La pièce s'est figée d'un silence tranchant dès que ses mots sont tombés.
Claire s'est penchée, a sorti un dossier fin de son sac à main, puis s'est avancée, toute en retenue.
Elle l'a tendu à Nelson, sa voix claire et posée. "J'ai déjà signé les papiers du divorce. Il ne manque que ta signature."
Ce petit tas de feuilles semblait soudain peser un âne mort.
Nelson l'a fixé, le regard plein d'un méli-mélo de frustration, d'incrédulité, et d'une pression qui lui montait à la gorge.
"Claire." Sa voix était tendue, chaque mot crispé. "Tu les as signés… quand ?"
Il avait du mal à digérer.
Elle n'était rentrée qu'hier. Techniquement, c'était leur première vraie conversation depuis son retour.
Et elle avait déjà ces papiers sous la main ?
Elle était revenue… juste pour tirer un trait, c'est ça ?
Claire a répondu d'un ton neutre, presque détaché. "C'est vraiment important ? Le résultat change pas."
"Bien sûr que ça compte !" a lâché Elena, agacée. "Un divorce, c'est pas un post-it qu'on balance sur la table. Mais Nelson, si elle est aussi claire dans sa décision, t'as peut-être pas besoin de lui compliquer la tâche. Ce serait peut-être mieux… pour tout le monde."
Elle n'a pas prononcé le nom de Serena. C'était inutile.
L'allusion flottait dans l'air, lourde comme de la suie.
Et comme si elle avait capté l'instant, Serena a levé timidement la tête dans les bras d'Elena. Ses cils collaient encore de larmes, mais le petit sourire au coin de ses lèvres en disait long.
Elle a reniflé doucement, puis a dit d'une petite voix : "Sœur, prends pas ça mal. Nelson et moi… on en avait déjà parlé. Il avait dit qu'il te donnerait les papiers ce soir."
Nelson s'est raidi.
C'était vrai.
Les documents, il les avait fait faire des semaines avant. Avant même que Claire ne revienne. Peut-être depuis encore plus longtemps.
Il en avait ras-le-bol de cette guerre froide, du silence, de l'espace glacé entre eux.
Mais maintenant, en voyant Claire lui tendre cette chemise d'un air si tranquille… c'était plus pareil.
Ça cognait. Fort.
Il a avalé sa salive. "…Ouais."
Comme prévu.
Claire a esquissé un petit rire sec—amer, étouffé, brutal.
Donc c'était ça.
Tout le monde s'était préparé à la fin de ce mariage.
Tous… sauf elle.
Elle était la seule assez bête pour croire qu'il restait encore quelque chose à rafistoler.
Claire a pris une grande inspiration, a doucement poussé le dossier vers lui. Sa voix n'avait plus rien de doux, ni de chaud.
"Alors, si tu veux bien, Monsieur Cooper ?"
Glaciale. Courtoise. Lointaine.
Nelson fixait les papiers, une boule étrange comprimée dans la poitrine.
Il aurait dû se sentir soulagé.
C'était pourtant ce qu'il voulait.
Mais à la place, son esprit s'est mis à tourner dans le passé—trois ans plus tôt.
Claire en robe blanche, face à l'autel. Ses yeux pleins d'espoir, de confiance. Pleins de lui.
Il a tendu la main vers le dossier, et du bout des doigts, a effleuré les siens—juste une seconde.
Elle s'est reculée aussitôt.
Un réflexe minuscule qui lui a serré le cœur bien plus qu'il ne l'aurait cru.
Sa main s'est refermée sur la chemise, les coins rigides mordant sa peau.
Il s'est forcé à la regarder. Son regard, impassible ; son visage, impossible à lire.
"Je vais le signer," a-t-il fini par dire. "L'avocat s'occupera du reste."
Claire a hoché doucement la tête, avec un léger sourire presque tendre. "Merci," a-t-elle soufflé. "J'espère que ça traînera pas."
Nelson n'a rien répondu.
Ses sourcils se sont froncés.
Cette pression chelou dans sa poitrine—celle qu'il pensait voir disparaître—était toujours là.
Et pire encore, elle grossissait.