Une pêche surprenante

1215 Words
Une pêche surprenante Un vieux pêcheur chinois au front dégarni, vêtu d’une tunique marron-orangé tombant à mi-genoux et d’un pantalon marron clair est debout dans sa pirogue. Il remonte sans grande difficulté son filet pratiquement vide. Depuis son arrivée au milieu de l’océan, il n’a réussi à pêcher que quatre petits poissons à peine plus grands que sa main. Énervé de cette pêche maudite, le vieux pêcheur décide d’envoyer ces quatre poissons au loin, comme s’il espérait ne jamais les revoir. Le bras levé prêt à lancer, il remarque une petite tache noire au loin voguant sur cet océan légèrement agité. Plissant les yeux au maximum afin de mieux distinguer son origine, il pense deviner petit à petit ce qu’est cette chose étrange. — Encore un canot qui s’est détaché d’un gros bateau à transporteur de riches. Ils ne savent donc rien faire d’autre de leur argent que de le dépenser à se promener. Sans y prêter plus d’attention, le petit homme au front dégarni continue de jeter ses poissons loin devant lui. Peu à peu, par on ne sait quel miracle le canot rejoint le vieux pêcheur. Étonnant, se dit-il, avec le courant de sens contraire il aurait dû partir à la dérive. Peu préoccupé par ce genre de détail, le vieil homme persiste à jeter son filet et à le ramener à bord de sa pirogue. Faisant dos au canot, il entend soudainement de légers pleurs étouffés, à peine perceptibles. Il lève la tête, surpris de ce qu’il entend. Étant au beau milieu du golf de Thaïlande, il est improbable d’entendre des pleurs de bébé. Secouant la tête comme pour se remettre les idées en place, le vieux pêcheur poursuit sa besogne. Mais voilà, les pleurs se font de plus en plus persistants. Il en est sûr maintenant. Tout ceci est bien réel. Il se lève et pivote en direction du canot, d’où sont perceptibles les cris larmoyants d’un petit nourrisson. Tout à coup, il constate que celui-ci est bien plus proche de lui que tout à l’heure. Levant au-dessus de sa tête un morceau d’étoffe traînant dans le fond de sa pirogue, le vieil homme contrôle le sens du vent. Comme il s’y attendait, l’embarcation de fortune navigue à contre-courant. Donnant quelques coups de pagaie jusqu’à celui-ci, il s’amarre au canot. Jetant un coup d’œil à l’intérieur, le vieux pêcheur découvre qu’un gilet de sauvetage usagé qu’il tapote avec le bout de son index, provoquant des pleurs de plus en plus intenses. Ces cris stridents lui percent les tympans. Sans perdre une seconde, il empoigne la fermeture éclair du gilet de sauvetage et d’un geste vif l’ouvre complètement. Mis à part le bruit des embarcations qui s’entrechoquent, le son rapide du zip calme les cris de l’enfant. À l’intérieur, il découvre un petit bébé totalement trempé tant il a transpiré. Ses lèvres sont blanches et fripées. Le vieux pêcheur constate aisément un début de déshydratation. Le prenant dans ses bras, le vieux pêcheur dit à haute voix tout en le regardant avec compassion : — Comment ce bébé peut-il être encore en vie avec cette chaleur ? En pleine mer... ! C’est un miracle. Avant de retourner sur sa pirogue, le vieil homme récupère le gilet de sauvetage. Une fois dans son embarcation, le bébé toujours dans les bras, le vieux pêcheur le dépose au centre d’un gros tas de filet de pêche. Puis dans un geste contrôlé, il installe le nourrisson à l’intérieur de sa création. Se plaçant en vis-à-vis de son invité-surprise afin de tenir un œil protecteur sur lui, le vieil homme saisit ses rames et pagaie avec ardeur. À peine a-t-il commencé à partir, qu’une brise fraîche enveloppe son corps pour finir par fouetter son visage. Son regard dirigé vers le ciel, le vieux pêcheur aperçoit une chose étrange. Un énorme cumulus blanc de plusieurs épaisseurs a l’air de lui sourire. Le vieil homme à l’impression que ce nuage est heureux. La pirogue calée dans le sable, il s’empresse de descendre en prenant bien soin de tenir fermement le petit être dans ses bras. D’un pas décidé, il se rend chez lui et pousse la porte de son pavillon ne contenant qu’une seule grande pièce d’environ cinquante mètres carrés. Il a construit cet habitat, il y a de ça plusieurs années, grâce à des tronçons de bambou. Il n’est pas né sur cette île, mais il y vit depuis un certain temps déjà. Avec une vue imprenable sur la grande bleue, une immense baie vitrée donnant sur un patio en bambou, éclaire merveilleusement l’intérieur de la maison. Le vieux pêcheur installe le nourrisson sur un lit juste assez grand pour une seule personne. Au contact du matelas aussi épais et dur qu’une planche en bois, des pleurs aigus surgissent au point d’en percer les tympans. Ce petit être appréhende une fois de plus d’être abandonné. Ce pauvre pêcheur qui n’a jamais eu d’enfant à élever, ne sait par où commencer : faut-il le changer, le nourrir ? Il est quelque peu déboussolé. Ses yeux cherchent le moyen de trouver une réponse. Malheureusement, rien. Pourtant, il va bien falloir calmer ces pleurs. Ne s’attardant pas, il cale l’enfant entre plusieurs coussins. Jamais il n’aurait cru qu’un si petit être puisse bouger et gigoter autant. Malgré les quelques coussins présents sur le lit, l’enfant serait capable de passer par dessus pour finir sa course au sol. Maintenant rassuré, le vieux pêcheur récupère une petite bassine afin de la remplir d’eau grâce à un puits situé à l’arrière de son pavillon. Revenu auprès du nourrisson, il ramasse sur une étagère la première chemise d’une pile de vêtements bien pliés, quelques serviettes, un gant, une taie d’oreiller, et pour finir des épingles à nourrice qu’il pioche dans un panier en osier à côté de son lit. Il commence par lui retirer délicatement son joli petit pull en coton jaune, puis son pantalon de même couleur, et enfin sa couche. C’est à ce moment-là qu’il découvre avec stupeur quelque chose à laquelle il n’avait pas pensé : — Une fille… Que… Que vais-je faire d’une fille ?????? L’air songeur, il poursuit une toilette complète de sa petite protégée. Une fois qu’il l’a bien séchée avec une serviette éponge, le vieux pêcheur utilise un gant de toilette en remplacement d’une couche. Ce dernier est soutenu par une taie d’oreiller, pliée en forme de losange. Grâce aux épingles à nourrice, il parvient à tout maintenir. En se redressant, le vieil homme admire son travail. À première vue, il ne peut pas dire que son système soit très esthétique. Quant à sa petite protégée, ses yeux encore bouffis le dévisagent sans trop comprendre ce qui lui arrive. — Ne me regarde pas comme ça, avec ces yeux-là ! Je fais ce que je peux avec les moyens que j’ai. Ces paroles dites, la petite fille sourit. Elle offre le sentiment de comprendre que son sauveur n’est vraiment pas à l’aise dans son nouveau rôle. Et pourtant, le plus dur reste à venir. Il va falloir la nourrir. N’ayant ni biberon ni lait spécialisé, il doit réfléchir à un nouveau système pratique. Après mûre réflexion, il parvient à une drôle d’astuce. Pour ce faire, il perce le bouchon d’une petite bouteille d’eau en plastique, trouvée dans un petit meuble à deux portes de son coin cuisine. Posé sur un petit caisson à côté de celui-ci, le vieux pêcheur saisit un broc de lait. Tenant dans une main la petite bouteille puis dans l’autre le récipient, le vieil homme transvase avec prudence une quantité de lait suffisante pour la petite qui l’attend toujours bloquée entre des oreillers. Bien calée dans les bras du vieil homme, elle se nourrit avec délectation. La petite fille à l’air d’apprécier ce nouveau biberon fait maison. Pendant ce temps, le vieux pêcheur la regardant boire continue à se demander ce qu’il va bien pouvoir faire de cette si jolie petite fille.
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