Chapitre 2

3067 Words
Merci », dit-elle, prenant de sa petite main emprisonnée dans un long gant le programme que lui tendait Wronsky ; et au même moment son beau visage tressaillit ; elle se leva et se retira dans le fond de la loge. Le dernier acte commençait à peine, lorsque Wronsky, voyant la loge d’Anna vide, se leva, quitta le parterre et rentra à l’hôtel. Anna aussi était rentrée ; Wronsky la trouva telle qu’elle était au théâtre, assise sur le premier fauteuil venu, près du mur, regardant devant elle. En voyant entrer Wronsky, elle jeta sans bouger un coup d’œil sur lui. « Anna, lui dit-il… – C’est toi, toi qui es cause de tout ! s’écria-t-elle, se levant, des larmes de rage et de désespoir dans la voix. – Je t’ai priée, suppliée de n’y pas aller, je savais que tu te préparais une épreuve peu agréable… – Peu agréable ! s’écria-t-elle, horrible ! Quand je vivrais cent ans, je ne l’oublierais pas. Elle a dit qu’on se déshonorait à être assise près de moi. – Ce sont les paroles d’une sotte, mais pourquoi risquer de les entendre, pourquoi s’y exposer… ? – Je hais ta tranquillité. Tu n’aurais pas dû me pousser à cela ; si tu m’aimais… – Anna ! à quel propos mettre ici mon amour en jeu ? – Oui, si tu m’aimais comme je t’aime, si tu souffrais comme moi… » dit-elle, le regardant avec une expression de terreur. Elle lui fit pitié, et il protesta de son amour, parce qu’il voyait bien que c’était le seul moyen de la calmer ; mais au fond du cœur il lui en voulait. Elle, au contraire, buvait ces serments d’amour qu’il croyait banni de répéter, et se tranquilliserait peu à peu. Deux jours après ils partirent pour la campagne, complètement réconciliés. Daria Alexandrovna accepta la proposition que lui firent les Levine de passer l’été chez eux, car sa maison de Yergoushovo tombait en ruines ; Stépane Arcadiévitch, retenu à Moscou par ses occupations, approuva fort cet arrangement, et témoigna un vif regret de ne pouvoir venir que de loin en loin. Outre les Oblonsky et leur troupeau d’enfants, les Levine eurent la visite de la vieille princesse, qui se croyait indispensable auprès de sa fille à cause de la situation de celle-ci ; ils eurent encore Warinka, l’amie de Kitty à Soden, et Serge Ivanitch, qui, seul parmi les hôtes de Pakrofsky, représenta la famille Levine, bien qu’il ne fût Levine qu’à moitié : Constantin, quoique fort attaché à tous ceux qui logeaient sous son toit, se surprit à regretter un peu ses habitudes d’autrefois, en constatant que « l’élément Cherbatzky », comme il l’appelait, était bien envahissant. La vieille maison, déserte si longtemps, n’avait presque plus de chambre inoccupée ; chaque jour, en se mettant à table, la princesse comptait les convives, afin de ne pas risquer d’être treize, et Kitty, en bonne ménagère, mit tous ses soins à s’approvisionner de poulets et de canards, pour satisfaire aux appétits de ses hôtes, que l’air de la campagne rendait exigeants. La famille était à table, et les enfants projetaient d’aller chercher des champignons avec la gouvernante et Warinka, lorsque, au grand étonnement de tous, Serge Ivanitch témoigna le désir de faire partie de l’expédition. « Permettez-moi d’aller avec vous, dit-il en s’adressant à Warinka. – Avec plaisir », répondit celle-ci en rougissant. Kitty échangea un regard avec Dolly. Cette proposition confirmait une idée qui les préoccupait depuis quelque temps. Après le dîner les deux frères causèrent, tout en prenant la café, mais Kosnichef surveillait la porte par laquelle les promeneurs devaient sortir, et, dès qu’il aperçut Warinka, en robe de toile, un mouchoir blanc sur la tête, il interrompit la conversation, avala le fond de sa tasse, et s’écria : « Me voilà, me voilà, Barbe Andrevna. » « Que dites-vous de ma Warinka ? N’est-ce pas qu’elle est charmante ? dit Kitty, s’adressant à son mari et à sa sœur, de façon à être entendue de Serge Ivanitch. – Tu oublies toujours ton état, Kitty ; il est imprudent de crier ainsi », interrompit la princesse, sortant précipitamment du salon. Warinka revint sur ses pas en entendant réprimander son amie ; elle était animée, émue et troublée ; Kitty l’embrassa et lui donna mentalement sa bénédiction. « Je serais très heureuse si certaine chose arrivait, lui murmura-t-elle. – Venez-vous avec nous ? demanda la jeune fille à Levine pour dissimuler son embarras. – Oui, jusqu’aux granges ; j’ai de nouvelles charrettes à examiner. Et toi, où seras-tu ? demanda-t-il à sa femme. – Sur la terrasse. » Sur cette terrasse où les dames se réunissaient volontiers après le dîner, on se livrait ce jour-là à une grave occupation. Outre la confection habituelle d’objets variés destinés à la layette, on y faisait des confitures d’après un procédé pratiqué chez les Cherbatzky, mais inconnu de la vieille Agathe Mikhaïlovna. Celle-ci, rouge, les cheveux en désordre, les manches relevées jusqu’au coude, tournait, de fort mauvaise humeur, la bassine à confitures, au-dessus d’un petit fourneau portatif, tout en faisant intérieurement des vœux pour que la framboise brûlât. La vieille princesse, auteur de ces innovations et se sentant maudite en conséquence, surveillait du coin de l’œil les mouvements de la ménagère, sans cesser de causer avec ses filles d’un air indifférent. La conversation des trois femmes tomba sur Warinka, et Kitty, pour n’être pas comprise d’Agathe Mikhaïlovna, exprima en français l’espoir d’apprendre que Serge Ivanitch s’était déclaré. « Qu’en pensez-vous, maman ? – Je pense que ton beau-frère a le droit de prétendre aux meilleurs partis de la Russie, quoiqu’il ne soit plus de la première jeunesse ; quant à elle, c’est une personne excellente… – Mais songez donc, maman, que Serge, avec sa situation dans le monde, n’a aucun besoin d’épouser une femme à cause de ses relations ou de sa fortune ; ce qu’il lui faut, c’est une jeune fille douce, intelligente, aimante… Oh ! ce serait si bien ! quand ils vont rentrer de leur promenade, je lirai tout dans leurs yeux ! Qu’en dis-tu, Dolly ? – Ne t’agite donc pas ainsi, cela ne te vaut rien, reprit la princesse. – Maman, comment papa vous a-t-il demandée en mariage ? dit tout à coup Kitty, fière, en sa qualité de femme mariée, de pouvoir aborder ces sujets importants avec sa mère comme avec une égale. – Mais très simplement, répondit la princesse dont le visage s’illumina à ce souvenir. – Vous l’aimiez avant qu’il se fût déclaré ? – Certainement. Tu crois donc que vous avez inventé quelque chose de nouveau ? Cela s’est décidé, comme toujours, par des regards et des sourires. – Kostia t’a-t-il rien dit de si particulier ? – Oh ! lui, il a écrit sa déclaration avec de la craie. Qu’il y a longtemps de cela déjà ! – J’y pense, reprit Kitty après un silence pendant lequel les trois femmes avaient été préoccupées des mêmes pensées : ne faudrait-il pas préparer Serge à l’idée que Warinka a eu un premier amour ? – Tu te figures que tous les hommes attachent autant d’importance à cela que ton mari, reprit Dolly. Je suis sûre que le souvenir de Wronsky le tourmente encore ! – C’est vrai, dit Kitty avec un regard pensif. – Qu’y a-t-il là qui puisse l’inquiéter ? demanda la princesse, disposée à la susceptibilité dès que sa surveillance maternelle semblait mise en question. Wronsky t’a fait la cour, mais à quelle jeune fille ne la fait-on pas ? – Quel bonheur pour Kitty qu’Anna soit survenue, fit remarquer Dolly, et comme les rôles sont intervertis ! Anna était heureuse alors, tandis que Kitty se croyait à plaindre. J’ai souvent songé à cela ! – Il est bien inutile de penser à cette femme sans cœur, s’écria la princesse qui ne se consolait pas d’avoir Levine pour gendre au lieu de Wronsky. – Certes oui, et quant à moi je ne veux pas y penser du tout, reprit Kitty, entendant le pas bien connu de son mari sur l’escalier. – À qui ne veux-tu plus penser ? » demanda Levine, paraissant sur la terrasse. Personne ne lui répondit, et il ne réitéra pas sa question. « Je regrette de troubler votre intimité », dit-il, vexé de sentir qu’il interrompait une conversation qu’on ne voulait pas poursuivre devant lui, et pendant un instant il se trouva à l’unisson de la vieille bonne, furieuse de subir la domination des Cherbatzky. Il s’approcha cependant de Kitty en souriant. « Viens-tu au-devant des enfants ? J’ai fait atteler. – Tu ne prétends pas secouer Kitty en char à bancs, j’imagine ? – Nous irons au pas, princesse. » Levine n’avait pu se décider, comme ses beauxfrères, à nommer la princesse maman, quoiqu’il l’aimât et la respectât ; il aurait cru porter atteinte au souvenir de sa mère. Cette nuance froissait la princesse. « Alors j’irai à pied, dit Kitty se levant pour prendre le bras de son mari. – Eh bien, Agathe Mikhaïlovna, vos confitures réussissent-elles, grâce à la nouvelle méthode ? demanda Levine en souriant à la ménagère pour la dérider. – On prétend qu’elles sont bonnes, mais selon moi elles sont trop cuites. – Au moins ne tourneront-elles pas, Agathe Mikhaïlovna, dit Kitty, devinant l’intention de son mari, et vous savez qu’il n’y a plus de glace dans la glacière. Quant à vos salaisons, maman assure n’en avoir jamais mangé de meilleures, ajoutat-elle, ajustant en souriant le fichu dénoué de la ménagère. – Ne me consolez pas, madame, répondit Agathe Mikhaïlovna regardant Kitty d’un air encore fâché, il me suffit de vous voir avec lui pour être contente. » Cette façon familière de désigner son maître toucha Kitty. « Venez nous montrer les bons endroits pour trouver des champignons. » La vieille hocha la tête en souriant. « On voudrait vous garder rancune qu’on ne le pourrait pas », semblait dire ce sourire. « Suivez mon conseil, mettez au-dessus de chaque pot de confiture un rond de papier imbibé de rhum, et vous n’aurez pas besoin du glace pour les conserver », dit la princesse. Kitty avait remarqué le mécontentement passager qui s’était si vivement traduit dans la physionomie de son mari : aussi fut-elle bien aise de se trouver un moment seule avec lui. Ils prirent les devants sur la route poudreuse, toute semée d’épis et de grains, et Levine oublia vite l’impression pénible qu’il avait éprouvée, pour jouir du sentiment pur et encore si nouveau de la présence de la femme aimée ; sans avoir rien à lui dire, il désirait entendre le son de la voix de Kitty, voir ses yeux, auxquels son état donnait un regard particulier de douceur et de sérieux. « Appuie-toi sur moi, tu te fatigueras moins. – Je suis si heureuse d’être seule un moment avec toi ! j’aime les miens, mais je regrette nos soirées d’hiver à nous deux. Sais-tu de quoi nous parlions quand tu es venu ? – De confitures ? – Oui, mais aussi de demandes en mariage, de Serge et de Warinka. Les as-tu remarqués ? Qu’en penses-tu ? ajouta-t-elle, se tournant vers son mari pour le voir bien en face. – Je ne sais que penser ; Serge m’a toujours étonné. Tu sais qu’il a jadis été amoureux d’une jeune fille qui est morte ; c’est un de mes souvenirs d’enfance ; depuis lors, je crois que les femmes n’existent plus pour lui. – Mais Warinka ? – Peut-être… je ne sais… Serge est un homme trop pur, qui ne vit que par l’âme… – Tu veux dire qu’il est incapable de devenir amoureux, dit Kitty, exprimant à sa façon l’idée de son mari. – Je ne dis pas cela, mais il n’a pas de faiblesses, et c’est ce que je lui envie, malgré mon bonheur. Il ne vit pas pour lui-même, c’est le devoir qui le guide, aussi a-til le droit d’être tranquille et satisfait. – Et toi ? pourquoi serais-tu mécontent de toi ? demanda-t-elle avec un sourire ; elle savait que l’admiration exagérée de son mari pour Serge Ivanitch, et son découragement de lui-même, tenaient tout à la fois au sentiment excessif de son bonheur et à un désir incessant de devenir meilleur. – Je suis trop heureux, je n’ai rien à souhaiter en ce monde, si ce n’est que tu ne fasses pas de faux pas, et quand je me compare à d’autres, à mon frère surtout, je sens toute mon infériorité. – Mais ne penses-tu pas toujours à ton prochain, dans ton exploitation, dans ton livre ? – Je le fais superficiellement, comme une tâche dont je cherche à me débarrasser. Ah ! si je pouvais aimer mon devoir comme je t’aime. C’est toi qui es la coupable ! – Voudrais-tu changer avec Serge ? ne plus aimer que ton devoir et le bien général ? – Certes non. Au reste je suis trop heureux pour raisonner juste… Ainsi tu crois que la demande aura lieu aujourd’hui ? demanda-t-il après un moment de silence. Tiens, voilà le char à bancs qui nous rejoint. – Kitty, tu n’es pas fatiguée ? cria la princesse. – Pas le moins du monde, maman. » La promenade se continua à pied. Warinka parut très attrayante ce jour-là à Serge Ivanitch ; tout en marchant à ses côtés, il se rappela ce qu’il avait entendu dire de son passé et ce qu’il avait remarqué lui-même de bon et d’aimable en elle. Son cœur éprouvait un sentiment particulier, ressenti une seule fois, jadis, dans sa première jeunesse, et l’impression de joie causée par la présence de la jeune fille fut un instant si vive qu’en mettant dans le panier de celle-ci un champignon monstre qu’il venait de trouver, leurs yeux se rencontrèrent dans un regard trop expressif. « Je vais chercher des champignons avec indépendance, dit-il, craignant de succomber comme un enfant à l’entraînement du moment, car je m’aperçois que mes trouvailles passent inaperçues. » – « Pourquoi résisterais-je, pensa-t-il quittant la lisière du bois pour s’enfoncer dans la forêt, où, tout en allumant son cigare, il se livra à ses réflexions ? Le sentiment que j’éprouve n’est pas de la passion, c’est une inclination naturelle, à ce qu’il me semble, et qui n’entraverait ma vie en rien. Ma seule objection sérieuse au mariage est la promesse que je me suis faite, en perdant Marie, de rester fidèle à son souvenir. » Cette objection, Serge Ivanitch le sentait bien, ne touchait qu’un rôle poétique qu’il jouait aux yeux du monde. Aucune femme, aucune jeune fille, ne répondait mieux que Warinka a tout ce qu’il cherchait dans celle qu’il épouserait. Elle avait le charme de la jeunesse sans enfantillage, l’usage du monde sans aucun désir d’y briller, une religion élevée et basée sur de sérieuses convictions. De plus, elle était pauvre, sans famille, et n’imposerait pas, comme Kitty, une nombreuse parenté à son mari. Et cette jeune fille l’aimait. Quelque modeste qu’il fût, il s’en apercevait. La différence d’âge entre eux ne serait pas un obstacle ; Warinka n’avait-elle pas dit une fois, qu’un homme de cinquante ans ne passait pour un vieillard qu’en Russie ; en France, c’était « la force de l’âge ». Or, à quarante ans, il était « un jeune homme ». Lorsqu’il entrevit la taille souple et gracieuse de Warinka entre les vieux bouleaux, son cœur se serra joyeusement, et, décidé à s’expliquer, il jeta son cigare et s’avança vers la jeune fille. « Barbe Andrevna, dans ma jeunesse je m’étais fait un idéal de la femme que je serais heureux d’avoir pour compagne ; ma vie s’est passée jusqu’ici sans la rencontrer, vous seule réalisez mon rêve. Je vous aime et vous offre mon nom. » Ces paroles sur les lèvres, Serge Ivanitch regardait Warinka agenouillée dans l’herbe à dix pas de lui, et défendant un champignon contre les attaques de Gricha afin de le réserver aux plus petits. « Par ici, par ici, il y en a des quantités, criait-elle de sa jolie voix bien timbrée. Elle ne se leva pas à l’approche de Kosnichef, mais tout, dans sa personne, témoignait de la joie de le revoir. – Avez-vous trouvé quelque chose ? lui demanda-t-elle, tournant son aimable visage souriant vers lui. – Rien du tout », répondit-il. Après avoir indiqué les bons endroits aux enfants, elle se leva et rejoignit Serge ; ils firent silencieusement quelques pas ; Warinka, étouffée par l’émotion, se doutait de ce que Kosnichef avait sur le cœur. Tout à coup, quoiqu’elle n’eût guère envie de parler, elle rompit le silence pour dire presque involontairement : « Si vous n’avez rien trouvé, c’est qu’il y a toujours moins de champignons dans l’intérieur du bois que sur la lisière. » Kosnichef soupira sans répondre, cette phrase insignifiante lui déplaisait ; ils continuèrent à marcher, s’éloignant toujours plus des enfants. Le moment était propice pour une explication, et Serge Ivanitch, en voyant l’air troublé et les yeux baissés de la jeune fille, s’avoua même qu’il l’offensait en se taisant ; il s’efforça de se rappeler ses réflexions sur le mariage, mais, au lieu des paroles qu’il avait préparées, il demanda : « Quelle différence y a-t-il entre un cèpe et un mousseron ? » Les lèvres de Warinka tremblèrent en répondant : « Il n’y a de différence que dans le pied. » Tous deux sentirent que c’en était fait ; les mots qui devaient les unir ne seraient pas prononcés, et l’émotion violente qui les agitait se calma peu à peu. « Le pied du mousseron fait penser à une barbe noire mal rasée, dit tranquillement Serge Ivanitch. – C’est vrai », répondit Warinka avec un sourire. Puis leur promenade se dirigea involontairement du côté des enfants. Warinka était confuse et blessée, mais cependant soulagée. Serge Ivanitch repassait dans son esprit ses raisonnements sur le mariage, et les trouvait faux. Il ne pouvait être infidèle au souvenir de Marie. « Doucement, enfants, doucement », cria Levine voyant les enfants se précipiter vers Kitty avec des cris de joie. Derrière les enfants parurent Serge Ivanitch et Warinka ; Kitty n’eut pas besoin de questionner ; elle comprit, à leur ton calme et un peu honteux, que l’espoir dont elle se berçait ne se réaliserait pas. « Cela ne prend pas », dit-elle à son mari en rentrant.
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