POV DU PRINCE
La porte se referme lentement.
Le claquement sourd résonne dans la pièce comme un coup de glas.
Puis tout retombe.
Un silence lourd, dense, presque étouffant, chargé de l’odeur de l’eau chaude, de la pierre humide… et de cette tension étrange qui semble encore flotter entre les murs.
Un rire bref m’échappe alors. Contrôlé. Presque incrédule.
Moi : Intéressant…
Je passe lentement une main dans mes cheveux encore humides. Des gouttes glacées glissent le long de ma nuque avant de disparaître sous le col de ma chemise trempée.
Je ne sens pourtant presque rien.
Le froid qui me traverse vient d’ailleurs. Bien plus profondément.
— Et moi qui comptais passer une soirée calme…
Un souffle ironique franchit mes lèvres.
Mes vêtements collent à ma peau comme une seconde couche désagréable. Chaque mouvement fait ruisseler un peu plus d’eau sur le marbre, mais cet inconfort paraît dérisoire face au tumulte qui agite mon esprit.
Je ferme un instant les yeux.
Ses mots.
Son regard.
Elle n’a pas baissé les yeux.
Je rouvre lentement les paupières.
Quelque chose remonte en moi.
Une sensation étrange.
Ni une colère véritable… ni un simple amusement.
Quelque chose de plus instable.
Quelque chose de dangereux.
— Qui est cette fille… ?
Je m’approche de la baignoire.
L’eau déborde encore sur le sol de marbre, formant des flaques sombres qui reflètent la lumière vacillante des bougies. Chaque goutte tombe avec une régularité presque insupportable. Comme un compte à rebours discret que personne ne semble entendre… sauf moi.
Tout cela est réel.
Elle était là.
À quelques centimètres de moi.
Je repense à la façon dont elle m’a parlé.
Sans peur apparente. Sans retenue.
La voix légèrement rauque… mais ferme.
Le menton relevé.
Comme si c’était moi… l’intrus dans ma propre salle de bain.
Un léger souffle quitte mes lèvres.
— Elle m’a menacé…
Un éclat passe dans mes yeux. Un éclat nouveau. Inhabituel.
Ce n’est ni de la rage, ni du mépris.
Autre chose.
Quelque chose qui éveille en moi une curiosité dérangeante… presque fascinante.
— Une simple servante… a osé me parler ainsi.
Le silence retombe. Un sourire discret étire le coin de mes lèvres.
— Enfin quelque chose de différent.
Je me redresse lentement.
Mon regard se fixe un instant sur la porte.
— Michael.
La porte s’ouvre presque immédiatement.
Michael entre d’un pas assuré, calme et droit, comme toujours. Son regard balaie la pièce en une fraction de seconde, analysant chaque détail sans poser la moindre question inutile.
Le sol trempé.
Les bougies.
Mon état.
Il ne dit rien.
Mon garde personnel.
Mon ombre.
Mon ami le plus fidèle.
Michael : Oui, mon prince ?
Je me tourne vers lui. À la lueur des bougies, je sais que mes yeux brillent de cette lueur qu’il ne connaît que trop bien. Celle qui annonce toujours les ennuis.
Moi : Trouve-moi une servante.
Michael ne bouge pas. Pas un cil.
Michael : Laquelle ?
Un silence court s’installe. Calculé.
Moi : Celle qui pense pouvoir me menacer sans conséquence.
Je marque une pause, laissant mes mots s’installer.
— Je veux tout savoir sur elle. Son nom, son origine… même la façon dont elle respire.
Michael incline légèrement la tête.
Michael : Bien.
Il se retourne déjà pour partir, mais s’arrête devant la porte.
Sans se retourner, sa voix reste calme, posée.
— Dois-je la punir ?
Je demeure silencieux quelques secondes.
Son visage revient immédiatement dans mon esprit.
Ses joues légèrement rougies.
Son regard brûlant.
Ses yeux remplis d’éclairs.
Un souffle m’échappe.
Moi : Non.
Un léger éclat traverse mon regard. Presque imperceptible.
— Pas encore…
Je laisse le silence s’installer volontairement.
Puis, d’une voix calme :
— Ce serait du gâchis.
Michael ne pose pas de question.
Il sort.
La porte se referme une nouvelle fois.
Et cette fois… le silence me paraît presque agréable.
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POV DE NAELLE
Mes jambes tremblent encore tandis que je marche dans le couloir.
Chaque pas semble plus lourd que le précédent, comme si le sol lui-même refusait de me laisser avancer.
Mon esprit refuse de se calmer. Il tourne en boucle, s’emballe, revient sans cesse à la même scène.
Ce moment suspendu où tout aurait pu basculer.
Moi : Le… prince…
Le mot résonne dans ma tête. Encore. Et encore.
Un écho qui me griffe de l’intérieur.
Je m’arrête net.
Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser dans ma poitrine. Chaque pulsation remonte jusque dans mes tempes. J’ai presque peur qu’on puisse l’entendre à travers tout le palais.
— C’était… vraiment lui… ?
Nilia me fixe, les yeux écarquillés.
Elle est pâle. Terriblement pâle.
Ses épaules sont tendues, son regard trahit une panique qu’elle essaie de contenir.
Nilia : Évidemment que c’était lui !
Un frisson glacial me parcourt.
Il naît dans ma nuque, descend lentement le long de mon dos, puis se diffuse jusque dans mes jambes déjà faibles.
Je baisse les yeux vers mes mains, elles tremblent encore, impossible de les arrêter
Moi : Je suis… morte.
Nilia pousse un long soupir fatigué.
Un soupir qui semble porter des années d’expérience au palais.
Nilia : Non… pas encore. Mais tu viens clairement de jouer avec le feu. Et le feu ici… ne pardonne pas.
Je reprends ma marche, plus lentement.
Moi : Pourquoi tu ne m’as pas dit que c’était lui… ?
Nilia : Je ne pouvais pas ! répond-elle aussitôt. Il m’a ordonné de sortir ! Tu crois vraiment qu’on discute avec le prince ?
Je serre les dents.
La honte.
La peur.
La colère.
Tout se mélange dans ma gorge en laissant un goût amer.
Tout ça… est vraiment arrivé.
Moi : Et… il va faire quoi… ?
Nilia hésite une seconde. Mais ce simple silence me fait encore plus peur que n'importe quelle réponse.
Nilia : Ça dépend de son humeur...
Super...
Je laisse échapper un souffle nerveux. Un rire sans joie franchit mes lèvres avant de mourir aussitôt.
Moi : Génial...
Le couloir semble encore plus long maintenant.
Plus étroit.
Plus oppressant.
Un groupe de servantes passe au loin. Leurs regards glissent sur nous un peu trop longtemps avant de disparaître dans un murmure indistinct.
Je sens mon ventre se serrer, est-ce qu’elles savent déjà… ?
Nilia : Naelle...
Je relève lentement la tête. Son regard est grave. Beaucoup trop grave.
— Tu dois éviter de croiser son regard. Évite de lui parler. Et surtout...
Elle s'interrompt. Ses yeux semblent presque me supplier.
— Ne le provoque plus jamais.
Je détourne légèrement les yeux. Parce que, pour ça... il est déjà trop tard. Bien trop tard.
Malgré moi, la scène revient dans mon esprit. Son visage si près du mien. Son regard qui semble vouloir percer chacune de mes pensées. Son souffle chaud contre ma joue.
Cette proximité étouffante qui m'a complètement figée.
Je secoue brusquement la tête pour chasser ce souvenir.
Non... Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? J'ai failli perdre tous mes moyens devant l'homme qui peut me faire exécuter ?
Nilia : Naelle ?
Moi : Non... rien.
Mais c'est faux. Rien ne va. Absolument rien.
Lorsque nous franchissons enfin la porte de la cuisine, l'air devient instantanément plus lourd.
Margo nous attend, debout au milieu de la pièce, les bras croisés. À la voir, elle sait déjà ce qui vient de se passer. À la minute où elle pose les yeux sur nous, sa colère explose.
Margo : Vous avez perdu tout sens des responsabilités !
Sa voix claque comme un coup de fouet dans la pièce. Nilia baisse aussitôt les yeux, s'assombrissant dans un silence résigné, mais le regard de Margo se plante directement sur moi, brûlant d'une sévérité impitoyable.
Margo : Provoquer le 1er prince, laisser le travail à moitié fait... Vous pensez que le palais est une foire?
Je tente de bredouiller une excuse, mais ma voix se coince dans ma gorge sèche.
Moi : Margo…
Margo : Assez !
Je me tais immédiatement.
Margo : Ce soir, ce sera sans dîner pour vous deux. Et si j’entends encore la moindre bêtise…
Elle marque une pause.
— C’est au cachot que vous irez vous expliquer.
Mon ventre se serre. Ce n'est pas la faim qui me tord les entrailles, mais une terreur sourde et rampante.
Après son départ, Nilia et moi rentrons dans notre chambre où l'obscurité s'installe. Nilia se tourne rapidement vers le mur, écrasée par la fatigue et l'angoisse.
Je m'allonge à mon tour sur mon lit, les yeux grand ouverts fixés sur le plafond. Le silence de la nuit ne m'apporte aucun repos. J'écoute le moindre grincement du parquet dans le couloir, le moindre souffle de vent contre les fenêtres, le cœur battant à la volée.
Chaque bruit me fait sursauter.
Un grincement dans le couloir.
Mon cœur repart à chaque fois.
J’attends.
J’attends qu’on vienne me chercher.
J’attends qu’on frappe à la porte.
J’attends la sentence.
Mais rien ne vient.
Et c’est peut-être ça… le pire.