Plainte

3957 Words
Lorsque je reprends connaissance, je me trouve blottie sur ses genoux, et il est occupé à me tripoter distraitement les cheveux. Bon sang. Je grogne en me relevant et rougis, confuse de m'être autant étalée. -Ca va mieux ? Son regard se fait intense et j'ai matière à penser qu'il attend plus qu'un simple oui ou non ; il veut quoi, que je lui dévoile le secret de la vierge Marie ? J'hoche la tête. -Oui. Et toc. Ca c'est pour m'avoir mis dans cet état de comateuse semi-intégrale ! Je me frotte les yeux et constate que l'aube se lèvera bientôt. J'analyse mon état plus en profondeur et souris. Oui en effet, ça va bien mieux. Les tremblements sont passés, et quoique toujours patraque, je devrais être d'attaque pour aller en cours aujourd'hui. Je glisse un regard en coin à mon SDF (je devrais peut-être cesser de l'appeler comme ça à force, mais en même temps rien ne m'a encore prouvé le contraire !) et constate qu'il me regarde avec curiosité. Comme un insecte. Sans le coté dégage-espèce-nuisible cette fois. Ni le « je vais t'écraser vermine ». Non là, j'ai juste le droit à l'étude version insecte rare, et j'en rougis d'autant plus fort. S'il croit que ça va me retenir de le mettre à la porte… Mon ventre gronde et je lâche un soupir en ramenant mes genoux contre ma poitrine. J'en ai marre… bon en même temps il est normal d'avoir faim à cette heure… Noah se lève promptement pour revenir avec un autre morceau de viande (cuit cette fois !) et je lâche un nouveau soupir, gênée maintenant. Soit, il pourrait vouloir rester ici, mais son comportement ne coïncide pas avec le gentil garçon qui me fait du « je-suis-sage-garde-moi ». Non, on dirait presqu'il s'inquiète réellement, comme si… comme s'il culpabilisait ! Je jette un coup d'œil et vais pour me plaindre de cette viande trop saignante, quand l'odeur m'arrête, et sans un mot j'engloutis cette matière gorgée de sang… punaise, pourquoi cela me plait-il autant ? Noah se rassoit, satisfait, et continue à me scruter, examinant détails invisibles sur mes traits sans intérêt. Lui, l'adonis vivant au corps parfait, me fixe étrangement, la bouche légèrement entrouverte, d'où s'échappe un souffle chaud qui pourrait presque se faire hypnotique… j'ai bien dit presque. Tout en mangeant mon morceau (ma petite fourchette et mon couteau en main, comme une grande fille), je le vois pencher la tête sur le coté, les yeux légèrement dilatés… pourquoi cela me dérange-t-il ? En fait, l'attitude me rappelle quelque chose, mais n'y ayant que rarement assistée, le phénomène met un temps à me frapper de son incongruité. Je le fascine ! Sainte Marie Joseph ! Aussitôt compris, je fronce les sourcils et repose mon assiette (déjà vide de toute façon) -Bon tu m'expliques ce qui se passe ? Ma voix est dure, et rendue rauque par la fatigue. Il ferme les yeux une minute, secoue la tête pour les rouvrir, visiblement remis de son état éperdu. Son ton se fait prudent. -Expliquer quoi ? Mon regard vole brièvement sur la Marijana toujours sur la table basse et une conclusion se fait. Je le prends fermement par la mâchoire et étudie ses yeux. -T'es défoncé, c'est ça ? Il se dégage instinctivement. -Comme si j'avais eut le temps pour ça… -Bah oui, justement tu l'as eu ce temps… Son regard se durcit. -Mais qu'est-ce que ça peut faire ? Tu ne crois pas qu'il y a plus important ? Je le fixe d'un air abruti, et il se mord la langue, l'air de celui qui en a trop dit. Plus important ? Qu'est-ce qui est plus important que me voler la Marijana de ma mère ? Ah… je vois. Je repousse l'assiette sur la table et lui fait fasse, sérieuse. -Très bien tu as raison. Nous devons parler, et je n'irais pas par quatre chemins… Il hoche la tête, visiblement résigné. C'est bien mon garçon, après tout, peut-être serais-je plus clémente… -Bon, commençons par ton nom complet. Il me regarde sans comprendre avant d'hausser les épaules. -Noah Ghifour. Ok. Je note. -Bon, maintenant ton numéro de sécurité social... Là il me regarde d'un air vraiment ahuri. -Mon quoi ? Je reste patiente. Pauvre garçon. -Ton numéro de sécurité sociale. -Mais… à quoi ça va te servir ? -A déposer une plainte bien sûr ! Parce que soyons honnête, nous savons tous deux que tu n'as pas été très correct à mon encontre. Il me dévisage, une moue indescriptible sur le visage, avant d'exploser de rire. Oui. Exploser de rire. Je me lève d'un bond, indignée devant l'insolent. Soit il a tenté de me soigner, s'est montré plus supportable et a certainement dû supporter mes crises de griffage intempestif cette nuit pour être resté si près. Mais il a ri. Plus encore, il s'est esclaffé. Pour la peine, je n'aurais aucune pitié. -Il n'y a rien de drôle là dedans ! Toujours hilare, il tape nonchalamment la place sur laquelle j'étais assise, comme pour m'enjoindre à me rassoir, mais je ne suis pas un chien et croise les bras. Un peu calmé, il lance un grand sourire innocent. -Tu veux porter plainte contre moi ? Comme c'est mignon… je savais que je méritais châtiment, mais je vois que tu en es d'avantage consciente que moi… il secoue la tête. Tu veux porter plainte pour quoi exactement ? Inutile d'y réfléchir. -Intrusion chez un particulier. Le sourire toujours fiché sur sa tête à lui taper dessus, il s'enfonce confortablement dans le canapé. -Tu m'as invitée. Je serre les poings. On dirait presque qu'il joue ! -Inutile de me rappeler cette erreur ! Hmm, et puis tu m'as agressée. Il sourit toujours, un rien mystérieux dans ses yeux bleus. -J'étais malade. L'on ne se contrôle plus dans ces cas là… -Tu m'as cambriolée… Noah regarde la Marijana d'un air entendu, et je comprends parfaitement l'allusion… Grr ! Je perds patience, et tape du pied. -Tu m'as refilée ta crève ! Et ça, tu ne vas pas le nier ! Son sourire le quitte enfin, et je croise les bras, satisfaite. Et toc. -Ne sois pas ridicule, chuchote-t-il, et je sens cette fameuse tristesse de la veille dans sa voix. On ne porte pas plainte pour être tombé malade. Et non je ne squatte pas, puisque tu ne m'as toujours pas dit de partir. Il tapote encore le canapé près de lui. Aby, il faut qu'on parle… Je secoue furieusement la tête, avant d'hoqueter. -Tu m'as appelée comment là ? Il pince les lèvres, patient. -J'ai dû un peu fouiller pendant que tu dormais… -Je m'en fous… ou plutôt non je m'en fous pas, c'est un truc de plus à mettre dans ma plainte, mais… tu m'as appelée comment ? -Bah… Aby ? Je m'avance brièvement et tente de lui mettre une gifle. Il attrape ma main au passage et m'attire contre lui. -Il va falloir apprendre à se calmer très chère, souffle-t-il doucement. Tu as toujours été comme ça ou c'est nouveau ? Je me débats et il me laisse m'assoir à bonne distance. Je tente le regard furieux, mais ne rencontre qu'un regard curieux chez le parasite. En dépit d'autre chose, je me contente de le toiser. -Je t'interdis de m'appeler comme ça ! C'est Abigaël… Il semble ennuyé. -Oui, c'est ce que j'ai vu dans tes papiers (j'ai une montée de haine qui m'atteint de plein fouet… jusqu'où a-t-il été fouiné ?). Il hausse les épaules. Mais je trouve que c'est un peu ringard, donc me concernant ce sera Aby. Je serre les poings, furieuse comme rarement dans ma vie. -Répète un peu ça… Il voit ma fureur, lève un sourcil, mais ose me faire un clin d'œil. -Je risque de rester un peu alors autant être honnête. Abigaël ça fait vieillot, donc ce sera… Il n'a pas le temps de finir parce que je lui saute dessus. Ma peau me brule, ma gorge m'échauffe et je ne peux lutter contre l'appel tentateur de mes poings sur son visage. Je frappe une fois, mais il me regarde impassible. N'en pouvant plus, je continue, et m'effraie moi-même. Qu'est-ce que je fais ? Je le tape encore de toutes mes forces, atteignant l'arcade, le nez, les lèvres et toutes parties susceptibles de le faire souffrir. Mais je sais que ce n'est pas moi. Moi la timide Abigaël, je fulmine, j'enrage même parfois, mais je ne tape pas. Je menace, rouspète, mais ne va pas plus loin. Je suis quelqu'un de raisonnable voyez-vous, et ca, ce que je suis en train de faire, j'en ai toujours éprouvé la plus grande répulsion… c'est si barbare comme méthode ! Mais malgré mes efforts, je me vois encore taper, et les yeux m'en sortent presque tant je souffre de ne pas pouvoir lui infliger plus. Si le couteau 16 cm était là, je n'ose imaginer ce que j'aurais pu faire. Et comme taper ne suffit plus, je hurle. -Mon nom c'est Abigaël sale con ! Tu m'entends ? Et si tu essayes de squatter ici, je te bute ! Ok ? Ma respiration s'enflamme, mes membres tremblent, mais cet enfoiré se contente de me jauger impassiblement, le visage toujours aussi parfait alors que je m'acharne sur lui. Et puis il semble enfin comprendre mon impuissance à me calmer, et m'enveloppe dans ses bras pour me maintenir. Je lutte un moment encore, mais le bruit de son cœur raisonne à mes oreilles, et je me sens malgré moi me détendre. Il me maintient un instant, et lorsqu'il me lâche, je me sens si mal que je reste contre son torse, insensible à ses charmes…ou presque ! Il rabat d'un geste tendre les cheveux qui m'obstruent la vue. -Il va falloir apprendre à te contrôler… tu as toujours été comme ca, répète-t-il l'air de rien, ou est-ce nouveau ? Incapable de parler, j'hoche la tête pour acquiescer qu'en effet c'est récent, et il me serre plus fort. En ce moment de faiblesse illogique, je serais bien tentée de me laisser aller à cette chaleur attrayante au possible, mais je n'oublie pas qu'il me faut aussi comprendre. -Qu'est-ce qui m'arrive ? Je le sens se tendre, et comprend que c'était cette question qu'il s'attendait que je pose depuis le début. La plainte, à la rigueur, c'est moins important… un peu… -Je dirais, dit-il doucement, que si ce que je t'ai fait était reconnu par la loi, tu aurais toutes les raisons de porter plainte… Je me sens nauséeuse, et sens le dépit envelopper la phrase suivante. -Mais ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ? -Malheureusement non. Un silence. -Mais tu as raison, je t'ai rendu malade. Il hésite avant de poursuivre. Vraiment très très malade. Je m'éloigne de lui et lui jette un regard sceptique. Pas besoin de lui pour m'en être rendu compte. -C'est-à-dire ? Il me contemple un instant, et je baisse les yeux, peu habituée. -Tu devrais être morte. Choquée je relève aussitôt les yeux, et rencontre à nouveaux son regard. Mais maintenant il semble froid, comme s'il m'accusait d'un quelconque trucage… Trop abasourdie pour appréhender ce qui vient d'être dit, je préfère me braquer sur son air de reproche. -Je vois que ça te ravi ! -Ce n'est pas une question de ça… je n'ai pas l'habitude, et je ne comprends pas. -Comme ça on est deux… Je devrais être morte… wow, l'on ne me l'avait jamais sorti ! Moi qui suis sensible au moindre microbe, malade pour un rien, j'aurais échappé au pire… mais… -Tu n'en a pas l'habitude… Je le fusille du regard. Parce que ça te prend souvent de te trimballer avec des virus mortels sur toi ? Il ne cille même pas. -Régulièrement. Je croise les bras, de nouveau sceptique. -Et ca t'arrive souvent d'infecter les gens ? -De temps en temps. Je le foudroie du regard. Il me prend vraiment pour une conne. -Donc t'es en train de me dire que tu n'arrêtes pas de tuer des gens ? Il soutient mon expression furieuse et hoche la tête. Cet air froid et triste à la fois me perturbe, et je préfère me faire hautaine. Voyons jusqu'où sa mauvaise blague s'en va. Il ne peut pas continuer encore longtemps… -Et toi, tu serais un miraculé… Tout en parlant je fronce les sourcils. Donc lui serait le warrior qui aurait survécu à la maladie, mais l'infligerait aux autres ? Pff… dans le genre ringard, peut mieux faire ! -C'est une façon de voir les choses. Il y a miraculé et condamné… Bon j'en ai assez. Il m'agace ce sociopathe. Si ça se trouve, il croit à ses propres âneries ! Je regarde ma montre et constate qu'il va bientôt être l'heure de décoller. Or j'ai pas mal de chose à faire avant de partir… Donc maintenant action suivante : foutre à la porte ce mec terrifiant. Il n'est là que depuis un jour, et je n'ai jamais eut autant de problèmes. Mais n'en disons rien, il faut de la diplomatie… -Bon, et bien je te souhaite bien du courage pour la suite. Ce fut un parfait déplaisir de te sauver du froid, et je dois bientôt partir en cours. Surpris, il laisse tomber son masque de froideur. -En cours ? Puis presque aussitôt il semble comprendre (sans doute a-t-il aussi trouvé ma carte d'étudiante…) et se frotte les yeux d'un air lassé. -Tu ne me crois pas à ce que je vois… Je lui lance mon regard des mauvais jours. -Tu m'étonnes que je ne te crois pas. Désolé je ne suis pas intéressée. Si c'est pour entrer dans une secte, tu peux aller te faire voir… -Je crois que tu ne m'as pas compris, lâche t-il d'un ton acide. Tu n'as plus ton mot à dire. Tu as survécu, et de ce fait tu… -Je rien du tout. Je le savais que tu étais cinglé. Toxico, sociopathe, SDF, ou sectaire, c'est la même chose. Moi je dois aller en cours donc tu vas bien gentiment partir, au besoin mon avocat te contactera, et tu pourras me dédommager. Je me lève, et vois qu'il n'esquisse pas un geste, perdu. Je me vois obligé de me faire plus précise. -Et ca te concerne aussi. Parce que je te le dis tout de suite, quand je pars, tu dégages aussi ! Et je sors. Ce faisant je l'entends marmonner. -…Une secte… Tss Je secoue la tête, agacée, et va pour me changer. Et c'est parti pour la bonne douche bien chaude pour me défaire les muscles, puis la petite tenue traditionnelle du jogging et chaussures assorties, un bon démêlage de ces cheveux qui m'arrive à mi-épaules (mais qu'est-ce qu'il peuvent me faire ch***), le lavage de dents réglementaire (histoire de me rendre compte que j'en avait bien besoin) et le petit maquillage pour paraitre plus fraiche. Alors que je finis de me maquiller je prends conscience d'un fait aberrant, qui prend bientôt une ampleur terrible. Cela fait une demi-heure que je suis réveillée, et je ne porte pas mes lunettes. Pourtant ma vue est si nette que je n'ai même à aucun moment songé à m'y intéresser, mais maintenant que c'est fait je frissonne. Moi, la myope à haute dose, vois comme jamais auparavant. Un cri m'échappe. Je cours en bas, mon sac de cours sur l'épaule pour bondir dans le salon. Noah est toujours là, la tête dans ses mains, et je le contourne pour voir mes lunettes posées là. Ni une ni deux je les enfile, et soupire de soulagement. Ma vue n'a pas changé. -Ta vue a changé, n'est-ce pas ? Je me retourne pour voir son petit sourire indulgent. Devant mon regard peu amène, il se contente de remettre sa tête dans ses mains. -Je savais bien qu'il devait y avoir des signes. Tu as beau être totalement différente des autres… il doit bien y avoir des similitudes. Ma vue n'a pas changé du tout, j'étais juste trop mal pour m'en rendre compte. Je le lui dis. Il ne se donne même pas la peine de bouger. -Mais oui, raille-t-il seulement, tu ne te serais pas rendue compte que tu n'avais pas tes lunettes. Il se penche d'un chouilla histoire de m'avoir dans son champ de vision. Et si tu enlèves les lunettes là tout de suite, tu es censée ne plus rien voir c'est ça ? Je le foudroie du regard. -Bien sûr, la preuve. Je baisse un peu les lunettes sur mon nez histoire de lui confirmer un regard vitreux qui ne voit plus grand-chose, mais reste coite. Je vois tout. Je remets les lunettes, les enlève. Les remets. Les enlève. Finalement je vérifie que ce sont bien mes lunettes. Oui, vous savez celles où malgré l'amincissement maximal, l'on voit clairement sur les bords la bonne grosse épaisseur traitresse qui vous classe d'office dans le rayon des taupes… ce sont les miennes. Je contemple encore mes lunettes et entend Noah soupirer. -Te prends pas la tête, c'est normal… ta vue s'adapte. Plus besoin de lunettes. Je le fixe bêtement de mes yeux sains, et face à sa patience de façade, décide de remettre mes lunettes. Il peut dire ce qu'il veut, j'y crois pas ! J'ai besoin de lunettes alors je les garde. Tant qu'on y est, il va bientôt me dire que je suis une nouvelle génération de soldat tueur, et que je possède plein de nouveaux pouvoirs tous beaux tous neufs! -Tu sais Aby, tu es ridicule. Je me doute que ce n'est pas cool ce qui t'arrive, mais t'obstiner à réfuter tous ce que je te dis ne t'apportera rien de bon. Crois-moi là dessus. -Et qu'est-ce que je suis censée comprendre ? Il se redresse et se lève. -Que tu es différente maintenant. Oh je suis vraiment trop forte. Bientôt il va me parler des supers pouvoirs, vous allez voir ! Je sais ce que c'est, j'ai déjà connu les ex à ma mère complètement toqués de la cafetière. Ceux qui ont trop vu de dessins animés et croient qu'en fixant la poubelle du regard, celle-ci va venir à eux. Ah, et si je vous disais qu'étant enfant j'y ai cru. (Quelle nombres d'heures à fixer ma poubelle ais-je perdu ? Tss…) Je décide de laisser tomber, et me dirige vers le porte manteau pour m'habiller. Toutefois Noah me saisit le bras et je pousse un cri de douleur. -Arrête, tu me fais mal. Il recule, perplexe, mais secoue la tête. -Aby, tu ne peux pas envisager d'aller en cours. C'est dangereux… Je mets mon écharpe en le défiant. -J'ai déjà loupé les cours hier par ta faute, alors n'insiste pas. Je refuse de sécher un jour de plus. Noah se passe une main sur le visage et je constate deux choses. D'une part il semble prendre sur lui pour rester calme, d'autre part il parait crevé. -Tu refuses de comprendre. Tu es dangereuse. C'est moi ou il se radote ? -Ca je le savais déjà. Je prends mes clés, et tente d'ouvrir la porte. C'est sans compter sur son intervention. -Je ne peux pas te laisser y aller. En dernier recours, je le vois se décider. Tu es contagieuse toi aussi. Tu veux tuer quelqu'un c'est ça ? -Mon cul en string, tu racontes n'importe quoi ! Lâche-moi. -Je suis sérieux. Imaginons que tu t'énerves, tu ne pourras pas te contrôler et pourrais tuer quelqu'un… Mais il raconte vraiment n'importe quoi ce mec ! Mais c'est quoi son but à la fin ? Mine de rien, je m'inquiète. Si réellement je suis contagieuse, je ne voudrais pas que quelqu'un vienne me reprocher de lui avoir refilé cette saloperie. -Et combien de temps faudrait-il attendre pour être sûr de ne plus être dangereuse ? Son regard est triste et je le sens désespéré. -Jamais. Tu es comme moi désormais. Nuisible. La colère monte d'un cran, mais une fois encore je fais mine de rentrer dans son jeu. J'enlève même ma main de la poignée, voyez jusqu'où va la stratège ! -Et tu préconises quoi ? -Je ne sais pas… j'aurais dû te tuer, devrais le faire, devrais m'enfuir, mais… Je le gifle et cette fois il laisse passer le coup. On ne dit pas à Abigaël qu'on aurait dû la tuer. Question de convenance ! -Je vais en cours, et je te préviens que tu dégages de chez moi. -Non. Je mets ma main sur la poignée et il tente de me retenir, mais cette fois c'en est assez. -Merde tu vas arrêter ! Je t'ordonne de me laisser quitter cette maison ! Ma voix s'est faite étrangement impérieuse je trouve, et je me sens toute chose une fois les mots dits. Noah quant à lui écarquille les yeux, mais sa main elle se retire de la mienne, comme électrisée. C'est bien. J'ouvre la porte et le laisse sortir sagement lui et son sac. -Tu fais une grave erreur, souffle-t-il. -M'en moque, je prends le risque. -Tu ne te rends pas compte, ils vont te trouver. Je ne l'écoute plus. Il m'agace. Je me dirige vers ma petite saxo. Il me suit. Lorsque je suis devant ma porte, il se met devant l'autre, et c'est là que je comprends qu'il a dans l'idée de me suivre. -Tu comptes faire quoi au juste ? Il me regarde comme si j'étais idiote. -Je viens avec toi bien sûr. Inspiration. Expiration. Je vais commettre un meurtre si ça continue. -Non, toi tu vas promener tes jolies petites fesses ailleurs, histoire d'aller psychoter en d'autres contrées éloignées. Il ne se démonte pas, et met sa main sur la portière ; dès que j'aurais activé l'ouverture automatique, ce SDF en profitera. -Je viens avec toi, il n'y a pas d'autres solutions. Et ne crois pas que ca m'enchante, je n'ai rien à y gagner la dedans. Mais puisqu'il faut ça pour que tu comprennes, je veux être là quand ca arrivera. Je ferme les yeux. -Arrivera quoi ? Demandé-je les yeux toujours clos, histoire de ne pas me laisser perturber par ce cinglé magnifique. D'ailleurs en y réfléchissant c'est fou que je n'ai toujours pas fait de syncope face à cette perfection de la nature. Mais en même temps, pour être charmée, il faudrait d'abord que je ne fus pas insupportée. -Ta prise de conscience bien sûr. J'ouvre les yeux, et sens la lassitude de ma maladie passée m'accabler. Je vais être à la bourre, il me gonfle, et je ne sais pas comment m'en défaire. Help ! Comme s'il sentait sa victoire proche, il semble se détendre. -De toute façon tu n'as pas le choix. Si tu me laisses ici, je fais un scandale et dis à qui veut bien l'entendre que tu revends de la drogue… Allez je me ferais tout petit, et plus tard, tu pourras mettre dans ta plainte qu'il y a eu harcèlement… L'insolent me fait un clin d'œil. Ca au moins, c'est un délit en bonne et due forme. Je cède, je meure, je n'en peux plus… il veut me suivre soit… avec un peu de chance, dans mon état d'épuisement je vais percuter un arbre, et ainsi le silence bienheureux pourra revenir… Ah néant éternel, je vous en conjure, laissez-moi vous rencontrer !
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