Chapitre 10

3279 Words
Tandis que cet honnête homme se lamentait, mettant à nu, dans ce paroxysme d’agonie, les plaies les plus cachées de son ménage, une telle douleur émanait de son accent, de ses prunelles, et si fière, si pure ; la noblesse de son caractère apparaissait si nettement dans cette absence totale de bas soupçons, que Mme de Méris ne put s’empêcher d’en être touchée. Cette pitié lui dictait son devoir : une insistance plus grande encore dans ses dénégations de tout à l’heure. Mais cette confirmation des idées qu’elle avait nourries toute l’après-midi avait ébranlé en elle cette corde mauvaise de la jalousie féminine, qui rend si aisément un son de haine, même dans les âmes les plus hautes, et Agathe n’avait pas une âme haute. Ces sentiments contradictoires : la compassion pour la souffrance vraie de son beau-frère, et la colère déjà grondante contre une rivale préférée passèrent dans les phrases qu’elle répondit à cette confidence : – « Mais êtes-vous sûr que vous n’exagérez rien, mon pauvre François ? Entre un intérêt peut-être un peu vif et une passion, il y a un abîme… Pourquoi n’avez-vous pas dit à Madeleine simplement ce que vous venez de me dire, comme vous venez de me le dire ? Vous le lui deviez… Vous ne doutez pas d’elle. Vous avez si raison ! C’est une honnête femme. Elle le sera toujours… Elle aurait été la première à vous rassurer, j’en suis certaine… » – « Lui parler ?… À elle ? » interrompit Liébaut. Jamais, jamais !… Je n’en aurais pas eu la force. Vous ne me connaissez pas, Agathe, je vous le répète. Vous ne savez pas combien j’ai de peine à montrer ce que je suis. Non. Je n’en ai pas eu la force… J’ai voulu sortir de cet enfer pourtant. J’ai compris que par vous j’en finirais avec cet horrible doute, par vous seule. Je vous l’ai dit : je vous avais observée, vous aussi. Je savais que vous aussi vous vous étiez laissé prendre à la séduction de cet homme. C’est même comme cela que j’explique toute l’histoire morale de ma pauvre Madeleine, quand je suis de sang-froid. Elle a voulu sincèrement vous marier à Brissonnet, et puis une passion l’a envahie qu’elle se reproche avec d’autant plus de remords. Elle ne se la pardonne, ni à cause de moi, ni à cause de vous… J’ai pensé : s’il en est ainsi, – et il en est ainsi, – il faut qu’Agathe sache cela. Je le lui apprendrai, si elle l’ignore, et voilà ce que je suis venu vous dire. De deux choses l’une : ou M. Brissonnet vous aime… Alors, passez pardessus toutes les convenances, tous les préjugés du monde. Rien ne s’oppose à votre mariage. Épousez-le, mais que ce mariage soit décidé, que Madeleine en soit avertie, qu’il se fasse vite, le plus vite qu’il sera possible. Une fois mariés, voyagez. Vous êtes riche, vous êtes indépendante. Ayez pitié de votre sœur, ayez pitié de moi, et qu’il s’écoule du temps, beaucoup de temps, avant que Madeleine ne le revoie… Ou bien cet homme ne vous aime pas, et alors… » Ici la voix du mari jaloux se fit singulièrement âpre et sourde : « c’est qu’il aime Madeleine… » Il insiste, sur un geste de son interlocutrice. « Oui, il aime une de vous deux. Sa conduite n’a pas d’autre explication, à moins d’admettre, ce que je me refuse à croire, que c’est un misérable et un suborneur. Dans ce cas, ce serait à moi d’agir… » – « Que voulez-vous dire ? » interrogea Mme de Méris, soudain toute tremblante. Elle venait de voir dans sa pensée son beau-frère et celui qu’elle aimait en face l’un de l’autre, une provocation, un duel. « Que ferez-vous ? » – « La démarche la plus simple, » répondit Liébaut, redevenu soudain très calme. Il se voyait, lui, dans son esprit, parlant en homme à un homme, et cette vision lui rendait le sang-froid des explications viriles ; « la plus simple, » répéta-t-il, « et la plus légitime, la plus indispensable. Je procéderai de la façon la plus courtoise pour commencer, et sans menaces. J’aurai une conversation avec M. Brissonnet. Je lui dirai que ses assiduités chez vous et chez nous ont provoqué des commentaires. J’en appellerai à son honneur… J’espère encore que ce premier entretien suffira… » – « Mais vous ne pouvez pas l’avoir avec lui, cet entretien, » interrompit Agathe plus vivement encore. « Il vous est interdit, et pour Madeleine, et pour moi, » ajouta-t-elle. « Je vous en conjure, François, ne voyez pas M. Brissonnet… Que, voulez-vous ? Que cette situation prenne fin. Elle va prendre fin… Je ne savais rien de ce que vous venez de m’apprendre. Mais, moi aussi, je souffrais de cette incertitude, de cette équivoque. Je ne pouvais pas plus parler à M. Brissonnet que vous ne pouvez lui parler, moins encore. J’ai demandé à Madeleine, aujourd’hui même, de lui dire précisément ce que vous vouliez lui faire dire, que ses assiduités étaient remarquées Je n’étais pas avertie. Si je l’avais été, ce n’est pas à ma sœur que je me serais adressée. Mais c’est fait, et la conclusion forcée de cet entretien est celle que vous désirez. Si M. Brissonnet m’aime, il déclarera à Madeleine qu’il veut m’épouser. S’il ne m’aime pas, il ne pourra plus, après cette explication, venir chez moi. Ne pouvant plus venir chez moi, il ne pourra plus venir chez vous. Il disparaîtra de notre milieu. » – « Et Madeleine a accepté de le voir et de lui poser cette espèce d’ultimatum ?… » interrogea Liébaut. – « Elle a accepté… » répondit Agathe. Un silence tomba entre le beau-frère et la belle-sœur. Ils avaient baissé les yeux l’un et l’autre, en même temps. L’un et l’autre les relevèrent, en même temps. Ils se regardèrent. La même vision insupportable avait passé devant leurs jalousies. Tous deux comprenaient maintenant, quoiqu’ils ne voulussent pas se l’avouer, que Madeleine aimait le commandant Brissonnet, tous deux qu’elle en était aimée. Ils auraient dû comprendre aussi que Madeleine n’avait jamais laissé même soupçonner à l’officier les troubles de son cœur. Ils le comprenaient. Pourtant l’un et l’autre, le mari et la sœur, furent traversés à la fois de la même pensée de défiance. Ce fut Agathe qui osa la formuler. Elle dit, presque à voix basse : – « Ah ! comme je voudrais assister cachée à cet entretien !… Je saurais alors… » Elle saisit les mains de son beau-frère et l’associant déjà à une complicité : Nous saurions… Entendez-vous, François, nous saurions. » Puis tout à fait bas : « C’est demain qu’il viendra la voir, vers les deux heures, sans doute. Elle me l’a dit… Elle vous croira sorti… Si vous reveniez cependant ?… Votre cabinet donne sur le petit salon… il y a une tenture devant la porte… Si vous vous y cachiez ? Si nous nous y cachions ?… Nous entendrions. Nous saurions… » Aucune proposition ne pouvait être plus contraire au caractère si loyal, si tendre de François Liébaut. Cet aguet caché auquel sa belle-sœur le conviait et chez lui, sous son propre toit, à son foyer, quel exercice déshonorant de sa prérogative de mari ! Mais il subissait une de ces crises de passion où se décèle la sauvagerie de l’amour blessé. C’est à des minutes pareilles qu’un homme d’honneur se laisse entraîner à ouvrir des lettres, qu’il force un secrétaire fermé à clef, qu’il paie les indiscrétions d’un domestique ! Lorsque le médecin quitta Mme de Méris, le malheureux avait consenti, non pas à tout ce qu’elle lui avait demandé, mais à une partie, celle qui lui était personnelle à lui. Il avait été convenu entre eux qu’une fois averti de l’heure exacte du rendez-vous, il rentrerait sans prévenir, et qu’il essaierait d’écouter la conversation de Madeleine et de Brissonnet, mais seul. Il n’avait pas voulu de la présence de sa belle-sœur. Même dans ces instants d’une si fiévreuse jalousie, il lui avait été trop odieux de livrer Madeleine à l’espionnage d’Agathe. Il avait reculé devant cet affront fait à sa chère femme. – Qu’elle lui était chère, en effet, à travers ses souffrances ! – Il l’avait vue, s’il acceptait cette offre tentatrice, parlant librement, se croyant chez elle, et, derrière la porte, se tapirait cette sœur aînée dont il savait trop qu’elle avait toujours envié sa sœur cadette ! Non. Il ne trahirait pas sa femme de cette trahison-là. Il ne se liguerait pas ainsi contre elle avec sa secrète ennemie. Qu’il employât, lui, pour savoir la vérité, un procédé clandestin, c’était son droit strict. Il se devait à lui-même de ne pas outre-passer ce droit par une complicité qui l’eût par trop avili à ses propres yeux… Mais était-ce même son droit ? Après s’être rangé au conseil de sa belle-sœur, un doute saisît Liébaut et un remords. Il n’avait pas quitté depuis dix minutes Mme de Méris que sa loyauté se révoltait contre un projet qu’il n’eût pas même osé concevoir sans elle. Il lui semblait qu’il venait de traverser un mauvais rêve, que cet entretien avec Agathe n’avait jamais eu lieu. À mesure qu’il approchait de la rue Spontini et de sa propre maison, cette impression se changeait en une autre. Il allait se retrouver en face de Madeleine. Il faudrait qu’il lui dissimulât, non plus des émotions comme il faisait avec tant d’efforts depuis des semaines, mais un projet inavouable, tant il était insultant pour elle, et combien abaissant pour lui ! Il devrait, pour conduire à terme ce projet, commencer, dès ce soir, une enquête par trop indigne de ce qu’avait été leur ménage ! Parlerait-il de Brissonnet, sans paraître se douter de ce qu’il savait par Agathe ? … Essaierait-il de faire dire à Madeleine qu’elle attendait le commandant et à quelle heure ?… Ou bien se tairait-il entièrement sur ce point, afin de mieux les surprendre le lendemain ?… Cacherait-il qu’il avait vu Mme de Méris, ou, tout au contraire, le dirait-il, afin de provoquer une confidence sur la mission dont la sœur aînée avait chargé la sœur cadette ?… Ces allées et venues de sa pensée lui donnèrent une agitation presque insoutenable, contre laquelle il s’efforça de lutter, en quittant sa voiture, à la hauteur de l’avenue Malakoff et rentrant à pied. Quand il ouvrit la porte de l’hôtel avec la petite clef qu’il gardait pendue à sa chaîne de montre, il était du moins maître de ses nerfs. Cette facilité à revenir chez lui sans que personne fût averti de sa présence tenait à des convenances toutes professionnelles. Agathe avait compté sur cette particularité quand elle lui avait tracé le plan de sa rentrée clandestine le lendemain. C’était là comme une répétition de la scène qui devait avoir lieu. Elle réussit si bien que Liébaut se sentit rougir à cette phrase d’accueil de Madeleine : – « Ah ! c’est toi, François, tu m’as fait peur… Je n’avais pas entendu la voiture… » Elle avait été, en effet, comme réveillée en sursaut du songe où elle était tombée depuis le moment où sa sœur d’abord, puis Mme Éthorel l’avaient quittée. Elle avait condamné sa porte et elle était demeurée, les coudes sur les genoux, la tête dans les mains, à regarder le feu consumer d’une flamme lente les bûches de la cheminée, et à se débattre parmi trop de pensées, trop d’émotions contraires. Cette méditation avait été très douloureuse, car le visage qu’elle montra à Liébaut portait l’empreinte d’une étrange lassitude. La charmante femme trouva pourtant en elle la force de s’inquiéter de lui quand il lui eut répondu : – « Je suis rentré à pied. J’ai voulu marcher un peu. » – « Tu t’es senti souffrant ? » demanda-t-elle. « C’est vrai. Tu es rouge… Tu as le sang à la tête… Tu travailles trop… » ajouta-t-elle… « Et pourquoi ? Nous sommes assez riches, et tu es assez connu. Tu devrais te reposer… » Elle avait pris la main de son mari, en prononçant cette phrase d’une affectueuse sollicitude qui n’était pas jouée. – » Elle m’aime donc !… » pensa le médecin. Que de preuves de dévouement Madeleine lui avait données ainsi depuis le retour de Ragatz ! Et toutes avaient infligé au mari la trop lourde impression de reconnaissance émue et de malaise qu’il éprouvait encore maintenant. Chaque fois il s’était posé cette question : « Oui, elle m’aime, mais comment ?… » Et il avait entrevu, derrière cette attitude si touchante, ce qui était, hélas ! la vérité : le parti pris de l’épouse qui se sait irréprochable, et qui témoigne une affection d’autant plus prévenante à son mari qu’elle ne se pardonne pas de sentir son cœur dominé par un autre. Une telle tendresse peut bien être très sincère. Cette épouse peut avoir pour ce mari une amitié réelle. Tant de souvenirs communs, une si ancienne accoutumance, l’estime, la sympathie, leurs enfants l’attachent à lui ! Ce sont des liens, d’imbrisables et chers liens. Ce n’est pas l’amour, et pour un homme fier et passionnément épris, comme était François Liébaut, quelle amertume de constater une pareille dualité de vie intérieure chez celle qui porte son nom ! Avec quels mots pourtant traduire une plainte qui n’a pas un fait auquel se prendre ? Et d’autre part, devant des gestes et des paroles de sollicitude, – comme celles que venait de prononcer Madeleine, – le moyen de ne pas se demander si l’on ne se trompe pas ? Il y avait aussi dans cet empressement de la femme du médecin une perspicacité qui la rendait plus émouvante pour lui. C’était vrai qu’il se sentait souvent très las ! Ce témoignage d’un intérêt si constant lui donna une recrudescence de remords pour l’entretien qu’il venait d’avoir et pour le dessein qu’il en rapportait. Il répondit : – « Quand j’aurai fini mon nouveau mémoire, je me reposerai… » – « Je te connais, » répliqua-t-elle en hochant la tête, « et je connais le genre de tes recherches. Toi et tes unis, je vous ai trop souvent entendus dire qu’en médecine tout tient à tout. Chaque mémoire en amène un autre, et ainsi de suite, indéfiniment… Sais-tu ce qui serait raisonnable ? Voici l’hiver. Charlotte et Georges sont un peu pâlots. Malgré Ragatz, j’ai toujours peur pour elle d’une reprise de ses rhumatismes. Moi-même, je suis fatiguée. Ce froid m’éprouve. Nous devrions tous aller passer quelques mois au soleil, à Hyères, à Cannes, à Nice, ou en Italie ? » Elle avait eu, pour formuler cette proposition de départ en famille, une prière dans ses yeux, presque suppliante et tout angoissée. Elle voulait partir ! Pourquoi ? Mais pour fuir celui qu’elle s’était défendu d’aimer et qu’elle aimait. Cette nouvelle évidence des troubles de conscience que traversait sa femme rendit au mari jaloux la frénésie de cette anxiété qui l’avait conduit chez Agathe, la poursuite de la vérité. Il répondit, cédant en apparence à la fantaisie de Madeleine :– « Tu as peut-être raison. Ce voyage me tenterait beaucoup en principe, et, si ce n’est pas chez toi une idée en l’air… » – « Hé bien ? » interrogea-t-elle, comme il se taisait. – « Hé bien : je ne dis pas non… Tu as donc grande envie de quitter Paris ? » osa-t-il ajouter. « Tu n’y regretteras rien, ni personne, pas même ta sœur ? » – « Oh ! ma sœur !… » fit-elle, comme si elle allait entrer dans la voie d’une confidence. Puis s’interrompant : « Les enfants vont descendre, » continua-t-elle, « nous ne serons plus seuls. J’ai justement à te parler de ma sœur et très sérieusement. Mais ce que j’ai à te dire exige que nous ayons du temps… » Le petit garçon et la petite fille avaient l’habitude de dîner à table avec leurs parents, lorsque ceux-ci restaient à la maison. Malgré leur belle situation de fortune, les Liébaut conservaient ces vieilles mœurs de la bourgeoisie française, qui tendent à disparaître des milieux élégants pour céder à la coutume venue d’Angleterre : la relégation des enfants dans la nursery. Peut-être ce nouveau système, en séparant plus complètement les petites personnes des grandes, a-t-il de réels avantages d’éducation. En revanche, il n’est guère favorable à cette cordialité du foyer qui fut si longtemps le charme de notre vie de famille, et, surtout, il supprime le plus grand bienfait peut-être du mariage fécond. À de certaines heures, la présence d’un fils ou d’une fille entre des parents exerce sur eux une influence d’apaisement dont rien n’égale la puissance. Si Georges et Charlotte ne fussent pas entrés dans le petit salon, quelques minutes après que la mère avait prononcé cette phrase énigmatique : « J’ai justement te parler de ma sœur, » le père n’aurait certes pas eu la patience d’attendre davantage. Il eût pressé Madeleine de questions qui l’eussent froissée. Il s’y fût lui-même exaspéré. Ce cœur de femme se fût peut-être refermé. Au lieu de cela, quand les deux têtes blondes eurent apparu, et que le gentil babil de ces petits êtres eut commencé de remplir la chambre, les nerfs du mari soupçonneux se détendirent. L’acte auquel l’avaient décidé les conseils passionnés de sa bellesœur, et sa propre souffrance, cet acte outrageant d’espionnage et de déloyauté lui devint du coup inexécutable. À voir les yeux clairs des enfants se fixer avec amour sur ceux de Madeleine, la main de la mère caresser ces boucles blondes, puis, à table, le rayonnement circulaire de la lampe suspendue éclairer ces trois visages, François Liébaut sentit qu’il n’avait pas le droit d’introduire dans son ménage des procédés de police. Cette femme, sa femme, méritait d’être respectée dans les arrière-fonds de sa vie intime. Elle y portait peut-être un douloureux secret ? Peut-être y soutenait-elle une lutte ? Ce combat caché – s’il se livrait dans cette conscience – représentait par lui-même une épreuve expiatoire que le chef de famille ne devait pas accroître. Un revirement acheva de s’accomplir dans cet esprit généreux. « Pour eux, » se disait-il, après le dîner, en attirant, lui aussi, ses enfants contre sa poitrine, et leur caressant les cheveux du même geste que la mère. « Oui, pour eux, je dois ne pas laisser la honte d’une vilenie se glisser entre nous… Madeleine ne saura pas que j’ai souffert de cette mortelle jalousie… Si je me suis trompé en croyant qu’elle était troublée par les attentions d’un autre, ce n’est que justice que je me taise. Ce n’est que justice encore si je ne me suis pas trompé. Elle mérite ce silence, puisqu’elle a eu la force de se vaincre… Non. Jamais une mauvaise pensée ne lui est venue. Jamais, jamais… Non. Demain dans cette conversation qu’elle a promis à sa sœur d’avoir avec cet homme, elle ne dira pas un mot qu’elle ne doive pas dire, elle n’en entendra pas un qu’elle ne doive pas entendre… Non. Je ne me cacherai pas pour l’espionner, comme une coupable… Ce serait de ma part une infamie. Je ne la commettrai pas… Mais que va-t-elle me dire, à propos d’Agathe ? Si elle me parle de la visite de celle-ci aujourd’hui et de la démarche dont elle-même s’est chargée, lui mentirai-je ? Lui cacherai-je ma visite à moi chez sa sœur ?… Comment lui expliquer alors que je ne lui en aie pas parlé, aussitôt rentré ?… Ah ! pourquoi n’ai-je pas suivi mon instinct ? Pourquoi ne me suis-je pas ouvert à elle dès les premiers mots ?… »
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