Mieux vaut s'y tenir éloigné le plus possible, ils me mettent alors en garde contre ça. Bien-sûr, je prends en considération ce précieux conseil. Sachant qu'une semaine et demie avant, je pataugeais inconsciemment dans l'eau et que j’ai faillis y mourir noyée.
Pour moi, il va être très difficile de m'approcher de l'eau à partir de maintenant, ça me fait peur rien que de la regarder… Je tremble et commence à paniquer, je suis tétanisée sur place et recroquevillée nerveusement sur mon fauteuil.
Matthew le voit tout de suite et me rassure immédiatement. Il se place alors devant moi, s’accroupit et me caresse les cheveux en me disant que ça va bien aller maintenant pour moi. Que le plus dur est passé et que je ne dois plus avoir peur de rien ni de personne.
Que les « Souterriens » et lui-même ainsi que Nora, vont bien prendre soin de moi à présent. Et que je dois rester forte pour mes filles qui m'attendent là-haut. Tant qu'il y a encore de la vie, il y a de l'espoir. J'ouvre alors grand les yeux et je le vois me détailler avec attention avec ses magnifiques yeux vert pomme, de la même couleur que des émeraudes.
Son regard plongé profondément dans le mien m'intimide alors et ne dure qu'un court instant, mais j'ai la vive impression qu'il dure une éternité pour moi. Cela me gêne alors d’un coup, mais je ne sais pas pourquoi ni quel est ce sentiment au fond de mon cœur qui m'anime à ce moment-là...
C'est quelque chose d'inconnu pour moi depuis des années. Je lui fais vite retirer sa main, à peine l'a-t-il posée sur moi cinq minutes plus tôt. Et je le remercie gentiment de ses encouragements, mais que je suis assez grande pour me débrouiller toute seule et qu'en plus je sais très bien ce que j'ai à faire, d'un ton sec et gênée.
J'ajoute alors que de plus, ce ne sont pas des petites égratignures qui vont me tuer, qu'en moins de deux je serais sur pied et que j'irais chercher mes filles moi-même sans l'aide de personne !
Je n'ose même pas le regarder dans les yeux, j’observe ailleurs durant tout le temps où mes paroles fusent. De plus, je bégaye et je ne sais même pas pourquoi car je ne bégaye habituellement jamais quand je parle ! C’est la première fois que ça m'arrive....
Je vois alors Nora, placée derrière Matthew se décomposer à vue d’œil et me dévisager de toute part. Elle a d’un coup : un regard noir et froid de tueuse, les bras croisés et le visage renfermé et tendu, les sourcils froncés et montre alors une expression d'énervement et de désapprobation totale. Si elle pouvait me tuer, là maintenant avec son regard je pense qu'elle l'aurait déjà fait, car elle fait vraiment peur à voir à ce moment-là.
Je suis donc embarrassée, car j'ai répondu cela uniquement par pure fierté féminine mal-placée, parce que je suis notamment quelqu'un de très fier et je ne montre que rarement mes émotions. En plus, l’énervement, la gêne et la fatigue aidants, je me suis emportée assez vite sous le coup de l’impulsion du moment…
Je suis introvertie mais tout de même avec un fort caractère, qui a jaillis à cet instant précis, par frustration de la situation dans laquelle je me trouve maintenant... Et surtout, car je dépends de Matthew et des autres le temps de mon rétablissement et cela m'est clairement insupportable.
Moi, qui me suis débrouillée toute seule jusque maintenant, sans l'aide de personne et voilà qu'il débarque et fout ma vie en l'air cet abruti ! Je ne peux décemment pas le supporter et je lui cause suffisamment d'ennuis à ce moment-là.
Il se relève donc rapidement et s'excuse pour son rapprochement instantané mal placé, sachant que nous sommes encore de parfaits inconnus l'un pour l'autre. Et que j'ai raison, je ne suis pas une petite fille apeurée, loin de là, mais une femme combattante des temps modernes et surtout une survivante.
Que je n'ai clairement pas besoin de ses conseils et qu'il le sait depuis le jour où il m'a rencontré sous ce fameux pont. Nora bouillonne immédiatement de rage, son visage rougeâtre laisse entrevoir ses émotions évidentes pour Matthew.
Elle l'aime follement, cela ne fait aucun doute, ça se voit comme le nez au milieu de la figure... Mais Matthew ne semble pas s’en être aperçu, un homme quoi, un peu idiot sur les bords.
Mais je m'en fiche, je ne suis pas là pour qu'elle se défoule sur moi par pure jalousie à deux balles, et mal placée en plus de ça. Je ne ressens rien et je n’ai pas le moindre intérêt pour Matthew, je suis juste gênée car il m'a sauvée de cet enfer avec sa bombe, voilà tout.
Ni plus, ni moins que cela. Et par gratitude pour s'occuper de moi le temps de ma convalescence, voilà tout. Je lui rendrais bientôt l'appareil dès que je pourrais, pour sûr. Nora se ravise aussitôt et son visage souriant réapparait soudainement dès que Matthew se tourne pour lui parler. Son regard pour lui est alors aussi doux et sucré que de la barbe à papa.
Ça me dégoutte tellement de voir son double-jeu envers lui et sa pseudo-haine pour moi, mais je n'y prête pas attention plus longtemps. J'ai bien mieux à faire que de me préoccuper de ses petits sentiments fugaces et futiles... Ainsi que de sa personne...
Par la suite, nous sortons rapidement de l'endroit où le moulin à eau se trouve, car je commence ostensiblement à faire une crise de panique qui m'empêche alors de respirer, j’ai le souffle court. Ça a commencé doucement mais sûrement, quand Matthew a fini son monologue.
Mais par peur du ridicule et surtout encore par fierté, je n'ai rien dis et ai pris mon mal en patience, jusqu’à ce que ça dégénère bien évidement... Mais la crise est devenue tellement forte, que ma respiration saccadée ne peut plus la cacher... Matthew prend rapidement en main les poignées de mon fauteuil volant et s'empresse avec Nora de me sortir de là.
Il s'excuse encore et me dis qu'il aurait dû me sortir de là bien plus tôt. Je n'ose rien dire et me tais. La panique commence seulement à disparaître petit à petit. Je ne peux alors rien dire. Mais je le remercie d'un hochement de tête. Il me sourit et me raccompagne jusqu'à ma chambre en me montrant un dernier endroit sur le retour.
Il me montre alors les dortoirs de tous les autres occupants, c'est l'endroit le plus profond et le plus vaste dans la Tanière m'explique-t-il. Et il me présente donc normalement à une centaine de personne. Il leur crie que je suis nouvelle et que je serais à partir d'aujourd'hui, un membre à part entière de la communauté. Tous me saluent de loin et me souhaite la bienvenue parmi eux les « Souterriens ».
Il y a de nombreuses pièces, les unes entremêlées dans les autres, où chacun a sa chambre par groupe de dix à vingt personnes. Que des lits superposables sur des sommiers en verre, mais ils ne sont pas assemblés entre eux.
Au contraire, ils sont intégrés à la roche des cavernes, comme les tables et chaises vu plus tôt auparavant. Et pour pouvoir rejoindre leurs lits, des échelles elles-aussi sculptées dans la pierre. Je n'en crois pas mes yeux, un nombre gigantesque de personnes vivent là-dessous et fonctionne comme une véritable fourmilière.
Chacun s'attèle à sa tâche paisiblement et sait ce qu'il a à faire. Ils vivent en parfaite symbiose et en parfaite harmonie tous ensemble, dans cette communauté à part entière ! Je n'en reviens pas qu'un nombre si important de personnes puisse coexister et vivre calmement sous terre comme cela.
Parce que ça m'échappe totalement, la solidarité et la communion de ce groupe, ainsi que leur joie de vivre d'être ici grâce à Matthew et Nora, transparaissent sur leurs visages souriants. Ils sont heureux et contents d'être ici, précisément.
C'est incroyable, mon regard ébahit en dit long. Je suis tout simplement stupéfaite ! De plus, je n'ai d’un coup plus de mal à respirer, ma crise est passée. Je respire donc à nouveau normalement.
Matthew me demande si je vais bien, car j'ai l'air d'aller mieux maintenant. Que j'ai retrouvé des couleurs, car tout à l'heure apparemment, j'étais pâle comme le teint cristallin d'un cadavre... Je le remercie ironiquement pour sa comparaison sur un fond de sarcasme...
Il se met à rire soudainement, je le regarde alors à mon tour et instantanément, je me mets à éclater de rire à mon tour. Je sens enfin toute cette pression qui m'habite depuis mon calvaire sur la route pour venir ici, s'envoler...