Chapitre 3

3153 Words
On se réunit sur la terrasse, pendant que les enfants prenaient le thé ; l’impression qu’il s’était passé un fait important, quoique négatif, pesait sur tout le monde, et pour dissimuler l’embarras général on causa avec une animation forcée. Serge Ivanitch et Warinka semblaient deux écoliers qui auraient échoué à leurs examens ; Levine et Kitty, plus amoureux que jamais l’un de l’autre, se sentaient confus de leur bonheur, comme d’une allusion indiscrète à la maladresse de ceux qui ne savaient pas être heureux. Stépane Arcadiévitch, et peut-être le vieux prince, devaient arriver par le train du soir. « Alexandre ne viendra pas, croyez-moi, disait la princesse : il prétend qu’on ne doit pas troubler la liberté de deux jeunes mariés. – Papa nous abandonne ; grâce à ce principe, nous ne le voyons plus, dit Kitty ; et pourquoi nous considère-t-il comme de jeunes mariés, quand nous sommes déjà d’anciens époux ? » Le bruit d’une voiture dans l’avenue interrompit la conversation. « C’est Stiva, cria Levine, et je vois quelqu’un auprès de lui, ce doit être papa ; Gricha, courons au-devant d’eux. » Mais Levine se trompait ; le compagnon de Stépane Arcadiévitch était un beau gros garçon, coiffé d’un béret écossais avec de longs rubans flottants, nommé Vassia Weslowsky, parent éloigné des Cherbatzky et un des ornements du beau monde de Moscou et Pétersbourg. Weslowsky ne fut aucunement troublé du désenchantement causé par sa présence ; il salua gaiement Levine, lui rappela qu’ils s’étaient rencontrés autrefois, et enleva Gricha pour l’installer dans la calèche. Levine suivit à pied : contrarié de ne pas voir le prince, qu’il aimait, il l’était plus encore de l’intrusion de cet étranger dont la présence était parfaitement inutile ; cette impression fâcheuse s’accrut en voyant Vassia b****r galamment la main de Kitty devant les personnes assemblées sur le perron. « Nous sommes cousins, votre femme et moi, et d’anciennes connaissances, dit le jeune homme, serrant une seconde fois la main de Levine. – Eh bien, demanda Oblonsky tout en saluant sa belle-mère et en embrassant sa femme et ses enfants, y a-t-il du gibier ? Nous arrivons avec des projets meurtriers, Weslowsky et moi. Comme te voilà bonne mine, Dolly ! » dit-il, baisant la main de celle-ci et la lui caressant d’un geste affectueux. Levine, si heureux tout à l’heure, considérait cette scène avec humeur. « Qui ces mêmes lèvres ont-elles embrassé hier, pensait-il, et de quoi Dolly estelle si contente, puisqu’elle ne croit plus à son amour ? » Il fut vexé de l’accueil gracieux fait à Weslowsky par la princesse ; la politesse de Serge Ivanitch pour Oblonsky lui parut hypocrite, car il savait que son frère ne tenait pas Stépane Arcadiévitch en haute estime. Warinka, à son tour, lui fit l’effet d’une sainte nitouche, capable de se mettre en frais pour un étranger, tandis qu’elle ne songeait qu’au mariage. Mais son mécontentement fut au comble quand il vit Kitty répondre au sourire de ce personnage qui considérait sa visite comme un bonheur pour chacun ; c’était le confirmer dans cette sotte prétention. Il profita du moment où l’on rentrait en causant avec animation pour s’esquiver. Kitty, s’étant aperçue de la mauvaise humeur de son mari, courut après lui, mais il la repoussa, déclarant avoir affaire au bureau, et disparut. Jamais ses occupations n’avaient eu plus d’importance à ses yeux que ce jour-là. Levine rentra lorsqu’on le fit avertir que le souper était servi ; il trouva Kitty et Agathe Mikhaïlovna debout sur l’escalier, se concertant sur les vins à offrir. « Pourquoi tout ce « fuss » [5], qu’on serve le vin ordinaire. – Non, Stiva n’en boit pas. Qu’as-tu, Kostia ? » demanda Kitty, cherchant à le retenir ; mais il ne l’écouta pas, et continua son chemin à grands pas vers le salon, où il se hâta de prendre part à la conversation. « Eh bien, allons-nous demain à la chasse ? lui demanda Stépane Arcadiévitch. – Allons-y, je vous en prie, dit Weslowsky penché sur sa chaise et assis sur l’une de ses jambes. – Volontiers ; avez-vous déjà chassé cette année ? répondit Levine s’adressant à Vassia avec une fausse cordialité que Kitty lui connaissait. Je ne sais si nous trouverons des bécasses, mais les bécassines abondent. Il faudra partir de bonne heure ; cela ne te fatiguera pas, Stiva ? – Jamais ; je suis prêt si tu veux à ne pas dormir de la nuit. – Ah oui, vous en êtes capable, dit Dolly avec une certaine ironie, aussi bien que d’empêcher le sommeil des autres. Pour moi, qui ne soupe pas, je me retire. – Non, Dolly, s’écria Stépane Arcadiévitch, allant s’asseoir auprès de sa femme, reste un moment encore, j’ai tant de choses à te raconter. Sais-tu que Weslowsky a vu Anna ? Elle habite à 70 verstes d’ici seulement ; il ira chez elle en nous quittant ; je compte y aller aussi. – Vraiment, vous avez été chez Anna Arcadievna ? » demanda Dolly à Vassinka qui s’était rapproché des dames et s’était placé à côté de Kitty à la table du souper. Levine, tout en causant avec la princesse et Warinka, s’aperçut de l’animation de ce petit groupe ; il crut à un entretien mystérieux, et la physionomie de sa femme en regardant la jolie figure de Vassinka lui sembla exprimer un sentiment profond. « Leur installation est superbe, racontait celui-ci avec vivacité, et l’on se sent à l’aise chez eux. Ce n’est pas à moi de les juger. – Que comptent-ils faire ? – Passer l’hiver à Moscou, je crois. – Ce serait charmant de se réunir là-bas. Quand y seras-tu ? demanda Oblonsky au jeune homme. – En juillet. – Et toi ? demanda-t-il à sa femme. Quand tu seras parti ; j’irai seule, cela ne gênera personne, et je tiens à voir Anna ; c’est une femme que je plains et que j’aime. – Parfaitement, répondit Stépane Arcadiévitch. Et toi, Kitty ? – Moi ? qu’irais-je faire chez elle ? dit Kitty, que cette question fit rougir de contrariété. – Vous connaissez Anna Arcadievna ? demanda Weslowsky, c’est une femme bien séduisante. – Oui, répondit Kitty rougissant toujours plus ; et, jetant un coup d’œil à son mari, elle se leva pour aller le rejoindre. « Ainsi tu vas demain à la chasse ? » lui demanda-t-elle. La jalousie de Levine, en voyant Kitty rougir, ne connut plus de bornes, et sa question lui sembla une preuve d’intérêt pour ce jeune homme dont elle était évidemment éprise, et qu’elle désirait occuper agréablement. « Certainement, répondit-il d’une voix contrainte qui lui fit horreur à lui-même. – Passez plutôt la journée de demain avec nous ; Dolly n’a guère profité de la visite de son mari. » Levine traduisit ainsi ces mots : « Ne me sépare pas de lui, tu peux t’en aller, mais laisse-moi jouir de la présence enchanteresse de cet aimable étranger. » Vassinka, sans soupçonner l’effet produit par sa présence, s’était levé de table pour rejoindre Kitty, avec un sourire caressant. « Comment ose-t-il se permettre de la regarder ainsi ! » pensa Levine, pâle de colère. « À demain la chasse, n’est-ce pas ? » demanda innocemment Vassinka, et il s’assit encore de travers sur une chaise, en repliant, selon son habitude, une de ses jambes sous lui. Emporté par la jalousie, Levine se voyait déjà dans la situation d’un mari trompé, qu’une femme et son amant cherchent à exploiter dans l’intérêt de leurs plaisirs. Néanmoins il causa avec Weslowsky, le questionna sur son attirail de chasse, et lui promit d’un air affable d’organiser leur départ pour le lendemain. La vieille princesse vint mettre un terme aux tortures de son gendre en conseillant à Kitty d’aller se coucher ; mais, pour achever d’exaspérer Levine, Vassinka, souhaitant le bonsoir à la maîtresse de la maison, tenta de lui b****r la main. « Ce n’est pas reçu chez nous », dit brusquement Kitty en retirant sa main. Comment avait-elle donné le droit à ce jeune homme de se permettre de pareilles familiarités ? et comment pouvait-elle aussi maladroitement lui témoigner sa désapprobation ? Oblonsky, mis en gaieté par quelques verres de bon vin, se sentait d’humeur poétique. « Pourquoi vas-tu te coucher par ce temps splendide, Kitty ? vois la lune qui se lève, c’est l’heure des sérénades. Vassinka a une voix charmante, et a apporté deux nouvelles romances qu’il pourrait nous chanter avec Barbe Andrevna. » Longtemps après que chacun se fut retiré, Levine, enfoncé dans un fauteuil et gardant un silence obstiné, entendait encore ses hôtes chanter les nouvelles romances dans les allées du jardin. Kitty, l’ayant vainement interrogé sur la cause de sa mauvaise humeur, finit par lui demander en souriant si c’était Weslowsky qui en était la cause. Cette question le fit s’expliquer. Debout devant sa femme, les yeux brillants sous ses sourcils froncés, les mains serrées contre sa poitrine comme s’il eût voulu comprimer sa colère, la voix tremblante, il lui dit, d’un air qui eut été dur si sa physionomie n’avait exprimé une aussi vive souffrance : « Ne me crois pas jaloux, ce mot me révolte : pourrais-je tout à la fois croire en toi et être jaloux ? mais je suis blessé, humilié qu’on ose te regarder ainsi ! – Comment m’a-t-il donc regardée, – demanda Kitty, cherchant de bonne foi à se rappeler les moindres incidents de la soirée. Elle avait trouvé l’attitude de Vassinka, au souper, un peu familière, mais n’osa pas l’avouer. – Une femme dans mon état peut-elle être attrayante ? – Tais-toi, s’écria Levine se prenant la tête à deux mains : tu pourrais donc, si tu te sentais séduisante… – Mais non, Kostia, dit-elle, affligée de le voir ainsi souffrir, tu sais bien que personne n’existe pour moi en dehors de toi. Veux-tu que je m’enferme loin de tout le monde ? » Après avoir été froissée de cette jalousie qui lui gâtait jusqu’aux distractions les plus innocentes, elle était prête à renoncer à tout pour le calmer. « Tâche de comprendre le ridicule de ma situation : ce garçon est mon hôte, et en dehors de cette sotte galanterie et de l’habitude de s’asseoir sur sa jambe, je n’ai rien d’inconvenant à lui reprocher ; il se croit certainement le ton le plus exquis. Je suis donc forcé de me montrer aimable, et… – Mais, Kostia, tu t’exagères les choses, interrompit Kitty, fière au fond du cœur de se sentir aussi passionnément aimée. – Et lorsque tu es pour moi l’objet d’un culte, que nous sommes si heureux, ce misérable aurait le droit… Au reste, ce n’est peut-être pas un misérable ; mais pourquoi notre bonheur serait-il à sa merci ? – Écoute, Kostia, je crois que je sais ce qui t’a contrarié. – Quoi ? demanda Levine troublé. – Tu nous as observés pendant le souper, – et elle lui raconta l’entretien mystérieux qui lui avait paru suspect. – Kitty, s’écria-t-il en voyant le visage pâle et ému de sa femme, je te fatigue, je t’épuise. Je suis un fou. Comment ai-je pu me torturer l’esprit d’une pareille niaiserie ! – Tu me fais peine ! – Peine ? moi ? je suis absurde, et pour me punir je vais accabler ce garçon des amabilités les plus irrésistibles, dit Levine, baisant les mains de sa femme. Tu vas voir ! » Deux équipages de chasse attendaient à la porte le lendemain matin, avant que les dames fussent levées. Laska, près du cocher, tout émue et comprenant les projets de son maître, désapprouvait le retard des chasseurs. Le premier qui parut fut Vassinka Weslowsky, en blouse verte, serrée à la taille par une ceinture de cuir odorant, chaussé de bottes neuves, coiffé de son béret à rubans, un fusil anglais à la main. Laska sauta vers lui pour le saluer et lui demander à sa façon si les autres allaient venir ; mais, se voyant incomprise, elle retourna à son poste et attendit, la tête penchée et l’oreille aux aguets. Enfin la porte s’ouvrit avec fracas pour laisser passer Crac, le « pointer » de Stépane Arcadiévitch, bondissant au-devant de celui-ci. « Tout beau, tout beau », cria Oblonsky gaiement, cherchant à éviter les pattes du chien qui, dans sa joie, s’accrochait à la gibecière. Il était grossièrement chaussé, portait un pantalon usé, un paletot court et un chapeau défoncé ; en revanche son fusil était du plus récent modèle, et son carnier ainsi que sa cartouchière défiaient toute critique. Vassinka comprit que le dernier mot de l’élégance, pour un chasseur, était de tout subordonner à l’attirail même de la chasse ; il se promit d’en faire, son profit une autre fois, et jeta un regard d’admiration sur Stépane Arcadiévitch. « Notre hôte est en retard, fit-il remarquer. « Il a une jeune femme, dit en souriant Oblonsky. – Et quelle charmante femme ! – Il sera rentré chez elle, car je l’ai vu prêt à partir. » Stépane Arcadiévitch avait deviné juste. Levine était retourné vers Kitty pour lui faire répéter qu’elle lui pardonnait son absurdité de la veille, et pour lui demander d’être prudente. Kitty fut obligée de jurer qu’elle ne lui en voulait pas de s’absenter pendant deux jours, et de promettre un bulletin de santé pour le lendemain. Ce départ ne plaisait guère à la jeune femme, mais elle s’y résigna gaiement en voyant l’entrain et l’animation de son mari. « Mille excuses, messieurs ! cria Levine accourant vers ses compagnons. A-t-on emballé le déjeuner ? Va-t-en, Laska, à ta place ! » À peine montait-il en voiture qu’il fut arrêté par le vacher, qui le guettait au passage pour le consulter au sujet des génisses, puis par le charpentier, dont il dut rectifier les idées erronées sur la façon de construire un escalier. Enfin on partit, et Levine, heureux de se sentir débarrassé de ses soucis domestiques, éprouva une joie si vive qu’il aurait voulu se taire et ne songer qu’aux émotions qui l’attendaient. Trouverait-on du gibier ? Laska tiendrait-elle tête à Crac ? Lui-même ne se déconsidérerait-il pas comme chasseur, devant cet étranger ? Oblonsky avait des préoccupations analogues ; seul Weslowsky ne tarissait pas, et Levine, en l’écoutant bavarder, se reprocha ses injustices de la veille. C’était vraiment un bon garçon, auquel on ne pouvait guère reprocher que de considérer ses ongles soignés et sa tenue élégante comme autant de preuves de son incontestable supériorité. Du reste, simple, gai, bien élevé, prononçant admirablement le français et l’anglais : Levine l’eût autrefois pris en amitié. À peine eurent-ils fait trois verstes, que Vassia s’aperçut de l’absence de son portefeuille et de ses cigares ; le portefeuille contenant une somme assez ronde, il voulut s’assurer qu’il l’avait oublié à la maison. « Laissez-moi monter votre cheval de volée (c’était un cheval cosaque sur lequel il galopait en imagination au travers des steppes), et je serai vite de retour. – Inutile de vous déranger, mon cocher fera facilement la course, » répondit Levine, calculant que le poids de Vassinka représentait six pouds. Le cocher fut dépêché en quête du portefeuille, et Levine prit les rênes. « Explique-nous ton plan, demanda Stépane Arcadiévitch. – Le voici : nous nous rendons directement aux marais de Gvosdef, à vingt verstes d’ici, on nous trouverons certainement du gibier. En y arrivant vers le soir, nous pourrons profiter de la fraîcheur pour chasser ; nous coucherons chez un paysan, et demain nous entreprendrons le grand marais. – N’y a-t-il rien sur la route ? – Si fait, il y a deux bons endroits, mais cela nous retarderait, et il fait trop chaud. » Levine comptait réserver pour son usage particulier ces chasses voisines de la maison ; mais rien n’échappait à l’œil exercé d’Oblonsky, et, en passant devant un petit marais, il s’écria : « Arrêtons-nous ici. – Oh oui, arrêtons-nous, Levine », supplia Vassia. Il fallut se résigner. Les chiens s’élancèrent aussitôt, et Levine resta à garder les chevaux. Une poule d’eau et un vanneau que tua Weslowsky furent tout ce qu’on trouva, et Levine se sentit un peu consolé. Comme les chasseurs remontaient en voiture, Vassinka tenant gauchement son fusil et son vanneau d’une main, un coup retentit et les chevaux se cabrèrent ; c’était la charge du fusil de Weslowsky, qui heureusement ne blessa personne et s’enfonça dans le sol. Ses compagnons n’eurent pas le courage de le gronder, tant il se montra désespéré ; mais ce désespoir fit bientôt place à une gaieté folle à l’idée de leur panique et de la bosse que s’était faite Levine en se heurtant à son fusil. Malgré les remontrances de leur hôte, on descendit encore au second marais. Cette fois, Vassinka, après avoir tué une bécasse, prit Levine en pitié et offrit de le remplacer près des voitures. Levine ne résista pas, et Laska, qui gémissait sur l’injustice du sort, s’élança d’un bond vers les endroits giboyeux, avec une gravité que d’insignifiants oiseaux de marais ne parvinrent pas à ébranler. Elle fit quelques tours en cherchant une piste, puis s’arrêta soudain, et Levine, le cœur battant, la suivit en marchant prudemment. « Pile ! » cria-t-il. Une bécasse s’éleva ; il la visait déjà, lorsque le bruit de pas avançant lourdement dans l’eau, et les cris de Weslowsky le firent retourner. Le coup était manqué ! À sa grande stupéfaction, Levine aperçut alors les voitures et les chevaux à moitié enfoncés dans la vase ; Vassinka leur avait fait quitter la grande route pour le marais, afin de mieux assister à la chasse. « Que le diable l’emporte ! murmura Levine. – Pourquoi avancer jusque là ? » demanda-t-il sèchement au jeune homme, après avoir hélé le cocher pour l’aider à dégager les chevaux. Non seulement on lui gâtait sa chasse et l’on risquait d’abîmer les chevaux, mais ses compagnons le laissèrent dételer et ramener les pauvres bêtes en lieu sec, sans lui offrir de l’aider ; il est vrai que ni Stépane Arcadiévitch ni Weslowsky n’avaient la moindre notion de l’art d’atteler. En revanche, le coupable fit de son mieux pour dégager le char à bancs, et dans son zèle lui enleva une aile. Cette bonne volonté toucha Levine, qui se reprocha sa mauvaise humeur, et pour la dissimuler il donna l’ordre de déballer le déjeuner. « Bon appétit, bonne conscience. Ce poulet va tomber jusqu’au fond de mes bottes, dit Vassia rasséréné en dévorant son second poulet. Nos malheurs sont finis, messieurs ; tout nous réussira désormais, mais en punition de mes méfaits je demande à monter sur le siège et à vous servir d’automédon. » Malgré les protestations de Levine, qui craignait pour ses chevaux, il dut le laisser faire, et la gaieté contagieuse de Weslowsky chantant des romances, et imitant un Anglais conduisant un « four-in-hand », finit par le gagner. Ils atteignirent Gvosdef riant et plaisantant.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD