secret de polichinelle et le mirage de l'étrange

2928 Words
Juge : « j’espère que c’est une question rhétorique, maître » Réginald : « bien entendu. Michel Séville est le fils de Phibie. Il fait ses études en Australie, il finit par trouver un travail et s’attire les bonnes grâces d’une veuve nantie à souhait. Guérie de la solitude grâce à ce garçon qu’elle chérira comme son propre fils. Après avoir changé de patronyme et de prénom, tous les deux s’installent ici à l’Olympe » Réginald approche d’Arès Kingsley. Réginald : « votre véritable nom est Michel Séville, ai-je bien raison monsieur Kingsley ? » Arès : « vous délirez complètement… » Réginald : « ah vous croyez ! J’ai lu une de vos scènes, elles étaient écrites par la même personne qui a écrit MA MERE sur le verso de cette photo et MICHELLE SEVILLE sur la page de garde de ce livre. C’est vous le fils de Phibie. C’est ce qu’avait compris Héra lorsqu’elle a découvert l’original de la photo, celui sur lequel vous avez écrit au verso, en mettant un peu d’ordre dans votre chambre. Certes, elle fouinait beaucoup, mais ce qu’elle a trouvé vous concernant était très compromettant pour vous. Héra pensait peut-être qu’il s’agissait d’une photo de Gaïa dans sa jeunesse, elle ne savait pas que vous étiez un enfant adopté par madame Kingsley. Cette chère Gaïa qui connaissait également le passé de Phibie et vous aurait mis à la porte si elle avait découvert que vous étiez le fils de cette meurtrière. Il est difficile de gagner sa vie lorsqu’on travaille dans l’univers du cinéma si l’on n’obtient pas les bonnes grâces d’un généreux sponsor. Voilà pourquoi vous l’avez réduite au silence » Arès : « vous… vous êtes une pourriture. Comment osez-vous ? » Juge : « surveillez votre langage, monsieur Kingsley » Arès : « d’où tenez-vous de telles énormités ? » Réginald (sourit) : « pour quelqu’un dont la mère adoptive était une femme des hauts lieux, votre langage ordurier semble très bien travaillé. De plus, Gaïa se comportait comme si vous représentiez un luxe qu’elle s’offrait. Un luxe chèrement payé, vous et votre façon de la dorloter, pas comme un fils, mais comme un protégé. C’était vraiment étrange. Tout allait bien, vous étiez maintenant un scénariste d’une notoriété confirmée. Mais Héra a trouvé un secret que vous croyiez enfoui et sous contrôle » Arès : « mensonge ! » Réginald : « elle a commencé à vous faire du chantage. Vous avez donc décidé d’agir, Athéna ne ferme presque jamais sa porte à clef, alors c’était facile de lui voler le premier pic à sucre qu’elle avait reçu des mains de Déméter. Vu qu’elle est seule tous les deux jours chez elle, il est facile d’entrer chez elle pour subtiliser des objets comme ce pic à sucre. Puis, vous vous êtes rendu chez Héra. Elle vous attendait sûrement, impatiente de recevoir un joli paquet d’argent de vos mains en échange de son silence. Seulement, elle trouvera la mort ce jour-là, vous vous arrangerez ensuite pour maquiller tout cela en vol qui a mal tourné en faisant en sorte tout accuse Sarah Anderson. Elle qui manquait d’argent, une étrangère dont tout le monde se méfiait plus ou moins. Votre plan se déroulait à merveille, elle est arrêtée, jugée et condamnée. Vous étiez tranquille, jusqu’à ce que je montre ces deux photographies à la petite fête qui a eu lieu chez vous » Tout le monde regarde Arès. Réginald : « au moment où ses yeux se sont posés sur cette photo de Phibie, Gaïa a compris, elle a découvert le pot aux roses. Elle a refusé de m’en parler parce qu’elle voulait avoir une discussion avec vous. Vous saviez que vous étiez visé désormais, alors vous avez monté une nouvelle scène comme vous savez le faire dans vos scénarii. Vous faites attendre Aphrodite… » Arès : « pour donner du café à ma mère » Réginald : « pour lui donner du café certes, mais avec deux tasses… laissez-moi rire. Vous avez servi le café, mais vous avez utilisé l’écharpe de Gaïa pour l’étrangler. Puis vous avez posé la seconde tasse. Un rouge à lèvres du même type que celui que Cornélia utilise. Vous le mettez sur vous et l’appliquez sur la tasse et vous embaumez la salle avec un parfum très onéreux. Bien sûr, qui ne pourrait pas soupçonner une femme après tous ces indices découverts ? Aphrodite m’a dit que vous aviez mis une dizaine de minutes pour revenir juste au moment où elle se préparait à vous rejoindre à l’intérieur. Dix minutes pour préparer du café, non. Dix minutes pour tuer votre bienfaitrice et maquiller la scène du crime. Si Aphrodite était entrée dans la maison à ce moment, elle aurait découvert votre chef-d’œuvre, c’est pourquoi vous êtes sorti lorsque vous vous êtes rendu compte qu’Aphrodite venait vous chercher » Arès : « j’ai appelé ma mère lorsque j’étais avec Aphrodite. Elle vous l’a affirmé tout à l’heure » Réginald (à Aphrodite) : « madame, étiez-vous près de lui lorsqu’il téléphonait à sa mère ? Je veux dire, à côté du téléphone ? » Aphrodite : « euh… non. Je l’attendais dans la voiture » Arès : « c’est exact, elle m’attendait pendant que je parlais à ma mère » Réginald : « c’est drôle qu’on ne puisse pas remonter jusqu’à cet appel, la technologie est bien trop basique dans cette petite ville. Mais un acteur comme vous, un imitateur capable d’interpréter une voix de vieille femme… Walter qui a pris votre appel disait tout à l’heure que madame Kingsley avait une voix bizarre, on aurait dit qu’elle avait un chat dans la gorge. Cette même voix que vous travaillez durant vos scènes lors des séances de travail » Arès : « je pense avoir le droit de prendre un avocat n’est-ce pas ? » Juge : « si ce que maître Princeton dit s’avère discutable… dans le cas contraire, vous ne pourrez rien faire » Réginald : « le but de cet appel était de placer Athéna à cet endroit précis à l’heure où vous ne seriez pas chez vous, de la véritable poudre aux yeux. L’avocat que vous voulez appeler, j’espère que vous êtes en mesure de prouver le contraire de ce que je dis pour pouvoir le convaincre de vous défendre. Et vous avez oublié un petit détail, l’une des deux tasses portait du rouge à lèvres, la tasse d’une supposée coupable. Athéna ne met pas de rouge à lèvres, alors même si elle avait pu passer la soirée café avec Gaïa, que vous clamez vivante au moment où vous étiez avec Aphrodite, d’où venait le rouge à lèvres sur la tasse ? » Arès ne dit rien, il se contente de fixer Réginald. Réginald : « Athéna, qui parlait du fait que sa mère l’aurait abandonnée, possédait le pic à sucre. Et avec la photo retrouvée devant sa maison, il aurait été difficile pour elle de prouver que Phibie était sa mère puisqu’elle se sait adoptée. Elle n’a jamais connu sa véritable mère, vous étiez là et vous l’avez entendue. Vous aussi vous avez été abandonné par votre mère, Phibie. Voilà pourquoi vous avez intitulé le nouveau long métrage que vous avez mis sur pied, LAISSE A LA NATURE. C’est ce que Phibie a fait de vous, elle vous a laissé à la nature n’est-ce pas ? » Les yeux d’Arès laissent couler quelques larmes. Il est fait. Réginald (au juge) : « monsieur le juge, je demande que Sarah Anderson soit libérée dès aujourd’hui. Vu les faits expliqués ici, force est de constater qu’elle est innocente dans cette histoire. Je demande également la condamnation d’Arès Kingsley ou Michel Séville pour les meurtres de dame Héra et de Gaïa Kingsley. » Dans une dernière tentative, Arès sort une aiguille de sa poche et se précipite sur Réginald. Il tente de lui faire pénétrer l’aiguille dans la tempe, mais Réginald, d’un geste vif, arrête le bras d’Arès et lui donne un coup de poing sur le nez. Arès titube et revient à la charge mais c’est sans compter sur Fabien qui se jette sur lui, les deux hommes tombent, le choc étant d’une violence inouïe. Fabien parvient à immobiliser Arès en lui écartant les deux bras avec les siens, mais Arès est en train de suffoquer. Lors du choc entre Fabien et Arès, ce dernier tenait toujours l’aiguille dans sa main et se l’est enfoncée involontairement dans la gorge, se mutilant une artère au passage. Fabien est pétrifiée devant autant de sang s’échappant de la gorge d’Arès. Il se lève lentement, aidé par les autres policiers qui sont venus en renforts. Le docteur s’empresse d’approcher et d’examiner la gorge, mais il est trop tard, Arès s’éteint progressivement, ses yeux se referment, sa bouche laissant couler de la bave. Les policiers le transportent à l’extérieur dans une civière. Juge : « du calme ! Au vu des évènements qui viennent de se dérouler, il ne fait aucun doute que maître Princeton aurait été la troisième victime d’Arès Kingsley. En conséquence, la cour reçoit tous les éléments mentionnés par maître Princeton et prononce le verdict suivant : Sarah Anderson est déclarée non coupable et sera libérée dès aujourd’hui. Elle bénéficiera d’une indemnité de 60 000 dollars. Le domicile des Kingsley sera scellé jusqu’à la présentation d’un membre de la famille de Gaïa Kingsley à la cour pour transmission de l’héritage à celui-là. L’audience est levée » Le maillet du juge retentit. Walter se précipite sur sa femme. Les deux amoureux s’enlacent chaleureusement sous le regard égayé de Réginald. Tout en les regardant, il repense au jour où il a demandé sa fiancée en mariage et qu’elle avait répondu favorablement à sa requête. Il se dépêche de regagner l’extérieur et laisse exploser son chagrin en pleurant à chaudes larmes. Il est suivi par Fabien. En le voyant arriver vers lui, Réginald essuie rapidement son visage et arbore un pseudo sourire qui ne trompe pas le commissaire. Fabien : « c’était du beau travail ! Moi-même je ne pouvais pas imaginer qu’il s’agissait d’Arès Kingsley. Vous êtes vraiment très perspicace » Réginald : « j’ai juste laissé parler les indices, vous savez » Fabien : « mais au moins, justice a été rendue. Cette fois, il n’y a aucun doute. Je vous remercie d’avoir bien voulu venir ici pour cette affaire » Réginald : « ce fut une bonne expérience… » Fabien : « … ne vous en faites pas pour ce que vous traversez. Vous finirez par faire complètement votre deuil » Réginald sourit. Fabien s’en va. Walter sort quelques minutes plus tard du tribunal avec sa femme, ils rejoignent Réginald tous les deux. Sarah : « vous êtes mon sauveur, monsieur Réginald Princeton » Walter : « je ne vous remercierai jamais assez » Réginald : « soyez heureux ensemble, c’est tout le bien que je vous souhaite. Maintenant, il faut qu’on aille à la gare. On doit rentrer » Pendant ce temps, aux Etats-Unis, Hermann est sur une affaire de meurtre mettant en scène des pendules. L’accusée est une femme qui travaille pour une agence d’entretien des maisons. Hermann est allée la rencontrer dans une prison où elle a été placée en détention en attendant que son procès ait lieu. Il a choisi d’être son avocat commis d’office car aucun membre du barreau n’a voulu la défendre, estimant que son sort était scellé. Il réussit à la rencontrer et à avoir un entretien avec elle dans la salle des visites. La jeune femme porte le nom de Viviane Cooper. Hermann : « bonjour madame » Viviane : « mademoiselle…je ne suis pas encore mariée » Hermann : « d’accord, je suis Hermann Byron, votre avocat » Viviane : « le ciel soit loué ! Finalement, il y a au moins quelqu’un qui accepte de m’écouter » Hermann : « racontez-moi ce qui s’est passé » Viviane : « voilà, je suis allée au travail avant-hier, je suis arrivée à peu près vers 8 heures. Mon patron m’a envoyée faire le boulot dans une petite maison à la rue 17. J’y suis allée… » Hermann : « comment s’appelle votre patron ? » Viviane : « Il s’appelle Ahmad, c’est un expert en nettoyage » Hermann (prend des notes) : « poursuivez » Viviane : « je suis revenue dans l’après-midi. C’est là que j’ai rencontré mes collègues, il y a des filles et des garçons, l’une d’entre elles se plaignaient de sa chaussure qui a perdu ou s'est cassé au niveau du talon. C’était dommage parce que c’était une chaussure toute neuve alors… mon boss est sorti et a rappelé les autres filles à l’ordre, puis il m’a demandé de venir dans son bureau » Hermann : « que s’est-il passé ensuite ? » Viviane : « en fait, il voulait me dire que la vieille mémé l’a appelé et expressément sollicité mes services » Hermann : « qui ? » Viviane : « la mémé, elle s’appelle Florence. C’est une retraitée qui sort parfois pour aller à la bibliothèque. Mon boss m’a délivrée un message d’elle. Ce message disait qu’elle sollicite mes services particulièrement et qu’elle m’attend à 15 heures précises chez elle. Si je ne la trouve pas, c’est qu’elle aura laissé la porte ouverte, elle ne la fermera pas à clef avant de sortir » Hermann : « et l’avez-vous trouvée chez elle ? » Viviane : « non, justement. C’est cela qui bizarre, je ne la connaissais pas mais elle laisse la porte de sa maison ouverte pour que je vienne faire du nettoyage et du rangement » Hermann : « intéressant, allez-y, continuez » Viviane : « je suis arrivée chez elle. J’ai d’abord frappé avant d’entrer, personne ne me répondait, alors j’ai pressé la poignée de la porte et j’ai constaté que la porte n’était pas fermée. Je suis donc entrée dans la maison de cette femme. J’ai tout de même continué d’appeler au cas où, vous savez, ces vieillards sont parfois durs de la feuille. Aucune réponse, j’ai tout d’abord remarqué que le salon était super bien rangé, la cuisine était nickel, je me suis demandée ce que je venais faire là. J’ai tout de même décidé d’attendre Florence pour lui demander des précisions sur le travail que je devais effectuer » Hermann : « vous avez décidé d’attendre toute seule à l’intérieur ? » Viviane : « oui… je n’avais pas vraiment le choix, il arrive parfois qu’on se retrouve dans ce genre de situation. Et c’est là que j’ai remarqué quelque chose de complètement bizarre » Hermann : « qu’avez-vous vu qui sortait de l’ordinaire ? » Viviane : « j’ai regardé ma montre, il était exactement 15 heures. Nous mettons un point d’honneur sur la ponctualité. C’est là qu’une horloge contenant un coucou se mit à chanter. Sans doute, il était réglé pour chanter à cette heure-là. Mais dans le salon de la mémé, il y avait aussi trois pendules, dont l’une qui indiquait 18h45, l’autre 16h45 et la troisième 13h00 » Hermann : « quelle heure était-il ? » Viviane : « 15 heures… » Hermann : « c’est bizarre… » Viviane : « vous trouvez aussi ? A part cela, je suis restée encore cinq bonnes minutes. Puis, j’ai…j’ai… » Viviane se met à pleurer. Hermann : « qu’avez-vous vu ? » Viviane : « j’ai vu un pied… » Hermann : « un pied ? Comment ? Humain ? » Viviane : « oui. Un pied humain. Il était juste derrière le divan sur lequel j’étais assis. Je me suis retournée pour regarder, et c’est là que je l’ai vue » Hermann : « qui avez-vous vu ? » Viviane : « cette femme… morte… » Hermann : « morte ? » Viviane : « je n’arrive toujours pas y croire. J’étais dans la même pièce qu’un cadavre » Hermann : « calmez-vous madame, s’il vous plaît. Où puis-je trouver cette femme, Florence ? » Viviane : « à la rue 10, appartement numéro 40. Vous la trouverez chez elle, elle ne sort pas beaucoup apparemment, monsieur Ahmad me l'a précisé en tout cas » Hermann : « d’accord. J’ai bien noté tout ce que vous avez dit. Pourrais-je savoir qui est-ce qui était chargé de l’enquête ? » Viviane : « un homme, un policier, je crois. Il s’appelle Henri Byron » Hermann : « l’officier de police Henri ? » Viviane : « possible… » Hermann : « ah ! D’accord » Viviane : « je vous en prie. Je suis innocente, mais personne ne semble croire en ma version » Hermann : « grâce à la présomption d’innocence, mademoiselle, je vous crois innocente jusqu’aujourd’hui où les preuves que j’aurai se retourneront contre vous » Hermann quitta la prison et prit la route qui mène au commissariat principal de police dans le but de rencontrer l’officier Henri Byron, son petit frère. Il emprunte donc un taxi qui, après une trentaine de minutes, le laisse à destination. Il monte les marches qui mènent à la porte d’entrée. Il rencontre son frère à l’entrée, celui-ci manifeste sa surprise de voir son grand-frère à son lieu de travail. Henri (s’avance vers son frère) : « Hermann !!! Toi ici » Hermann (salue chaleureusement son frère) : « comment vas-tu, petit frère ? » Henri : « je suis content de te voir. Je rentre justement de ma pause. Dis-moi un peu, quel bon vent t’amène ? »
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