Lorsque j'émerge, j'ai dû bouger dans mon sommeil parce que je ne repose plus contre la vitre glacée, mais sur les genoux bienfaisants de Noah.
Les genoux ? Berk !
Je tente de bouger, mais ne peux. Ma bouche est pâteuse, mon corps est lourd. Cette sensation, ça me rappelle quelque chose d'assez récent. J'analyse un instant, puis assimile que ça me renvoie à mes dents de sagesse ! Oui, vous savez l'anesthésie générale qui vous plonge dans un état végétatif les deux premières heures après le réveil…
M'auraient-ils droguée ? Oh les pourris ! Je sens la fureur m'envahir, mais pauvre de moi, je suis de nouveau endormie.
Se succèdent plusieurs phases de brouillard éveillé, où j'ai conscience que la nuit vient succéder au jour, et que plusieurs poses sont effectuées. Et ma pause pipi ? Sauvages !
Un moment de lucidité plus flagrant qu'un autre m'apprend que je déguste un steak bien saignant comme je les détestais avant, et j'entraperçois le regard intéressé de Gustave sur mon visage sans lunettes. J'espère seulement que mes regards semi-hargneux-comateux le retiendront d'aller plus loin dans son étude vicieuse, de même que le fait qu'il est de corvée conduite.
Je m'éveille une fois de plus, et constate que je suis seule avec Noah dans la voiture. Où sont partis les autres ? Je m'en moque. Je m'en fou. Noah me fixe, et brusquement il passe sa main dans mes cheveux.
-Enfin réveillée la belle au bois dormant ?
- Ne me touche pas. (Je n'aime pas qu'il s'acharne sur moi et mes choix de lingerie Walt Disney…)
Il m'ignore, et la main s'égare sur mon visage, avant de glisser vers mon cou.
Je m'agite, mais la sensation est loin d'être désagréable, et il est si chaud contre mon corps gelé. Sans le vouloir, mon corps se déplace pour se coller à lui, et mon souffle devient halètement lorsque sa main glisse vers ma poitrine.
-Noah, qu'est-ce que…
-Chut, me souffle ce prince des enfers. Ne lutte plus. Je te désire, et tu es mienne.
Je tente la gifle, mais il saisit ma main, et la lèche en une brulante sensation qui m'irradie de toutes parts. Son autre main descend plus bas encore, et je ferme les yeux, à deux doigts de lâcher un bruit qu'il ne mérite pas d'entendre.
Et puis soudain, je comprends que j'aime ça, qu'il peut continuer, et je me moque de comprendre ce qui se passe. Ma main vient contre son torse, et la sienne vient caresser mes cuisses puis…
-Aby…
-Oui, continue…
-Aby…
La voix déraille, perd son coté animal, et agacée, je rouvre les yeux.
Pour découvrir que nous sommes dans la voiture qui roule, que les deux autres sont là, et que Noah me regarde d'un air étrange, mais tout sauf langoureux.
Je réalise qu'il ne s'agissait que d'un songe, et retire vivement la main que j'ai dû glisser sur son torse. Oh la honte !
-Aby, ça va ?
Je ne réponds pas, et lutte pour me rassoir. Oh la honte ! Moi qui parle dans mon sommeil en plus… je lui jette un coup d'œil en biais, et surprends son sourire amusé. Merde, c'est pire que ce que je craignais.
-Aby, me questionne Gustave en zieutant dans son rétro, que doit continuer Noah ?
Je ne réponds pas, préfère me mordre la lèvre, et Gustave laisse échapper un rire de lutin.
-Evite d'être si bruyante dans tes fantasmes ma chère. Tu va nous gêner le petit Noah. Si tu nous le perturbe, pauvre de nous !
Horrifiée, je préfère m'ensevelir sous la couette, perplexe devant ce rêve qui me répugne plus qu'il ne me laisse rêveuse. Snif, je veux vraiment mourir là tout de suite.
Une pression sur ma couette, et la douce voix de Noah.
-Ne l'écoute pas. Ce n'est pas grave.
Je ferme fermement les yeux, et ressombre avec délice dans les ténèbres de la drogue.
Finalement je me réveille dans la lumière des réverbères postés là, et, relevant la couette d'un centimètre, entraperçois les contours d'un portail immense, une pelouse, une maison gigantesque. Non, pas une maison. Un manoir.
J'ai du mal à penser logiquement. Sommes-nous arrivés ? Ou est-ce une halte ? Dois-je tenter de fuir ? Suis-je assez motivée pour y penser ?
Coupant mes pensées sans queues ni têtes, ma portière s'ouvre, et je suis éblouie par la lumière du perron. Des bras me prennent (sans même me demander mon avis, dois-je préciser) et me voila embarquée contre le torse… de qui au juste ? Je lève un regard vitreux, et constate qu'il s'agit de Camille.
Ahhh ! Où est mon SDF détesté ? Quitte à me faire trimballer, j'avais pris mes habitudes moi ! Je suis indignée de la manœuvre, mais me rassure en constatant que je ne suis pas la seule...
-Passe la moi, grommelle Noah à coté de moi. Je peux très bien m'en occuper.
-Pour que tu la fasses tomber ? Camille se fait menaçant, et je frissonne d'être dans les bras d'un ogre (sexy, mais ogre quand même !).
-Ne sois pas ridicule, finit-il. Tu tiens à peine sur tes pattes. Si tu m'avais écouté et avais dormi un peu...
-Je vais très bien…
-Noah tais-toi. La voix est implacable, et je n'en veux presque pas à Noah d'obéir. J'ai dis non, ça devrais te suffire.
Gustave ouvre la porte. Nous entrons, et la lumière m'éblouit un peu plus. Je tente de m'agiter pour qu'on me pose, mais je ne suis même pas sûre que le colosse en ait conscience.
-Lâche-moi.
Les mots sont guimauves dans ma bouche, et je maudis celui qui a cru correct de droguer une malade pour que je les laisse tranquille. D'une part ils me kidnappent, et après ils n'assument pas. Merde, ce monde n'est qu'injustice.
J'avais le droit de hurler durant tout le trajet, j'avais le droit de tenter de sauter par la portière en pleine accélération…
Camille me déplace dans ses bras et je vois ses sourcils me toiser froidement.
-Tais-toi femme. C'est justement pour éviter de telles stupidités que tu n'as pas fait le trajet éveillée.
J'en reste bouche bée. Pardon ? Mais… j'ai rien dit ! À moins que… je lève une main à ma bouche histoire d'en tester les mécanismes de base. Aurais-je parlé sans le savoir ?
Le colosse soupire, et visiblement, je l'agace. Mais il ne me relâche pas.
Attends, est-ce que… Je ferme les yeux et me met à penser avec application.
Espèce de taré sociopathe. Tête de buse, cornichon semi congelé de mon cul. Saucisse farcie. Gros tas de bouse de mes deux…
Une taloche vient m'engourdir l'esprit et je me demande s'il ne m'a pas fait tomber dans les vapes une seconde ou deux.
-Camille, proteste durement Noah, ne la frappe pas.
-Pas ma faute, grogne le monstre, c'est elle qui m'a cherché…
Gustave s'approche et je le vois sourire.
-Au moins elle a de bons acquis. L'histoire du cornichon semi congelé, Je n'en avais jamais entendu parler.
Je serre les lèvres, histoire d'éviter de ressortir mon steak si durement englouti. Ils lisent dans les pensées. Wow. Merde. Je suis dans une de ces…
Gustave me tapote gentiment la tête.
-Restons poli jeune fille !
-Nonichoux !
Je tourne instinctivement la tête vers la voix cristalline, de même que les trois autres.
Je vois Noah se passer une main sur un visage tiré.
-Et merde !
Il tente un repli stratégique, mais cela ne lui permet pas d'éviter l'assaut massif d'une créature vraisemblablement très dangereuse. L'être lui saute dessus, et ni une ni deux, l'étouffe de deux jambes autour de la taille.
-Caprice, lâche-moi.
L'individu n'écoute pas, et je le regarde l'étouffer un peu plus, curieuse. Serait-ce le quatrième membre de la secte ? L'on m'avait pourtant dit qu'il n'y avait pas d'autre femme…
-Oh Nonichoux tu m'as fait si peur, chouine la petite voix féminine. Si tu me refais ça, je jure que je te mets la fessée !
-Oui, promis, j'éviterais… Noah titube. Caprice, s'il te plait, tu es lourd.
L'être s'éloigne, visiblement vexé.
-Ne dis pas ce genre d'horreur. Je suis en plein régime.
Gustave hoche la tête tristement.
-Depuis que t'es parti c'est salade à volonté…et des carottes.
Il grimage, et je compatis. J'ai tenté ce régime moi aussi. Ce ne fut guère concluant, et je préférai retourner à mon bon vieux Nutella au bout de 3 jours.
Caprice semble enfin s'aviser que Camille tient quelque chose dans ses bras (moi pour ceux qui ne se souviendraient plus…).
-Mais qu'avons-nous là ? Camille, tu fais dans l'élevage maintenant ?
L'élevage ? Oh petit con. Je l'éviscère du regard, et tente de me dégager, mais ce faisant je suis frappée par cette même beauté terrassante qui caractérise le petit elfe devant moi.
Les cheveux remontés en deux petites couettes, l'être est magnifique. Ses traits féminins autant qu'harmonieux, ce corps svelte d'une blancheur version conte de fée, je comprends une chose ; au vu de ses fringues (Roses, avec des fanfreluches partout), Caprice doit de toute évidence regretter de se promener avec un poireau entre les jambes…
Une fille. Ce mec se prend pour une fille.
Camille se met à grogner, et Caprice approche, me révélant qu'il possède de même les manières d'une vraie donzelle. (Et tout y est, avec le balancement des hanches de gauche à droite, la main en l'air, et cet air précieux… Argh !)
-Oh quelle étrange petite chose… il m'effleure prudemment d'une main gantée de blanc avant que je ne le repousse, et fronce les sourcils.
-On m'explique ?
Noah apparait dans mon champ de vision.
-Je te présente Abigaël… c'est l'une des nôtres à présent. Mais je pense que nous devrions la laisser dormir pour le moment.
Caprice grimace en une moue très féminine.
-L'une des nôtres ? Léonard va te trucider Noah… qu'as-tu encore été faire comme bêtise ?
Il (ou elle, je ne sais pas moralement parlant quelle position je dois lui concéder. Après tout, je peux comprendre que tout homme rêve d'être une femme, au vu de notre supériorité incontestable, mais quand même…) Enfin bref, il reporte son attention sur moi, mais là, il commet la pire des atrocités. Il me pique mes lunettes.
-Et pourquoi met-elle ces horreurs si c'est réellement une nuisible ? Et vous avez vu ces cheveux… hmm.
-Rends-moi mes lunettes.
Ma voix est toujours faible, mais je sais que je dois lancer un regard à faire peur en ce moment précis.
-Caprice, le prévient Noah, alarmé, rends-lui tout de suite. Elle n'aime pas qu'on y touche.
-Bah pourquoi ? C'est vrai qu'elles sont affreuses. Ma chère tu devrais les jeter, je doute qu'elles te servent encore.
Je crispe les membres et montre presque les dents.
-Rends-les-moi… articulé-je. Tout de suite.
Camille se tend contre moi.
- Rends-les-lui, grogne-t-il aussi.
Gustave lui ne dit rien, je sens son regard braqué sur moi d'un air éberlué.
Mais Caprice lui ne comprend pas. Non il semble s'en moquer car il éclate d'un rire réjoui.
-Oh voyons, inutile d'en faire toute une histoire. Je la trouve bien plus mignonne sans ça. Et…
-RENDS LES MOI, BORDEL !
Le silence s'installe et je frémis de toute part. La drogue s'est dissipée, et je lutte plus fort contre les effets.
-ET LACHE MOI, hurlé-je à l'intention du mafieux.
Je tombe durement sur mes pattes, et voit Caprice écarquiller les yeux tandis qu'il m'apporte docilement ma monture.
-Je comprends maintenant, souffle-t-il doucement. Elle est des nôtres, effectivement.
Je lui arrache mes verres et les enfile sauvagement. Mais la colère ne veut plus partir, et je veux partir. Ce sont des monstres, qui peuvent lire dans les pensées, qui font des choses anormales, et il faut que je m'enfuie.
Noah tente de venir vers moi mais je hurle encore.
-N'approche pas !
-Aby calme toi, dit-il tout en s'arrêtant. Et surtout ne parle plus.
-Je parle si je veux, sale con ! Je veux partir ! Poussez-vous !
Les gens s'écartent.
Dans mes tremblements et ma terreur je commence à me dire que peut-être…
-Ne bouge plus, lâche froidement Gustave.
Et comme dans la voiture, je me retrouve contrainte à lui obéir. Merde, j'ai peur ! Ah j'ai peur. Ils lisent dans les pensées, influent sur les gens. Je tente de bouger, mais ne peux. Je tente de me débattre, peine perdue.
La seule chose qui vient donc est de céder à ma pulsion première : hurler !
-AHHHHHHHHHHHH !
J'arrête, reprends mon souffle tandis que je les vois grimacer, et reprends ma mélopée guerrière.
-AHHHHHHHHHHHHHH !
-Dis-lui de se taire, souffle Caprice. Elle va réveiller Léonard.
Gustave acquiesce avant de se tourner vers moi.
-Tais-toi !
-Dans ton cul ! Connard ! Ahhhhhh ! Je vous hais ! Laissez-moi !
-Tais-toi je te dis.
Je continue à l'insulter, trop furieuse pour être atteinte par ses ordres débiles.
Caprice secoue la tête.
-C'est pas parce qu'elle a un plus gros tour de poitrine que moi qu'elle va pouvoir faire sa reine celle-là !
Tout ce dont je me souviens ensuite, c'est d'une brève piqure dans le cou, une douleur, puis le néant !
Pourquoi j'en reviens toujours là ?