XXXVI SOPHIE Houat, le bourg.Devant l’épicerie, Paul tomba nez à nez avec Sophie. D’une maigreur et d’une pâleur maladive, elle était à peine reconnaissable. Bien qu’elle ait conservé son allure d’adolescente, elle n’en était pas moins devenue une femme au visage marqué par les ans. Ses deux longues nattes n’étaient plus d’un noir jais mais poivre et sel. — Bonjour Sophie. Tu ne m’as pas oublié ? Déconcertée, elle le dévisagea longuement avant de lui adresser la parole : — Montier, qu’est-ce que tu fais sur l’île ? — Et toi ? — Des affaires à régler. — Moi aussi. Le passé nous rattrape. — Il ne m’a jamais quitte. Je ne pensais pas te revoir un jour et encore moins à Houat. — Maudit mois de mai ! lui asséna sciemment Paul. — Et courrier diabolique ! — Tu as reçu une carte postal

