La voiture roulait à toute vitesse à travers les rues obscures de la ville, ses pneus crissant à chaque virage. À l’arrière, Dante était affaissé sur le siège, une main pressée contre sa plaie. Son souffle était court, sa chemise collée de sang. Isabella était assise à côté de lui, le visage pâle, les mains tremblantes. Elle n’avait jamais vu autant de sang. Chaque seconde où Dante fermait un peu trop les yeux lui donnait l’impression qu’il allait s’éteindre. « Reste avec moi… » murmura-t-elle, presque suppliante. Il entrouvrit les paupières, son regard sombre la fixant malgré la douleur. « Je suis là. » Sa voix était rauque, mais ferme. « Arrête de paniquer. Je ne vais pas mourir… pas ce soir. » Marco, assis devant, lança un coup d’œil dans le rétroviseur. « Tenez bon, Boss. On sera au manoir dans cinq minutes. » Cinq minutes. Pour Isabella, cela semblait une éternité. Elle arracha un pan de sa robe et le pressa contre la blessure de Dante. Ses doigts tremblaient, mais elle serra les dents. Il grimaça, mais ne la repoussa pas. Au contraire, il posa brièvement sa main par-dessus la sienne, comme pour lui transmettre un peu de force. Le manoir apparut enfin, imposant dans la nuit, ses hautes grilles s’ouvrant dans un grondement métallique. Dès que la voiture s’arrêta, plusieurs hommes accoururent. Dante fut sorti avec précaution, mais il refusa d’être porté. « Je marche, » dit-il d’une voix dure, bien qu’il chancela sous la douleur. Isabella le suivit de près, le cœur battant à tout rompre. Elle ne supportait pas de le voir ainsi, ce colosse qui avait paru invincible au port maintenant fragile, le visage crispé. À l’intérieur, on l’installa dans une grande chambre, sombre et richement décorée, aux lourdes tentures de velours. Isabella n’avait pas le temps d’admirer quoi que ce soit. Tout ce qui comptait, c’était Dante. Un médecin, visiblement habitué à ce genre de situations, entra rapidement avec sa mallette. Marco força Isabella à reculer. « Laisse-le travailler. » Mais elle refusa de quitter la pièce. « Je reste. » Le médecin déchira la chemise de Dante, révélant la plaie encore sanglante. Isabella détourna le regard un instant, mais se força à rester. Elle voulait être là, même si la vue lui donnait la nausée. Dante, malgré la douleur, n’avait pas lâché un son. Ses yeux restaient fixés sur Isabella, comme s’il voulait s’assurer qu’elle ne s’effondrerait pas. « C’est profond, mais la balle n’a pas touché d’organe vital, » déclara le médecin. « Avec des soins, il s’en sortira. » Isabella soupira de soulagement, mais son cœur se serra encore davantage en voyant l’aiguille pénétrer dans la peau de Dante. Chaque point de suture était une torture qu’il supportait en silence, les muscles tendus, les lèvres serrées. Lorsqu’enfin le médecin s’éloigna, Marco fit signe aux autres de sortir. Isabella s’approcha aussitôt du lit, son regard brillant d’inquiétude. « Tu aurais pu mourir… » souffla-t-elle. Dante la regarda longuement, puis un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres. « Mais je suis encore là. Tu vois ? » Elle secoua la tête, incapable de retenir ses larmes. « Tu agis comme si ta vie ne valait rien… mais pour moi, elle vaut… tout. » Ses mots lui échappèrent avant qu’elle ne puisse les retenir. Un silence lourd s’installa. Dante la fixa, ses yeux sombres brillant d’une intensité étrange. « Tu ne devrais pas dire ça. » « Pourquoi pas ? » répliqua-t-elle, sa voix tremblante mais ferme. « Tu crois que je n’ai pas vu ? Là-bas, au port… tu as pris cette balle parce que tu voulais me protéger. Et tu veux que je fasse comme si de rien n’était ? » Il détourna le regard, serrant les mâchoires. « C’est mon rôle. Je protège ce qui m’appartient. » Isabella sentit son cœur bondir à cette phrase. « Ce qui t’appartient ? » Il releva la tête, ses yeux plantés dans les siens. « Oui. Toi. Que tu le veuilles ou non. » Son souffle se coupa. Elle aurait dû être furieuse, le repousser. Mais au lieu de ça, elle sentit une chaleur l’envahir. Ce n’était pas seulement de la possession brutale dans ses mots… il y avait quelque chose de plus profond, quelque chose qu’il refusait d’avouer. Elle s’assit doucement au bord du lit, ses doigts effleurant sa main bandée. « Alors si je t’appartiens… promets-moi une chose. » Il haussa un sourcil, intrigué. « Laquelle ? » « Que tu ne joueras plus avec ta vie comme ça. Que tu arrêteras de te croire invincible. » Un silence pesa. Ses yeux sombres restèrent fixés sur elle, puis il souffla, presque dans un murmure : « Je ne peux pas promettre ça. Pas dans ce monde. » La douleur dans ses mots la frappa en plein cœur. Elle comprit que cet homme vivait chaque jour avec la mort pour compagne. Alors, sans réfléchir, elle serra sa main. « Alors je resterai. Tant que tu ne lâcheras pas, moi non plus. » Dante la regarda longtemps, sans rien dire. Puis, doucement, ses doigts se refermèrent sur les siens. Et dans ce silence chargé de tension, Isabella sut qu’un lien irréversible venait de se nouer. La nuit avait enveloppé le manoir d’un silence presque oppressant. Tout semblait figé, comme si le monde retenait son souffle. Mais Isabella ne trouvait pas le sommeil. Elle s’était assise dans un fauteuil près du lit de Dante, veillant sur lui. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait la scène du port, le sang qui coulait, la douleur dans ses yeux. Elle avait peur. Peur qu’il ne se réveille pas, peur qu’une nouvelle attaque survienne, peur de la fragilité qu’elle découvrait en lui. Un bruit léger la tira de ses pensées. Elle se redressa aussitôt : Dante s’agitait dans son sommeil. Ses traits crispés, sa respiration haletante. Ses lèvres bougeaient, comme s’il parlait dans un cauchemar. « Non… pas elle… » murmura-t-il, la voix rauque. Isabella se leva précipitamment et s’approcha, posant une main sur son épaule. « Dante… réveille-toi. C’est un rêve. » Il sursauta, ses yeux s’ouvrant brusquement. Une lueur sauvage brillait dans ses prunelles, comme s’il se battait encore contre des ennemis invisibles. D’un geste brusque, il attrapa son poignet et la tira vers lui, la plaquant presque contre sa poitrine. « Qui… ? » souffla-t-il, encore perdu entre rêve et réalité. « C’est moi, Isabella ! » Sa voix tremblait, mais elle ne recula pas. Il la fixa longuement, puis ses traits se détendirent. Son souffle chaud effleurait sa peau. « Isabella… » répéta-t-il, comme une certitude retrouvée. Lentement, il relâcha son poignet, mais ses doigts restèrent accrochés aux siens, comme s’il craignait qu’elle disparaisse. « Tu rêvais, » dit-elle doucement. Il détourna les yeux, visiblement mal à l’aise. « Ce ne sont pas des rêves. Ce sont des souvenirs. » Elle resta silencieuse, attendant qu’il poursuive. Après un instant, il soupira, sa voix grave se teintant d’une vulnérabilité rare. « J’ai perdu beaucoup de choses, Isabella. Des gens que je ne pouvais pas protéger. Ma mère… une femme que j’ai aimée autrefois… et des frères d’armes. La mort est partout autour de moi. » Son cœur se serra. Elle comprenait mieux maintenant l’ombre dans ses yeux, cette douleur qu’il dissimulait derrière sa froideur. « Mais tu m’as protégée, » répondit-elle d’une voix ferme. « Et je ne te laisserai pas porter tout ça seul. » Leurs regards se croisèrent. Dans celui de Dante, il y avait un mélange de dureté et de fragilité, de force et de désespoir. Elle posa sa main sur sa joue, effleurant sa peau rugueuse. Il sembla surpris, mais ne bougea pas. « Tu crois que je vais te laisser te détruire sous prétexte que le monde t’a pris trop de choses ? » continua-t-elle, son regard brillant. « Tu n’es pas seul, Dante. Plus maintenant. » Il la dévisagea longuement. Puis, dans un mouvement presque instinctif, il attrapa sa nuque et rapprocha son visage du sien. Ses lèvres effleurèrent les siennes, à peine un souffle, comme une hésitation. Isabella sentit son cœur exploser dans sa poitrine. Tout en elle criait de s’abandonner à ce b****r, mais elle resta figée, partagée entre la peur et le désir. Finalement, ce fut Dante qui rompit le moment. Il s’écarta légèrement, son regard brûlant toujours fixé sur elle. « Tu ne sais pas dans quoi tu t’embarques, Isabella. Être près de moi, c’est attirer le danger. » « Peut-être… » souffla-t-elle, la voix tremblante mais déterminée. « Mais je préfère courir ce danger que de vivre loin de toi. » Ses mots résonnèrent dans le silence. Un bruit sourd résonna soudain au loin. Un fracas métallique, suivi de cris étouffés. Isabella sursauta. « Qu’est-ce que c’était ? » Dante, malgré sa blessure, se redressa aussitôt. Son regard s’assombrit. « Des intrus. » Marco surgit dans la chambre quelques secondes plus tard, arme à la main. « Boss ! On a repéré deux hommes dans le périmètre. Ils ont réussi à passer la grille. » Dante jura entre ses dents et essaya de se lever. Isabella posa ses mains sur ses épaules. « Tu es blessé ! » Il la repoussa doucement mais fermement. « Je ne peux pas rester couché alors que mes ennemis sont là. » Marco insista : « Vous devez rester ici. Laissez-moi gérer ça. » Mais Dante secoua la tête. « Non. Ils viennent pour moi. » Il attrapa son arme posée sur la table de chevet et se leva, chancelant un instant. Isabella voulut protester, mais le feu dans ses yeux la réduisit au silence. Dans le couloir, les bruits de pas et de lutte s’intensifiaient. Isabella suivit Dante, incapable de le laisser partir seul. Arrivés au rez-de-chaussée, ils découvrirent deux hommes encagoulés, armés, se battant contre les gardes. L’un d’eux réussit à tirer, la balle sifflant tout près d’Isabella. Dante se plaça immédiatement devant elle, ripostant malgré la douleur à sa blessure. Un coup de feu, précis, et l’un des intrus s’effondra. Le second tenta de fuir, mais Marco le rattrapa et l’immobilisa au sol. Le silence retomba brutalement, seulement troublé par la respiration haletante de tous les présents. Isabella tremblait, mais elle n’avait pas lâché Dante des yeux. Il tenait toujours son arme, son torse se soulevant sous l’effort, mais son regard restait ancré sur elle. « Tu vois ? » dit-il d’une voix basse. « Voilà le prix de rester près de moi. » Elle s’approcha, ignorant le sang, la peur, et tout ce chaos. Son regard se planta dans le sien. « Et pourtant je reste. » Il sembla sur le point de protester, mais elle posa un doigt sur ses lèvres. « Pas un mot. Tu n’as pas le droit de me repousser après ce que tu viens de faire. » Pour la première fois, Dante ne répondit pas.