Elle ne peut plus avoir d’enfant… cette info m’a fait souffrir, plus que je ne voulais. Je n’ai jamais voulu avoir d’enfant, après mon enfance et mon penchant pour la sauvagerie, c’était plutôt logique pour moi… C’était un futur que je m’étais refusé. J’étais incapable d’aimer de toute façon, pourquoi s’encombrer d’un poids ? Au début, j’ai eu mal pour elle, parce qu’elle en voulait, je l’avais définitivement marquée à vie… plus que je ne le voulais. Mon loup grondait en silence, plus douloureux que dangereux, incapable d'apaiser ce sentiment amer qui s'étendait dans ma poitrine. Je comprends pourquoi elle ne me pardonnera jamais. L’ardoise ne s’arrêtait pas là, je lui ai pris bien plus que sa vie… Malgré tout, elle continue d’avancer et elle est là, avec moi… Pourquoi ? C’est vraiment juste pour sauver ses potes ? Bien sûr que oui… Je suis vraiment c*n de n’avoir ne serait-ce qu’espéré qu’il en soit autrement.
Puis j’ai eu mal pour moi… Je me suis déjà imaginé la voir comme ça, avec moi ? C’était impossible… p****n, mais qui je suis ? Elle m’a toujours fasciné, c’est vrai… Je l’ai détestée, haïe pour tous ces sentiments qu’elle générait en moi. À quel moment je suis tombé sous son charme ? C’était bien avant qu’elle m’embrasse. La tête de Crystal n’y est pas étrangère… Je crois… je crois que c’est quand j’ai compris que ma vie n’avait plus aucun goût si elle n’y était pas… Mon loup l’a reconnue trop tard, bien trop tard. J’ai essayé de la tuer… Deux fois… Je me surprends à me dégoûter en y repensant… Mais ces deux fois, ces deux putains de fois de trop, ont eu le même résultat sur moi. Plus rien n’avait de sens. Mais est-ce que tout ça en a un maintenant ? Elle ne me pardonnera pas, n’oubliera pas, ne m’aimera pas… À quoi ça rime alors ? Elle fait semblant… pour eux… C’est ce que je veux ? Pourtant… pourtant je vois bien qu’elle y prend du plaisir. Sa noirceur est bien présente… Je l’ai vue. Faut-il seulement la libérer ?
À Bêta, elle s’est montrée elle-même, sans honte, fièrement. Je la revois avec son œil en main, bordel… La connaissent-ils comme ça ? Avec eux, elle se cache. Elle cache cette partie d’elle… C’est ce qu’elle attend de moi ? Faudrait-il encore qu’on parte d’ici… Je suis censé faire quoi ? Et dire que j’ai failli chialer devant ces nazes… Ils ne devraient même pas la laisser venir avec moi, ils devraient me buter, sachant tout ce qu’ils savent… Élliott ne fera rien qui pourrait blesser sa sœur. Eux pensent peut-être la protéger en faisant ça… Bordel, à leur place… j’aurais déjà tout brûlé. Je rate un truc peut-être…
Je m’attendais à devoir l’arracher à son frère, mais au lieu de ça, elle est venue me réveiller à 4h30. Enfin, je ne dormais pas, tout ce bordel dans ma tête me bouffait le cerveau.
« Léo, on peut y aller. Je suis prête… »
Sa voix était sûre et mélodieuse. Je fixais toujours le plafond.
« Savannah… Je suis vraiment désolé, tu sais… »
« Pourquoi ? C’est au sujet de ce que mon frère a dit hier ? »
J’ai soupiré et elle s’est assise au bord du lit.
« C’est vrai que c’est dur à encaisser pour moi… Tu vois… j’ai toujours rêvé d’une vraie vie… libre, dehors, d’une famille à moi… Mais… pourquoi toi, ça te chagrine autant ? Dans notre deal… il n’en a jamais été question… »
« Savannah… c’est juste une question de ça pour toi ? C’est pour eux ? »
Elle a hoché la tête.
« Oui… mais pas que… Je paie pour eux. Leur dette, c’est de vivre pour moi. C’est tout… »
« Savannah… Ce n’est pas qu’un simple deal pour moi… C’était égoïste… j’ai pensé que… »
« Je pourrais te pardonner ? »
« Ouais… Je sais que ce n’est pas le cas… T’es pas ma prisonnière… Si vous me foutez la paix… vous pouvez rester. Ici, tous ensemble… »
« Pourquoi tu ferais ça ? »
Je me suis frotté le visage et j’ai voulu cracher le morceau.
« p****n parce… »
Je n’ai pas pu. Mon loup se recroquevillait sous mes côtes, honteux, muet.
« Je sais que j’te dégoûte… Si ça te console, ne serait-ce qu’un peu… j’me dégoûte aussi… Je n’aurais jamais dû te faire ça. Je n’aurais jamais dû te toucher, p****n ! Chaque fois que je t’entends crier dans ton sommeil… j’me déteste un peu plus… »
Je ne l’ai pas regardée. J’avais honte de lui avouer, peur de sa réaction.
« Tu sais… quand je rêvais de tout ça… c’est William qui était avec moi à cet instant… Les gens et les choses changent. Parfois en mieux, parfois en pire… C’est qu’une question de point de vue… T’as voulu me tuer… et aujourd’hui… »
« Je sais que c’est absurde… Tu ne me croiras jamais… C’est mieux comme ça… »
« Léo… si tu peux changer… je veux bien essayer… Ramène-moi à la maison. »
Je me suis redressé. Je ne lui ai même pas demandé pourquoi, de peur qu’elle ne change d’avis.
« Savannah… »
Elle m’a déposé un chaste b****r. Je me suis liquéfié sous ses lèvres, bordel, je n’en espérais jamais autant. Elle s’est reculée.
« Rentrons… »
Elle m’a pris par la main et on est sortis, silencieusement, droit vers la voiture.
« Ma puce ! Ton sac… »
Il me l’a tendu.
« Mec, ta proposition tient toujours ? »
« Laquelle ? »
« Celle de venir… »
« Tu peux passer quand tu veux, Élliott. Rester ou non… pas la peine de prévenir… »
« Pour de vrai ? »
« Ouais… ouais, mec… C’est chez toi aussi… Tu seras le bienvenu… j’le dirai aux autres… »
« Et elle, elle peut revenir aussi ? »
J’ai ri.
« Si elle ne passe pas plus de temps ici que là-bas… Ta sœur est beaucoup demandée, tu sais… Peut-être même que je vais faire appel à vous… »
« Sérieux, mec ? »
« Si… si ça garantit sa sécurité, ouais… ouais, je le ferai… »
« Pas de truc chelou ou de plan foireux, j’te préviens… »
« Ça veut dire que je peux compter sur toi ? »
« Une mission avec ma frangine ! Faudrait me péter les jambes pour que j’refuse, et encore… j’irais en rampant… »
J’ai ri et lui ai tendu la main, qu’il m’a serrée.
« Passe quand tu veux, vraiment… Ça m’arrangerait même… j’pourrais dormir un peu plus souvent… »
On a ri tous les deux.
« J’peux embrasser ma frangine ? »
« T’as pas à me demander la permission, Élliott… C’est ta sœur… »
Il l’a serrée dans ses bras et dit un millier de fois qu’il l’aimait. J’ai fini par attendre derrière le volant. Elle m’a rejoint, s’est assise et j’ai démarré, non sans sourire à moi-même. Elle rentrait avec moi.