Chapitre 7
Darren m'a contacté afin que je vienne au bureau pour des problèmes administratif. Je crains qu'il ai un doute sur la véracité des informations que je lui ai données concernant mon état de santé.
Darren me voit arriver et soupire. Je crains que cette fois-ci, le maquillage n'ait pas fait de miracle.
- Salut Darren
- Ça va mieux !
- Oui, je pense que je suis guéri.
- Bien ! Je voudrais avoir une conversation sérieuse avec toi et personnelle alors ferme la porte s'il te plaît ! Il n'y a plus grand monde, mais je veux que cette conversation reste privée.
- D'accord.
Je m'assois, me demandant ce qu'il peut bien l'inquiéter ainsi, même si j'ai un doute.
- Ecoute, je suis désolé, je ne suis pas souvent malade, mais là, c'était carabiné.
- Pourquoi je n'ai pas eu ton certificat médical ni de test PCR ? Ce n'est pas sérieux ça ! Je ne te reconnais pas là !
- Parce que je l'ai perdu (hésitante).
- Tu ne perdrais pas un papier si important.
- Bon d'accord ! Je n'ai pas vu le médecin, parce que je préfère me soigner moi-même avec des plantes.
- Des plantes ! Pour le Covid ! Non mais tu es bien sérieuse ?
- Oui, c'est super ! Ça marche super bien !
- Je vais être très clair avec toi. Je suis chef de police depuis plus de 10 ans. Sans me vanter, je suis plutôt perspicace et je sais détecter les failles de certaines personnes.
- Je ne comprends pas où tu veux en venir. Tu crois que je t'ai menti pour me la couler douce !
- Pour te la couler douce, certainement pas, mais menti certainement.
- Non mais ! Pour qui tu te prends en fait !
- Et toi alors ! Tu ne me parles pas comme ça ! Tu sais très bien que je te traite comme mon égal, mais il y a des limites à ne pas franchir Brenda !
- Justement, mêle-toi de tes affaires !
- Écoute, on ne va pas se disputer quand même ! Je ne suis pas là pour te faire du tort, mais pour te sauver les miches !
- Je vois tes expressions à travers ton masque ! Tes yeux me parlent, tu sais !
- Je n'en reviens ! On se fait confiance non !
Je me lève, prête à partir, très agacée par le comportement de Darren.
- Oui, on se fait confiance et je n'en doute pas un instant, mais je sais qu'il y a des choses qui sont dures à dire.
- J'ai rien à cacher. Sur ce.....
- Assied-toi Brenda ! Je n'ai pas fini. Tu vas oublier que je suis ton adjoint et on va se parler en tant qu'amis.
- Même en tant qu'amis, tu ne me feras pas dire que je t'ai menti.
- Je pense que tu es victime de maltraitances. Tu veux le cacher, mais quelqu'un te maltraite. Je soupçonne même que ce soit des violences conjugales, même si tu te dis célibataire. Aujourd'hui encore, je vois que tu as un bleu caché sous ton phare à joue et ton anti-cerne. Tu caches quelque chose sous ton col roulé et tes yeux sont gonflés. Le maquillage ne cache pas toujours tout Brenda et je pense de plus que ton masque te rend bien service.
- Quoi ! (Je rigole, même si j'en n'ai pas envie) Tu dérailles Darren ! C'est complètement faux. C'est la lumière qui fait ça. J'ai rien sur le visage. C'est un drôle de scénario !
- Je ne suis pas idiot. Tu es arrivée beaucoup trop souvent avec des blessures corporelles plus ou moins inquiétante. Nous sommes deux à l'avoir remarqué. Puis peut-être que d'autres l'ont remarqué, mais n'ont pas osé en parler.
- Ah ouais et qui est l'autre personne qui ose porter de tels ragots !
- Une personne très compétente et qui ne peut pas se tromper. Il s'agit de John.
- Jamais je n'aurais cru ça de lui.
- Il s'inquiète pour toi, ne vois pas ça en mal. Lorsque tu as chuté, enfin soi-disant, dans les escaliers, tu as raconté que c'était arrivé le matin. John connaît son travail et a détecté à vue d’œil que l'ecchymose datait de plus de 20 heures. Il m'a raconté qu'il avait vu l’autre jour d'importantes traces sur ton poignet. Comme si quelqu'un l'avait serré au point de te couper la circulation du sang.
- Je ne suis pas un de ses macchabées. De quoi il se mêle !? Il n'a pas à faire de pronostic sur moi.
- Nous sommes tes collègues et on n'a justement pas envie de te retrouver parmi les macchabées de John. Tu sais qu'on t'apprécie tous ici ! Tu es notre rayon de soleil, mais depuis bien longtemps maintenant, les nuages cachent le soleil.
- Tu t'improvises poète maintenant ! Personne me maltraite Darren. C'est moi qui ne fais pas attention, c'est tout. Des fois, je me cogne. Puis vu que je marque vite. Tout ce qui m'arrive est ma faute. Tu entends ! Ma faute !
- C'est la phrase clichée de toutes les femmes qui subissent des maltraitances.
- Pas moi ! Regarde-moi bien ! C'est moi Brenda ! Je suis flic. Tu crois que je laisserais quelqu'un me taper sur la gueule sans réagir. Je suis une femme forte, pas une faible. Alors toi et John arrêtez de vous imaginer n'importe quoi.
- Ecoute-moi bien. Je tiens énormément à toi. Je ne pourrais pas tolérer d'autres violences. Si je constate des marques suspectes encore une seule fois, une seule ! Je contacte les services sociaux.
- Tu te goures !
- J'espère de tout cœur.
- Le contrôle de l'inspection je présume que c'est du pipo !
- Il fallait bien te faire venir !
- Mouais ! Mais je n'apprécie pas qu'on mette le nez dans mes affaires ! Ecoute, je vais rentrer.
- Si je te demande de baisser ton masque, tu me réponds quoi !
- Que c'est imprudent ! Sur ce à lundi !
- A lundi.
- A lundi.
- Brenda !
- Oui !
- Prends tes jours d'arrêt sur tes heures supplémentaires. Tu as bien le droit de te reposer. Je ne dirais rien ! Je te couvre.
- Merci !
Je rentre chez moi et je me maudis ! Je n'ai pas eu le courage de dire à mon plus proche collègue et ami que je suis effectivement victime de coups. Il m'a tendu la main et je n'ai pas su l'attraper. Je ne sais pas pourquoi ! La fierté sans doute, la peur de perdre ma crédibilité. Je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à parler à mes proches. J'ai surtout tellement peur que Stan s'en prenne à Victoria ou qu'il mette ses menaces à exécution.
A suivre