Introduction

488 Words
IntroductionDepuis le XIXe siècle, l’univers merveilleux des Tziganes suscite un intérêt particulier. La découverte du folklore riche et original doit beaucoup aux collectes de Heinrich von Wlislocki, un amateur éclairé ; en 1883, pendant plusieurs mois, il voyage à travers la Hongrie du Sud avec les Tziganes de Transylvanie en notant de nombreux récits qu’il publiera dans ses traductions en allemand. Quelques années plus tard, Gypsy Lore Society, la société fondée en Grande-Bretagne en 1888 et qui fonctionne encore aujourd’hui à partir des États-Unis, réunit les efforts d’auteurs œuvrant dans les différents pays d’Europe et d’autres continents. Dans la revue de la Société sont publiés des textes en langues originales des Roms ainsi que leur traduction en anglais. D’autres revues et publications voient le jour au XXe siècle, partout dans le monde où vivent les Tziganes. Plusieurs recueils de contes tziganes ont été publiés en français ces derniers temps, dont Le Rameau de l’Arbre du Soleil de Jerzy Ficowski (Wallada, 1990), Miklos Fils-de-Jument : Contes d’un Tzigane hongrois, racontés par Janos Berki et édités par Veronika Görög-Karady (éditions du CNRS, 1991) et Mille ans de contes tsiganes, présentés par Bertrand Solet (Milan, 1998 et 2008). Comme pour d’autres volumes de la collection Aux origines du monde, nous avons sélectionné des contes des pourquoi et des comment en privilégiant toujours des textes non réécrits et des versions inédites en français. La géographie présentée dans ce livre est extrêmement large : elle va du Brésil à la Nouvelle-Zélande, des îles Britanniques à l’Oural. Néanmoins une grande partie de contes provient d’Europe centrale et orientale. Dans ce corpus de contes, on trouve des sujets qui interpellent l’imagination d’autres peuples du monde : la naissance des astres, la séparation du ciel et de la terre, l’origine de l’homme et des animaux, des plantes et des objets emblématiques comme le violon. En même temps, la distribution et la façon d’interpréter ces sujets sont originales. La partie cosmogonique est très fournie, les relations passionnelles entre les personnifications de divers éléments rappellent les mythologies antiques. Les divinités quittent volontiers leur royaume pour tomber amoureuses des humains et donner naissance à de nouvelles races. Si la zoologie et la botanique populaires occupent une place très modeste par rapport à d’autres traditions ethniques, le corpus étiologique des Tziganes est en grande partie consacré à la problématique identitaire. Leurs récits d’origine parlent du nomadisme, des rapports souvent conflictuels avec les voisins, de leur diversité linguistique, des métiers qui sont à la base de leur « classement ethnique », mais aussi de l’absence de l’écriture ou d’une église propre, bref de tout ce qui constitue la spécificité de ce peuple. Comme si la littérature orale, qu’il s’agisse des mythes ou des contes, à défaut de documents écrits, devait fournir des réponses aux questions de l’histoire ethnique. Les textes choisis portent les traces de l’histoire longue des gens du voyage, au contact séculaire avec les différents peuples et religions, mais sans jamais perdre leur originalité. Ils nous séduisent toujours par le respect des ancêtres, réels ou mythiques, par les passions poussées à l’extrême et la joie de vivre qui transparaissent dans ces récits poétiques. Galina KABAKOVA Cosmogonie
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