(Point de Vue : Maïra)
Kaiden : Bonjour, Bonnie.
La voix veloutée, chargée d'une promesse de mort, glissa dans les ténèbres absolues de ma chambre. Elle ne venait pas de ma tête. Elle venait d'à peine deux mètres derrière moi.
L'obscurité était totale. Le silence de la Tour Horizon, privé de sa ventilation et de son bourdonnement électrique, était assourdissant.
Mon cerveau reptilien hurla de terreur, mais la fille qui s'était laissée mourir dans la cabane n'existait plus. J'étais Maïra Leduc. J'avais fait plier l'État canadien. Je refusais d'être abattue comme un animal dans mon propre palais.
Je ne criai pas. Hurler dans le noir ne servait qu'à indiquer sa position au prédateur.
D'un mouvement fulgurant, guidée par la pure mémoire musculaire, ma main droite balaya le plateau en marbre de ma coiffeuse. Mes doigts se refermèrent sur le lourd flacon de parfum en cristal de Baccarat. Un demi-kilo de verre massif.
Je pivotai sur mes talons nus, balançant le flacon de toutes mes forces dans le vide, visant la hauteur d'un visage d'homme.
L'impact n'eut jamais lieu.
Une main, large et froide, gantée de cuir, jaillit de l'obscurité et saisit mon poignet en plein vol. La poigne était titanesque, une pince d'acier qui broya littéralement mon élan. Une douleur fulgurante irradia dans mon avant-bras. Mes doigts s'ouvrirent sous la pression. Le flacon de cristal s'écrasa sur le sol en chêne avec un fracas explosif, répandant une odeur écœurante de jasmin et de bergamote dans l'air confiné.
Je tentai de reculer, de frapper avec mon genou, mais Kaiden était un fantôme taillé dans le granit. Il utilisa mon propre mouvement de recul pour me tirer violemment vers lui.
En une fraction de seconde, mon dos percuta son torse dur comme la pierre. Son bras gauche s'enroula autour de ma taille comme un étau, me soulevant presque du sol, m'écrasant contre lui. Je me débattis avec l'énergie du désespoir, griffant son bras, donnant de violents coups de talons vers l'arrière, mais il ne broncha même pas.
Kaiden : Tu as pris de l'assurance, ma reine, murmura-t-il, ses lèvres frôlant la peau de mon cou, son souffle chaud provoquant une violente secousse de panique dans mon échine. C'est magnifique. Tu vas être tellement plus amusante à briser cette fois-ci.
— Lâche-moi, sale lâche ! crachai-je, la voix vibrante d'une rage impuissante. Silas va te tuer !
Un rire grave, sombre et dénué de toute joie vibra dans sa poitrine contre mon dos.
Kaiden : Silas dort à poings fermés. Élara est cinq étages plus bas. Tu m'as facilité la tâche au-delà de mes espérances, Maïra. Tu as construit une cage de verre sublime, et tu en as jeté la clé.
Il avait raison. L'humiliation me brûla la gorge. J'avais moi-même ordonné la désactivation des sas. J'avais renvoyé ma propre armée. Mon arrogance m'avait crucifiée.
Je pris une inspiration frénétique pour hurler, pour alerter les quelques gardes restants dans le hall, soixante-cinq étages plus bas.
Mais avant qu'un seul son ne puisse franchir mes lèvres, la main droite de Kaiden s'abattit sur mon visage. Une épaisse compresse imbibée d'un liquide chimique à l'odeur âcre, médicamenteuse, m'écrasa la bouche et le nez.
Je fermai les yeux, refusant de respirer. Je me tordis, la panique absolue inondant mes veines. L'étau de son bras autour de mes côtes se resserra, forçant l'air hors de mes poumons. Je dus reprendre ma respiration.
Le produit chimique envahit mon nez, brûlant ma trachée, se diffusant dans mon sang avec une rapidité fulgurante.
Mes membres s'alourdirent instantanément. Les coups que je portais à ses jambes perdirent de leur force, devenant de pitoyables effleurements. Le sol sembla se dérober sous mes pieds.
Kaiden : Chhh... dors, Bonnie, murmura la voix du Diable, de plus en plus lointaine, résonnant comme un écho dans une caverne infinie. Le gala est terminé. Les lumières sont éteintes. On rentre à la maison.
Je luttai de toutes mes forces pour garder les yeux ouverts. À travers la baie vitrée de ma chambre, je distinguai les lumières scintillantes de Montréal, ma ville, mon empire, qui brillaient dans la nuit.
Puis, une obscurité bien plus profonde que celle de la pièce s'abattit sur moi. Mes genoux cédèrent. Kaiden soutint mon poids mort, m'enveloppant dans les ténèbres.
La Reine Noire venait de perdre sa couronne.