Anicet regarda Sirena Mandy marcher à travers la clairière de façon un peu moins habituel. Lui, il avait été insatiable, à la limite de la brutalité, réclamant toujours plus alors qu’elle se donnait à lui du mieux qu’elle pouvait, gémissant à chaque fois qu’il l’appuyait.
Oh seigneur, il s’était comporté comme un vrai sauvage ! Affamé, brûlant les étapes un peu comme si sa vie allait s’arrêter juste après… Et elle avait cédé à toutes ses exigences, avec ce cri de volupté qui le rendait fou. Même quand il l’avait retournée sur le ventre, forçant l’ultime barrière de sa pudeur. Son abandon l’avait bouleversé tandis qu’elle palpitait autour de lui, sans aucune inhibition, acceptant sa domination, se soumettant à ses moindres désirs. Encore et encore. Des heures durant il lui avait fait l’amour mais son désir n’avait pas changé d’un iota.
Elle finit par rejoidre le porche de sa maison et, bien qu’il le lui ait interdit, elle se retourna pour lui adresser un signe de la main. Petite folle. Un sentiment de fierté mêlé de possessivité l’envahit, d’autant plus absurde qu’elle ne serait jamais à lui. Il ignorait pourquoi elle s’était donnée à lui cette nuit, mais il n’y avait aucune chance que cela se reproduise. Bon sang, un homme qui avait du sang indien dans les veines devait payer trois fois le tGloriaf normal pour qu’une prostituée accepte de coucher avec lui ! Sirena Mandy allait retomber sur terre, et saisir le sens même de ce qu’elle venait de faire.
Elle referma la porte derrière elle. Aucune lumière ne s’alluma à l’intérieur. Une chance, sinon il serait probablement resté des heures à contempler sa fenêtre comme un imbécile.
— Tu joues avec le feu, fit dans l’ombre une voix familière.
Il ne bougea pas. Son obsession pour Sirena Mandy allait devenir un problème si elle le rendait sourd et aveugle ! Il connaissait pourtant la sanction pour un Peau-Rouge qui osait tourner autour d’une femme blanche : on le pendait haut et court. Heureusement, Trishnan et Daiysi étaient probablement les deux seules personnes au monde capables de le surprendre par-derrière, mais, quand même, l’avertissement était à prendre en compte.
— Je sais, acquiesça-t-il en se retournant.
Les ombres bougèrent et Trishnan apparut. Comme à son habitude, il était vêtu de noir de la tête aux pieds et se fondait dans la nuit. Anicet devina plus qu’il ne vit la découpe de son immense silhouette, ses épaules massives et le reflet argenté du bandeau qui ornait son chapeau. Son visage était invisible mais il le connaissait aussi bien que le sien. Ils étaient des frères d’armes, des compagnons de la mort. Quand l’armée mexicaine était ressortie de leur petite ville, il ne restait que des maisons en feu et des rues jonchées de cadavres. Ils n’ont laissé que la mort derrière eux.
De façon machinale, il toucha la balle qu’il portait autour du cou. Il la sentit lus lourde, subitement, comme chaque fois que lui revenait en souvenir ces heures de cauchemar. Huit survivants s’étaient relevés au milieu des ruines fumantes. Huit adolescents dévastés, hagards. Ils avaient fait bloc pour survivre. Ensemble, ils avaient appris à devenir plus durs que l’acier, plus forts que le malheur, plus coriaces que la mort ! On leur avait donné un surnom : les Fatal Boys. Les huit revenus de l’enfer. Pires que des loups, ils s’étaient vengé, traquant et exécutant les assassins de leurs parents jusqu’au tout dernier. On aurait pu les pendre, mais on leur avait offert la chance de mettre leurs talents au service de la loi, et ils l’avaient saisie. Leur titre de ranger leur avait donné une forme de respectabilité. Aujourd’hui, certains pensaient que les Fatal Boys s’étaient domestiqués. Anicet sourit lentement. Grossière erreur.
— Le jour où la jolie veuve sifflera la fin de la récréation et décidera de retourner à sa petite vie respectable, tu feras quoi ?
Anicet haussa les épaules. Il ferait ce qu’il avait toujours fait : il regarderait le bonheur lui échapper.
— Je chercherai une autre partenaire, répondit-il pour clore le sujet. Qu’est-ce qui t’amène par ici ?
— On était dans le coin. On a eu envie de voir si Amos et toi alliez bien.
— On ?
— Daiysi est dans le coin.
Il l’aurait pGloriaé. S’il y avait Trishnan, c’était que Daiysi n’était pas loin.
— Amos est au ranch Montoya.
— C’est ce qu’on m’a dit.
Le ton sinistre de sa voix n’était pas engageant. Tout le monde avait tendance à considérer Amos comme le plus imprévisible de la b***e, mais c’était une erreur. Trishnan et Daiysi, son frère jumeau, étaient les deux vrais électrons libres des Fatal Boys.
— Qu’est-ce qu’on t’a dit d’autre ?
— Qu’il s’est mGloriaé avec une petite bombe.
Anicet sourit.
— C’est une façon de décrire Angella. J’ajoute qu’elle est drôle, vive et en adoration devant Amos. Et réciproquement. Mais ils ne sont pas encore mGloriaés. La noce sera célébrée dans deux mois environ.
Trishnan grogna.
— Il est amoureux ?
— Comme un dingue.
Trishnan marmonna tout bas et fit passer sous son autre bras le paquet qu’il tenait serré, enroulé dans une couverture.
— Son sourire ressemble à quoi ?
Anicet comprit le sens de sa question. Pendant toutes ces années de cauchemar, ils avaient vu la gaieté de Amos disparaître, remplacée par un sourire mécanique, de façade. Et ils s’étaient tous dit que celle qui réussirait à lui rendre sa joie de vivre serait la femme de sa vie.
— A celui d’un homme qui nage en plein bonheur.
— Bon. Je ferai un saut là-bas pour voir si elle a assez de cran pour épouser Amos.
Anicet revit Angella sur la falaise, quand Amos était tombé dans le vide. Elle l’avait agrippé, s’arc-boutant de tout son poids minuscule pour tenir jusqu’à l’arrivée des secours, au risque de basculer avec lui dans le vide.
— Oh ! du cran, elle en a, je te l’assure.
Trishnan le dévisagea.
— Sacré assurance.
— Je le suis.
— Alors, ce sera une sacrée noce dans deux mois.
— C’est le cas de le dire. Angella est très riche.
— J’imagine que Amos a dû avoir du mal à avaler cette couleuvre.
— Heureusement, avec ce ranch immense, il hérite aussi d’un paquet de problèmes.
Trishnan se mit à rire.
— Il y a trouvé une forme de consolation, je suis sûr.
Ce que Amos pouvait peut-être encore aimer plus que Angella, c’était la perspective d’un défi à relever.
— Disons que ça a mis un peu de baume sur sa blessure d’amour-propre.
— Il a vraiment failli tuer sa belle-mère quand sa fiancée a été kidnappée ?
— Non seulement elle, mais le ranch Montoya au complet. Ils avaient sous-estimé son attachement à Angella.
Anicet vit le sourire de Trishnan luire dans l’ombre.
— Nous avons pris l’habitude de sous-estimer Amos.
— C’est surtout Amos qui a sous-estimé les hommes de Montoya. Ce sont des braves. Ils te plairont. Ils pourraient être des nôtres.
— Oui, c’est ce que j’ai entendu dire.
Trishnan avança. Les premières lueurs du jour éclairèrent la cicatrice livide qui lui entaillait la joue. L’espace d’un instant, Anicet se revit quinze ans en arrière, dans la petite ville où ils avaient grandi. Le galop assourdissant des chevaux, les cris de guerre des soldats mexicains, les hurlements des victimes. Il revécut la terreur de ces minutes, la brûlure de la balle au moment où elle lui avait traversé la poitrine, la clameur qui s’éloignait, puis le visage de Trishnan au-dessus de lui, ruisselant de sang, tandis qu’il retirait son couteau du cadavre de l’homme qui venait de lui tirer dessus.
Il exerça un touché sur la balle qui pendait à son cou. Son talisman. Un souvenir pour ne jamais oublier l’horreur de ce jour-là. Aujourd’hui encore, il avait à la mémoire l’odeur de mort qui flottait dans les rues. Elle était gravée à jamais dans son esprit. Intacte.
Il respira une grande goulée d’air pour reprendre pied dans le présent et montra l’étrange paquet que Trishnan serrait sous son bras.
— Qu’est-ce que c’est ?
Sa cicatrice plissa quand il sourit. Trishnan n’était pas « beau » au sens strict du terme, mais il dégageait une force et une puissance impressionnantes.
— Un cadeau de Forlan. Pour toi.
— Pour moi ? Mais ce n’est pas mon anniversaire.
Le paquet gigota.
Trishnan lâcha un juron et l’empoigna à deux mains pour l’éloigner de lui. Un couinement monta de la couverture.
— Bon sang ! Ce maudit animal vient de faire ses besoins sur moi !
Anicet aperçut un museau brun-roux, de longues oreilles molles et familières. Un chiot. Et pas n’importe lequel.
— Hé ! On dirait que Diégo est devenu papa !
Il fut envahi par de la nostalgie. Il revit le gros basset paresseux qu’ils avaient tous pris pour un c****n et qui était devenu un vrai héros en sauvant la vie de Forlan.
— Qui aurait pu imaginer que ce sac à puces trouverait assez d’énergie pour courtiser une dame ?
Trishnan posa le chiot sur le sol. En digne rejeton de son père, il se coucha avec un soupir exténué.
— Forlan l’a mis de côté pour toi. Elle dit que c’est le plus beau de la portée.
Anicet attrapa l’animal par la peau du cou et le souleva. Il ne devait pas avoir plus de trois mois. Ses longues oreilles lui arrivaient à mi-pattes et il avait des yeux bruns attendrissants. Il remua la queue et lui donna un coup de langue.
— Il est mignon.
Le chiot le remercia d’un deuxième coup de langue.
— Tu dis qu’elle me l’a mis de côté ? Pourquoi ?
Trishnan tira sur sa chemise humide d’un air dégoûté.
— C’est la rançon de la gloire. Un animal qui suit la trace de sa maîtresse sur des kilomètres après avoir reçu un coup de couteau, ça ne court pas les rues. Tout le monde veut un descendant du héros.
Anicet éclata de rire. Il est vrai que Diégo était entré dans la légende du Fatal Boys, ce jour-là.
— C’est combien de chiots qu’il y’a dans la portée ?
— Six. Les prix se sont envolés. Une vrai foire d’empoigne.
— Tu plaisantes ?
Le chiot s’affala lourdement contre son épaule et entreprit de mordiller le cuir de sa veste.
— Absolument pas. Et Forlan s’obstine à décliner toutes les offres. Comlan s’arrache les cheveux.
— Elle ne veut pas les vendre ?
Trishnan se massa le menton en souriant.
— Elle les appelle les enfants de Diégo.
— Oh, bon sang !
Anicet éclata de rire. Il aurait voulu voir la tête de Comlan. Forlan avait grandi dans une riche famille de l’Est du pays. Son éducation de lady se heurtait régulièrement au pragmatisme de son mGloria.
— Comlan a utilisé un juron plus imagé. Cet argent serait pourtant le bienvenu pour renforcer la protection du Fatal Boys.
Forlan et sa sœur jumelle, Gloria, étaient les héritières d’une grosse fortune dont quelqu’un s’évertuait à les déposséder. Selon toute vraisemblance, le coupable était un avocat à qui leur père avait eu tort de faire confiance, mais comment être sûr ? L’ennemi auquel ils avaient affaire était très différent du gibier qu’ils avaient l’habitude de chasser. Il agissait dans l’ombre, changeait sans cesse de forme, engageait des tueurs sans visage. Ils avaient l’impression de se battre contre une armée de fantômes.
— Comlan a trop d’amour-propre. Je ne vois pas ce que ça a de si terrible que sa femme soit une héritière, grommela Trishnan.
— Il est éffrayé que Forlan change le jour où elle entrera en possession de cet argent. Et il a sans doute raison. Qui sait si elle ne voudra pas retourner dans l’Est une fois qu’elle sera riche ?
Si elle décidait de partir, Comlan la suivrait. Il mourait à petit feu là-bas, mais il la suivrait parce qu’il ne pouvait pas vivre sans elle. Anicet n’imaginait pas le Fatal Boys sans Comlan.
— Cet argent n’apportera que des ennuis, crois-moi.
Trishnan regarda au loin, comme s’il apercevait une réalité qu’il était le seul à voir.
— Les choses changent. Même les Fatal Boys.
Anicet sentit un frisson lui parcourir la nuque. Il avait eu cette expression le matin du m******e, alors que le soleil se levait à l’horizon. « C’est une sombre journée qui commence », avait-il murmuré. Huit heures plus tard, l’armée mexicaine déferlait sur la ville et massacrait tous ses habitants. Ce jour-là, Anicet avait vu à quoi ressemblait l’enfer.
— Le Fatal Boys ne peut pas disparaître, affirma-t-il avec force, comme pour s’en convaincre lui-même.
Trishnan lui adressa un sourire qui n’éclaira pas ses yeux.
— Non, bien sûr.
Il s’éclaircit la gorge et montra le chiot, changeant ostensiblement de sujet.
— En tout cas, les enfants de Diégo ont mis de l’animation au ranch. Forlan s’ennuie à mourir depuis qu’elle est enceinte. Comlan ne lui laisse rien faire. Heureusement, sa grossesse arrive à son terme.
— Comment ça se présente ?
— J’en sais trop rien. Elle a un ventre énorme.
— C’est une bonne chose non ?
Trishnan écarta les bras.
— Comment veux-tu que je le sache !
Sirena Mandy, elle, saurait. Cette pensée traversa l’esprit de Anicet comme une flèche. Mais elle était ici, à Landos, et Forlan au Fatal Boys, un endroit où elle ne mettrait jamais les pieds.
— Comlan en mourrait si par malheur il devait arriver quelque chose à Forlan.
Ils avaient connu très peu ou pratiquement pas de douceur dans leur vie, mais quand Forlan était entrée dans leur petit cercle, ils s’étaient tous pris à espérer.
Trishnan se redressa, le visage fermé.
— Il ne lui arrivera rien.
Ils allaient tout faire pour assurer sa protection, bien sûr, mais quel contrôle avaient-ils sur une grossesse ? Le sentiment que leur univers était en train de vaciller lui dessécha la gorge.
— Puisse l’avenir te donner raison.
Il ne tenait pas à ce que Dieu soit évoqué dans cette histoire. Quand l’armée mexicaine avait détruit les siens et qu’il s’était retrouvé seul, à crever de faim comme un chien au milieu des ruines, il avait décidé que Dieu n’était pas de son côté.
L’animal dans ses bras se mit à gigoter. Il trottina jusqu’au premier arbre dès qu’il le posa par terre, fit ses petites affaires, mâchouilla un brin d’herbe puis revint s’asseoir sur sa botte avec un soupir satisfait.
— On croirait voir Diégo en face.
— Tout le monde voulait l’acheter, mais Forlan a décrété qu’il était pour toi.
Sans doute en signe d’amitié. Elle ne comprenait pas le lien invisible qui unissait les membres du Fatal Boys. La gratitude n’avait pas de place entre eux. Ils formaient une famille. Il se pencha pour caresser la tête du chiot et glissa un doigt sous ses oreilles. Elles étaient étonnamment lourdes.
— Ce n’était pas nécessaire. Elle fait partie du Fatal Boys.
Trishnan releva son chapeau noir d’un cran. Tout en lui était sombre — son allure, son caractère. Mais il n’y avait pas de meilleur allié au combat.
— Elle n’en est pas encore complètement sûre, je pense.
Elle avait peur d’être dépossédée de sa vie, comme c’était arrivé par le passé. Il s’était pris d’affection pour Forlan. Elle avait du cran, de la classe, de l’humour. Les épreuves qu’elle avait traversées auraient pu la briser, mais elle s’en était sortie la tête haute, avec un courage incroyable. Elle méritait le respect.
— Alors elle aura droit à ma gratitude.
— Comlan t’en saura gré.
Anicet perçut le reproche voilé. Il n’était jamais resté éloigné aussi longtemps du Fatal Boys. Trishnan avait raison : s’il n’y prenait pas garde, son obsession pour Sirena Mandy allait mal finir.
— Si on découvre ce que tu fais avec la veuve du docteur, c’est ton cadavre qu’on ramènera au Fatal Boys.
Anicet haussa les épaules d’un air faussement détaché.
— C’était une aventure d’une nuit. C’est terminé.
— Le petit signe qu’elle t’a adressé en partant ne ressemblait pas un adieu. Une telle légèreté m’étonne de la part d’une femme prétendument intelligente.
— Tu crois qu’une femme sensée sortirait avec moi ?
Son trait d’humour tomba à plat. Trishnan lui lança un regard indiquant qu’il n’était pas dupe.
— Elle risque gros. Tu t’en rends compte, j’espère ?
Comme s’il ne le savait pas !
— Je ne laisserai personne lui faire du mal.
— Et tu comptes lui servir de garde du corps combien de temps ?
Il lui lança un regard qui mit un terme au débat, et changea de sujet.
— Tu ne m’as pas dit ce qui t’amenait par ici ?
— J’ai rendez-vous avec Daiysi.
Tous deux, ils s’étaient portés volontaires pour retrouver Gloria, la sœur de Forlan.
— Tu as appris quelque chose ?
Gloria avait été kidnappée par les Comanches il y avait maintenant dix-huit mois. Il y avait peu de chance qu’elle soit encore en vie, mais Comlan avait promis à Forlan de tout tenter pour la retrouver. Ils étaient tous partie prenante dans cette affaire, par amitié pour Forlan, mais aussi parce que l’idée qu’une jeune femme puisse être prise au piège de l’enfer que les Comanches réservaient aux femmes blanches leur était insupportable. Gloria était la jumelle de Forlan : chaque fois qu’ils la regardaient, l’image de sa sœur disparue les hantait.
— Une femme blanche aurait été vu à huit heures de route au sud d’ici, il y a un an.
— C’est fiable le témoignage ?
— Non. Mais je dois quand même vérifier.
L’histoire pouvait avoir été inventée de toutes pièces pour toucher la récompense promise par le Fatal Boys en échange de tout renseignement. Ou dans un but plus tordu.
— Tu crois qu’il s’agit d’un piège ?
— Disons que j’ai des doutes. La présence d’une femme blanche dans cette zone aurait forcément alimenté la rumeur depuis longtemps.
Anicet ajusta le bord de son chapeau pour se protéger des premiers rayons du soleil.
— S’ils croient obliger Forlan à sortir à découvert, ils se trompent. Elle ne mettra pas un pied hors du territoire du Fatal Boys tant que Comlan ne sera pas pleinement rassuré sur sa sécurité.
Et vu la façon dont il la surprotégeait, ce n’était pas demain la veille !
— Tu vas lui en parler ?
— Je veux d’abord vérifier quelque chose.
— Quoi ?
Trishnan regarda au loin, le visage fermé, comme chaque fois qu’il était en proie à un débat intérieur.
— Rien, juste une intuition.
— Tu penses que Gloria pourrait être vivante ?
— Je te l’ai dit, c’est juste une intuition.
Peut-être, mais Anicet croyait dur comme fer aux intuitions de Trishnan.
— Bon. Quand partons-nous vérifier ce témoignage ?
— Nous ?
— Qu’est-ce que tu crois ? Je t’accompagne. Le coin n’est pas sûr.
Trishnan montra la maison d’un signe du menton.
— Tu es certain de vouloir t’absenter ?
La maison de Sirena Mandy se dressait comme une petite forteresse d’ombre baignée par la pâle clarté de l’aube. Un îlot de lumière au milieu de la nuit. Trishnan lui reprochait de ne pas vouloir regarder la réalité en face, mais il se trompait. Sirena n’avait pas besoin qu’un Texas Ranger à moitié indien vienne jeter le trouble dans sa vie. Il en était parfaitement conscient. A parler de façon simple, c’était très difficile pour lui de s’en aller de là.
D’un geste il souleva le petit animal.
— Plus que jamais sûr. Ça va me permettre de me renouveler les pensées qui me traversent l’esprit.