n'apprécie pas ma vue (ça ne m'est jamais arrivée mais je peux le concevoir) mais de là à… Ah… l'explication trouve une issue dans les méandres de mon cerveau hautement élaboré, et je saisis qu'il doit s'agir d'un autre truc anormal. Je secoue la tête, lorsque je réalise que si ça continue à ce rythme je vais m'habituer à ce genre de truc. Je refuse de me faire à l'idée de côtoyer des monstres maladifs. Je ne suis pas comme eux… après tout je n'ai pas de pouvoir hein ? Je me tâte pour confirmer l'impression. Pas de branchie translucide ok. Pas de peau râpeuse à la Frankenstein. Ok. J'atteins mon bras, et découvre le bracelet. Ça, ça n'y était pas avant. Zut (vous avez vu ? Je varie les adjectifs pour qualifier de mon effroi. Si je disais merde à tous bouts de champ, ça lasserait après tout…). Je scrute l'objet couleur cuivre d'une matière que je ne saurais qualifier (entre la ferraille et le marbre) et tente de le retirer. Tente seulement. Je force, tire puis aperçoit à l'arrière une minuscule serrure pour une clé. Ohhhhhh… c'est quoi ce bordel ? Ahhh je ne le sens pas ! Vais-je devenir leur esclave de plaisir ? Leur chose ? Suis-je marquée comme du bétail ? Je tire plus fort, prête à l'arracher de mon bras si nécessaire et la panique me submerge une fois encore. La paume de Caprice vient tenter de me calmer mais je m'éloigne en hurlant. -Ne me touche pas ! Ah, cet être avait presque réussi à me berner. Mais ça ne marche pas avec moi. Il me faut fuir. Je saute du lit, et cours vers la porte. Celle-ci est fermée de l'extérieur. Ok, j'aurais dû m'en douter. Je cours vers la fenêtre, prête à faire le fameux saut de Tarzan maintenant. Caprice me pousse durement alors que j'essaye d'ouvrir la fenêtre, et verrouille à l'aide d'une autre clé surgie de nulle part. -Georgette, calme-toi. Paniquée, je ne prends pas garde à l'appellation incongrue, et les yeux fous, je m'effondre dans un coin. -Calme-toi, me répète Caprice en s'approchant. -N'approche pas. Mes yeux cherchent, et trouvent un cintre posé là. Ah ah je sais quoi faire. Je m'en empare et tout en posant le crochet métallique sur mon cou je défie le démon. -Si tu avances, je me tue ! Snif, quelle tristesse d'en arriver à de telles extrémités… c'est qui qui passe pour une dépressive dans l'affaire ? C'est bibi… comme si je n'avais pas assez de préjugés sur le dos… Caprice s'arrête toutefois, et je vois que je gagne. Quoiqu'il arrive, ils ne tiennent pas à ce que je meure. Je m'en doutais. Ils me veulent esclave. Des coups sourds résonnent dehors. -Tout va'ch bien 'ch, questionne la voix de Gustave dans un gargouillis. Il me faut une phrase de plus pour que je comprenne avec une grimace qu'il parle la bouche pleine, des biscottes si je ne m'abuse. -Chtu veux'ch que'ch ch'vienne t'aider Capriche ? Le démon me fixe droit dans les yeux, avant de se tourner vers la porte. -Non non ça ira Gustave, je gère. Nous nous entendons déjà à merveille. Il me défie ensuite du regard. Le message est clair. Je me tais ou c'est lui qui m'étrangle. Je déglutis et Caprice ne dit plus rien le temps que Gustave s'éloigne. -Bon écoute moi bien femelle. L'on t'a confiée à moi, et de ce fait je suis responsable de la bonne entente qui s'installera par la suite. Si tu ne me poses aucun problème, ça pourrait même se révéler sympa avec une sauvageonne de plus. Mais il y a des règles. Son regard se fait menaçant, et je rougis. -L'on ne cherche pas à se tuer, l'on reste poli avec les autres, et l'on ne crie pas… je suis sensible ! Je sais que tu veux t'enfuir et le comprends, mais crois-tu vraiment que tu sois meilleure que nous ? -Sans aucun doute. Caprice me lance un sourire retord et désigne l'anneau à mon poignet. -Peut-être, je suis prêt à te croire. Mais dis-moi, lorsque tu te trouves près de Gustave, que t'arrive-t-il… Je lui lance un regard peu amène, mais y songe toutefois. -Il lit dans mes pensées… et... Je fronce les sourcils. Il me force à agir contre ma volonté… est-ce ton pouvoir ? Caprice secoue la tête, toujours souriant. -Non ma chère, Gustave n'a pas ce pouvoir, ni moi. Il retourne seulement le pouvoir contre son utilisateur, et lui seul. Pour les pensées c'est Camille, mais pour forcer les autres à obéir… Je le regarde comme une débile la bouche ouverte, car je commence doucement à saisir ce qu'il insinue. -Ce serait moi ? Caprice me fait un clin d'œil. -Nous avons une gagnante. T'es longue à la détente. Nonichoux m'a dit que tu n'as pas arrêté avec lui… -Mais non je n'ai rien fait. Ma voix monte dans les aigüe avant que je ne me contrôle et croise des bras tremblants. Et qu'aurais-je fais selon cet i***t ? -Comment crois-tu avoir pu aller sur Paris malgré son refus ? Pourquoi crois-tu que lorsque tu t'énerves il t'obéisse, ou même nous ? Caprice pince les lèvres. Navré ma chère mais tu n'es guère impressionnante. Nous ne sommes pas enclins à obéir aux désirs d'une femme… Je réfléchis et en effet, Noah m'obéissait. Et cette impression de pouvoir lorsque je m'énervais, de sentir que je contrôlais la situation. Serait-ce vrai ? Je lui souris méchamment. -Laisse-moi partir. -Hihi ça ne marche pas ainsi Georgette. Tu ne maitrises rien d'après Nonichoux et ce bracelet t'en empêche. Je trouve cela un brin déplacé de ta part de tenter de t'en servir… il s'approche de moi, et sort une petite clé dorée. Pour essayer d'utiliser cette capacité il faudrait d'abord enlever le bracelet. Je tente de la lui arracher mais il l'enlève de devant mes yeux. -Mais dis-moi, si quelqu'un t'énerve, et que la colère te prend… n'aurais-tu pas envie que la personne meure ? Je m'immobilise et cesse de respirer. Parfois l'envie de tuer se fait puissante. Mais si réellement je pouvais ordonner… si je disais « meurs », cela fonctionnerait-il ? Je frissonne. -Tu mens, grogné-je, je n'ai pas un tel pouvoir. Caprice me retend la clé. - Peut-être que oui, peut-être que non, mais si tu veux jouer avec la vie des autres, pourquoi pas… tu veux toujours la clé ? Je fixe cette clé, fixe Caprice et son air de pure arrogance calculée et le dégout m'envahit. Je sens la colère monter en moi devant cette façon de me dédaigner, et sait qu'il suffirait d'un rien pour que j'ai de nouveau envie de frapper quelqu'un, et ici ce beau visage exaspérant. Mais si je peux réellement tuer… Je deviendrais alors criminelle, un monstre, et me la jouerais à la Hulk malgré moi… mon bras s'élance vers la clé, et je l'envoie au loin. Puis en dépit d'autre chose je me recroqueville sur moi-même et laisse le chagrin se vider. Que vais-je devenir ? Je suis un monstre. Quoique je tente de faire, ma situation ne fait qu'empirer, et c'est une torture de me sentir si impuissante. Je sens Caprice hésiter à s'approcher mais finalement il ne fait rien face à mes larmes, et je lui en suis reconnaissante. Aussi dévalorisant que cela puisse être, j'ai besoin d'extraire cette horreur que je ressens. Envers les autres, envers le monde entier, envers moi-même. -Je te propose un marché, conclut Caprice lorsque mes sanglots se tarirent. -Lequel ? M'enfermer avec d'autres monstres pour le restant de mes jours ? Caprice fait une moue contrariée, mais à ma grande surprise il secoue la tête en souriant. -Non, je te propose une période d'essai. Je sais que les femmes ici bas raffolent des échantillons gratuits donc c'est ce que je te propose. Je tente de comprendre, mais cette fois je n'essaye même pas de m'essayer à la moindre supposition idiote. Caprice se lève tout en me regardant et je le vois peser ses mots tout en parlant. -Tu restes un mois. Je tente de suite de protester mais Caprice me fait taire d'un regard. -Tu restes un mois, puis libre à toi de partir ou non. J'ai consulté internet, et ai constaté que tu es une bonne élève, de même que tes partiels sont imminentes. Nous ne pouvons bien évidemment pas te laisser courir au loin, et devenir mortellement dangereuse en plein examen pour une montée de stress d'écolière en chaleur. Donc ce que nous te proposons c'est de rester un mois, de voir comment se comportent des « monstres » en cage, et si après tu veux toujours partir, et que nous considérons qu'en effet tu es digne de pouvoir te débrouiller seule pour tuer le moins de monde possible, alors nous te laisserons faire tes partiels de rattrapages. Tu es douée, donc je ne m'en fais pas trop. Il te suffira de travailler ici tes cours. Je le regarde, ouvre la bouche, la referme, plisse le nez, les yeux et croise les bras. Un marché ? Un mois à les supporter… -Et vous me laisserez vraiment tranquille ? Le démon prend son air d'ange et pose l'une de ses mains gantées sur le cœur. -Juré. Si nous te jugeons digne d'être autonome, tu ne nous verras plus jamais, et ce sera comme si nous n'avions jamais existé. Toutefois, lorsqu'il t'arrivera un pépin, nous nierons tout en bloc et te laisseront gérer tes cadavres. Je renifle et préfère me dire qu'il exagère. Ok… mais… -Et si vous ne me « jugez » pas digne d'être autonome ? -Et que tu veux toujours partir ? La question est sérieuse, comme si je pourrais réellement hésiter à les fuir le temps écoulé. Ils se prennent pour qui ? Ils sont infréquentables. De la diplomatie Abigaël. -Oui, en imaginant que je veuille toujours partir. -Et bien ce serait problématique et surprenant, car je nous fais confiance pour nous comprendre… Mais je suppose que nous serions contraints de te mettre hors d'état de nuire… -Me tuer ? Caprice secoue la tête, un sourire amer fiché au facies. -Non, ce petit privilège ne nous est pas accordé. La mort n'est pas une option… nous t'enfermerons quelque part, où tu ne pourrais faire de mal à personne jusqu'à nouvel ordre… Affreuse pensée. Autant dire que j'ai intérêt à les convaincre. Mais je suis sérieuse. Ce devrait être facile de les décider. Mais… -La mort n'est pas une option ? -Tu comprendras un jour… un rêve t'expliquera… Je sens que l'air imbécile va se graver sur mes traits si ça continue sur ce registre. Je ne comprends rien, mais crains en même temps d'y parvenir… Il me tend la main, coupant mes réflexions. -Alors, partante ? Je contemple cette main gantée de blanc. Le blanc symbolise la pureté… mais dans les films, le diable porte souvent des gants blancs ! Que faire ? Que croire ? Je sais que je n'ai guère le choix. Avec tous ces êtres aux pouvoir terrifiants. Moi dangereuse, incontrôlable, je peux toujours compter sur ce mois pour tenter d'en apprendre le plus possible et me servir de ces info… Les partiels ne sont pas un problème, quoique ça m'agace de passer avec tous ceux qui auront raté une première fois. Je ferme les yeux, histoire de ne pas voir la folie que je commets. Tout ce que je sens, c'est la douceur de la main de Caprice dans la mienne, et la brève pression qu'il m'inflige me fait le poids d'un pacte avec Satan… espérons que je ne regrette pas trop… -C'est bien Georgette, tu fais le bon choix. Tu veux descendre manger ? J'hésite, mais mon ventre profite de l'instant pour se faire entendre. -Je crois que c'est un oui, rigole Caprice. Il s'avance vers la porte, et ce faisant ramasse la clé de mon bracelet maudit. -Toujours pas ? Je secoue la tête. Non, s'il faut je porterais l'artefact jusqu'à mes vieux jours mais je refuse de devenir un monstre. Pas encore. -Soit. Caprice prend une autre clé et ouvre la portière de la chambre avant de m'envoyer la clé… il l'ouvre puis m'invite de la main. Mais le couloir que j'entraperçois est sombre et la peur revient. Caprice se fait plus doux et je retrouve l'espace d'un cours instant cet air maternel chez la créature. -Viens, murmure t'il, je te promets qu'ils seront sages avec toi. Je m'en tiens garant. -Caprice, soufflé-je… L'être sourit. -C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom. Oui ? -Quel est ton pouvoir à toi ? Le regard de Caprice dérive sur ses mains avant qu'il ne porte un doigt à sa bouche. -Chut, tu ne veux pas le savoir, contrairement à toi ce n'est pas un beau pouvoir. Sache seulement qu'il s'agit de la mort… Argh…quelle maison de fou… Satan… Snif, que vais-je devenir ?
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