(SAVANNAH)
Vous avez compris comment tout est parti en couille ? C’est précisément là, à cet instant où j’ai merdé. J’aurais pu être libre et heureuse avec mes hommes, mais savoir que je tenais son cœur entre mes mains m’a donné tellement de satisfaction, et une p****n d’opportunité. Je savais qu’il pouvait m’aimer, mais là, il l’avait presque avoué… Je voulais me venger, le piétiner, le voir se tordre de douleur, le torturer, le détruire, p****n, c’était ma chance. Quelle conne ! J’ai été arrogante et orgueilleuse, je ne connaissais pas encore le prix de mon erreur. À vouloir jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler, et là… En claquant cette portière, j’étais en train d’allumer un p****n de brasier qui allait tous, nous consumer… Ma louve frémissait sous ma peau, confuse, comme si elle-même hésitait à hurler ou à se recroqueviller.
(LÉO)
À peine arrivé, j’ai repris ma quête à la recherche d’une p****n de baignoire. J’ai refait tous les étages, en ai même découvert un, ce qui m’a fait réfléchir. J’ai sorti les plans de Red Moon. Certains bâtiments étaient nouveaux… Où étaient les anciens ? Je les ai superposés, me suis baladé avec. Certains n’existaient plus, d’autres étaient en ruine… J’ai poussé toutes les portes du nouvel étage. Je ne savais même pas qu’il y avait une p****n de bibliothèque ici… Forcément, elle, oui !
J’ai ri en la voyant allongée par terre à côté d’un tas de livres. Elle était grandiose. Je suis retourné à mon bureau plusieurs fois, m’en servant de point de départ… À la fin de la semaine, j’ai de nouveau regardé la chambre et tapé du pied… p****n, elle voudra jamais… Nos chambres étaient trop éloignées de toute façon, et elle ne voudra certainement pas emménager à côté de la mienne…
Tous les matins, après m’être pris une rafale d’insultes par mail, je reprenais mes plans… J’ai fini par trouver l’ancienne cour extérieure, les baraques étaient miteuses…
« Léo ? Tu fais quoi ici ? »
Je me suis retourné, surpris.
« Toi, tu fais quoi ici ? »
Elle a ri.
« C’est chez moi… J’habitais là avec Steeve… »
Elle m’a pointé du doigt une baraque immonde. J’ai fait une tête étonnée.
« Pas dedans, Léo… dessous… »
J’étais encore plus surpris. Je me suis baissé pour me faufiler. Elle est restée à l’entrée, enfin devant le trou.
« J’ai peut-être toujours été la favorite de Jasper, mais il ne m’a jamais traitée comme une princesse, j’te garantis… Ma place, je l’ai payée cher… »
« Savannah… un jour, tu voudras bien me raconter… ton histoire, la vraie, et pas celle que t’as jouée… J’veux dire… pourquoi t’as voulu partir, tout changer, faire ce que tu as fait, devenir qui tu es ? »
« L’amour, Léo… tout ça a commencé… pour une f****e histoire d’amour… »
« Vraiment ? »
Elle a hoché la tête. Mon loup se calmait presque, fasciné par le calme glacé qu’elle dégageait, cette noirceur familière, hypnotique.
« Avant de rencontrer William… je ne m’étais même jamais posé la question… Puis un jour, ça a changé… J’te l’ai dit, je voulais une vie à moi, à nous… »
« Raconte-moi… Raconte-moi, s’il te plaît. »
Elle a gloussé.
« Ça t’intéresse vraiment ? »
J’ai hoché la tête, hésitant.
« Ok… prévois du vin alors… On ira le boire dans la maison de Jasper… »
J’ai sourcillé.
« La maison ? »
Elle a explosé de rire.
« Sérieux, Léo… Tu vis ici depuis quand ? »
Elle m’y a conduit. C’était juste à l’entrée du bâtiment, collé au terrain de course. Je l’avais jamais vue, je pensais que c’était qu’une forêt. En fait, passé les arbres, les ronces et les déchets, se cachait une énorme maison avec ce qui devait être un jardin.
« C’est là qu’il venait quand il recevait du monde… J’y ai dormi quelque fois… Je suppose que tout est en ruine maintenant… »
« Il vivait pas dans mon appart alors ? »
Elle a ri aux éclats, m’arrachant un sourire stupide. J’me sentais c*n… encore…
« Tu vis ici depuis quand, sérieux ? Viens… »
Elle m’a ramené à l’intérieur, aux derniers étages. J’étais persuadé d’avoir poussé toutes les portes ici, mais non. Pourtant elle était voyante… Elle a repris.
« Rien n’a changé ici par contre… Son bureau est là-bas… il donne vue sur la salle de box… »
Je suis rentré derrière elle. p****n, rien à voir avec le mien ! Effectivement, on voyait la salle d’exercice en bas. Ce qui m’a le plus frappé par contre… c’est quand je l’ai vue se tenir droite dans le salon. Elle était devant une énorme baie vitrée et regardait au travers. Je l’ai contemplée un moment avant de la rejoindre. Mon cœur s’est emballé tout seul, mon loup aussi. Elle était divine. Et la vue… la forêt jusqu’à l’horizon…
« Tu devrais t’installer ici… et donner les quartiers dispos en dessous à tes favoris… Avoir un genre de hiérarchie entre eux, tu vois… »
« Pourquoi ? »
« Les valoriser, les pousser à devenir meilleurs encore… »
« Toujours donner un sucre, hein ? »
Elle a haussé les épaules.
« Qu’ils te craignent, c’est bien… Qu’ils te respectent, c’est mieux… »
« Tu crois qu’ils me respectent pas ? »
« Combien sont prêts à mourir pour toi ? Et pas juste par peur que tu survives, hein… je veux dire vraiment ? »
J’ai ri. Elle a p****n de raison. Je le savais déjà. Mon loup aussi. Il restait immobile, mais l’œil ouvert.
« J’ai toujours adoré cette vue… Il y avait un piano ici à l’époque… »
« C’est toi qui devrais t’installer là… »
« C’est beaucoup trop grand… Qu’est-ce que je foutrais toute seule là… Mais je veux bien ton appartement en échange ! »
Elle m’a souri. Quelle délicieuse malice elle a… Mais moi, j’en ai plus.