ÉPISODE 03
Madame Kim, voyez-vous comment l'on éduque nos filles dans ce pays. Au lieu d'être des remparts pour leurs filles, certains parents sont aussi des bourreaux pour elles.
Kim: je comprends bien ce que vous dites. Je comprends plus que vous ne le penser.
Moi: faisons une pause, marchons un peu je me sens fatigué d'être assise.
Kim
Les témoignages de cette dame ont ravivé mes blessures dont je pensais avoir guéri.
Les souvenirs de ma propre maman me mettant du piment dans le sexe juste après mon viol, me revint comme une gifle. Je ressens mon cœur s'inonder en moi.
Je suis une professionnelle, je dois pouvoir aller au bout de cette interview sans faiblir. Le monde ne doit absolument pas savoir mon rapport avec la violence basés sur le genre, sinon ils ne verront qu'une femme qui cherche à prendre sa revanche sur la vie, ils croiront que j'ai manipulé les dits de Mlle Isha.
Depuis plus de 30min nous marchons elle et moi silencieuse dans ce jardin. Je vais à son rythme pour éviter de la contrarier.
Elle se décida enfin a s'asseoir.
- on peut continuer
M'avait-elle dit.
-OK, c'est quand vous voulez.
2012 fut pour moi une année particulière. J'étais en terminal. Mon petit ami d'alors me trompait et tout le monde le savait sauf moi bien sûr. C'était aussi l'année où j'ai connu le père de mon enfant, Aristide.
On était dans la même classe. Aristide était un Bad boy. Moi je déteste les Bad boys. Aristide était beau, il savait qu'il plaît. C'était un vantard, il pensait être le choix de toutes les filles et moi je ne manquais aucune occasion de lui démontrer que c'était faux et aussi qu'il n'était pas aussi intelligent qu'il le pensait.
On étudiait ensemble, il y avait une guerre de leader entre lui et moi. Très souvent séances finissait en de violente diatribes.
La fille avait qui mon petit ami d'alors me trompait était son ami, elles lui avaient tout raconté.
Ceci l'avait touché, dans nos moments de paix je lui avais fait quelque confidence sur ma relation.
Nos rapports ne lui ont pas permis de venir me parler de ça car il m'avait dragué. Il avait chargé un autre ami à nous deux de me le dire.
On était à un mois et demi des examens quand j'appris la vérité. Je ne pouvais partager mon chagrin avec personne. J'étais d'un côté acculés par les cours qui ne cessaient de s'accumuler et de l'autre mon cœur brisé. Au total 13kilos de perdus en ce moment. Ma daronne avait commencé à s'inquiéter pour moi. Le pire c'est qu'elle a pensé que j'étais enceinte ou que j'avais avorté alors que je n'ai jamais eu de rapport sexuel. Ma parole n'avait pas de valeur, elle m'avait amené voir une sage-femme pour vérifier ses hypothèses.
C'est malsain cette façon qu'on certains parents de soupçonner leurs enfants des pires choses.
Quand la sage-femme lui a dit que j'étais vierge, je l'ai laissé là et j'étais partie pleurer ma frustration. Elle aurait dû s'excuser pour ça mais ici chez nous, un parent ne demande pas pardon à son enfant.
Après cela j'avais la rage de réussir, de montrer à mon ex petit ami et cette fille qu'ils n'ont pas réussi à me briser. Je voulais réussir au bac pour enfin quitté les griffes de maman car j'habiterai ailleurs, je pourrais être enfin être en paix.
Résultats du bac proclamé, j'étais admise sans surprise. C'était la joie chez nous, mon papa était super content et maman aussi. Enfin j'allais quitter ce village pour la grande ville.
Mes tantes et oncles avaient voulu que je vienne passer un peu de temps avec eux à la capitale. Je ne parle ni le goun ni le yoruba. La seule langue que je comprenais c'était le bo, la langue parlée là où je suis née et grandi. Grande fut ma déception quand les miens me traite de "tominnou" comme si le fait que je sois né et grandit là-bas me rendait moins civilisé, moins humain.
Certains parmi eux poussaient le bouchon plus loin.
Ils me disaient
-tu n’es pas d'ici, tu n'es pas de chez nous. Tu ne connais rien d'ici, de ta culture.
Vous connaissez cette douleur Kim?
Cette douleur de n'être chez soi nul part?
A segbana c'était supportable, quand les gens de là-bas nous traitent sans cesse d'étranger. Je me disais qu'ils n'ont pas totalement tord et qu'un jour nous serions parmi chez nous, au milieu des miens. Voilà que les miens pensent que je ne suis pas légitime de revendiquer mes origines.
On ne choisit pas son lieu de naissance, tout comme on ne choisit pas ses parents. On ne choisit pas non plus son éducation quand on est un enfant. Ce complexe de supériorité qu’affichent certaines personnes pose vraiment question. Se sentir supérieur face à ceux qui sont nés ailleurs, c’est instaurer un débat qui part sur des bases inéquitables.
KIMORA JOHNSON
Cette histoire de discrimination, qui le connaît plus que moi ? Je suis issu d'une union entre un Londonien et une Ouidanienne. Je me souviens de notre retour au pays ma mère et moi après le divorce de mes parents. Je me souviens des regards appuyés sur moi. Je me souviens qu'une fois, on m'a demandé d'où j'étais et j'avais répondu de Ouidah. Ils avaient tous éclaté de rire ce jour-là. L'un m'avait dit que je fais semblant ou si j'étais sérieuse. Il a ajouté : ‘’Qu'est-ce qui fait de toi quelqu'un de Ouidah ? Tu es blanche ma petite. Même si tu t'efforces à parler notre langue, ta peau te précède et tes manières de petite blanche.’’
Un vrai paradoxe. Dans mon ancienne école Londonien, j'étais la n***e. Les enfants se moquaient de moi parce que je suis un peu foncé qu'eux. Voilà qu'au milieu des noirs, je suis traitée de blanche. C'est ridicule. Je n'ai pas choisi d'être métisse. Pourquoi je ne suis chez moi nulle part ? Mademoiselle a sûrement senti mon visage qui a changé :
- Kim ça va ? Vous êtes bizarre tout d'un coup.
- Non Mademoiselle. Ne vous inquiétez pas. Je vais bien...