Chapitre 9 : L'Ultimatum des 48 Heures

1044 Words
L'Analyse Juridique et l'Urgence ​Amira déploia les documents de Maître Nkongho sur la grande table de la salle à manger, désormais son bureau. Clarisse, feignant d'être absorbée par un journal, ne la quittait pas des yeux, le sourire aux lèvres. ​— Alors, ma chère Amira, ton avocat personnel va t'aider à déchiffrer ce papier ? plaisanta Clarisse, sa voix dégoulinante de fausse douceur. J'espère que tu ne vas pas faire une erreur qui coûterait cher à mon mari. ​Amira l'ignora. Elle prit une profonde inspiration et se plongea dans le jargon juridique. Le document était un « Accord de Règlement et de Filiation Anticipée ». ​Japhet, informé par texto, rentra du travail plus tôt, prétextant des maux de tête. Il rejoignit Amira, et ils commencèrent leur analyse, chuchotant sous le regard vigilant de Clarisse. ​— Tshameni est futé, commenta Japhet. Il ne conteste pas la grossesse, il l'utilise. Il veut que tu signes pour garantir à l'enfant (et non à toi) une petite part de la terre, en échange de quoi, tu renoncerais à tout droit de contestation future sur sa propriété et sa gestion. ​Amira trouva rapidement le piège. Le document stipulait que Japhet devait signer en tant que "Père et Garant", mais aussi que le futur enfant devait renoncer à tout droit de succession sur la propriété actuelle de Japhet (son entreprise et la maison de Yaoundé) en faveur de l'épouse légitime, Clarisse. ​— C'est un double piège, Japhet, expliqua Amira, pointant les clauses. Il veut sécuriser ses biens pour Tshameni en cas de divorce, et il veut s'assurer que si nous divorçons, l'enfant n'aura droit qu'à une petite parcelle de terre. Et surtout... ​Elle s'arrêta, les yeux élargis. — Regardez cette clause sur la filiation. ​La clause demandait une déclaration sous serment de la mère biologique (Amira) confirmant qu'elle n'avait jamais été enceinte d'un autre homme dans les 20 mois précédant la conception actuelle. ​— C'est la question de l'enfant de "l'autre" ! s'exclama Japhet. Il veut que tu signes une fausse déclaration pour pouvoir t'accuser de parjure plus tard, si jamais l'enfant de Marlyse réapparaît ! ​La Solution du Code Civil ​Le stress rendait Amira plus vive. Elle se souvint d'un cours sur le droit des contrats. ​— Le document est invalide, Tonton. Il contient une lésion énorme et une clause abusive portant sur les droits de l'enfant à naître. Mais surtout, il est prématuré ! ​Elle se précipita vers le code civil et trouva l'article pertinent. ​— Au Cameroun, un arrangement de ce type ne peut être formalisé et signé avant le cinquième mois de grossesse et devant un notaire, non un simple avocat. Tshameni sait que cette clause est bidon, mais il mise sur notre peur et notre ignorance. ​Japhet la regarda, admiratif. — Tu viens de nous acheter quatre mois, Amira. Tu es plus que douée, tu es une guerrière. ​Ils décidèrent de rédiger une réponse légale simple, invoquant l'article du Code Civil et refusant de signer, accusant l'avocat de Tshameni de pression illégale. ​Le Coup de Maître de Clarisse ​Alors qu'Amira signait la réponse, Clarisse se leva, son journal à la main, un air de triomphe sur le visage. ​— Magnifique défense, Amira ! Le petit avocat fait bien son travail. ​Elle posa le journal sur la table. Un article était encerclé au feutre rouge, sous le titre : « Scandale à la Faculté : Un Professeur de Droit accusé d'abus sur mineures ». ​— Je t'ai vue, Amira. La semaine dernière. Quand tu es allée voir ton ami le Docteur Eko. J’ai trouvé son adresse dans ton sac. Mais son nom ne m'a pas dit grand-chose. Alors, j'ai vérifié. ​Elle tourna la page. Un petit article de la chronique judiciaire de Yaoundé : le Docteur Eko était visé par une enquête pour fraude médicale et fausses déclarations. L'article mentionnait : « Il a notamment été mis en cause pour des certificats médicaux falsifiés... » ​— Je l'ai appelé, Amira. Il a paniqué quand j'ai dit que j'étais ton médecin traitant. Il a tout avoué : il vous a donné de faux papiers de grossesse. ​Amira et Japhet étaient glacés. Clarisse tenait leur sort entre ses mains, non pas pour l'amour, mais pour le pouvoir. ​— Alors, Amira. Pas d'enfant. Pas d'héritage. Seulement moi. Si tu me donnes le pendentif de Marlyse – qui est sûrement le vrai legs – et que tu quittes cette maison avant la fin de la semaine, je garde ton secret sur la fausse grossesse et sur l’affaire Marlyse. ​— Si je ne le fais pas ? demanda Amira, le ton d'une froideur mortelle. ​Clarisse s'approcha, son regard plus sombre que jamais. — Si tu ne le fais pas, je vais donner ces documents à Maître Nkongho. Et je t'enverrai Tshameni. Et en passant, je vais faire un appel anonyme à la police pour le rôle de Japhet dans la fraude. ​ ​Amira regarda Japhet. Ils avaient gagné le temps du procès, mais ils étaient pris au piège par la vérité de leur mensonge. Japhet lui fit un signe de tête : Il était temps de riposter. ​Amira se tourna vers Clarisse, le pendentif de Marlyse serré dans sa main sous la table. ​— Tenez, Tantine. Vous voulez le pendentif ? Le voici. Mais vous ne l'aurez qu'après m'avoir remis la preuve de votre innocence dans l'affaire Marlyse. Parce que je sais que vous avez aidé Tshameni. ​Clarisse recula, abasourdie par l'audace d'Amira. Japhet profita de la confusion pour prendre son téléphone. ​— Tonton Japhet, vous faites quoi ? demanda Clarisse, horrifiée. ​Japhet appuya sur le bouton. — Je ne vous donne pas la preuve de ma grossesse. Je donne à Tshameni la preuve du mensonge de mon mariage. J’appelle le Fon de Bouda. Je révèle tout : le chantage, le faux mariage, et mon intention de divorcer. Le jeu est terminé, Clarisse. ​Le coup de fil de Japhet à l'autorité traditionnelle de Bouda était le signal de la guerre finale, transférant le conflit de la justice civile de Yaoundé à la justice coutumière de Bouda.
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