CHAPITRE 2

331 Words
2 Ses cheveux blonds et ses yeux verts n’auraient jamais laissé deviner qu’elle portait un nom arabe. C’était pourtant le cas, et depuis un bon nombre d’années déjà. L’amour de l’Orient l’avait toujours étreinte et depuis sa prime jeunesse elle n’avait rêvé que de départs outre-Méditerranée, pour chercher sous le soleil un bien-être qu’elle ne trouvait pas à Genève. Ariane avait fait de nombreux métiers. Mais aucun n’était assez «orientalisé». C’est sans doute pour cela qu’elle avait fini par épouser un Libanais! Dans sa boutique de la rue Saint-Victor, elle vendait aujourd’hui ces magnifiques tables en zelliges qui avaient fait sa réputation. Pour ses clients de plus en plus nombreux, elle les faisait fabriquer sur mesure. Ce samedi matin, les clients ne se pressaient pas dans le magasin. Ariane avait donc décidé de s’absenter un quart d’heure pour aller faire son marché. Au moment où elle sortait de son échoppe, elle eut un mouvement de retenue, encore perturbée par l’incident de la veille au soir. Comme souvent le vendredi, elle avait terminé sa journée de travail un peu tard, en profitant pour faire un peu de comptabilité avant de fermer la porte. Au moment de mettre la clé dans la serrure, elle s’était subitement retrouvée à genoux, le nez sur sa vitrine. — Eh! Ça va pas? C’est tout ce qu’elle avait trouvé à dire. Mais l’homme qui l’avait bousculée poursuivait son chemin sans se retourner. Un grand gaillard aux cheveux mal peignés. Il portait un immense pull brun, grossièrement tricoté. — Eh! lança-t-elle à nouveau pour capter l’attention du maladroit. Sans succès. L’homme marchait de façon saccadée; il tourna vers la place du Temple et disparut. La commerçante se releva, se frotta les genoux, acheva de fermer la porte, prit son sac et partit. Une fois dans sa voiture, elle se demanda si elle devait signaler l’incident à la police. Puis elle se sentit un peu ridicule. Elle n’avait été agressée par personne et il ne fallait pas tomber dans la paranoïa. Il n’empêche que ce matin, elle aurait l’œil ouvert: si jamais, dans Carouge, elle venait à croiser l’individu bourru qui l’avait heurtée de la sorte, elle saurait lui dire ce qu’elle pensait de son comportement.
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