Chapitre 8 : Le Fantôme de l'Autre Enfant

991 Words
Le Souffle Coupé ​Le cliquetis de la clé dans la serrure résonna comme un coup de fusil dans la grande chambre de Clarisse. Amira, le cœur tambourinant dans sa poitrine, se figea dans la petite salle de bain attenante. Elle avait réussi à éteindre le vieux téléphone et à le glisser sous l'oreiller, mais le silence qu'elle maintenait était une torture. ​Clarisse entra. Elle ne s'étonna pas de l'absence de Japhet (parti en "voyage d'affaires"). Le bruit de ses pas lourds sur le tapis persan était lent, méthodique. Amira entendit le froissement du linge, puis un silence troublant. ​— Japhet, espèce de couard. Tu crois que ton mensonge va me sauver ? ​Clarisse marmonna, mais ne s'adressa à personne. Elle se dirigea vers la coiffeuse, retira ses bijoux avec un bruit métallique, et alla dans la chambre pour se coucher. Amira entendit le craquement du sommier. ​C’était le moment. ​Amira ouvrit doucement la porte. La chambre était plongée dans une semi-obscurité, éclairée seulement par la lune camerounaise filtrant à travers les stores. Clarisse était allongée sur le ventre, la tête enfouie dans l'oreiller, mais son souffle était régulier. ​Amira rampa sur le tapis. Elle atteignit la porte de la chambre, l'ouvrit avec une prudence chirurgicale, et sortit, refermant le battant sans le moindre bruit. La sueur perlait sur son front. Elle venait d'échapper à une mort certaine. ​Le Secret Avoué ​Le lendemain, Amira réussit à intercepter Japhet dans la cour, près du puits, alors qu'il prétendait vérifier l'arrosage. ​— Tonton, j'ai vu. J'ai vu le message, murmura-t-elle, les yeux hagards. ​— Quel message ? Qu'est-ce que tu as vu ? ​Amira lui raconta le message de « L'Aigle » (Tshameni) : « l'enfant est-il vraiment le sien ou est-ce l'enfant de l'autre ? » ​Le visage de Japhet se décomposa. La surprise dépassa le choc. C'était une faille dans le plan, une vérité oubliée. ​— L'enfant de l'autre... C'est impossible, Amira. Marlyse et moi, nous n'avons jamais eu d'enfant. J'ai eu une autre relation avant elle, mais rien de... légitime. Quant à Clarisse, elle est stérile. ​— Mais l'autre ? Qui est cet « autre » ? Et pourquoi Tshameni pense-t-il que Marlyse aurait pu avoir un autre enfant ? ​Japhet baissa la voix, son regard perdu dans le feuillage. ​— Il y a quinze ans, peu avant qu'elle ne revienne et ne soit assassinée, Marlyse avait fait un voyage de six mois en France pour ses études... Elle est revenue changée. Plus froide, plus déterminée. Il y a eu des rumeurs d'un amour impossible, d'un avortement forcé... Mais elle n'a jamais rien confirmé. ​Amira comprit. Tshameni ne s'intéressait pas seulement à la terre ; il cherchait un héritier biologique de Marlyse qu'il pourrait manipuler ou éliminer, et dont il avait eu connaissance par Clarisse. Le mensonge de la grossesse actuelle venait de réveiller un fantôme du passé. ​La Capture de la Preuve ​Ils devaient obtenir une preuve solide du lien entre Tshameni et Clarisse avant qu'elle ne détruise le téléphone. ​— Nous devons prendre ce téléphone, le temps d'une nuit, décida Japhet. J'ai un ami expert en informatique qui peut cloner le contenu. ​Le soir même, Japhet créa une diversion. Il fit semblant d'être pris de douleurs au dos et demanda à Clarisse de lui masser les épaules avec une pommade qu'il avait intentionnellement laissée dans le coffre du 4x4. ​Pendant que Clarisse, forcée par les apparences, se rendait au garage, Amira se précipita dans la suite. Elle ouvrit la commode. Le vieux Nokia était là. ​Elle prit une décision rapide. Au lieu de risquer une manipulation complexe, elle utilisa son propre smartphone pour photographier la page d'accueil de la messagerie, la conversation avec "L'Aigle", et le message crucial sur « l'enfant de l'autre ». ​Elle remit le Nokia à sa place juste avant que Clarisse ne revienne. ​— Tes douleurs vont mieux, mon cher, dit Clarisse avec un sourire glacé, soupçonneuse. ​— Merveilleusement bien, ma chérie. La pommade a fait des miracles, mentit Japhet. ​Amira s'éloigna, la preuve de leur trahison et du nouveau mystère désormais en sa possession numérique. ​ ​Le lendemain, alors que Japhet était au travail, un huissier de justice se présenta à la maison. Il était accompagné d'un homme élégant aux lunettes d'écaille : Maître Nkongho, l'avocat du cabinet de Tshameni. ​Maître Nkongho ignora Clarisse et s'adressa directement à Amira. ​— Mademoiselle Amira, nous avons appris la nouvelle de votre grossesse. Mon client, Monsieur Tshameni, se réjouit pour la lignée. Il nous a mandatés pour vous proposer un arrangement prénuptial afin de clarifier la succession de la terre Béni-Terre en faveur de votre futur enfant, dès sa naissance. ​Amira se sentit piégée. En reconnaissant la grossesse, Tshameni forçait la main. Mais en offrant un "arrangement", il cherchait à la faire signer un document qui pourrait la déshériter, elle et son enfant, en échange d'une somme dérisoire. ​— Je vous remercie, Maître Nkongho, répondit Amira, se souvenant de ses cours de droit. Mais mon père, Maître Japhet Fotsing, est le seul représentant légal de cette maison. Veuillez le contacter à son bureau. ​Maître Nkongho lui tendit une liasse de documents, scellée par un ruban rouge et un sceau officiel. ​— Mon client vous demande de signer dans les 48 heures. Un refus serait interprété comme une rupture de l'accord verbal concernant la propriété Béni-Terre, et nous serions dans l'obligation de poursuivre pour fraude à la filiation. ​Amira tenait la liasse dans ses mains. C'était un ultimatum légal. Elle ne pouvait pas se tromper. Elle savait que Clarisse, silencieuse dans le coin, attendait qu'elle commette la moindre erreur pour la dénoncer. ​Le mensonge les avait sauvés de la violence, mais il les jetait désormais dans un combat judiciaire à mort.
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