Chapitre 10

1027 Words
Deux jours ont passé et durant ces deux soirs j'ai été à la hauteur des attentes d'Owen. En poche: un collier de perle visiblement plus coûteux qu'un petit loyer et une autre montre. Des objets qui me paraissent si beaux et rares et pourtant dont les propriétaires ne remarqueront même pas l'absence ou en tout cas pas tout de suite pour ainsi ne jamais faire le lien avec moi. J'ai donc couché avec un mannequin que jamais je n'aurais pensé qu'il aimait les filles mais comme quoi les apparences sont trompeuses et un homme qui avait sans doute le double de mon âge malgré son endurance au lit. C'est étrange mais peu à peu je commence à avoir de moins en moins peur et à réussir à peu près à retirer mon esprit de mon corps lors de mes rapports avec ces inconnus. Peut-être qu'un jour je finirais même par oublier que leur queue est enfoncée profondément en moi... oublier l'humiliation, la panique, la douleur, le dégoût... ***** Ce soir, Owen a fait jouer ses contacts pour m'obtenir une invitation à un bal organisé par le préfet de Paris. J'ignorais que les bals existaient encore... pour moi cela rime avec royauté et Renaissance, pas avec démocratie et XXI eme siècle... La salle est bondée de personnes importantes de monde politique français mais pas seulement: il y a également de nombreuses personnes influentes, des artistes en tout genre plus cotés les uns que les autres. Je décide de mettre mon dévolu sur un homme de toute évidence non-accompagné qui m'a l'air d'être un suffisant gros poisson mais pas trop non plus pour ne pas attirer les regards lorsque nous partirons ensemble. Je m'approche en me déhanchant, un sourire séducteur plaqué sur mon visage. -Bonsoir... Il se tourne vers moi, un sourcil dressé. -On se connaît? -Non... mais c'est avec plaisir que j'apprendrais. Il pousse un petit rire. Je ne sais pas pourquoi mais j'en suis aussitôt vexée, comme si il se moquait de moi. -Qui y a t'il de si drôle? Il lève alors sa main gauche et remue son annulaire orné d'un anneau d'or. -Ma femme est malade ce soir, voilà pourquoi elle n'est pas là. -Je vois... -Vous êtes magnifique mademoiselle mais je ne suis pas celui que vous cherchez. Je ne dis rien de plus et m'éloigne, honteuse d'avoir tenté de draguer un homme marié. La prochaine fois je vérifierais si ils vont une bague. Et m***e! Il n'empêche que cette femme a de la chance... parce que beaucoup d'homme sont la femme est malade n'aurait pas hésité à me sauter malgré tout. Je décide que cette fois je me laisserais draguer et pas l'inverse. Allez vers les hommes n'a jamais été ma qualité première, loin de là. Soudain l'orchestre se met à jouer, les cordes des violons vibrent et quelques notes de pianos retentissent. Les hommes et les femmes se mettent à danser gracieusement sur la gigantesque piste de danse, à croire qu'ils ont fait ça toute leur vie. Je les regarde émerveillée... un véritable film Disney se déroule sous les yeux. -M'accordez vous cette danse? Je tourne mon visage et me retrouve nez à nez avec Sören. C'est étrange mais je n'en suis pas surprise. Je savais bien que tôt ou tard mon chemin finirait par croiser de nouveau le sien. Il a une main tendue vers moi et l'autre derrière son dos, tel un véritable prince charmant. -Désolée mais je ne sais pas danser. Il ne répond rien mais se contente de me lancer un regard de défit, je ne peux pas dire non, se serait montrer une faiblesse. Je glisse donc ma main dans la sienne et nous avançons vers la piste. Nous nous mettons face à face, il pose sa main sur ma taille et me rapproche de lui et moi je mets la mienne sur son épaule, me remémorant tous les films de princesse que j'ai vu dans mon enfance. Nous commençons à tournoyer parmi les autres danseurs et évidemment arriver ce ce qui devais arriver: je lui marche sur le pied. -Pardon! J'ai envie de mourir. Mais qu'est ce qui m'a pris d'accepter une valse?! -Laisse toi guider Méduse. Arrête de vouloir avoir sans cesse le contrôle. Détends-toi: tu ne vas pas mourir si tu te laisses aller. Je ne réponds rien et essaye de me détendre. C'est plus facile à dire qu'à faire mais il est vrai que je m'en sors mieux en le laissant me guider. -Alors? Comment se passe la chasse? Je me contente de le fusiller du regard ce qui le fait sourire. Il reprend: -J'ai pensé à quelque chose depuis la dernière fois... « Méduse » cela vient de la Mythologie n'est ce pas? Une des trois gorgones, avec les serpents en guise de cheveux... Je soupire: -Oui. Ça vient de là. -Pourquoi as-tu choisis ce pseudonyme? -Ce n'est pas moi qui l'ai choisit. -Qui donc alors? -Ça ne vous regarde pas. C'est difficile de cacher mes émotions alors que nous sommes collés l'un à l'autre. Il peut sentir chacune de mes respirations, chacun des battements de mon cœur... -Je vois... Et donc: pourquoi « Méduse »? -Elle peut pétrifier tous les mortels qui la regarde. Ça m'a donné du courage. Ow... Je me coupe avant de prononcer son prénom et me rattrape aussitôt: -...la personne qui m'a donnée ce surnom m'a dit que j'avais la capacité de pétrifier tous les hommes même sans le vouloir et que je n'avais par conséquent pas à avoir peur car personne ne peut me faire de mal. Je dis ça d'une voix douce, le regard perdu, oubliant presque que je suis en train de valser au milieu de dizaines d'autres couples. Sören ne dit rien quelques secondes puis entre ouvre les lèvres: -J'ai lu l'histoire... Méduse était une femme magnifique. Elle est tombée amoureuse de Poseidon qui l'a entraînée dans le temple d'Athena. La déesse offensée la transforme en cette bête monstrueuse que l'on connaît tous et Méduse finit par être tuée par Persée. Je fronce les sourcils et replonge mon regard dans le sien: -Qu'est ce que vous voulez dire en me racontant ça? Il approche sa bouche de mon oreille et murmure alors: -Si Méduse est devenue un monstre et est morte, c'est à cause de son amour aveugle pour Poséidon. Il l'a menée à sa perte et n'a rien fait pour la sauver... Alors Méduse, qui est ton Poséidon?
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