Fabien : « j’espère que vous parviendrez à convaincre les jurés »
Il est exactement 9 heures lorsque la voiture de Fabien arrive devant la salle d’audience. Tout le monde est déjà présent. Fabien, Perséphone et Réginald entrent dans la salle. Perséphone prend place dans le public, Fabien se dirige vers les places de devant et Réginald va s’asseoir près de Sarah Anderson. Le juge entre également à ce moment, alors tout le monde se lève. Puis, il s’assoit et tout le monde en fait autant. Tout le monde est là ; Aphrodite, Athéna et Dionysos, Artémis et son mari, Cornélia et Zeus, Déméter et le docteur, Perséphone, Walter, Arès, quelques inconnus, Fabien et Sarah Anderson sans compter les jurés et le juge.
Juge : « bonjour mesdames et messieurs. J’ai été assez surpris que le commissaire Fabien demande la révision du procès de Sarah Anderson qui devrait être exécutée normalement aujourd’hui. Tout porte cependant à croire qu’il ne s’agit pas d’un cas normal. Si la cour est présente aujourd’hui, c’est pour examiner de nouveaux éléments qui pourraient être mis en
évidence par un avocat qui a décidé de défendre l’accusée tout en nous faisant part de son expertise. Je vous remercie pour votre présence, mesdames et messieurs les jurés. J’invite maintenant maître Réginald Princeton à nous présenter ce qu’il a trouvé. Si ces nouveaux
éléments sont à même d’influencer le verdict, nous allons bien sûr le réviser. Mais dans le cas contraire, l’accusée sera exécutée à la fin de cette audience. De sa vie dépend ce que vous direz aujourd’hui. Vous pouvez interroger qui vous voulez sauf bien sûr les membres de la cour. A présent, vous pouvez commencer votre exposé »
Réginald se lève et se déplace jusqu’à se tenir face à l’assistance. Il prend une bonne inspiration car il sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur.
Réginald : « mesdames et messieurs, je vous remercie de votre présence à tous. Il est
nécessaire que je commence par le début de cette histoire »
Juge : « est-ce vraiment indispensable ? »
Réginald : « oui monsieur le juge. J’exposerai les nouveaux éléments au fur et à mesure »
Juge : « dans ce cas, poursuivez »
Réginald : « bien. Tout commence avec dame Héra. Une femme simple qui travaille pour gagner son pain quotidien. Bon nombre de ceux qui se trouvent dans cette salle la connaissaient car elle nettoyait leurs maisons, leurs vêtements et j’en passe. Mais un drame se produit ; Héra est assassinée et une allogène est condamnée pour son meurtre, Sarah Anderson. Cependant, ayant constaté qu’il y aurait peut-être erreur sur la personne, le commissaire Fabien me fait venir dans cette ville pour y mener une enquête complémentaire, ce que j’ai fait. La première question que je me pose est la suivante ; quel est le mobile du meurtre d’Héra ? »
Juge : « le mobile connu est l’argent, argent subtilisé par l’accusée »
Réginald : « comme vous le dites, monsieur le juge, c’est le mobile connu jusqu’ici. Mais ce n’était pas le bon. Beaucoup d’entre vous connaissent les deux photographies du
journal j’ai nommé Monday Review, n’est-ce pas ? »
Toute l’assistance répond par l’affirmative, soit en hochant la tête, soit en répondant tout
simplement par oui.
Réginald : « Héra avait reconnu l’une de ses photos. Ensuite, je me suis demandé où avait-elle bien pu voir ces photos. C’est là que Sarah Anderson m’a donné une réponse quelque peu entrecoupée. Mais elle a découvert ces photos chez les Kingsley. Pourtant, lorsque je vous ai présenté ces deux photographies à la petite célébration festive, Gaïa Kingsley m’a dit qu’elle reconnaissait la photo de Lolita, la jeune enfant meurtrière »
Juge : « et vous prétendez que le mobile du meurtre n’est pas l’argent retrouvé dans la cour d’Héra ? »
Réginald : « c’est la stricte vérité, monsieur le juge. Vous allez comprendre pourquoi »
Juge : « je vous en prie, poursuivez »
Réginald : « le fait est que Gaïa Kingsley a délibérément choisi de m’induire en erreur lorsqu’elle a choisi la photo de Lolita, mais ce qu’elle ignorait c’est qu’elle m’a certes trompé au départ, cependant le meurtrier qui était au milieu de nous, a bien compris qu’elle essayait de me mettre sur une fausse piste »
Juge : « en quoi ces photos sont-elles si importantes ? »
Réginald : « monsieur le juge, un peu de patience je vous prie. Vous l’aurez compris, Gaïa avait reconnu en fait la photo de Phibie, la complice de Cano dans le meurtre de madame Cano. Et le lendemain de cette fête, Gaïa Kingsley se fait assassiner. Mais avant sa mort, l’une des femmes ici présentes a reçu un coup de téléphone de Gaïa Kingsley. Peut-elle se lever ? »
Lentement, Athéna se lève et regarde autour d’elle. Tous les yeux sont rivés sur elle. Elle a vite fait de s’assoir à nouveau.
Juge : « c’est donc cette femme la coupable si je comprends où monsieur l'avocat veut en venir »
Réginald : « non, en réalité elle constitue l’un des alibis du meutrier. Parce qu’en réalité,
le hasard a voulu que ce soit Athéna, cela aurait pu être Cornélia ou Déméter également »
Juge : « pourquoi ? »
Réginald : « parce que ces trois femmes ont approximativement l’âge qu’aurait eu aujourd’hui la fille de Phibie. Voilà l’une des raisons pour lesquelles ces photos sont importantes, monsieur le juge »
Juge : « bien, et en quoi constituent-elles un mobile sérieux pour le meurtre d’Héra ? »
Réginald : « voyons ensemble ce qui s’est passé. Athéna, lorsque vous vous êtes rendue
chez les Kingsley, que s’est-il passé ? »
Athéna : « eh bien, j’ai appuyé sur la sonnette, mais personne ne m’a répondu. S’il y avait eu une petite avancée technologique, je pense que j’aurai pu avoir un portable pour lui téléphoner aussi »
Réginald : « elle y est allée, elle a sonné mais personne ne lui a répondu, personne ne lui a ouvert la porte. Cependant, tout porte à croire qu’il y avait quelqu’un avec Gaïa Kingsley
parce que sur la table, il y avait deux tasses dont l’une marquée d’une trace non négligeable de rouge à lèvres. Qui était donc passé par là ? J’ai également un autre témoin dont je tairais le nom. Ce témoin a aperçu une femme se diriger vers le domicile des Kingsley dans la soirée »
Juge : « votre témoin se trouve dans cette salle ? »
Réginald : « oui, monsieur le juge »
Juge : « pourquoi souhaite-t-elle garder l’anonymat ? »
Réginald : « parce que les circonstances ayant conduit au fait qu’elle ait aperçu une
personne se dirigeant vers le domicile des Kingsley cachent une situation qui mettrait en cause sa dignité »
Juge : « elle est donc ici et elle est disponible. Elle ne passera pas à la barre mais je
demande malgré tout qu’elle se lève »
Réginald regarde Perséphone et lui fait signe de se lever, ce qu’elle refuse de faire.
Juge : « si elle ne se lève pas, je me verrai dans l’obligation de la faire comparaitre ici »
Ne voulant pas être contrainte à témoigner, Perséphone se lève tout doucement.
Juge : « bien… vous pouvez vous asseoir »
Réginald : « j’ai également noté une odeur de parfum pour femme. Ce n’est pas à la
portée financière de tout le monde. Ce parfum est exactement celui que porte Cornélia. De plus, son rouge à lèvres est pratiquement le même que celui dont la trace fut retrouvée sur une des
tasses posées sur la table, près d’une Gaïa décédée »
Juge : « Cornélia, levez-vous »
Cornélia (se met debout) : « je n’ai rien fait. Je n’ai pas tué cette femme »
Réginald : « êtes-vous vraiment étrangère à tout ce qui se passe ? »
Cornélia (à son mari) : « Zeus, aide-moi »
Réginald : « vous appelez de l’aide, mais est-ce que votre mari sait au moins ce que vous ne lui dites pas ? »
Cornélia semble gênée. Zeus cherche à comprendre ce que sous-entend Réginald.
Zeus : « je vous préviens, vous avez intérêt à ne pas calomnier ma femme devant moi ou je porterai plainte contre vous »
Réginald : « où se trouve la calomnie lorsque j’affirme que votre femme met tel parfum
ou tel rouge à lèvres ? »
Cornélia : « vous vous trompez sur toute la ligne. N’importe qui aurait pu badigeonner du parfum dans le salon de madame Kingsley ou mettre mon rouge à lèvres sur cette tasse »
Réginald : « exactement. N’importe qui le pouvait et l’a exactement fait, de façon à attirer l’attention »
Cornélia s’assied.
Réginald : « cela donne à réfléchir tout de même. Du rouge à lèvres, lorsqu’il y en a sur de la porcelaine, il est très aisé de l’essuyer sans en laisser la moindre trace. Cependant, le rouge à lèvres restait visible sur la tasse. Quant au parfum, il n’est pas nécessaire d’en mettre autant pour dégager une odeur des plus agréables, mais le salon de Gaïa en était aspergé à souhait. A mes yeux, il semblait avéré que le meurtrier cherchait à mettre en exergue la féminité pour faire croire que le meurtrier est en fait une femme, ce qui me pousse bien sûr à penser qu’il s’agit plutôt d’un homme »
Juge : « pour lequel des meurtres ? »
Réginald : « les deux meurtres, monsieur le juge, ont le même assassin »
Juge : « bien, poursuivez »
Réginald : « l’appel téléphonique envoyé à Athéna n’était qu’un leurre, finalement. Walter, mon associé, a répondu à cet appel. Il a ensuite relayé le message à Athéna parce que ledit message lui était adressé. Walter, s’il vous plaît, pouvez-vous nous donner le contenu exact du message que Gaïa vous a laissé à l’attention d’Athéna ? »
Walter : « elle m’a demandé de dire à Athéna de faire un saut chez elle pour prendre une
tasse de café »
Réginald : « c’est exactement ce qu’elle vous a dit ? »
Walter : « oui, c’est exactement ce qu’elle m’a dit »
Réginald : « vous semblait-elle dans son état normal ? »
Walter : « je ne la connais pas vraiment, alors je ne saurais le dire »
Réginald : « comment pourriez-vous qualifier sa voix ? »
Walter : « sa voix était étrange, comme si elle avait un chat dans la gorge »
Juge : « merci monsieur, mais, maître Princeton, qu’est-ce que cela voulait dire donc ? »
Réginald : « je sais juste que le meurtrier avait l’intention d’impliquer une femme dans sa sale besogne et il lui fallait quelqu’un qui allait lui servir d’alibi »
Juge : « et pourquoi cela ? »
Réginald : « telle est la question, monsieur le juge. Et la réponse est évidente maintenant, c’est un homme qui a tué Gaïa Kingsley. L’assassin des deux femmes est un homme, le même homme. Mais quel est cet homme ? Qui est-ce ? »
Juge : « je compte sur vous pour prouver cela, maître »
Réginald : « est-ce un étranger ? Une connaissance ? Un confident ? Un proche ? Nul doute que les deux meurtres dépendaient de la même photographie. Car celle-ci représentait un véritable danger pour l’assassin. Une photo qui aurait due disparaitre depuis longtemps, mais qui n’a fait que perdurer au fil des ans »
Juge : « comment le savez-vous ? »
Réginald s’avance vers Walter et prend la photo de Phibie qu’il tient entre ses mains.
Réginald (présente la photo originale de Phibie au juge et à l’assistance) : « voilà comment je le sais, cette photo a été découverte tout à l’heure chez Athéna, ou plutôt devant sa maison »
Réginald s’avance vers Athéna et montre le verso de la photo.
Réginald : « au verso, il est écrit MA MERE. Vous, madame Athéna. vous avez dit que vous avez été abandonnée par votre mère. Vous ne parlez jamais de votre père »
Dionysos (se lève) : « non, mais vous êtes malade ? Vous croyez que je vais vous laisser vous acharner contre ma femme. N’importe qui aurait pu déposer cette photo devant notre maison, y compris vous »
Juge : « calmez-vous s’il vous plaît »
Athéna : « je vous jure que je n’ai jamais vu cette photo, hors mis chez Gaïa Kingsley »
Réginald : « je sais que vous n’auriez pas pu mettre cette photo devant votre maison. Puisque, Walter n’aurait jamais trouvé cette photo si c’était vous la meurtrière. Et je viens de vous le dire, le meurtrier est un homme. La raison pour laquelle ces deux meurtres ont eu lieu, c’est l’argent »
Juge : « quoi ? Finalement, on n’en est pas plus avancé »
Réginald : « vous croyez ? Sur la page de garde d’un livre qui se trouvait sur la table sur
laquelle étaient posées les deux tasses, on peut lire un nom ; Michelle Séville. C’est le nom qu’on a donné à Phibie lorsqu’elle a quitté la Suisse pour l’Australie. Il serait logique de penser qu’elle aurait pu ainsi nommer son enfant. Michel est un nom qui peut s’adapter aussi bien aux filles qu’aux garçons, seul l’orthographe change pour différencier les genres. Mais qu’est-ce qui pouvait nous pousser à croire que l’enfant était une fille ? C’est bien entendu parce que l’on a transposé le nom et le genre de la mère sur l’enfant sans imaginer qu’elle aurait pu mettre au monde un garçon, le Monday Review nous y a bien aidés en racontant que Phibie a mis une fille au monde. Pourtant, le Monday Review est plus un instrument de divertissement plutôt
qu’un outil d’information. L’enfant de Phibie s’appelait donc Michel Séville. Comment les rédacteurs auraient-ils pu connaitre le s**e d’un enfant étant donné que celui-ci n’était pas encore né ? »
Juge : « j’espère que c’est une question rhétorique, maître »